Marc Boegner

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Marc Boegner, couramment appelé le pasteur Boegner, né le à Épinal, mort le à Paris, est un théologien protestant, homme d'Église et essayiste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Originaire d’une famille protestante, républicaine et patriote, fils de Paul Boegner, préfet des Vosges, Marc Boegner passe les premières années de sa vie à Épinal, avant de s’installer avec sa famille à Orléans où il se lie d’amitié avec Charles Péguy. Après avoir achevé ses études secondaires à l’École alsacienne, à Paris, il entre en classe préparatoire de Navale, au lycée Lakanal.

Très marqué par l'influence de son oncle le pasteur Tommy Fallot (1844-1904), et finalement obligé de renoncer à une carrière dans la marine du fait d'un début de myopie, il se décide, après ce qu'il appellera lui-même sa « conversion » et l'obtention d'une licence en droit, à entrer à la faculté de théologie protestante de Paris.

Après la soutenance de sa thèse de doctorat sur les catéchismes de Calvin[1], en juillet 1905, il est nommé pasteur dans une paroisse rurale à Aouste-sur-Sye, dans la Drôme, où son oncle Tommy Fallot avait été pasteur pendant neuf ans. Dans cette modeste paroisse de campagne, Marc Boegner inaugure un ministère fondé sur l'humilité, l'écoute et le rassemblement, dans une même foi, des hommes et des idées.

Il est nommé en 1911 professeur à la Maison des missions de Paris. C'est là qu'il prend conscience de la nécessité du lien entre mission et unité de l'Église. En 1912, il rencontre John Mott, laïc américain, baptiste, fondateur de la Fédération universelle des associations chrétiennes d'étudiants, futur lauréat du prix Nobel de la paix (1946), qui sera l'initiateur du mouvement œcuménique. Mobilisé à Paris comme infirmier-chef dès août 1914, Boegner, pendant les quatre années de guerre, ne cesse de présider des cultes, de soutenir ceux qui lui demandent de l'aide, profondément déchiré entre « l'ardent espoir de la victoire et l'obligation de refuser la haine ».

En octobre 1918, il est nommé pasteur de la paroisse parisienne de Passy-Annonciation, ministère qu'il conservera jusqu'en 1953. De cette paroisse divisée entre des sensibilités théologiques et politiques différentes, division fréquente à cette époque à l'intérieur du protestantisme, il va faire un lieu de rayonnement de la mission de l'Église. Il sera considérablement aidé dans cette tâche par l'arrivée auprès de lui, en 1934, du pasteur Pierre Maury, homme chaleureux, remarquable théologien qui sera pour lui « l'ami, le frère, le confident de toutes ses préoccupations paroissiales ».

En 1928, il inaugure les prêches du Carême protestant à la radio, ce qui contribue à sa notoriété. Il y prêche l'Unité des Chrétiens.

En 1929, il devient président de la Fédération protestante de France, charge qu'il occupera jusqu'en 1961.

À l'Assemblée de Lyon en mai 1938, il devient le premier président du Conseil national de l'Église réformée de France.

Il cumule alors deux des plus hautes charges au sein du protestantisme français.

Sous l'Occupation, le pasteur Boegner est d'abord membre du Conseil national instauré par Vichy, mais il œuvre activement, tant de façon ouverte que clandestine, pour améliorer le sort des Juifs, pour en défendre et sauver certains, avec une compassion d'ailleurs étendue à de nombreux réfugiés politiques. Réservé sur la violence et la lutte armée, il laisse cependant ses fidèles choisir en conscience d'aller ou non au maquis.

En juin 1940, après l'armistice, la Fédération protestante souhaite que son président se fixe en zone libre et Marc Boegner s'installe à Nîmes où la tradition protestante reste forte.

Il multiplie les déplacements et les interventions auprès du gouvernement de Vichy en faveur des personnes déplacées ou regroupées dans les camps d'internement de Drancy ou Gurs (Pyrénées-Atlantiques) et ensuite en faveur des Juifs. Il intervient ainsi auprès de Pierre Laval, mais en vain, pour lui demander de renoncer à inclure les enfants juifs de moins de seize ans dans les convois de déportation. Dès septembre 1940, c'est avec son plein accord que les équipières de la CIMADE Madeleine Barot et Jeanne Merle d'Aubigné pénètrent dans le camp de Gurs pour porter secours aux internés où se trouvent une majorité de Juifs[2]. Le 23 décembre 1940, il adresse une lettre aux huit présidents de région de l'Église réformée de France de la zone Sud pour rappeler notamment que « pour l'Église il n'y a pas de problème juif » et que « l'Église a le devoir de rappeler à l'État […] que son autorité, dont le fondement est Dieu, doit s'exercer pour le bien de tous ses ressortissants, dans une volonté de justice, et dans le respect des personnes »[3].

Le 26 mars 1941, il écrit deux lettres au nom du conseil national de l'Église réformée de France qu’il préside, l’une à l’amiral Darlan, vice-président du Conseil, l’autre au grand rabbin de France Isaïe Schwartz, dans laquelle il déplore la mise en place d’une législation raciste : « Notre Église, qui a jadis connu les souffrances de la persécution, ressent une ardente sympathie pour vos communautés dont en certains endroits la liberté du culte est déjà compromise et dont les fidèles viennent d’être si brusquement jetés dans le malheur. Elle a déjà entrepris et ne cessera pas de poursuivre des démarches en vue d’une refonte indispensable de la loi. » Première manifestation publique de solidarité des chrétiens français envers les Juifs, cette lettre connaît un retentissement extraordinaire, notamment grâce au journal collaborationniste Au Pilori qui a cru bon de la publier sous le titre « Une lettre inadmissible du chef des protestants de France »[4].

À partir de juin 1941, devant l'échec de ses interventions auprès de l'amiral Darlan, il prend contact avec le cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, afin que ce dernier aborde la question raciale avec le maréchal Pétain. Ému de ces protestations conjointes des églises chrétiennes, le Maréchal demande davantage de modération au secrétaire d’État aux questions juives, ce qui n'empêche pas la situation des Juifs d'empirer dès juin 1941, mettant en évidence la totale impuissance du maréchal Pétain[5].

Le 20 août 1942, après de nouvelles mesures antijuives en zone occupée et la rafle du Vel d'Hiv, il écrit une lettre au maréchal Pétain. Cette lettre connait à nouveau une très large diffusion, cette fois grâce à la presse et à la radio internationales. Elle présente un caractère tout nouveau par rapport à ses précédentes interventions, en ce sens qu’elle porte sur les opérations de livraison à l’Allemagne de Juifs étrangers, déjà internés dans les camps : « La vérité est que viennent d’être livrés à l’Allemagne des hommes et des femmes réfugiés en France pour des motifs politiques et religieux, dont plusieurs savent d’avance le sort terrible qui les attend […]. Je suis obligé d’ajouter, Monsieur le Maréchal, que la livraison de ces malheureux étrangers s’est effectuée, en maints endroits, dans des conditions d’inhumanité qui ont révolté les consciences les plus endurcies et arraché des larmes aux témoins de ces mesures. »[6]. Simultanément Marc Boegner obtient du cardinal Gerlier une lettre de protestation auprès du maréchal Pétain sur les mêmes questions.

Ces protestations prennent aussi la forme de lettres pastorales, souvent lues en chaire au cours des cultes dominicaux. Le dimanche 6 septembre 1942, à l'issue de l'assemblée du désert à Mialet, Marc Boegner réunit les nombreux pasteurs présents pour leur faire partager sa vision sur le fait que le gouvernement de Vichy s'est désormais résolument placé du côté de l'occupant et de son idéologie[7].

En 1943, il condamne l'envoi forcé des travailleurs en Allemagne au titre du STO.

Son action en faveur des Juifs durant la guerre fait qu'il est désigné Juste parmi les nations en 1988.

Ayant rencontré à six reprises, dans le cadre de ses fonctions, le maréchal Pétain, il fut décoré de la Francisque et nommé membre du Conseil national de Vichy. Il s'attacha, lors de sa déposition au procès du vieux dirigeant, le 30 juillet 1945, à témoigner des bonnes intentions et de la bonne volonté manifestées par celui-ci dans les circonstances difficiles que connaissait la France.

Après la guerre, il continue son combat pour l'unité en participant au mouvement œcuménique. Il est également observateur au concile Vatican II.

Convaincu de l'importance des moyens de communication modernes, il est à l'origine de la création, en 1955, par la Fédération protestante de France, de l'émission hebdomadaire Présence protestante, ce malgré le manque de moyens de la Fédération. Il en recrute lui-même le responsable, le pasteur Marcel Gosselin[8].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • 1905 : Les Catéchismes de Calvin : Étude d'histoire et de catéchétique (thèse de doctorat soutenue devant la faculté de théologie protestante),‎ 1905.
  • 1914 : The Unity of the Church, 1914.
  • 1914-1926 : La Vie et la Pensée de Tommy Fallot, 2 vol., 1914-1926.
  • 1926 : L'Influence de la Réforme sur le développement du droit international.
  • 1928 : Le Christianisme et le Monde moderne, recueil de prédications.
  • 1929 : Les Missions protestantes et le Droit international.
  • 1929 : Dieu, l'éternel tourment des hommes, recueil de prédications.
  • 1930 : Jésus-Christ, recueil de prédications.
  • 1931 : Tommy Fallot : L'Homme et l'Œuvre.
  • 1931 : Qu'est-ce que l'Église ?, recueil de prédications.
  • 1932 : L'Église et les questions du temps présent.
  • 1933 : La Vie chrétienne.
  • 1935 : Le Christ devant la souffrance et devant la joie, recueil de prédications.
  • 1939 : L'Évangile et le Racisme.
  • 1947 : Le Problème de l'unité chrétienne, recueil de prédications.
  • 1951 : La Prière de l'Église universelle.
  • 1953 : La Vie triomphante.
  • 1956 : Le Chrétien et la Souffrance.
  • 1957 : Les Sept Paroles de la Croix.
  • 1958 : Notre vocation à la sainteté.
  • 1960 : Ténèbres et lumières aux abords du Calvaire, recueil de prédications.
  • 1968 : L'Exigence œcuménique des Églises : Souvenirs et perspectives.
Discours et travaux académiques
  • Discours de réception à l'Académie française et réponse de Wladimir d'Ormesson (6 juin 1963).
  • Rapport sur les prix de Vertu (2 décembre 1965).

Fonctions et distinctions[modifier | modifier le code]

Engagement spirituel[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

  • Roger Mehl, Le Pasteur Marc Boegner : Une humble grandeur, Plon,‎ 1987.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Les Cathéchismes de Calvin : Étude d'histoire et de cathéchétique.
  2. Roger Mehl, p. 143.
  3. Roger Mehl, p. 142.
  4. Roger Mehl, p. 144.
  5. Roger Mehl, p. 145.
  6. Roger Mehl, p. 147.
  7. Roger Mehl, p. 147. Ce geste a été commémoré lors de l'assemblée du désert 2012 : « L'Appel du pasteur Boegner en faveur des Juifs ».
  8. Souvenirs du pasteur Gosselin (Marcel Gosselin et Jean Cabriès, La Télévision et les Protestants, les Protestants et la Télévision), cités par Roger Mehl, p. 181.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]


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