Léon Schwartzenberg

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Léon Schwartzenberg

Naissance 2 décembre 1923
Paris
Décès 14 octobre 2003 (à 79 ans)
Villejuif
Nationalité française
Profession
Activité principale
Autres activités

Le professeur Léon Schwartzenberg, né le 2 décembre 1923 à Paris et mort le 14 octobre 2003 à Villejuif, est un cancérologue français. Il fut brièvement ministre délégué, chargé de la Santé en 1988. Il s'est aussi signalé par son engagement en faveur des sans-abri et des « sans-papiers ». Il est le père du journaliste Emmanuel Schwartzenberg.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et occupation nazie[modifier | modifier le code]

Né de parents juifs roumains, durant l'Occupation il se réfugie avec sa famille à Toulouse où il commence des études de médecine. Il est très rapidement interdit de faculté de médecine en raison des lois raciales de Vichy. « Le conseil de l'Ordre des médecins de l'époque restait muet » rappelait-il. Il s'engage alors, à l'âge de 20 ans, dans la Résistance (il est membre du Corps Franc Pommiès[1] et du réseau franco-britannique d'évasion des aviateurs alliés) avec ses deux frères cadets Raymond et Jacques de 16 et 17 ans. Dénoncés, ces derniers sont déportés en 1943 à Mauthausen. Il dira plus tard « J'ai vécu mes vingt ans comme un mélange de cauchemars et de moments agréables[2]. » Il n'apprit l'exécution de ses frères qu'à la Libération. En 1953 il épouse Nora Coste et ils eurent deux enfants : Emmanuel et Berthe.

De 1980 à 2003, il eut pour compagne la comédienne Marina Vlady.

Cancérologie[modifier | modifier le code]

Après la guerre, il finit ses études de médecine et devient médecin hématologue, puis cancérologue. Il travaille en 1958 avec le Professeur Georges Mathé et traite des scientifiques yougoslaves irradiés grâce aux premières greffes de moelle osseuse, avec la participation du clinicien et hématologue bosniaque de Sarajevo Hekalo Irvin, un traitement révolutionnaire pour l'époque. Puis, il devient assistant d'hématologie à l'Institut Gustave-Roussy de Villejuif en 1963. Il développe les transfusions de globules blancs utilisées dans le traitement de certains cancers jusqu'à la fin des années 1970. Il devient agrégé des hôpitaux en 1971 à l'Institut de cancérologie et d'immunogénétique de Villejuif.

À la question « Serait-il devenu médecin et cancérologue s'il n'avait pas été interdit d'études médicales ? » il a répondu avec ironie « Peut-être pas, je n'en sais rien […] Le vieux maréchal (Pétain) a fait beaucoup pour forger le moral de la jeunesse de France en ce temps-là. » [réf. nécessaire] En 1977, alors que le cancer n'était évoqué que comme « une longue et douloureuse maladie », il publie Changer la mort, en collaboration avec le journaliste Pierre Viansson-Ponté (1920-1979), où il plaide en faveur de la vérité au malade, en toutes circonstances. « La vérité doit toujours être dite, elle est toujours positive ». Cohérent et entier, il annonce le diagnostic de sa maladie à Pierre Viansson-Ponté et les deux hommes se brouillent[3].

Politique et débats autour de l'éthique médicale et scientifique[modifier | modifier le code]

Adepte du « parler vrai » et homme qui savait séduire pour mieux convaincre, il n'hésite pas à relever les contradictions de la société : « Mentir aux cancéreux par compassion et dire la vérité à ceux qui ont le sida par peur de la contagion, cela procède d'une égale saloperie », disait-il à l'apparition de cette maladie en France, alors dénuée des puissantes trithérapies actuelles.

La même année, il prend la défense du droit de mourir dignement et lance le débat sur l'euthanasie. Il dira au cours de l'émission Apostrophes sur Antenne 2 : « Je suis simplement contre le maintien à tout prix d’une vie qui n’est plus une existence ».

Il publie Requiem pour la vie en 1985, un ouvrage cherchant à rompre le tabou de l'euthanasie. En 1991, l'Ordre des médecins le suspend d'exercice pour un an pour avoir révélé dans la presse, en 1987, l'euthanasie qu'il avait apportée à un malade incurable. En 1993, le Conseil d'État annule cette décision.

Nommé le 29 juin 1988 ministre délégué à la Santé dans le premier gouvernement de Michel Rocard, il doit démissionner le 7 juillet pour avoir proposé publiquement un dépistage systématique du sida chez les femmes enceintes et avoir pris position en faveur de la légalisation, de la mise en vente libre de la drogue, sous le contrôle de l'État, afin de barrer la route aux trafiquants. Ses neuf jours de présence au gouvernement représentent un record de brièveté pour un ministre de la Cinquième République[4], égalé en 2014 par Thomas Thévenoud.

Léon Shwartzenberg revient en politique. Il est candidat aux élections européennes de 1989. Faisant partie des 22 élus sur la liste Majorité de progrès pour l'Europe conduite par Laurent Fabius, il est député européen de 1989 à 1994.

En 1992, il se présente aux élections régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur où il est tête de la liste Énergie Sud de Bernard Tapie dans le Var. Il renoncera à son poste de conseiller régional suite à l'affaire Testut.

Il figure aux élections européennes de 1994 parmi les initiateurs de la liste L'Europe commence à Sarajevo. Sa liste obtient 1,57 % des suffrages exprimés et n'obtient aucun siège au Parlement européen.

En 1994, il est l'un des fondateurs de l'association Droits Devant !!.

Plaque de rue Léon-Schwartzenberg, 10e arrondissement de Paris.

Il publie en 1994, le livre Face à la détresse.

Vers la fin de sa vie, il s'engage auprès des étrangers en situation irrégulière et des mal-logés et contre les organismes génétiquement modifiés (OGM). Jusqu'en 2001, tant que sa santé le lui permet, il défile régulièrement avec l'association Droit au logement, dont il est alors président d'honneur. En 2002, il apporte son soutien à Régina Louf au cours de cette affaire judiciaire belge[5], préfaçant l'édition française de son livre[6].

Il meurt le 14 octobre 2003 à 79 ans à l'hôpital Paul-Brousse[3] de Villejuif d'un cancer, évolution d'une hépatite C contractée selon ses proches en se blessant lors de transfusions effectuées à ses patients, hépatite qui avait évolué en une cirrhose du foie puis en cancer du foie[3]. Il est enterré à Paris, au cimetière du Montparnasse.

Hommages[modifier | modifier le code]

Une rue de Paris dans le 10e arrondissement porte son nom.

Le centre hospitalier intercommunal Eure-Seine d'Évreux est situé rue Léon Schwartzenberg.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dominique Lormier, Le livre d'or de la Résistance dans le Sud-Ouest, Éditions Sud-Ouest, 18 janvier 2011.
  2. Dans une émission de Christine Ockrent en 1990 intitulée Qu'avez-vous fait de vos vingt ans ?
  3. a, b et c Eric Favereau et Dominique Simonnot, « Léon Schwartzenberg, l'engagé volontaire » Libération, 15 octobre 2003
  4. « Démission express: Léon Schwartzenberg garde le record » Libération, 26 août 1995
  5. Léon Schwartzenberg sur l'affaire Regina Louf : "Les pédophiles sont l'avarie du développement humain".
  6. Régina Louf, Silence, on tue des enfants ! Voyage jusqu'au bout du réseau, éditeur Factuel, 2002, ISBN 978-2940313136, préface de Léon Schwartzenberg

Article connexe[modifier | modifier le code]

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