Jules Roy

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Jules Roy

Activités Écrivain, résistant
Naissance 22 octobre 1907
Rovigo (Algérie)
Décès 15 juin 2000 (à 92 ans)
Vézelay (France)
Langue d'écriture Français
Distinctions prix Renaudot, grand prix littéraire de Monaco, grand prix de littérature de l'Académie française, grand Prix national des lettres, prix de la Ville de Paris

Œuvres principales

Jules Roy est un écrivain et militaire français, né le 22 octobre 1907 à Rovigo (Algérie) et mort le 15 juin 2000 à Vézelay (Yonne). Il est enterré au cimetière de Vézelay dans l'Yonne[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jules Roy est né en Algérie française et a vécu son enfance à Rovigo dans une famille paysanne au sein de laquelle on lui cachera longtemps sa bâtardise[2] issue de la relation extraconjugale de sa mère avec l'instituteur du village[3],[4]. D'abord lycéen au séminaire durant 8 années[3], il devient officier tirailleur algérien en AFN avant de passer dans l'Armée de l'Air en France avant la guerre. Il est très tôt, dès 20 ans, séduit par Maurras[3],[5] et les idées de l'Action Française[3],[5], puis plus tard par Pétain[3],[5]. Car la défaite de 1940 et le bombardement de Mers El Kébir par l'armée britannique n'ont fait qu'accentuer ses convictions de droite [2] et il publie, en 1940, le livre:La France sauvée par Pétain[6],[2],[7], dans lequel il affiche pleinement son engagement vichyste. Toutefois, après le débarquement alliés de novembre 1942 en Afrique du Nord, il change de camp et part pour la Grande-Bretagne, rejoindre De Gaulle, où il combattra au sein de la Royal Air Force[2],[5], comme commandant de bord dans le groupe de bombardement Guyenne (en)[3] avec lequel il va effectuer des missions de bombardement au-dessus de la vallée de la Rhur en Allemagne[2],[5]; épisode de sa vie qui lui inspirera son roman La Vallée heureuse pour lequel il recevra, rétrospectivement, le prix Renaudot 1940 en 1946, ainsi que quinze jours d'arrêt de rigueur de la part de sa hiérarchie militaire qui a peu apprécié le livre[3]. Il participe à la guerre d'Indochine comme officier de communication[3], mais en juin 1953, jugeant que l'armée se déshonore par ses méthodes dans cette guerre[2], il quitte l'armée avec le grade de Colonel[3].

Il se tourne alors pleinement vers la littérature. Après la mort de son ami Albert Camus dont il admirait les qualités intellectuelles[4],[8], il dénonce publiquement la guerre d'Algérie[7],[8] et ses atrocités[3]. Durant la période de la guerre d'Indochine et d'Algérie, il collabore au magazine L'Express[5] avec l'appui de Jean Daniel[3], qu'il quitte après être entré en conflit avec le fondateur et directeur du journal Jean-Jacques Servan-Schreiber[5]. Jean-Jacques Servan-Schreiber raconte dans ses mémoires qu'il a offert le livre de Jules Roy sur la bataille de Dien Bien Phu au président John Kennedy en 1963. Celui-ci l'a fait traduire et résumer par sa femme Jacqueline Bouvier qui lisait parfaitement le français. Robert McNamara et Robert Kennedy se sont également procuré ce livre.


En 1978, Jules Roy s'installe à Vézelay, au Clos du Couvent, face à la basilique[8]. Il y passera les vingt dernières années de sa vie, continuant d'écrire. Jules Roy est mort et enterré à Vézelay. Après sa mort, sa maison est devenue un centre littéraire où l'on organise des soirées littéraires et expositions. Un étage est réservé aux écrivains en résidence. Le public peut visiter les jardins et le bureau de l'écrivain, laissés en l'état.

Maison de Jules Roy à Vézelay
Tombe de Jules Roy à Vézelay

Le parcours intellectuel[modifier | modifier le code]

Le parcours intellectuel de Jules Roy a souvent été fait de retournements d'opinion, du séminaire à l'Armée[5], de Pétain à De Gaulle, de l'Algérie française à l'Algérie indépendante. Jules Roy a eu un parcours à droite dans sa jeunesse, admirateur de l'action française, de Maurras, puis de Pétain lors de la défaite de 1940, avant d'avoir changé son engagement vichyste contre un gaulliste. Il s'est engagé auprès des Forces françaises libres, après avoir lu Le Fil de l'épée écrit par De Gaulle[5]. Dans Le grand naufrage, chronique du procès de Pétain, Jules Roy a écrit ne pas s'être rendu compte de ce que représentait l'engagement vichyste et avoir le sentiment, en étant resté fidèle à Pétain, d'avoir été "blousé" et de partager avec ses camarades de l'époque, un certain silence honteux sur cette période de l'armée française[9]. Son parcours intellectuel, après l'armée, a été très marqué par sa rencontre avec Albert Camus dont il admirait l'intelligence et qui lui a fait totalement prendre conscience de la question coloniale en Algérie[4] d'où naîtra son engagement pour l'indépendance de l'Algérie[10] qui lui vaudra des menaces de mort de la part de L'OAS[3]. Son engagement anti-colonial s'est confirmé également lors de la guerre d'Indochine[4] où il lui fut reproché un certain communisme[3]. Jules Roy a été perçu par certains critiques, et s'est reconnu lui-même, comme "exalté" et "provocateur"[11]. Sur le plan littéraire une autre rencontre fut importante, celle avec Jean Amrouche qui l'accompagna dans ses premiers pas d'écrivain[4].

Prix littéraires[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans
  • La Vallée heureuse, Charlot, 1946, avec une préface de Pierre Jean Jouve ; Gallimard, 1948 ; Julliard, 1960 ; Édition J'ai lu Leur aventure N°A161; Albin Michel, 1989.
  • Les Chevaux du soleil: Chronique d'Alger, Grasset, 1967, 6 vol. ; édition en un volume, Omnibus, 1995.
  • Une femme au nom d'étoile Grasset, 1968. (Les Chevaux du soleil, tome 2)
  • Les cerises d'Icherridène, Grasset, 1969. (Les Chevaux du soleil, tome 3)
  • Le maître de la Mitidja, Grasset, 1970. (Les Chevaux du soleil, tome 4)
  • Les Âmes interdites, Grasset, 1972. (Les Chevaux du soleil, tome 5)
  • Le Tonnerre et les Anges, Grasset, 1975. (Les Chevaux du soleil, tome 6)
  • Le Désert de Retz, Grasset, 1978.
  • La Saison des Za, Grasset, 1982.


Récits
  • Ciel et terre, Alger, Charlot, 1943.
  • Le Métier des armes, Gallimard, 1948 ; Julliard, 1960.
  • Retour de l'enfer, Gallimard, 1951 ; Julliard, 1960.
  • Le Navigateur, Gallimard, 1954 ; Julliard, 1960.
  • La Femme infidèle, Gallimard, 1955 ; Julliard, 1960.
  • Les Flammes de l'été, Gallimard, 1956 ; Julliard, 1960 ; Albin Michel, 1993.
  • Les Belles Croisades, Gallimard, 1959 ; Julliard, 1960.
  • La Guerre d'Algérie, Julliard, 1960 ; Christian Bourgois, 1994.
  • La Bataille de Dien Bien Phu, Julliard, 1963 ; Albin Michel, 1989.
  • Le Voyage en Chine, Julliard, 1965.
  • La Mort de Mao, Christian Bourgois, 1969 ; Albin Michel, 1991.
  • L'Amour fauve, Grasset, 1971.
  • Danse du ventre au-dessus des canons, Flammarion, 1976.
  • Pour le lieutenant Karl, Christian Bourgois, 1977.
  • Pour un chien, Grasset, 1979.
  • Une affaire d'honneur, Plon, 1983.
  • Beyrouth viva la muerte, Grasset, 1984.
  • Guynemer, l'ange de la mort, Albin Michel, 1986.
  • Mémoires barbares, Albin Michel, 1989.
  • Amours barbares, Albin Michel, 1993.
  • Un après-guerre amoureux, Albin Michel, 1995.
  • Adieu ma mère, adieu mon cœur, Albin Michel, 1996.
  • Journal, t. 1, Les années déchirement, 1925-1965, Albin Michel, 1997.
  • Journal, t. 2, Les années cavalières, 1966-1985, Albin Michel, 1998.
  • Journal, t. 3, Les années de braise, 1986-1996, Albin Michel, 1999.
  • Lettre à Dieu, Albin Michel, 2001.
Essais
  • La France sauvée par Pétain, Alger, P & G Soubiron, 1940.
  • Comme un mauvais ange, Charlot, 1946 ; Gallimard, 1960.
  • L'Homme à l'épée, Gallimard, 1957 ; Julliard, 1960.
  • Autour du drame, Julliard, 1961.
  • Passion et mort de Saint-Exupéry, Gallimard, 1951 ; Julliard, 1960 ; La Manufacture, 1987.
  • Le Grand Naufrage, Julliard, 1966 ; Albin Michel, 1995.
  • Turnau, Sienne, 1976 (hors commerce).
  • Éloge de Max-Pol Fouchet, Actes Sud, 1980.
  • Étranger pour mes frères, Stock, 1982.
  • Citoyen Bolis, tambour de village, Avallon, Voillot, 1989.
  • Vézelay ou l'Amour fou, Albin Michel, 1990.
  • Rostropovitch, Gainsbourg et Dieu, Albin Michel, 1991.
Poèmes
  • Trois prières pour des pilotes, Alger, Charlot, 1942.
  • Chants et prières pour des pilotes, Charlot, 1943 ; Gallimard, 1948 ; Julliard, 1960.
  • Sept poèmes de ténèbres, Paris, 1957 (hors commerce).
  • Prière à mademoiselle Sainte-Madeleine, Charlot, 1984 ; Bleu du Ciel, Vézelay, 1986.
  • Chant d'amour pour Marseille, Jeanne Laffitte, 1988.
  • Cinq poèmes, Avallon, Voillot, 1991.
  • La Nuit tombe, debout camarades !, Gérard Oberlé, 1991.
  • Poèmes et prières des années de guerre (1939-1945), Actes Sud, 2001.
Théâtre
  • Beau Sang, Gallimard, 1952 ; Julliard, 1960.
  • Les Cyclones, Gallimard, 1953 ; Julliard, 1960.
  • Le Fleuve rouge, Gallimard, 1957 ; Julliard, 1960.
  • La Rue des Zouaves suivi de Sa Majesté Monsieur Constantin, Julliard, 1970.
  • Lieutenant Karl, dramatique télé (Michel Wyn), INA, 1977.
  • Mort au champ d'honneur, Albin Michel, 1995.
Conte
  • L'Œil de loup du roi de Pharan, Sétif, 1945 (hors commerce).
Pamphlet
  • J'accuse le général Massu, Seuil, 1972.
Article de journal
  • Retour en Algérie par Jules Roy, Article paru dans L'Express le 15 mai 2003 [1]
Cinéma
  • La bataille du Tonkin, 1952. Documentaire historique sur les combats livrés en Indochine par le général de Lattre. Jules Roy en est le réalisateur sur des images tournées par les opérateurs de l'armée française.
Avec Jean Amrouche
  • D'une amitié. Correspondance (1937-1962), Édisud, 1985.

Remarque[modifier | modifier le code]

À ne pas confondre avec Jules Le Roy, peintre français ayant vécu de 1856 à 1922

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif et Jacques Cantier, Jules Roy et la révolution nationale : analyse d'un engagement, in Action, écriture, engagement. Actes de la journée d'Études du 5 octobre 2001. Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines, Presses du Service Historique de l'Armée de l'Air, 2002.
  • Christian Delporte, Patrick Facon, Jeannine Lepesant-Hayat, Jules Roy : un engagement, actes du colloque organisé par le CHCSC, octobre 2001, Paris, SHAA-UVSQ, 2002.
  • Jacques Cantier, Jules Roy : l'honneur d'un rebelle, Toulouse, Privat, coll. « Questions d'histoire immediate »,‎ 2001 (ISBN 978-2-708-90633-4).
  • Jean Louis Roy, Jules Roy : dernier vol, Paris, France, L'Harmattan,‎ 2004 (ISBN 2747575357)
  • Jean Louis Roy, Jules Roy, l'intranquille, Paris, Harmattan,‎ 2007 (ISBN 9782296026469).
  • Jean Louis Roy et auteurs réunis par l'Association du Centenaire Jules-Roy; JULES ROY : 100 ANS, L'Harmattan 2008, (ISBN 978-2-296-05812-5).
  • José Lenzini, Jules Roy Le céleste insoumis, Blida (Algérie), Editions du Tell,‎ 2007 (ISBN 9961773322)
  • Guy Dugas, Jules Roy chez Charlot, Pézénas, Domens,‎ 2007 (ISBN 9782915285888)
  • (en) Catharine Savage Brosman, Art as testimony : the work of Jules Roy, Gainesville, University of Florida Press,‎ 1989 (ISBN 0-813-00915-4)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bertrand Beyern, Guide des tombes d'hommes célèbres, Le Cherche midi,‎ 2011, 385 p. (ISBN 9782749121697, lire en ligne), p. 274.
  2. a, b, c, d, e et f Article en ligne de l'Encyclopaedia Universalis, entrée Jules Roy par Guy Dugas
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Article du journal Libération, "Jules Roy dans sa vallée heureuse", du 16 juin 2000
  4. a, b, c, d et e Article du magazine Regards, "Jules Roy : " Les miens vont rester à Sidi Moussa sans que jamais personne vienne les voir ?Nom de Dieu ! Je vais leur porter des roses. "", du 1er septembre 1998, entretien de l'auteur avec Aïcha Belhalfaoui
  5. a, b, c, d, e, f, g, h et i Article paru dans le Magazine L'Express, "Les vérités du Roy Jules", du 5 mars 1998
  6. Jules Roy, La France sauvée par Pétain, P&G Soubiron,‎ 1940.
  7. a et b Article de Guy Dugas pour le site internet des Archives de France
  8. a, b et c Article paru dans le magazine L'Express, "Jules Roy l'ermitte de Vezelay", du 1er mars 1995
  9. Fred Kupferman, Le procès de Vichy : Pucheu, Pétain, Laval : 1944-1945, Bruxelles Paris, Éd. Complexe, coll. « Historiques » (no 147),‎ 2006 (ISBN 978-2-804-80067-3), p. 95-96
  10. Jules Roy est a été invité dans l'émission Italiques de la deuxième chaîne de l'ORTF, le 17 février 1972, à l'occasion du dixième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie.
  11. Interview de Jules Roy par Bernard Pivot dans l'émission de télévision Apostrophe d'été du 28 juillet 1989, archives INA.