Mise en scène

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Même avec un décor épuré, la mise en scène joue un rôle important dans la perception par le spectateur, de par le placement des personnages, leur posture, l'éclairage, etc.

La mise en scène est selon la définition d’André Antoine (considéré en France comme le premier metteur en scène) « l’art de dresser sur les planches l'action et les personnages imaginés par l’auteur dramatique ». C’est l’ensemble de toutes les dispositions relatives à l’action, aux mouvements isolés ou concertés des acteurs, aux incidents qui doivent se produire autour d’eux, aux meubles, objets, accessoires, etc. La mise en scène, réglant les moindres détails, a pour effet d’assurer le jeu de chaque acteur et l’harmonie générale de l’exécution. On n’arrive à ce résultat qu’au prix de beaucoup d’habileté et d’expérience, par de nombreuses répétitions et la confiance mutuelle que donne aux acteurs l’habitude de jouer ensemble.

Par extension, une « mise en scène » est la préparation d'événements coordonnés avant leur accomplissement effectif.

Au sens large, on peut parler de mise en scène pour souligner l’aspect d’un événement qui n’est pas spontané.

Histoire de la mise en scène[modifier | modifier le code]

Le terme de « mise en scène » apparait semble-t-il au début du XIXe siècle dans la brochure d'un spectacle intitulé Riquet à la houppe de Dubois et Hapdé, joué en 1802. Cependant, si le métier de metteur en scène date de la seconde moitié du XIXe siècle, l’organisation d’une mise en scène théâtrale est apparue dès la fin du XVIIIe siècle, lorsqu’il n’y eut plus de spectateur privilégié assis directement sur la scène[réf. souhaitée].

Auparavant, les acteurs devaient interpréter leur rôle selon des conventions établies. Chaque artiste élaborait individuellement sa gestuelle et sa déclamation, il fournissait lui-même le costume de son personnage, et les mouvements de scène étaient réduits au strict nécessaire. C’est avec l’idée d’unifier le style d’un spectacle, dans le jeu des comédiens, les costumes et l’espace des décors, que les dramaturges et directeurs de théâtre ont commencé à élaborer des mises en scène[réf. souhaitée].

C'est au milieu du XIXe siècle que Richard Wagner formule ses principes dramaturgiques novateurs et les applique de manière concrète sur scène.

L'émergence de la mise en scène en France date du succès d'André Antoine et de son Théâtre-Libre en 1887. Cette émergence est influencée par plusieurs facteurs : l'avènement du mouvement naturaliste, la conscience des limites théâtrales actuelles dans une volonté de réalisme artistique et un climat profondément positif. Jules Renard travaille plusieurs fois en tant qu'auteur avec André Antoine. En 1900, il décrit ainsi son travail de mise en scène : « Répétition. Antoine est là et fait travailler, d'abord en scène, puis au foyer, avec une intelligence qui me rend modeste au point que je n'ose pas le contredire une fois. - Vous êtes indispensable, lui dis-je. - Je viendrai, dit-il, mais, quelquefois, ça m'embête. Il faut que je fasse deux métiers. Il joue, et c'est admirable de justesse, le rôle de Poil de Carotte sans dire une seule de mes phrases, mais il dit à « ses » femmes : - Ne touchez pas au texte. Si l'auteur a écrit ça, c'est qu'il a ses raisons. Il me dit, comme pour s'excuser : - Ne faites pas attention. Je leur indique là des choses de cabot. Quand c'est fini, je le remercie avec une joie enfantine. Guitry, c'est toute la diction, Antoine, toute l'action, je veux dire : le feu, la vie, le sens tout nu des phrases. »[1].

Louis Becq de Fouquières publie, en 1884, le premier ouvrage théorique sur le sujet, L’Art de la mise en scène : Essai d’esthétique théâtrale[2].

Vladimir Nijny publie après la mort du réalisateur russe Sergueï Eisenstein le livre Mettre en scène [3] qui reproduit les cours donnés par Eisenstein dans les années 1930 à la Faculté de mise en scène de l'Institut Cinématographique d'État [4]. Dans ce texte, Eisenstein exprime une conception de la mise en scène proprement cinématographique. Dans les travaux collectifs de mise en scène qu'il effectue avec ces élèves, Eisenstein s'appuie néanmoins sur la tradition théâtrale et utilise des textes littéraires à partir desquels il construit une mise en scène pour le cinéma. Eisenstein explique à ses étudiants : « La principale tâche du réalisateur lorsqu'il travaille à sa mise en scène est de rechercher les groupements possibles des personnages concernés. Une mise en scène n'est correcte que si elle manifeste les tendances des personnages en rapport avec le conflit moteur » [3].

L'auteur et le metteur en scène[modifier | modifier le code]

La problématique de la mise en scène est son rapport au texte, au respect plus ou moins strict de la pensée et des intentions de l'auteur. Historiquement se dégagent trois courant d'opinions.

Le premier s'appuie sur le respect scrupuleux du texte tant au niveau de la forme que de l'esprit. Se rattachent à cette tendance Firmin Gémier qui parle de « respect religieux et absolu », Jacques Copeau pour qui seul le texte compte, Georges Pitoëff qui estime que le premier devoir du metteur en scène est de « sacrifier tout le côté décoratif pour préserver le verbe », Louis Jouvet qui en assimilant la mise en scène à une prière parle de « l'aveugle dévotion du metteur en scène », Jean Vilar disant qu'« il faut s'en reporter à l'auteur, l'écouter, le suivre »[5].

Le deuxième groupe qui s'articule autour du respect du théâtre et revendique la liberté totale du metteur en scène par rapport au texte de l'auteur regroupe Antonin Artaud, Vsevolod Meyerhold, Adolphe Appia.

Le dernier courant qui assimile le théâtre à un instrument esthétique au service d'une idéologie politique regroupe Leon Schiller, Bertolt Brecht, Erwin Piscator.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jules Renard, Journal 1887 -1910, Bibliothèque de la Pléiade, éd. Gallimard (ISBN 2-07-010473-7).
  2. L’Art de la mise en scène - Site du projet Gutenberg.
  3. a et b de Sergueï Eisenstein et V. Nijny , Mettre en scène, éd. Union Générale d'Édition, coll. 10/18, traduit du russe par Jacques Aumont, 1973, dépôt légal no 8321.
  4. Jean-Louis Comolli, dans les Cahiers du cinéma, no 226/227, janvier 1971.
  5. André Veinstein, La mise en scène théâtrale et sa condition esthétique, éd. Flammarion, 1955, p. 294 (ISBN 273-4-90095-5).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Corvin, Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, éditions Bordas,‎ 2008 (ISBN 978-2-0473-1295-7)
    p.932
  • Dossier « La mise en scène : mort ou mutation ? » dans Critique 2011/11 no 774, 96 pages, ISSN : 0011-1600, ISBN 9782707322036, lire en ligne

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]