Marie-Laure de Noailles

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Marie-Laure de Noailles

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Marie-Laure de Noailles, en 1949, photographiée par Carl van Vechten

Naissance 31 octobre 1902
Paris
Décès 29 janvier 1970 (à 67 ans)
Paris
Nationalité française
Pays de résidence France
Profession


Marie-Laure Henriette Anne Bischoffsheim, par son mariage vicomtesse de Noailles, était une personnalité française du monde des arts, mécène, écrivain et peintre, née le 31 octobre 1902 à Paris, où elle mourut le 29 janvier 1970.

Famille[modifier | modifier le code]

Issue de l'aristocratie financière par son père, Maurice Bischoffsheim (1875-1904)[1] et descendante du marquis de Sade par sa mère, née Marie-Thérèse de Chevigné, Marie-Laure Bischoffsheim était l'unique héritière d'une grande fortune. Elle était la petite-fille de la fameuse Laure de Sade, comtesse de Chevigné, l'un des modèles de la duchesse de Guermantes de Marcel Proust. Sa mère, veuve, se remaria en 1910 avec l'auteur dramatique à la mode Francis de Croisset, dont elle eut un fils et une fille.

Marie-Laure Bischoffsheim épousa en 1923 le vicomte Charles de Noailles. De leur mariage naquirent deux filles :

  • Laure Madeleine Thérèse Marie de Noailles (1924-1979), qui épousa en 1946 Bertrand de La Haye Jousselin (1920-1995),
  • Nathalie Valentine Marie de Noailles (1927-2004), qui épousa en 1949 Alessandro Maria Perrone (1920-1980), dont elle se sépara en 1972.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marie-Laure de Noailles
Photo de Carl van Vechten (1949)

Elle ne connut pas son père, emporté par la tuberculose alors qu'elle était encore bébé, et un conseil de famille géra sa grande fortune. Elle vécut son adolescence dans un milieu mondain et cultivé. Elle passait ses étés à la villa Croisset à Grasse. Elle fut amie d'enfance de Jean Cocteau dont elle resta amoureuse toute sa vie (avec des éclipses).

Le couple Noailles fit édifier à Hyères, dans le Var, la villa Noailles ou villa Saint-Bernard, de forme cubiste (que l'on peut visiter aujourd'hui), commandée à l'architecte Robert Mallet-Stevens.

Leur hôtel particulier[2], au 11, place des États-Unis dans le XVIe arrondissement de Paris, fut le théâtre, pendant une quarantaine d'années, de réceptions somptueuses où la haute société parisienne et internationale côtoyait les artistes et les intellectuels du moment, dans un intérieur Art déco créé par Jean-Michel Frank[3]. Parmi les hôtes réguliers on peut citer Francis Poulenc, Henri Laurens, Darius Milhaud, Man Ray, Jean Hugo, Luis Buñuel, les frères Giacometti, Jacques Lacan et de nombreux autres. L'hôtel est aujourd'hui la Maison Baccarat.

Mécènes et collectionneurs[modifier | modifier le code]

Marie-Laure et Charles de Noailles pratiquèrent un mécénat à grande échelle.

Ils financèrent plusieurs projets cinématographiques, parmi lesquels :

  • le film de Man Ray Les Mystères du château du Dé (1928), tourné à la villa Noailles,
  • le premier film de Jean Cocteau, Le Sang d'un poète (1929),
  • le second film surréaliste de Luis Buñuel, L'Âge d'or (1930).
  • Marie-Laure de Noailles apparaît également dans les films réalisés par Pierre Clementi où l'on peut la voir à La Villa Noailles de Hyères dans les années 60...à l'époque où elle soutenait le jeune comédien.

En plus des commandes de pièces de musique composées pour ces films, ils soutinrent des compositeurs tels que Igor Stravinsky, Igor Markevitch, Francis Poulenc, Henri Sauguet et Georges Auric.

Ils rassemblèrent par ailleurs une très importante collection d'œuvres d'art, tant anciennes que modernes. Parmi les peintres dont les nombreux tableaux ornaient leur hôtel, il faut citer Van Dyck, Rubens, Watteau, Goya, Delacroix, mais également Braque, Klee, Matisse, Picasso, Balthus — qui fit le portrait de Marie-Laure en 1936[4] —, Mondrian, Max Ernst, Joan Miró. Et Jean Cocteau, son éternel ami, qui fit également son portrait.

Liaisons[modifier | modifier le code]

Les amis et relations de Marie-Laure étaient nombreux. Elle aimait en particulier s'entourer d'artistes souvent nettement plus jeunes qu'elle. Lorsqu'il s'avéra que son mariage battait de l'aile, elle eut des liaisons ou des amitiés amoureuses avec des hommes qui étaient en général homosexuels ou bisexuels. Parmi eux :

  • le millionnaire et mécène anglais Edward James, en 1933,
  • le compositeur Igor Markevitch[5], de onze ans son cadet, de 1933 à 1938 (Serge Lifar, en spectateur de cette liaison, lui donna le nom de Marie-Laure d'Agoult, la comparant ainsi à la maîtresse de Franz Liszt),
  • Michel Petitjean, de huit ans son cadet, en 1938,
  • le peintre Oscar Dominguez, qui se suicida en 1957,
  • l'éleveur de taureaux Jean Lafont.

Elle offrit également plus ou moins longuement ou fréquemment l'hospitalité, soit à Paris, soit à Hyères, à des amis liés à elle par des amours platoniques ou par l'amitié, comme

Indépendamment de son goût pour la musique contemporaine, la vicomtesse s'enticha de compositeurs ou chanteurs populaires, tels que Cole Porter, Gilbert Bécaud, Johnny Hallyday et Salvatore Adamo. À ce dernier, elle offrit une somptueuse fête d'anniversaire à Hyères.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Les surréalistes n'étant plus et elle-même s'étant assagie, Marie-Laure fit bénéficier de ses largesses des écrivains considérés comme étant 'de droite'. Elle rejoignit en 1955 le groupe qui, dans la mouvance des hussards avait fondé en 1953 une coterie anti-nouveau-roman et éditait les Cahiers des saisons. Elle assistait aux déjeuners mensuels qui se tenaient au restaurant Le Procope, dont elle règlait la note. Elle y rencontrait Jacques Brenner, Marcel Schneider, Matthieu Galey, Solange Fasquelle (née La Rochefoucauld), et tant d'autres.

En mai 68 elle retrouva son âme de gauche [6] (ou ses racines anarchistes) et se fit conduire en Rolls près des barricades du Quartier latin, accompagnée de Pierre Clementi afin d'y soutenir les étudiants contestataires.

Marie-Laure de Noailles mourut d'une embolie, le 29 janvier 1970 en l'hôtel Noailles à Paris. Après des obsèques en l'église Saint-Pierre-de-Chaillot, elle fut inhumée dans le caveau Bischofsheim, avenue Thierry, vingt-huitième division au cimetière Montparnasse.

Échantillon choisi[modifier | modifier le code]

Dans ses Exactitudes (Paris, Grasset, 1930) elle a écrit :

« La jeunesse

Je suis la Jeunesse, je possède tous les biens, et sur une étendue si longue qu'il m'est possible de ne songer à rien. Ma paresse est poésie. J'ignore le terme des choses. Sur ma route je ne vois que prolongation, souvent monotonie, par conséquent sécurité.

Je peux mépriser l'immédiat, dédaigner les désirs. Toute moisson s'efforce vers mes mains. Je fais rêver les antiques astres et la terre séculaire. Il n'est pas d'effort qui ne me soit facile ; mon courage même il ne faut pas l'appeler courage, il faut l'appeler espérance... »

Portraits de Marie-Laure[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

Photographie[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Portrait de Mme Bischoffsheim, grand-mère de la vicomtesse de Noailles, par John Everett Millais
  • Dix ans sur terre, Paris, 1937, livre dédié à Serge Lifar.
  • Les croquevivant, Paris, Delamain et Boutelleau, 1938.
  • La Tour de Babel, Villeneuve-lès-Avignon, 1942.
  • L'An Quarante, Paris, Jeanne Bucher, 1943.
  • La viole d'amour, Paris, Confluences, 1944.
  • Les îles invisibles, Paris, 1945.
  • Chanson verte et autres poésies, traduction de poèmes d'Edith Sitwell, Paris, Confluences, 1946.
  • Cires perdues, Paris, Pierre Seghers, 1953.
  • La chambre des écureuils, roman, Paris, Plon, 1955.
  • Lettres provençales, Toulon, 1957.
  • Journal d'un peintre, Paris, René Julliard, 1966.

Littérature et sources[modifier | modifier le code]

  • Princesse Bibesco, Laure de Sade, comtesse de Chevigné, Paris, Plon, 1950.
  • Misia Sert, Misia par Misia, Paris, Gallimard, 1952.
  • Patrick Waldberg, Catalogue de l'exposition de Marie-Laure, Galerie du Dragon, novembre 1964.
  • Paul Léautaud, 1954 à 1966 : Journal littéraire, Paris, Mercure de France, 1954 à 1966 (19 volumes)
  • Ned Rorem, Paris diaries 1951-1955, New York, 1966.
  • Jean Chalon, Marie Claire: "J'étais la Lolita de Jean Cocteau", in: Le Figaro littéraire, juin 1966.
  • Jacques Paget, Rencontre avec Marie Laure de Noailles, in: Midi Libre, 4 décembre 1966
  • Denise Bourdet, Marie-Laure de Noailles, dans: Pris sur le vif, Paris, Plon, 1967.
  • Jacques Paget, Rencontre avec Marie Laure de Noailles, in: Midi Libre, 14 avril 1969
  • François-Marie Banier, Marie Laure, in: Le Figaro, 14 janvier 1971.
  • Adeline Mallet, Douce époque, Paris, Grassin, 1972.
  • Claude Mauriac, Le temps immobile, tome I, Paris, Grasset, 1974.
  • Roger Peyrefitte, Propos secrets, Paris, Albin Michel, 1977.
  • Igor Markevitch, Être et avoir été, Paris, Gallimard, 1980.
  • (en) Edward James, Swans Reflecting Elephants: My Early Years, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 1982.
  • Jean Hugo, Le Regard de la mémoire, Actes Sud, 1983.
  • Abbé Mugnier, Journal, Paris, Mercure de France, 1985.
  • Matthieu Galey, Journal 1. 1953-1973, Paris, Grasset, 1987.
  • Matthieu Galey, Journal 2. 1974-1986, Paris, Grasset, 1989.
  • François Buot, Crevel, Paris, Grasset, 1991
  • James Lord, Marie-Laure de Noailles, dans: Cinq femmes exceptionnelles, Paris, Plon, 1996.
  • Hubert Damisch, Villa Noailles, Marval, 1997.
  • Marcel Schneider, L'Éternité fragile, mémoires, Paris, Grasset, 1989-2001, en particulier: Tome III, Innocence et Vérité.
  • Patrick Mimouni (réalisateur), Les films du Labyrinthe (ed.), Charles et Marie-Laure de Noailles, essai filmé, 1991
  • Jean-Noël Liaut, Natalie Paley: La princesse dechirée, Paris: Filipacchi, 1996, ISBN 2-85018-295-8.
  • Laurence Benaïm, Marie-Laure de Noailles, la vicomtesse du bizarre, Paris, Grasset, 2001, Le Livre de Poche, 2003.
  • Antoine d'Arjuzon, Violet Trefusis, une passion inachevée, Perrin, 2001, ISBN 2-262-01611-9.
  • Claude Arnaud, Jean Cocteau, Paris, Gallimard, 2003.
  • Ned Rorem, Journal parisien, 1951-1955, traduit de l'anglais et présenté par Renaud Machart, Paris, Éditions du Rocher, 2003.
  • François Dufay, Le soufre et le moisi. La droite littéraire après 1945, Paris, Perrin, 2006.
  • Françoise Wagener, Je suis née inconsolable : Louise de Vilmorin (1902-1969), Albin Michel, 2008, ISBN 978-2-226-18083-4.
  • Jean-Pierre Pastori, Serge Lifar: La Beauté du diable, Lausanne, Favre, 2009.
  • Meredith Etherington-Smith, Marie-Laure de Noailles, inspiration and muse of the collection, dans: Collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, Christie's Magazine, 2009, p. 168-172.
  • Jean-Marc Roberts, François-Marie, Gallimard, 2011.
  • L'Intégrale- Pierre Clémenti Cinéaste Éditions Choses Vues

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Maurice Bischoffsheim est le fils d'un richissime banquier juif allemand, Ferdinand Bischoffsheim, et de son épouse américaine, née Mary Paine, descendante d'une lignée de quakers, dont il reste un portrait par John Everett Millais.
  2. Construit par le grand-père de la vicomtesse, Ferdinand Bischoffsheim.
  3. La décoration a disparu dans les années 1980.
  4. Connaissance des arts, n° 152, octobre 1964, p. 68-91.
  5. Igor Markevitch, Être et avoir été, Paris, Gallimard, 1980.
  6. http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-sociale/video/CPF86651475/la-revolte-est-a-nice.fr.html