Anschluss

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L’Anschluss ou Anschluß[Note 1],[Note 2] est l’annexion de l’Autriche par l'Allemagne nazie le 12 mars 1938.

Les événements de 1938 ont marqué le point culminant des pressions transnationales pour unifier les populations allemandes et autrichiennes au sein d’une même nation. Dans les années qui précédèrent l’Anschluss, l’Allemagne nazie avait soutenu le parti nazi autrichien dans sa tentative de conquérir le pouvoir et de doter l’Autriche d’un gouvernement nazi. Totalement attaché à l’indépendance de son pays, mais soumis à des pressions grandissantes, le chancelier autrichien, Kurt von Schuschnigg, tenta d’organiser un référendum pour demander à la population autrichienne si elle souhaitait rester indépendante ou être incorporée à l’Allemagne.

Alors que le chancelier espérait un résultat favorable au maintien de l’indépendance de l’Autriche, le parti nazi autrichien organisa un coup d'État, planifié de longue date, le 11 mars 1938, peu avant le référendum, qui fut annulé. Le pouvoir ayant été transféré à l’Allemagne, les troupes de la Wehrmacht entrèrent en Autriche pour soutenir l’annexion, sans rencontrer la moindre opposition. Au cours du mois suivant, les nazis organisèrent un plébiscite, demandant au peuple de ratifier le rattachement de l’Autriche au Reich, qui, de facto, avait déjà eu lieu : 99 % des votes furent favorables à l'annexion.

Si les Alliés de la Première Guerre mondiale étaient, en théorie, responsables du respect des termes du traité de Versailles et du traité de Saint-Germain-en-Laye, qui prohibaient une union entre l’Allemagne et l’Autriche, l'Anschluss ne suscita que peu de protestations de la France ou du Royaume-Uni, protestations qui furent d'ailleurs uniquement diplomatiques et n'eurent aucun effet.

L’Anschluss fut une des étapes majeures dans la création, voulue depuis longtemps par Adolf Hitler, d’un Reich regroupant les pays et territoires germanophones. Avant l’Anschluss, l’Allemagne avait déjà récupéré la Rhénanie et la Sarre après quinze années d’occupation par les troupes françaises ; après l’annexion de l’Autriche, elle s’empara du territoire des Sudètes, en Tchécoslovaquie, le reste du pays étant transformé en protectorat en 1939. Au cours de la même année, l’Allemagne annexa également le territoire de Memel, en Lituanie, ce qui constitua le dernier agrandissement territorial du Troisième Reich sans recours aux armes, avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

L'Anschluss entraîna une profonde « nazification » de la société autrichienne, qui laissa encore des traces dans l'histoire politique récente du pays, et l’Autriche cessa d’exister en tant qu’État indépendant jusqu’en 1945. Considérée comme « la première victime du nazisme » par les Alliés, l'Autriche fut dotée d'un gouvernement provisoire le 27 avril 1945, lors de sa libération par l'Armée rouge. Elle retrouva sa pleine souveraineté en 1955.

Les prémices[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Empire allemand et Austrofascisme.
La dissolution de l'Autriche-Hongrie.

Du XIXe siècle à la fin des années 1920[modifier | modifier le code]

Le projet de regrouper tous les Allemands au sein d’un seul État fait l’objet de débats sans suite concrète depuis la fin du Saint-Empire germanique en 1806. En 1848, le parlement de Francfort émet le vœu de rassembler tous les Allemands en un seul État national homogène, intégrant les Allemands autrichiens et rejetant la monarchie multinationale des Habsbourgs[1]. En 1850, l'Autriche rejoint la confédération germanique dont elle est exclue par Otto von Bismarck en 1866, à la suite de la guerre austro-prussienne[1].

Dans les années qui suivent, le rattachement à l'Allemagne n'est soutenu en Autriche que par le parti national allemand, qui reste minoritaire[1] et n'est pas soutenu par l'Allemagne : craignant que l'Autriche ne recherche à fonder une coalition anti-allemande, Bismarck adopte, à partir de 1870, une politique qui vise à rassurer Vienne et déclare, le 7 février 1871, que les aspirations de la fraction qui œuvre à l'intégration des territoires allemands de la couronne autrichienne à l'Allemagne ne correspondent pas aux objectifs de sa politique[2]. L'Autriche se rapproche à nouveau de l'Allemagne en octobre 1879, lorsqu'elle conclut avec celle-ci un traité d'alliance militaire défensive : « François-Joseph devenait l'allié de Guillaume Ier en attendant d'être, en 1914, « le brillant second » de Guillaume II[3]. » Cette « confédération germanique sous une forme actualisée » suscite des réserves en Autriche, à cause de la prépondérance de Berlin[4].

Du point de vue des idées, par contre, les idéologues Völkisch, opposés à Bismarck, appellent de leurs vœux le rattachement de l'Autriche à l'Allemagne: ainsi, Paul de Lagarde voit dans l'Anschluss la première étape de la réalisation de la Mitteleuropa germanique, il propose même un plan précis d'union entre le Reich et la Double Monarchie, dont les premières étapes seraient un traité d'alliance indissoluble ; ensuite, le plan de Lagarde prévoit l'expulsion des populations non germaniques, envoyés dans des zones où elles seront confinées, la mise en place d'institutions communes, d'inspiration conservatrices, une union douanière et la possibilité d'une union personnelle[5].

Lorsque l’empire austro-hongrois éclate à la suite de sa défaite lors de la Première Guerre mondiale, de nombreux Allemands et Autrichiens germanophones espèrent une unification des deux États, dans le cadre de la réorganisation de l’Europe : les traités de Versailles et celui de Saint-Germain, en son article 80, excluent explicitement la possibilité d’une unification entre l’Autriche et l’Allemagne sauf à obtenir l'accord de la Société des Nations[6],[7], les vainqueurs voulant maintenir les vaincus dans une situation d'impuissance militaire[8].

Toujours sous la pression des Alliés, le nom du nouvel État initialement dénommé, en octobre 1918, Deutsch-Österreich (République d'Autriche allemande) est transformé en Republik Österreich[7]. Les milieux politiques autrichiens sont divisés sur la question de l'unification : si certains sociaux-démocrates, emmenés par Otto Bauer, souhaitent une unification, les sociaux-chrétiens y sont opposés, notamment par crainte du protestantisme allemand[9]. En Allemagne, dès 1920, le programme du Parti nazi exige la fusion de tous les Allemands [...] dans une grande Allemagne, ce qui préfigure implicitement l'Anschluss ; en 1925, dans Mein Kampf, Adolf Hitler est nettement plus explicite :

« L'Autriche allemande doit revenir à la grande patrie allemande et ceci, non pas en vertu de quelconques raisons économiques. Non, non : même si cette fusion, économiquement parlant, est indifférente ou même nuisible, elle doit avoir lieu quand même. Un seul sang exige un seul Reich. »

— Adolf Hitler, Mein Kampf[10].

De 1930 à 1938[modifier | modifier le code]

Le 18 mars 1931, le projet d'union douanière dit « plan Schober-Curtius », du nom des ministres des affaires étrangères autrichien Johann Schober et allemand Julius Curtius, est signé entre l'Allemagne et l'Autriche. La France s'y oppose. Le 3 septembre les deux ministres annoncent officiellement à la commission des affaires européennes de la Société des Nations qu'ils y renoncent. Le 5 septembre 1931, la Cour internationale de justice de La Haye, s'appuyant sur l'article 88 du traité de Saint-Germain-en-Laye et sur le protocole de Genève du 4 octobre 1922, condamne cette union douanière par 8 voix contre 7[11].

Article connexe : Guerre civile autrichienne.

Au cours des années 1930, les nazis autrichiens connaissent une notable progression sur le plan électoral, en passant de 112 000 voix aux élections de 1930 à 230 000 voix lors des élections partielles de 1932, dans les Länder de Vienne, Salzbourg et Styrie[12]. Maintenus dans l'opposition, ils se lancent dans une stratégie de tension et recourent au terrorisme, ce qui débouche, le 19 juin 1933, sur l'interdiction du parti nazi à la suite d'un attentat meurtrier contre des gymnastes catholiques[13]. Face aux tensions entre les socialistes, appuyés par leur milice, le Schutzbund, et les catholiques, eux aussi appuyés par une milice, les Heimwehren, le Chancelier chrétien-social Engelbert Dollfuss établit, en mars 1933, une dictature cléricalo-fasciste à parti unique, connue sous le nom d'Austrofascisme[14] : il ajourne le parlement, dissout le parti communiste et le parti nazi, et utilise les Heimwehren comme police auxiliaire pour écraser le soulèvement des socialistes viennois en mars 1934[15] ; la répression fait un millier de morts et trois à quatre mille blessés[14].

Le 25 juillet 1934, les nazis autrichiens tentent un coup d'État lors duquel ils assassinent Dolfuss, assassinat vraisemblablement commandité par Adolf Hitler[16]; la tentative de prise de pouvoir échoue, au grand dam de celui-ci, qui n'ose cependant intervenir en raison de la position de l'Italie fasciste, Benito Mussolini garantissant l'indépendance de l'Autriche[17].

Bien qu'il ait affirmé lors de la parution du premier volume de Mein Kampf, en 1925, que l'union de l'Allemagne et de l'Autriche était, pour les Allemands, « une tâche qu'ils [les Allemands] devaient s'employer à accomplir, par tous les moyens et tout au long de leur vie[18] », l'échec du putsch et l'attitude de l'Italie forcent Hitler à adopter une position publique conciliante et rassurante : dans l'important discours qu'il prononce devant les membres du Reichstag, le 21 mai 1935, Hitler affirme que « l'Allemagne n'a ni l'intention, ni le désir de se mêler des affaires intérieures de l'Autriche, d'annexer l'Autriche ou de réaliser l'Anschluss[19]. » L'absence de réaction des puissances alliées à l'entrée des troupes allemandes en Rhénanie, en mars 1936, permet à Hitler de renforcer la pression sur l'Autriche et de contraindre le successeur de Dolfuss, Kurt von Schuschnigg, à entamer avec Franz von Papen, ambassadeur à Vienne, des négociations visant à rapprocher les deux pays sous l'égide allemande[20].

De 1934 à 1938, Schuschnigg mène une intense mais prudente activité diplomatique afin de faire garantir l'indépendance de son pays par l'Italie, la France et la Grande-Bretagne pendant que le chef d'état-major de l'armée autrichienne, Alfred Jansa, dresse des plans pour s'opposer militairement à une éventuelle agression allemande[21].

Si l'accord du 11 juillet 1936 réaffirme le maintien de l'indépendance de l'Autriche, celle-ci est désignée comme « le second État allemand » et elle s'engage à « mener une politique extérieure conforme aux intérêts pangermaniques » et à autoriser l'activité politique du parti nazi[22]. Au cours de l'été 1937, Hitler fait part à Joseph Goebbels de sa volonté de résoudre le problème autrichien par la force, non seulement pour des raisons idéologiques, stratégiques et militaires, mais aussi pour des motifs économiques, l'Autriche disposant d'importantes réserves d'or et de devises, de main-d'œuvre et de matières premières[23] ; ces motifs économiques expliquent le rôle majeur joué par Hermann Göring, ministre du Plan quadriennal, dans la préparation et l'exécution de l'Anschluss[24] , [Note 3] Lors de la signature par Mussolini du pacte anti-Komintern, le 6 novembre 1937, le Duce déclare à Joachim von Ribbentrop que les événements en Autriche peuvent suivre leur cours naturel : la souveraineté de l'Autriche a perdu son dernier garant[25], la France et la Grande-Bretagne n'ayant pas montré d'intérêt pour la défense de l'indépendance autrichienne[26].

L'Anschluss[modifier | modifier le code]

Les premières actions d’Hitler[modifier | modifier le code]

Début 1938, Adolf Hitler a consolidé son pouvoir en Allemagne, notamment avec la mise à l'écart de Werner von Blomberg et de Werner von Fritsch[27], et il est prêt à atteindre l’un des objectifs qu’il s’est fixé de longue date : l’expansion du Reich.

Il rencontre le chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg le 12 février 1938 à Berchtesgaden, en Bavière. Schuschnigg est accueilli à la frontière par Franz von Papen, pourtant limogé de son poste à Vienne depuis le 4 février, qui lui annonce que la rencontre se déroulera en présence de Wilhelm Keitel, le nouveau chef de l'OKW, de Walter von Reichenau, commandant des forces terrestres dans la zone austro-bavaroise, et de Hugo Sperrle, responsable de la Luftwaffe dans la même région, « arrivés par hasard[28] ». Hitler accueille Schuschnigg avec une courtoisie minimale et se lance, dès le début de leur tête-à-tête, dans une diatribe cinglante. Ses vitupérations durent toute la matinée et mettent le chancelier autrichien sous une forte pression[29].

« Vous avez tout fait pour empêcher une politique amicale [...]. L'histoire de l'Autriche n'est qu'un acte ininterrompu de haute trahison. [...] Ce paradoxe historique doit maintenant parvenir à son terme, qui devrait être depuis longtemps échu. Et je puis vous l'affirmer ici, monsieur Schuschnigg : je suis absolument résolu à ce que cela cesse. Le Reich allemand est l'une des grandes puissances et personne n'osera élever la voix s'il décide de régler le problème de ses frontières. »

— Adolf Hitler au chancelier Schuschnigg[28]

Dans l'après-midi, Joachim von Ribbentrop et Franz von Papen présentent à Schuschnigg un projet d'« accord », en lui précisant qu'il n'est pas négociable[28]. L'interdiction des activités du parti nazi autrichien doit être levée et ses membres en prison amnistiés. Arthur Seyss-Inquart, un avocat membre du parti nazi, doit être nommé ministre de l’Intérieur ayant l'autorité sur les services de police et de sécurité, et Edmund Glaise-Horstenau, ministre sans portefeuille[30]. Les armées allemande et autrichienne doivent établir des relations étroites, et le système économique autrichien doit être intégré à celui de l'Allemagne[28]. Lors de la seconde entrevue du chancelier autrichien avec Hitler, celui-ci le menace explicitement d'une intervention militaire en cas de refus : Schuschnigg finit par céder[28], ce qui inspire à Hitler le commentaire que « les canons parlent toujours le bon langage[31] ».

De retour à Vienne, Schuschnigg fait part au président de la république autrichienne, Wilhelm Miklas, des exigences allemandes, qui doivent être officiellement acceptées au plus tard le 15 février et mises en œuvre le 18 ; devant le refus de Miklas de mettre Seyss-Inquart à la tête des forces de police et de sécurité, Hitler, informé par von Papen, fait organiser des manœuvres miliaires le long de la frontière. Miklas cède à son tour et, le 16 février, le gouvernement autrichien annonce l'amnistie générale des nazis emprisonnés, y compris des assassins d'Engelbert Dollfuss, et la nomination de Seyss-Inquart comme ministre de la Sûreté[32],[Note 4].

Le 18 février, les SA défilent en uniforme à Linz avec d'immenses drapeaux à croix gammée. Le 1er mars, Arthur Seyss-Inquart se rend à Graz et, selon un journaliste britannique, on croirait entrer dans une ville de l'Allemagne nazie : la majorité des gens dans les rues portent des emblèmes à croix gammée, soit des insignes en métal, soit le sigle officiel du NSDAP, et les jeunes gens échangent des saluts hitlériens et certains chantent le Horst-Wessel-Lied[33].

Malgré l'acceptation de l'« accord », Hitler durcit encore le ton lors d'un discours devant les membres du Reichstag, le 20 février 1938.

« Plus de 10 millions d'Allemands vivent dans deux des États qui ont une frontière commune avec nous[Note 5]. Pour une puissance mondiale, il est intolérable de savoir qu'à ses côtés des frères de race subissent à chaque instant les plus cruelles souffrances parce qu'ils se sentent solidaires de la nation tout entière, en union avec elle, avec sa destinée et sa Weltanschauung. C'est au Reich allemand de protéger les peuples germaniques qui ne sont pas en mesure d'assurer, par leur propre effort, le long de nos frontières, leur liberté politique et spirituelle. »

— Adolf Hitler[32].

L'hôtel de ville de Graz

Quatre jours plus tard, dans un discours au Bundestag, le parlement autrichien, Schuschnigg réplique en déclarant que « l'Autriche s'est engagée sur la voie des concessions jusqu'au point où nous devons nous arrêter, nous n'irons pas plus loin » et en affirmant que l'Autriche ne renoncera jamais à son indépendance[32]. La radiodiffusion du discours de Schuschnigg suscite de violentes réactions des nazis autrichiens : à Graz, 20 000 nazis envahissent la place de l'Hôtel-de-Ville, détruisent les haut-parleurs et remplacent le drapeau autrichien par la bannière allemande à croix gammée, sans que la police, soumise à l'autorité de Seyss-Inquart, intervienne[32].

Au cours des semaines qui suivent, le chancelier autrichien recherche le soutien de la classe ouvrière au travers des syndicats et du parti social-démocrate, dont il a pourtant maintenu l'interdiction prononcée par Dollfuss après la répression de 1934 ; cela n'empêche pas les socialistes de proclamer leur soutien au gouvernement pour préserver l'indépendance du pays et d'organiser un rassemblement populaire le 4 mars, leur seule demande étant que leur activité politique soit à nouveau autorisée, comme cela a déjà été le cas pour celle du parti nazi autrichien[32].

Le projet de référendum et la démission de Schuschnigg[modifier | modifier le code]

Le 9 mars 1938, Schuschnigg fait une dernière tentative pour préserver l’indépendance de l’Autriche : il annonce, lors d'un discours à Innsbruck, sans avoir prévenu ses ministres, la tenue d’un référendum[Note 6] pour le 13 mars[34], appelant les électeurs à soutenir « une Autriche libre et allemande, indépendante et sociale, chrétienne et unie, pour la liberté et le travail, et pour l'égalité de tous ceux qui se déclarent pour la race et la patrie », formulation qui laisse augurer d'un vote largement positif[35]. Afin de s’assurer une large majorité, il fixe l’âge minimum pour voter à vingt-quatre ans, afin d’exclure les électeurs plus jeunes, largement acquis au nazisme[34]. L’organisation de ce référendum constitue un pari risqué pour Schuschnigg : selon Alfred Jodl, « le Führer est résolu à ne pas tolérer cela ». Dans la soirée du 9 et dans la nuit du 9 au 10, Hitler consulte de nombreux dignitaires politiques et militaires nazis, et ordonne à Wilhelm Keitel dès le matin du 10 mars d'envahir l'Autriche le samedi 12. Au cours des journées des 10 et 11 mars, Keitel, Ludwig Beck, et Erich von Manstein préparent l'opération et arrivent à envoyer les ordres de mobilisation aux unités concernées dès le 11 mars vers 18 heures 30[34]. Pendant ce temps, Adolf Hitler envoie un courrier à Benito Mussolini, par lequel il lui fait part de sa décision « de rétablir la loi et l'ordre dans [son] pays natal », faisant état de la situation d'anarchie qui règne en Autriche et du fait que l'Autriche et la Tchécoslovaquie se préparent à lancer vingt millions d'hommes à l'assaut de l'Allemagne, assertions qui sont, selon William L. Shirer, « un tissu de mensonges »[34].

Le vendredi 11 mars, Schuschnigg est réveillé, à cinq heures trente du matin, par un appel téléphonique du chef de la police autrichienne, qui lui annonce la fermeture de la frontière à Salzbourg, l'arrêt des transports ferroviaires entre l'Allemagne et l'Autriche et des concentrations de troupes allemandes ; à dix heures, Arthur Seyss-Inquart et Edmund Glaise-Horstenau font part au chancelier autrichien de l'exigence d'Hitler de voir le plébiscite annulé sous peine d'invasion militaire[36]. Expirant normalement à midi, l’ultimatum est reporté jusqu’à deux heures[30], heure à laquelle Schuschnigg accepte d'annuler le plébiscite. Prévenu de cette décision par Seyss-Inquart, et après avoir conféré avec Hitler, Hermann Göring formule de nouvelles exigences : la démission de Schuschnigg et son remplacement par Seyss-Inquart[37]. Il demande également à ce dernier d'envoyer, dès sa nomination, un télégramme demandant aux autorités allemandes d'envoyer des troupes en Autriche pour y maintenir l'ordre[36].

Dans un premier temps, le président autrichien, Wilhelm Miklas, refuse la démission du chancelier, ce dont Göring est immédiatement averti par téléphone par Seyss-Inquart[37]. À la suite de cette nouvelle, Göring se rend chez Hitler, dont il obtient, après une demi-heure de discussion, qu'il donne l'ordre à la 8e armée d'entrer en Autriche à l'aube du 12 mars[37]. Soumis à des pressions de plus en plus fortes, Miklas accepte finalement la démission de Schuschnigg, mais refuse de désigner Seyss-Inquart comme chancelier[36].

Schuschnigg annonce sa démission peu après dix-neuf heures trente dans un communiqué radiophonique :

« Le gouvernement allemand a remis aujourd'hui au Président Miklas un ultimatum lui ordonnant, dans un délai imposé, de nommer au poste de Chancelier une personnalité désignée par le gouvernement allemand ; en cas de refus, les troupes allemandes envahiraient l'Autriche. [...] Le Président Miklas m'a demandé de faire savoir au peuple d'Autriche que nous avons cédé à la force parce que nous refusons, même en cette heure terrible, de verser le sang. Nous avons donc décidé d'ordonner aux troupes autrichiennes de n'opposer aucune résistance. Je prends donc congé du peuple autrichien, en lui adressant cette formule d'adieu allemande, prononcée du plus profond de mon cœur : Dieu protège l'Autriche. »

— Kurt Schuschnigg, le 11 mars 1938[38].

À cette annonce, la foule se déchaîne à Vienne, brisant les vitrines des commerces appartenant à des Juifs ou molestant ceux-ci ; selon un journaliste témoin des faits, « la ville se transforme en un cauchemar peint par Jérôme Bosch [...] Ce qui se déchaîne à Vienne est un torrent d'envie, de jalousie, d'amertume, d'aveuglement, une malveillante envie de revanche[39]. »

Bien organisés, les nazis autrichiens prennent le pouvoir en Carinthie et en Styrie, et occupent des bâtiments publics et des gares ferroviaires à Innsbruck, Linz, Salzbourg, Graz, Klagenfurt et Vienne[37]. Le refus du président Miklas de constituer un gouvernement nazi dirigé par Seyss-Inquart, et l'absence d'un télégramme d'appel à l'aide venant de celui-ci, mettent Hitler hors de lui : à 20 heures 45, il donne formellement l'ordre d'invasion ; trois minutes plus tard, il fait transmettre à Seyss-Inquart le texte du télégramme, en précisant qu'il n'est plus nécessaire de l'envoyer mais simplement de marquer son accord sur son contenu[40]. Dans la nuit, le texte du télégramme[Note 7] est envoyé à la presse allemande qui le publie le lendemain matin : la Une du Völkischer Beobachter porte comme manchette « L'AUTRICHE ALLEMANDE SAUVÉE DU CHAOS »[40]. Vers minuit, après que les principaux centres du pouvoir à Vienne sont tombés entre les mains des nazis autrichiens et que la plupart des membres du gouvernement a été arrêtée, et vu l'absence de réaction de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Italie et de la Tchécoslovaquie, le président Miklas accepte de nommer Seyss-Inquart chancelier[40]. Celui-ci tente en vain d'empêcher l'arrivée des troupes allemandes, en appelant la chancellerie du Reich et l'OKW : « Hitler avait pris l'une de ses décisions inébranlables ; il ne pensait pas seulement qu'il était immoral de laisser une telle armée désœuvrée, il considérait également que les nazis autrichiens n'étaient pas dignes de confiance[37]. »

L’annexion[modifier | modifier le code]

L'arrivée des unités blindées à Vienne

Le matin du 12 mars 1938, la 8e armée de la Wehrmacht franchit la frontière austro-allemande. Les troupes allemandes ne rencontrent aucune résistance de la part de l’armée autrichienne[30], bien au contraire : elles sont accueillies par des acclamations, des Heil Hitler, des drapeaux nazis et des fleurs, ce qui explique que cette invasion soit parfois nommée Blumenkrieg (« la guerre des fleurs »). Après les unités motorisées, c'est à l'infanterie d'entrer en Autriche, non en formation de combat, mais en défilant avec drapeaux et musique militaire[41]. Pour un officier, « jamais des troupes allemandes n'ont été accueillies aussi chaleureusement depuis le défilé triomphal de Bismarck lors de la fondation du Reich[41]. » Peu avant midi, la 2e division blindée, commandée par Heinz Guderian, arrive à Linz. Guderian y est rejoint par Heinrich Himmler, Arthur Seyss-Inquart et Edmund Glaise-Horstenau qui lui annoncent que l'arrivée d'Adolf Hitler est prévue vers quinze heures[41]. La Wehrmacht révèle cependant son impréparation puisque pas moins de 70 % de ses véhicules tombent en panne sur la route de Vienne[42].

Hitler pénètre en Autriche peu avant seize heures à Braunau, son village natal. En raison de la foule amassée sur son passage, il n'arrive à Linz que vers dix-neuf heures trente, où il reçoit un accueil enthousiaste ; lorsqu'il y prend la parole d'un balcon de l'hôtel de ville, il est acclamé par 60 à 80 000 personnes[41].

L'occupation systématique de la totalité du territoire autrichien se poursuit méthodiquement : à Salzbourg, les troupes de montagne allemandes découvrent une ville pavoisée de drapeaux nazis et à son arrivée à Vienne, vers minuit, Guderian reçoit un accueil enthousiaste[43]. S'il n'était pas prévu, à l'origine, d'envoyer des troupes en Styrie et en Carinthie, Hitler modifie ses plans au vu de l'accueil réservé aux soldats allemands par la population autrichienne : dans la journée du 13 mars, les hommes du 2e régiment de parachutistes atterrissent à Graz ; dans ces deux provinces, les unités sont à nouveau « bombardées de fleurs, même dans les hameaux slovènes à la frontière avec la Yougoslavie[43] ». Dans la soirée du 14 mars, toute l'Autriche est occupée[43].

Le 14 mars 1938, Hitler quitte Linz pour se diriger vers Vienne en faisant une étape à Melk, puis à Sankt Pölten : de cette ville, il poursuit son trajet vers la capitale à vingt kilomètres par heure, afin de satisfaire la foule[43]. Peu avant dix-huit heures, le Führer pénètre à Vienne par la Ringstrasse et se rend à l'hôtel Impérial pour y rencontrer les membres du nouveau gouvernement dirigé par Seyss-Inquart. Bien que la foule ait été avertie que Hitler était trop fatigué pour prendre la parole, des milliers de personnes restent massées à l'extérieur de l'hôtel : Hitler adresse cependant à la population un bref discours qu'il conclut par « personne ne pourra jamais diviser à nouveau le Reich allemand tel qu'il existe aujourd'hui[43] ».

La Heldenplatz

Le lendemain, au milieu de la matinée, près de 250 000 personnes se dirigent vers la Heldenplatz, où Hitler arrive vers onze heures et reçoit un accueil triomphal de la foule rassemblée sur la place et à ses alentours. « Elle est composée de personnes issues de toutes les classes sociales. Pour une fois, ouvriers et bourgeois se tiennent côte à côte, avec un enthousiasme indivisible. Mon impression prédominante et qu'elle est composée de jeunes plutôt mal habillés. Il ne s'agit pas d'un rassemblement de réactionnaires réunis pour célébrer leur triomphe. Quelle que soit sa motivation, c'est le peuple de Vienne qui emplit les rues[43]. »

Par la suite, Hitler commente cet épisode comme suit : « Certains journaux étrangers ont prétendu que nous nous sommes abattus sur l'Autriche en employant des méthodes brutales. [...] Quand j'ai franchi la frontière, j'ai été submergé par un flot d'amour tel que je n'en avais jamais connu. Nous ne sommes pas arrivés en tyrans mais en libérateurs[44]... »

Dans la soirée du 15 mars, comme lors de celle du 11, une partie de la foule s'en prend aux Juifs, forçant les familles à sortir de chez elles et à s'agenouiller dans les rues, sous les cris de « Mort aux Juifs »[43].

Les premières réactions[modifier | modifier le code]

En Autriche[modifier | modifier le code]

Selon E.B. Bukey, l'enthousiasme d'une grande partie de la population à l'égard de l'Anschluss est spontané et tient essentiellement à quatre facteurs : l'annexion s'est déroulée sans effusion de sang ; les troupes allemandes sont perçues à la fois comme le moyen d'éviter une guerre civile et comme une protection contre une agression extérieure ; l'essor économique de l'Allemagne devrait également améliorer la situation en Autriche ; enfin, il n'y a que peu de doutes sur le fait que des millions de personnes ont soutenu l'Anschluss en y voyant une chance de mettre fin à ce que l'on appelle la question juive[45].

Dès leur entrée en Autriche, les Allemands recherchent et obtiennent le soutien de deux piliers de la société autrichienne, à savoir la hiérarchie catholique et les dirigeants sociaux-démocrates.

Cardinal Theodor Innitzer portant la Cappa Magna, vers 1933

Le cardinal Theodor Innitzer, qui est en outre une des personnalités du mouvement social-chrétien, déclare dès le 12 mars : « Les catholiques viennois devraient remercier le Seigneur pour le fait que ce grand changement politique se soit déroulé sans effusion de sang, et prier pour un grand avenir pour l’Autriche. Il va de soi que tout le monde devrait obéir aux ordres des nouvelles institutions. » Les autres évêques autrichiens adoptent la même position dans les jours qui suivent et remercient l'Allemagne d'avoir « sauvé l'Autriche du péril bolchévique[30]. » Le 27 mars suivant, une déclaration collective de l’épiscopat d’Autriche est lue dans toutes les Églises : « Nous reconnaissons avec joie que le mouvement national-socialiste a fait et fait encore œuvre éminente dans le domaine de la construction nationale et économique comme aussi dans le domaine de la politique sociale pour le Reich et la nation allemande, et notamment pour les couches les plus pauvres de la population... Au jour du plébiscite, il va sans dire que c’est pour nous un devoir national, en tant qu’Allemands, de nous déclarer pour le Reich allemand, et nous attendons également de tous les chrétiens croyants qu’ils sauront ce qu’ils doivent à leur nation. »

À Rome, Radio Vatican dénonce aussitôt la diffusion de ce texte, et le pape Pie XI et le cardinal secrétaire d'État Pacelli, demandent à Innitzer de venir s’expliquer devant eux. Le 6 avril, avant de rencontrer le pape, Innitzer s’entretient avec le secrétaire d'État Pacelli, qui lui ordonne de rédiger un document, au nom de tous les évêques d’Autriche, à paraître dans L'Osservatore Romano, affirmant que : « La déclaration solennelle des évêques autrichiens […] n’avait pas pour but d’être une approbation de quelque chose qui est incompatible avec la loi de Dieu », et précisant également que cette première déclaration avait été faite sans l’accord de Rome.

Même le social-démocrate Karl Renner, père fondateur de la première république, annonce son soutien à l’Anschluss et appelle tous les Autrichiens à voter favorablement lors du plébiscite. Pendant l'été et l'automne 1938, il écrit un ouvrage de 80 pages au titre révélateur : Die Gründung der Republik Deutschösterreich, der Anschluss und die Sudetendeutschen (La fondation de la république austro-allemande, l'Anschluss et les Allemands des Sudètes)[46],[Note 8].

À l'étranger[modifier | modifier le code]

Les réactions à l’étranger peuvent être considérées comme modérées. Pour le Times, l’Anschluss n’est pas tellement différent de la réunion de l’Écosse à l’Angleterre accomplie deux siècles auparavant. La position officielle de la Grande-Bretagne est exprimée par le premier ministre Neville Chamberlain, à la chambre des communes, le 14 mars 1938 :

« J’imagine que, suivant les tempéraments des uns et des autres, les événements que nous avons à l’esprit aujourd’hui peuvent susciter des regrets, de la tristesse et peut-être de l’indignation. Ils ne peuvent être vus par le gouvernement de Sa Majesté avec indifférence ou sérénité. Ils auront des conséquences qui ne peuvent encore être mesurées. Leur résultat immédiat est l’intensification du sentiment d’insécurité en Europe. […] Ce n’est pas le moment de prendre des décisions hâtives ou de prononcer des mots imprudents. Nous devons analyser la nouvelle situation rapidement, mais de sang-froid. »

— Neville Chamberlain[47].

La réaction modérée de la Grande-Bretagne, partagée par les États-Unis, est l’une des premières conséquences majeures de la politique d’apaisement strictement observée par le Royaume-Uni[48].

C'est de l'étranger que s'élèvent des voix autrichiennes contre l'Anschluss : un groupe d'artistes cosmopolites, dont Joseph Roth à Paris, Oskar Kokoschka à Londres et Stefan Zweig à Bath, fondent le mouvement « Autriche libre », qui regroupe, en 1943, 27 organisations comptant plus de 7 000 membres[49].

La France est beaucoup plus inquiète que ses anciens alliés de 1918. Elle anime une entente défensive de pays autour de l'Allemagne (Pologne, Tchécoslovaquie), et a soutenu les efforts de l'Autriche pour sauvegarder son indépendance. La presse française de droite, particulièrement anxieuse devant le réarmement allemand et la politique hitlérienne, qualifie le chancelier Dollfuss de "martyr". Mais l'impuissance du régime parlementaire empêche la IIIe République de mener une politique énergique, et la Société des Nations fournit un alibi commode à l'inaction. Au moment de l’Anschluss, la Chambre des Députés a renversé un gouvernement, l'a remplacé par une coalition intérimaire, et attend la formation d'un cabinet Blum : à ce moment critique, la France n'a pas de gouvernement. Cependant des politiciens centristes et pacifistes (Pierre Laval, Yvon Delbos, Fernand de Brinon, etc.) cherchent la conciliation à tout prix avec le Reich.

Le plébiscite[modifier | modifier le code]

Hermann Göring à Vienne, le 27 mars 1938

L’Anschluss produit ses effets juridiques dès le lendemain de l’entrée des troupes allemandes, de par la loi du 13 mars[50], soumise à ratification par plébiscite : l’Autriche devient la province d’Ostmark du Reich et Seyss-Inquart en est nommé gouverneur[Note 9]. Le même jour, Adolf Hitler charge le Gauleiter de Saare-Palatinat, Josef Bürckel, d'organiser un plébiscite « libre et au vote secret » le 10 avril 1938[51].

Bürckel lance officiellement la campagne au Concert Hall de Vienne, en émaillant son discours de nombreuses attaques antisémites, qui sont applaudies avec beaucoup d'enthousiasme ; dans les jours qui suivent, les principaux dirigeants nazis, dont Hitler, Hermann Göring, Joseph Goebbels et Heinrich Himmler, sillonnent l'Autriche pour soutenir l'annexion[51]. Les nazis jouent sur un double registre, alliant propagande et répression. Pour influencer favorablement le vote des Autrichiens, Göring annonce, le 26 mars, un investissement de soixante millions de marks dans le développement de l'industrie et la modernisation de l'agriculture autrichienne ; dans les jours qui suivent, le système de sécurité sociale allemand est étendu à l'Autriche, le paiement d'allocations aux chômeurs est repris par l'Allemagne, 100 000 écoliers et 25 000 adultes y sont envoyés en vacances, et des distributions de nourriture sont organisées pour les plus pauvres[51].

Les méthodes brutales utilisées par Hitler pour éliminer toute opposition en Allemagne sont immédiatement mises en place en Autriche, dans les semaines qui précèdent le plébiscite. Avant même l’intervention de la Wehrmacht, Heinrich Himmler et quelques officiers SS arrivent à Vienne dès le 12 mars, bientôt rejoints par 40 000 membres des forces de sécurité allemandes[51]. Durant les quelques semaines qui séparent l’Anschluss du plébiscite, 70 000 personnes, sociaux-démocrates, démocrates-chrétiens, comme Richard Schmitz et Leopold Figl, communistes et autres opposants politiques, Juifs, sont arrêtés et emprisonnés ou envoyés en camp de concentration[30].

Bulletin de vote du 10 avril 1938 : il est écrit : « Es-tu d'accord avec la réunification de l'Autriche avec le Reich allemand qui fut décrétée le 13 mars 1938, et votes-tu pour le parti de notre chef Adolf Hitler ? ». Le grand cercle est marqué Oui, le plus petit Non.

Le plébiscite se tient le 10 avril et le résultat officiel est un vote favorable à 99,08 % en Allemagne et à 99,75 % en Autriche[52].

Si les historiens s’accordent sur le fait que le résultat du plébiscite n’a pas été truqué, le processus de vote n’a été ni libre, ni secret[51] : des officiels sont présents à côté des isoloirs et reçoivent le bulletin de vote de la main à la main, contrairement aux pratiques du vote secret, au cours duquel les bulletins sont déposés par les électeurs dans une urne scellée ; de larges fentes sont en outre aménagées dans les isoloirs afin de pouvoir constater comment votent les électeurs[52].

L’Autriche fait désormais partie du Troisième Reich et le restera jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le 27 avril 1945, le gouvernement provisoire autrichien déclare l’Anschluss nul et non avenu. Après guerre, l’Autriche, occupée par les Alliés, est reconnue et traitée comme un pays indépendant de l’Allemagne ; elle retrouve sa souveraineté en 1955, avec le Traité sur l’État autrichien et la déclaration autrichienne de neutralité, en grande partie à cause du développement rapide de la guerre froide.

Les conséquences[modifier | modifier le code]

La faiblesse des réactions à l’étranger à la suite de l’Anschluss conduisent Hitler à conclure qu’il peut utiliser des méthodes plus agressives dans sa marche pour élargir le Troisième Reich, ce qu’il fera plus tard lors de l’annexion du territoire des Sudètes. En confirmant que la Grande-Bretagne a décidé qu’une logique d’apaisement est la bonne manière de négocier avec Hitler, et que la France est incapable d'intervenir, l’Anschluss ouvre la voie aux accords de Munich en septembre 1938, puis à l'invasion de la Tchécoslovaquie en 1939[53].

L'Anschluss se traduit également par une profonde « nazification » de la société autrichienne[Note 10] : lorsqu'en 1945, les anciens nazis doivent se faire enregistrer, ils sont 600 000 à s'inscrire, et avec leurs familles, ils représentent un tiers de la population du pays[54] ; si la population autrichienne ne représente que 8 % de la population de la Grande Allemagne, les Autrichiens constituent 14 % des membres de la SS et 40 % du personnel lié à la mise en œuvre de l'assassinat des malades mentaux et de la Shoah[55]. Parmi les Autrichiens ayant occupé de hauts postes au sein du Troisième Reich, outre Hitler lui-même, on peut citer Franz Böhme, Lothar Rendulic, Julius Ringel et Alexander Löhr, généraux dans la Wehrmacht et la Luftwaffe, Adolf Eichmann, l'un des principaux organisateurs de la Shoah, Odilo Globocnik, lui aussi impliqué dans la Shoah, Amon Göth, commandant du camp de concentration de Plaszow, Franz Stangl, commandant des camps d'extermination de Sobibor et Treblinka, Ernst Kaltenbrunner, successeur de Reinhard Heydrich à la tête du RSHA, ou Otto Skorzeny, qui organisa notamment l'évasion de Benito Mussolini du Gran Sasso. Quant à Arthur Seyss-Inquart, après avoir été l'adjoint de Hans Frank en Pologne, il fut commissaire du Reich aux Pays-Bas. Quant aux Juifs autrichiens, 128 000 d'entre eux sont contraints de s'exiler et 65 459 autres sont victimes de la Shoah[56].

L’héritage historique[modifier | modifier le code]

Rattachement ou annexion ?[modifier | modifier le code]

Le dictionnaire en ligne franco-allemand Larousse traduit le terme Anschluss, dans le contexte politique, par « rattachement[57] ». Selon le dictionnaire en ligne Leo, la traduction allemande d'« annexion » est « Annektierung » ou « Annexion[58],[Note 11] », celle d'incorporation « Eingliederung[Note 12] ».

L’Encyclopædia Britannica décrit l’Anschluss comme une « annexion[59] » plutôt que comme un rattachement. Cette traduction est reprise par la quasi-totalité des auteurs cités dans l'article[Note 13].

Comme le relève Ewan Burr Bukey, lors du départ des troupes alliés d'occupation, le 25 octobre 1955, « la plupart des citoyens [autrichiens] se réjouit que se termine enfin une période de dix-sept années d'occupation[60] », englobant sous le même terme la période de 1938 à 1945 et celle de 1945 à 1955.

La seconde république[modifier | modifier le code]

La déclaration de Moscou[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Déclaration de Moscou.

La déclaration de Moscou, signée en 1943 par les gouvernements de l'Union soviétique, des États-Unis et de Grande-Bretagne, comprend une déclaration sur l’Autriche[61] :

« Les gouvernements du Royaume-Uni, de l’Union soviétique et des États-Unis d’Amérique sont d’accord sur le fait que l’Autriche, le premier pays libre tombé à la suite de l’agression hitlérienne, sera libéré de la domination allemande.
Ils considèrent l’annexion imposée à l’Autriche le 15 mars 1938 comme nulle et non avenue. […] Ils affirment leur souhait de voir la liberté et l’indépendance de l’Autriche restaurées, ouvrant ainsi la voie au peuple autrichien, ainsi qu’à ceux des autres états confrontés aux mêmes problèmes, pour créer la sécurité économique et politique, seule base d’une paix durable.
Cependant, l’Autriche a une responsabilité, qu’elle ne peut éluder, dans sa participation au conflit aux côtés de l’Allemagne hitlérienne. Au moment du jugement final, il sera inévitablement tenu compte de sa propre contribution à sa libération[62]. »

Le dernier paragraphe de la déclaration relève de la propagande et vise à susciter les premiers signes d’une résistance autrichienne : bien que des Autrichiens aient été reconnus comme Justes parmi les nations, il n’y eut jamais en Autriche de résistance armée comme celle qui s’est manifestée dans d’autres pays occupés[63],[Note 14],[Note 15]. La déclaration de Moscou est suivie, le 27 avril 1945, par une déclaration sur l'indépendance de l'Autriche, qui stipule en son article 2 que « l'Anschluss imposé au peuple autrichien en 1938 est nul et non avenu » et, en son article 4, que « tous les serments militaires, officiels, ou individuels, prêtés par des Autrichiens à l'égard du Reich allemand et de son gouvernement, sont considérés comme nuls et non avenus[64]. »

L'identité autrichienne et la « victimisation »[modifier | modifier le code]

La vision des événements de 1938 a de profondes racines dans les dix années d’occupation par les Alliés et dans la lutte de l’Autriche pour retrouver sa souveraineté. La « victimisation » joue un rôle essentiel lors des négociations avec les Soviétiques à propos du Traité d'État autrichien. S’appuyant sur la Déclaration de Moscou, les hommes politiques autrichiens, hantés par le souvenir de la guerre civile qui a détruit la première république, n'ont d'autre choix, afin de favoriser la reconstruction économique et la recomposition de la société, que de « créer une fiction historique qui n'a que peu de rapport avec la réalité[65]. » Le traité sur l’État autrichien et la déclaration de neutralité permanente, qui lui fait suite, constituent des étapes fondamentales pour la consolidation de l’indépendance et de l’identité nationale autrichienne au cours des décennies qui suivent[66].

Le processus de dénazification est lancé à la suite de la loi sur les nationaux-socialistes du 25 juillet 1945[67] qui oblige notamment les anciens membres du parti nazi à se faire enregistrer et les prive temporairement de leur droit de vote. « Devant l'inscription de près de 600 000 personnes dans ces registres, les partis politiques, devant cette masse d'enregistrés, pensèrent que bien des gens allaient retrouver leur droit de vote un jour ; aussi, au lieu de mener une lutte idéologique contre le national-socialisme et les crimes hitlériens, ils évitèrent la discussion sur le passé en flattant la masse des anciens nazis promus au rang de doubles victimes[67]. »

Le contexte de la guerre froide et la volonté de l'Autriche de bénéficier du plan Marshall jouent également un rôle important dans l'occultation du débat sur l'Anschluss et sur le passé nazi de l'Autriche[68]. En présentant l'Union soviétique comme l'ennemi principal de l'Autriche, ses dirigeants ont esquivé « certains problèmes fondamentaux comme la véritable prise de conscience des crimes nazis, l'élimination des responsables nazis de la vie publique, la liquidation sérieuse de l'idéologie national-socialiste, etc[69]. » Pour Ernst Bruchmüller, « le rôle de victime (Opferrolle) est devenu un pré-requis pour la formation d'une identité nationale contemporaine[70] ».

Dans la vie politique d'après-guerre[modifier | modifier le code]

Blason de la République fédérale d'Autriche

De 1945 à 1948, les tribunaux autrichiens condamnent 10 694 personnes pour crime de guerre, essentiellement commis sur le sol autrichien, dont 43 sont condamnées à la peine capitale ; mais dès 1948, le processus de dénazification s'éteint et tant le SPÖ que l'ÖVP cherchent à gagner les votes des anciens nazis[71]. Une première loi amnistiant les nazis n'ayant pas occupé de postes importants (die Minderbelasten) est votée le 21 avril 1948, suivie en 1953 d'une deuxième amnistie nettement plus large qui permet aux anciens nazis « de peser lourdement dans la balance des forces politiques[67]. »

En 1952, le FPÖ, issu de la VdU - Verband der Unabhängigen (Fédération des indépendants)[Note 16], « dans la droite ligne de l'Anschluss, affirme que les Autrichiens font partie du peuple allemand, avec tous les droits et tous les devoirs résultant de cette appartenance[72].

Pendant des décennies, la théorie de la « victimisation » établie dans l’opinion publique autrichienne reste largement incontestée ; la population est rarement forcée de se confronter à l’héritage laissé par le Troisième Reich[71]. En 1964, la déclaration du directeur de l'institut pédagogique de Graz, le Dr. Franz Göbhart, qui, en réponse à une invitation du Deutsches Kulturwerk für europäische Geiste, affirme que les machinations nationalistes allemandes n'ont pas leur place dans les écoles autrichiennes, suscite une vaste polémique relayée au parlement par le FPÖ[73] ; en 1965, les déclarations ouvertement antisémites et nationalistes du professeur d'histoire économique Taras Borodajkewycz[Note 17],[74] déclenchent des manifestations de protestation au cours desquelles un rescapé des camps de concentration, Ernst Kirchweger[Note 18], est assassiné par un militant de droite lors d’émeutes[75]. Ce n’est qu’au cours des années 1980 que l’Autriche doit massivement faire face à son passé sous le régime nazi. Le catalyseur de cette remise en question, connue sous le terme Vergangenheitsbewältigung, est l’affaire Waldheim. Lorsque celui-ci est accusé, lors de sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU – poste qu’il obtiendra –, d’avoir été membre du parti nazi et de la SA, et de crimes de guerre – accusation dont il sera disculpé -, la seule réponse du gouvernement autrichien consiste à affirmer que ces accusations constituent des interventions inamicales dans les affaires intérieures du pays. Malgré les réactions politiques face aux critiques internationales, l’affaire Waldheim marque le début d’une discussion de fond sur le passé nazi de l’Autriche et l’Anschluss, et la remise en cause fondamentale du « mythe du premier pays libre victime de l'agression hitlérienne »[76].

Jörg Haider en 2008

Un autre facteur influençant la relation de l’Autriche à son passé nazi est l’émergence, au cours des années 1980, de Jörg Haider et de son parti, le FPÖ, qui forme une coalition gouvernementale avec l'ÖVP le 4 février 2004. Le programme de celui-ci, fondé en 1955, combine des éléments de la droite pan-germaniste avec des éléments du libéralisme ; lorsque Haider accède à la présidence du parti, les aspects libéraux deviennent marginaux, au profit d’une rhétorique nationaliste et anti-immigrants. Haider est souvent critiqué pour sa définition de l’intérêt national autrichien sur une base ethnique (völkisch), avec un slogan comme l’Autriche aux Autrichiens, et pour son apologie du passé, notamment lorsqu’il définit les membres de la Waffen-SS comme des « hommes d’honneur[77] , [78]». Haider va jusqu'à affirmer que l'existence de la seconde république autrichienne est « une anormalité idéologique congénitale[74] ». Selon Megan Green, le succès du FPÖ provient de l'échec de l'Autriche à analyser en profondeur son passé nazi et à en tirer les leçons, et le FPÖ trouve ses racines idéologiques dans le nazisme[79].

Haider n’est pas le seul à émettre des avis controversés sur le passé de l’Autriche. En 2000, son ancien partenaire au gouvernement, le chancelier Wolfgang Schüssel, déclare au Jerusalem Post que l’Autriche a été la première victime de l’Allemagne[80].

Dénonçant le simplisme de la théorie de la « victimisation » et l’époque de l’austrofascisme, la pièce de Thomas Bernhard Heldenplatz, fait l’objet de controverses avant même sa première représentation en 1988, cinquante ans après l’Anschluss. De nombreux hommes politiques de toutes tendances demandent que la pièce ne soit pas jouée au Burgtheater de Vienne. Kurt Waldheim, à cette époque président de la république, qualifie l’œuvre d’insulte grossière au peuple autrichien[81]. Toujours en 1988, lors du cinquantième anniversaire de l'Anschluss, le président Waldheim et le chancelier Franz Vranitzky reconnaissent pourtant, lors d'une cérémonie regardée par des millions de téléspectateurs, la complicité de l'Autriche dans l'Holocauste ; quelques mois plus tard, à l'occasion de l'anniversaire de la Nuit de Cristal, le chancelier rappelle à ses concitoyens la longue histoire de l'antisémitisme autrichien[82].

La commission des historiens et ses suites[modifier | modifier le code]

Dans le contexte de l’après-guerre, la république fédérale d’Allemagne est confrontée à un véritable combat pour en finir avec le passé : le Vergangenheitsbewältigung. En partie institutionnalisé, ce processus concerne les domaines de la littérature, de la culture, de la politique et de l’enseignement, et suscite des débats parfois vifs, comme dans le cadre de l’Historikerstreit (querelle des historiens). Dans un cadre similaire, mais plus tardivement, l’Autriche crée en novembre 1998 une commission d’historiens, la Historikerkommission[83],[84]. Son mandat est d’analyser le rôle de l’Autriche dans la confiscation des biens juifs opérée par le régime nazi et dans la mise en place d'un système de travail forcé, sous un angle plus historique que juridique. Comme son nom l'indique, il s'agit d'une commission historique, sans pouvoir particulier, à la différence d'une commission d'enquête parlementaire, et sans capacité de dépasser le stade de l'analyse et des recommandations. Cette mission est notamment définie pour répondre aux critiques dont le pays fait l’objet pour son traitement des plaintes des ayants droit des biens confisqués. Cette nouvelle impulsion donnée en 1998 est confirmée, dix ans après lors de la visite d'État du président autrichien Heinz Fischer en Israël : durant son séjour, il déclare notamment « que la conscience du problème que représentent les questions liées à l'Holocauste s'est accrue dans les dix dernières années » et que « depuis le milieu des années 1990, de vraies mesures ont été prises par le gouvernement[85]. »

Cependant, le centre Simon Wiesenthal maintient ses critiques quant à la réticence persistante de l’Autriche, depuis les années 1970, à mener des enquêtes et à traduire devant les tribunaux des nazis pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité :

« Compte tenu du fait des très faibles résultats de l’Autriche en ce qui concerne la poursuites des exécutants de la Shoah, un fait clairement établi dans notre dernier rapport sur la situation mondiale en ce qui concerne les enquêtes et les poursuites de criminels de guerre nazis, je crois que la visite du ministre des Affaires étrangères [d’Autriche en Israël] constitue une opportunité unique pour que le gouvernement autrichien annonce son intention de s’occuper sérieusement, pour la première fois depuis des décennies, du problème des criminels de guerre nazis autrichiens impunis. C’est le bon moment pour que l’Autriche déclare qu’elle est prête à créer une unité d’enquête spécialisée pour traiter ces dossiers et pour établir clairement que sa volonté politique de traduire les nazis devant la justice s’est finalement concrétisée à Vienne »

— Communiqué du Centre Simon-Wiesenthal du 28 juillet 2003[86].

Carte du Troisième Reich incluant l'Autriche, 1943.

En 2003, le centre Wiesenthal lance une campagne mondiale, l’opération de la dernière chance, pour rassembler des informations sur les nazis encore en vie et qui pourraient faire l’objet de poursuites[87]. Lors de cette campagne, le centre Wiesenthal met en évidence, en 2005, le cas de Milivoj Ašner[88], un Croate âgé de 92 ans, qui fait partie des dix nazis les plus recherchés ; Ašner s’est réfugié en Autriche en 2004, après que la Croatie a annoncé l’ouverture d’une enquête sur les crimes de guerre dans lesquels il aurait pu être impliqué[89]. Malgré les critiques quant à la liberté dont jouit Ašner, le gouvernement fédéral autrichien retarde, sine die, tant le traitement de la demande d’extradition formulée par la Croatie que le déclenchement de poursuites par le parquet de Klagenfurt. Ayant vécu en Autriche de 1946 à 1991, Ašner en a acquis la nationalité et ne peut donc être extradé.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Gilbert Badia, Histoire de l'Allemagne contemporaine, t. 2, 1933/1962, Paris, Éditions sociales, 1975 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Bérenger, Histoire de l'Autriche, Paris, Presses universitaires de France, coll. Que Sais-je, 1994 (ISBN 2-13-046685-0) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Günther Bischof, Anton Pehnka, Alexander Lassner (dir.), The Dollfuss/Schuschnigg Era in Austria, A reassesment, Contemporary Austrian Studies, vol. 11, New-Brunswock-London, Transaction Publishers, 2003 (ISBN 0-7658-0970-2) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Gordon Brook-Shepperd, L'Anschluss, les Nazis en Autriche, Paris, Presses de la Cité, 1964
  • (en) Ernst Bruchmüller, The Development of Austrian National Identity, in, Kurt Richard Luther, Pieter Pulzer (dir.), Ausria 1945-1955. Fifty Years of the Second Republic, Ashgate, 1998, p. 83-108 (ISBN 1-84014-404-1) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Evan Burr Bukey, Hitler's Austria, Popular Sentiment in the Nazi Era, 1938-1945, The University of North Carolina Press, 2000 (ISBN 0-8078-2516-6) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Maurice Crouzet (dir), Histoire générale des civilisations, vol. 7, L'époque contemporaine, Paris, Presses universitaires de France, 1957 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Michel Cullin, Félix Kreissler, L'Autriche contemporaine, Paris, Armand Colin, 1972 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Martin Fuchs, Un pacte avec Hitler. Le drame autrichien, 1936-1938, Paris, Plon, 1938
  • (en) Jürgen Gehl, Austria, Germany and the Anschluss, 1931-1938, London, Oxford University Press, 1963
  • Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, Paris, Flammarion, 2001(ISBN 2-08-212529-7) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • William L. Shirer, Le IIIe Reich. Des origines à la chute, Paris, Stock, 1990 (1e éd. 1959) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Edward Timms, Autrian Identity in a Schizophrenic Age : Hilde Spiel and the Literary Politics of Exile and Reintegration, in, Kurt Richard Luther, Pieter Pulzer (dir.), Austria 1945-1955. Fifty Years of the Second Republic, Ashgate, 1998, p. 47-66 (ISBN 1-84014-404-1) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fritz Stern, Politique et Désespoir, Les Ressentiments contre la modernité dans l'Allemagne Préhitlérienne, Armand Colin, 1990 (ed.française), ISBN 2-200-37188-8 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Dieter Wagner, Gerhard Tomkowitz, Ein Volk, ein Reich, ein Führer : the nazi Annexation of Austria, Bristol, Western Printing Services, 1971 (1e ed. 1398)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La traduction littérale d'Anschluss en français (« rattachement » dans le contexte politique) étant impropre, le terme n'est pas repris en italique dans le corps de l'article, conformément à la graphie adoptée par Joachim Fest, Ian Kershaw ou William L. Shirer
  2. Jusqu'à la réforme de l'orthographe allemande en 1998 on écrivait Anschluß ; le ß ayant été remplacé par un s doublé lorsqu'il suit une voyelle brève, on doit maintenant l'écrire Anschluss. Les dictionnaires et encyclopédies français rangent ce terme dans des articles titrés Anschluss, citant parfois l'ancienne graphie allemande dans le corps des articles.
  3. Lors du procès de Nuremberg, Hermann Göring déclara notamment que « ce n'est pas tant le Führer que moi, en personne, qui donnai le rythme et, passant outre aux hésitations du Führer, y mis la dernière touche », cf. I. Kershaw, op. cit., p. 145.
  4. Outre sa qualité générale, l'ouvrage de Shirer est particulièrement précieux pour l'histoire de l'Anschluss, l'auteur, reporter radio en poste à Vienne depuis la fin de l'année 1937, ayant été un témoin direct des faits
  5. L'Autriche et la Tchécoslovaquie
  6. Il avait déjà eu cette idée en juillet 1937, mais n'y avait pas donné suite, la France, l'Italie, et surtout la Grande-Bretagne jugeant cette initiative inutile, cf. A. Lassner, op. cit., p. 179
  7. Si le remplaçant de von Papen à Vienne, Keppler, affirme que Seyss-Inquart a bien donné son accord sur le contenu du télégramme, sans toutefois l'envoyer, cette affirmation est contredite par l'attitude du même Seyss-Inquart qui demande encore, le 12 mars vers deux heures du matin, que les troupes allemandes ne franchissent pas la frontière, cf. W. Shirer, op. cit., p. 372
  8. Dépassé par les événements, l'ouvrage ne sera pas publié et restera inconnu jusque dans les années 1990.
  9. En 1942, la province d’Ostmark disparaît et elle est remplacée par une série de Reichsgaue
  10. Lors d'une enquête d'opinion réalisée en 1985, 50 % des Autrichiens interrogés estiment que l'expérience nazie a comporté autant d'aspects positifs que négatifs, cf. E. Bukey, op. cit., p. 230.
  11. Ce terme est notamment employé par Karl Heinz Roth, Krieg vor dem Kieg : Die Annexion Österreichs un die Zerschagung der Tschechoslowakei, Berlin, 1999 et par Martin Moll, Die Annexion Österreichs als erster Schritt zur Entfesslung der Zweiten Weltkrieges?, Belin, 2000.
  12. voir par exemple Gerhard Botz, Die Eingliederung Österreichs in das Deutsche Reich, Wien, 1972.
  13. Le chapitre que consacre W. L. Shirer à l'Anschluss est intitulé « Le viol de l'Autriche »
  14. Cependant, selon Jean Bérenger, de 1938 à 1945, 2 700 résistants autrichiens ont été exécutés, près de 16 000 d'entre eux sont morts dans les prisons de la Gestapo et 17 000 autres l'ont été dans les camps de concentration nazis ; les chiffres repris par E.B. Bukey sont du même ordre de grandeur.
  15. Le 27 avril 1945, le chancelier Klestil déclare lors d'un discours qu'il n'y a pas eu, en Autriche, de résistance armée, mais seulement une résistance politique limitée.
  16. Pour M. Cullin, « le changement de sigle cacha mal la nostalgie du passé nazi qui régnait toujours dans ses rangs », op. cit., p. 133
  17. Ancien membre du parti nazi, Taras Borodajkewycz (1er octobre 1902-3 janvier 1984) se vit retirer son poste de professeur à la suite des événements, avec maintien de son salaire.
  18. Militant socialiste, puis communiste, Ernst Kirchweger (12 janvier 1898-2 avril 1965) a été déporté en camp de concentration, en raison de ses activités syndicales interdites. 25 000 personnes assisteront à ses funérailles qui se transforment en une manifestation anti-fasciste.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Jean Bérenger, Histoire de l'Autriche, Paris, Presses universitaires de France, coll. Que Sais-je, 1994, p. 53-62
  2. Lothar Gall, Bismarck, Paris, Fayard, 1984, p. 529-530
  3. J. Bérenger, op.cit., p. 76
  4. L. Gall, op. cit., p. 629
  5. Fritz Stern, POlitique et Désespoir, p. 89-91.
  6. (en) texte intégral du traité
  7. a et b J. Bérenger, op. cit, p. 89
  8. Maurice Crouzet (dir), Histoire générale des civilisations, vol. 7,L'époque contemporaine, Paris, Presses universitaires de France, 1957, p. 32
  9. J. Bérenger, op. cit., p. 94-95
  10. Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, Paris, Flammarion, 2001, p. 129
  11. Robert Gerwarth, The Bismarck Myth, Weimar Germany and the legacy of the Iron Chancellor, Oxford University Press, 2005, p. 135-136
  12. Michel Cullin, Félix Kreissler, L'Autriche contemporaine, Paris, Armand Colin, 1972, p. 74
  13. M. Cullin, F. Kreissler, op. cit., p. 75
  14. a et b William L. Shirer, Le IIIe Reich. Des origines à la chute, Paris, Stock, 1990, p. 354
  15. M. Crouzet, op. cit., p. 207
  16. J. Bérenger, op. cit., p. 104
  17. Edouard Boeglin, Engelbert Dollfuss, Une mort annoncée
  18. William L. Shirer, op. cit., p. 305
  19. W. L. Shirer, op. cit.', p. 313
  20. W.L. Shirer, op. cit., p. 323-324
  21. Sur ce point, voir Alexander Lassner, The Foreign Policy of the Schuschnigg Government, 1934-1938 : the Quest for Security, in Günther Bischof, Anton Pehnka, Alexander Lassner (dir.), The Dollfuss/Schuschnigg Era in Austria, A reassesment, Contemporary Austrian Studies, vol. 11, New-Brunswock-London, Transaction Publishers, 2003, p. 163-187
  22. M. Cullin, op. cit., p. 79
  23. I. Kershaw, op. cit., p. 101-102
  24. I. Kershaw, op. cit., p. 133
  25. W. L. Shirer, op. cit., p. 330
  26. W. Shirer, op. cit., p. 353
  27. W. L. Shirer, op. cit., p. 340-350
  28. a, b, c, d et e W. L. Shirer, op. cit., p. 354-360
  29. I. Kershaw, op. cit., p. 136-137
  30. a, b, c, d et e Gilbert Badia, Histoire de l'Allemagne contemporaine, vol. 2, 1933/1962, Paris, Éditions sociales, 1975, p. 84-87
  31. I. Kershaw, op. cit., p. 139
  32. a, b, c, d et e W. L. Shirer, op. cit., p. 360-364
  33. Evan Burr Bukey, Hitler's Austria, Popular Sentiment in the Nazi Era, 1938-1945, The University of North Carolina Press, 2000, p. 25
  34. a, b, c et d W. L. Shirer, op. cit., p. 360-366
  35. I. Kershaw, op. cit., p. 141
  36. a, b et c W. L. Shirer, op. cit., p. 367-372
  37. a, b, c, d et e E. B. Bukey, op. cit., p. 26
  38. W. Shirer, op. cit., p. 371
  39. E. B. Bukey, op. cit., p 27-28
  40. a, b et c W. L. Shirer, op. cit., p. 372-376
  41. a, b, c et d E. B. Bukey, op. cit., p. 28
  42. Britannica, édition 1989, entrée International relations, p. 773 2b
  43. a, b, c, d, e, f et g E. B. Bukey, op. cit., p. 30-32
  44. W. Shirer, op. cit., p. 379
  45. E.B. Bukey, op. cit., p. 33
  46. Edward Timms, « Autrian Identity in a Schizophrenic Age : Hilde Spiel and the Literary Politics of Exile and Reintegration », in Kurt Richard Luther, Pieter Pulzer (dir.), Ausria 1945-1955. Fifty Years of the Second Republic, Ashgate, 1998, p. 51-53
  47. Texte intégral de la déclaration de Chamberlain (en)
  48. I. Kershaw, op. cit., p. 140-141
  49. E. Timms, op. cit., p. 55-56
  50. E.B. Bukey, op. cit., p. 29
  51. a, b, c, d et e E. B. Bukey, op. cit., p. 34-38
  52. a et b W. L. Shirer, op. cit., p. 380
  53. W. Shirer, op. cit., p. 383-384
  54. E. B. Bukey, op. cit., p. 228
  55. E. B. Bukey, op. cit., p. 43
  56. E. B. Bukey, op. cit., p. 227
  57. Dictionnaire Larousse en ligne, définition du terme Anschluss
  58. Dictionnaire Leo en ligne, définition du terme Anschluss
  59. Encyclopædia Britannica (en)
  60. E. Bukey, op. cit, p. 230
  61. M. Cullin, op. cit., p. 85
  62. Texte intégral de la déclaration de Moscou
  63. Gerald Stourzh, Walheim's Austria
  64. M. Cullin, op. cit., p. 89
  65. E. Bukey, op. cit., p. 228
  66. M. Cullin, op. cit., p.121-122
  67. a, b et c M. Cullin, op. cit., p. 98-99
  68. E. B. Bukey, op. cit., p. 228-229
  69. M. Cullin, op. cit., p.93-94
  70. Ernst Bruchmüller, The Development of Austrian National Identity, in, Kurt Richard Luther, Pieter Pulzer (dir.), Austria 1945-1955. Fifty Years of the Second Republic, Ashgate, 1998, p. 89
  71. a et b E. Bukey, op. cit, p. 228-229
  72. M. Cullin, op. cit., p. 142
  73. E. Bruchmüller, op. cit., p. 87
  74. a et b E. Bruchmüller, op. cit., p. 88
  75. M. Cullin, op. cit., p. 142
  76. E. Timms, op. cit., p. 64
  77. article de Time Magazine
  78. article de Libération
  79. Megan Green, Right-Wing Movements in the European Union : A Case Study of the Austrian Freedom Party (FPÖ) and the Lega Nord (LN), in, The Dollfuss/Schuschnigg Era, op. cit., p. 187-211
  80. Résumé de l'interview (de)
  81. Thomas Bernhard(en)
  82. E. Bukey, op. cit., p. 232
  83. Site officiel de la commission (de)
  84. Sauf mention contraire, la présente section se fonde sur Commissioning History : Austria and World War II, Restitution and Reconciliation, articles de Günter Bischof, Brigitte Bailer-Galanda et Eva Blimlinger, Martin Eichtinger, Dieter Stiefel, Olivier Rathlolb, Amrgrit Reiter, in, The Dollfuss/Schuschnigg Era..., op. cit., p. 212-266
  85. Die Presse, 16 décembre 2008
  86. Communiqué du Centre Simon Wiesenthal du 28 juillet 2003
  87. Communiqué du Centre Simon Wiesenthal du 15 décembre 2003
  88. Communiqué du Centre Simon Wiesenthal du 2 juin 2005
  89. Autriche : Un criminel nazi parmi les spectateurs de l'Euro - Monde - LCI

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