Parti communiste internationaliste

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Le Parti communiste internationaliste-Section française de la Quatrième Internationale (PCI-SFQI) était une organisation trotskiste, branche française de la IVe Internationale, créée en et dissoute le 12 juin 1968.

Création[modifier | modifier le code]

Le Parti communiste internationaliste section française de la Quatrième Internationale est créé en par la fusion de plusieurs groupes trotskistes, représentant environ 500 militants[1], notamment :

Les négociations ont été préparées par le Grec Michel Raptis, alias « Pablo ».

L'UCI (Union communiste internationaliste, ou groupe Barta) refuse de fusionner avec les autres trotskystes, et donnera naissance à Lutte ouvrière.

Il est à noter que le nom choisi, Parti communiste internationaliste, reprend celui d'un parti trotskiste français créé par Raymond Molinier et Pierre Frank en , qui publiait le journal « La Commune ». Ce parti de Raymond Molinier et Pierre Franck s’était opposé à la section « officielle » (reconnue par Léon Trotski), le Parti ouvrier internationaliste de Jean Rous et Yvan Craipeau et avait été qualifié par la presse trotskiste d'« antitrotskiste ». Pierre Lambert en fut un des militants à partir de 1937. Ce groupuscule a eu une existence éphémère, disparaissant de fait au début de la Seconde Guerre mondiale[2],[3]. Toutefois, en , un représentant de la section parisienne rencontra en zone libre des membres du groupe des Révolutionnaires communistes autrichiens en exil en France[4].

Les scissions et départs[modifier | modifier le code]

Le PCI connaît très rapidement des sujets de tension autour du rôle du nouveau parti après la Libération et sur la nature de l'URSS. Il subit plusieurs scissions au cours de son histoire, parfois sous le forme de simples départs de personnalités.

La scission de 1945 : David Rousset rejoint Sartre[modifier | modifier le code]

Dès 1945, David Rousset quitte le PCI pour former avec Jean-Paul Sartre, en 1948, le Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR).

La scission de 1947: Castoriadis et Lefort[modifier | modifier le code]

En 1947, la tendance Socialisme ou barbarie (Cornelius Castoriadis, Claude Lefort) quitte le parti pour évoluer vers des positions conseillistes, considérant l'URSS comme un capitalisme d'État et non comme un « État ouvrier dégénéré » (question stratégique dans le rapport au Parti communiste français).

La scission de 1948 : Yvan Craipeau[modifier | modifier le code]

En 1948, la tendance d'Yvan Craipeau est exclue. Ce dernier deviendra plus tard président de la Fédération des Alpes-Maritimes du PSU, d'autres membres de cette tendance comme Jean-René Chauvin, ont rejoint le RDR et sont exclus au motif de cette double appartenance[5].

La scission de 1952 et 1965[modifier | modifier le code]

En 1952, la majorité est exclue du PCI par la minorité de Pierre Frank : ces militants refusent l'entrisme à l'intérieur des partis staliniens, prônée alors par la IVe Internationale qui considérait que la victoire de la bureaucratie stalinienne était imminente. Cette scission aboutit en 1965 à la création par les lambertistes de l'Organisation communiste internationaliste (OCI). Il existera alors jusqu'en 1968 deux PCI en France.

Activités[modifier | modifier le code]

Dès 1945, le PCI noyaute les Jeunesses socialistes, tandis que jeunes du PCI et des JS font des stages et des camps communs en 1945-47[6]. Ensemble, ils prennent le contrôle des Auberges de jeunesse (40 000 adhérents à l'époque)[6]. Yvan Craipeau, cadre du PCI qui a envoyé André Essel, futur PDG de la Fnac, aux JS, fait alors des « réunions de fraction » avec l'intégralité de la direction des JS et 3 des 12 membres de la direction du SFIO (dont le secrétaire national adjoint Yves Dechézelles)[6]. Outre Dechézelles, Adrien Tixier, chef de cabinet du ministre de l'Intérieur, Robert Pontillon (futur proche de Mitterrand), Roger Fajardie (futur dirigeant de FO et du Grand Orient de France), Max Théret (ami de Mitterrand et cofondateur de la Fnac) et Jean Rous font partie des socialistes proches du PCI[6]. Dans le Rhône, Marc Paillet (directeur AFP en 1981) et Roger Raoul ROCHER (co-fondateur des Francas).

Étant sorti de la clandestinité fin 1945, le PCI présente des candidats dans 11 départements lors des législatives de 1946, faisant entre 2 et 5 % ; Yvan Craipeau manque d'être élu par quelques centaines de voix à Taverny (Val-d'Oise)[6].

Après 1952, le PCI compte environ 200 militants, essentiellement des intellectuels (Maurice Nadeau, le mathématicien Laurent Schwartz, Félix Guattarietc.[6]). Il est cependant rejoint à partir de 1956 par des militants du PCF du groupe « La Voie communiste » (dont faisait aussi partie Félix Guattari, par entrisme) à la suite de la publication du rapport Krouchtchev, la révolution hongroise, et l'aggravation de la guerre en Algérie.

Le PCI s'investit essentiellement dans les luttes anticoloniales en soutenant l'indépendance de l'Algérie (soutien au FLN), la révolution cubaine et le mouvement de libération du Viêt Nam, ainsi que par son soutien critique à Tito lors de la rupture de la Yougoslavie avec l'URSS.

Il s'organise également au sein de l'UEC, puis crée la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR) en 1966, autour d'Alain Krivine (membre du PCI depuis 1960).

Dissolution[modifier | modifier le code]

Actif auprès du mouvement étudiant en Mai 68, le PCI est dissous par le gouvernement le 12 juin 1968 en même temps que la JCR.

Mais dès début juin de cette même année 1968, le PCI a commencé à préparer la fusion avec cette Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), et deux autres organisations, pour devenir, en 1969, la Ligue communiste. Celle-ci sera ensuite dissoute en 1973 par le ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin à la suite de l'attaque d'un meeting d'Ordre nouveau, avant de se reformer sous le nom de Ligue communiste révolutionnaire (LCR) en 1974[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-François Kesler, De la gauche dissidente au nouveau Parti Socialiste : les minorités qui ont rénové le P.S., Privat, , p. 108
  2. Frédéric Charpier, Histoire de l'extrême-gauche trotskiste de 1929 à nos jours, Éditions 1,
  3. Jean-Jacques Marie, Le trotskysme et les trotskystes, Armand Colin, (lire en ligne)
  4. Cécile Denis, Continuités et divergences dans la presse clandestine de résistants allemands et autrichiens en France pendant la Seconde Guerre mondiale : KPD, KPÖ, Revolutionäre Kommunisten et trotskystes, (thèse de doctorat réalisée sous la direction d’Hélène Camarade, soutenue publiquement le 10 décembre 2018 à l’université Bordeaux-Montaigne) (lire en ligne).
  5. Jeanne Menjoulet, Jean-René Chauvin, Centre d'histoire sociale du XXe siècle, 9 février 2012 : « En 1948, après des mois de dissensions internes, le PCI se désagrège. L’ex-majorité (Yvan Craipeau, dont Chauvin suit la tendance) pense qu’il est nécessaire de s’ouvrir aux autres courants de la gauche révolutionnaire et de construire des alliances. La référence révolutionnaire reste, mais elle n’est plus considérée comme portée par le seul mouvement trotskyste. La même année David Rousset et Jean-Paul Sartre créent le RDR (Rassemblement Démocratique Révolutionnaire). Chauvin est exclu du PCI en mars 1948 en raison de son adhésion au RDR. »
  6. a b c d e et f Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, p. 337 sq.
  7. « Quatre organisations trotskystes ont décidé d'opérer un rapprochement en vue d'une éventuelle réunification. Il s'agit de l'Union communiste (Voix ouvrière), du Parti communiste internationaliste (section française de la IVe Internationale), de la Jeunesse communiste révolutionnaire et des Groupes marxistes révolutionnaires. L'Organisation communiste internationaliste et la Fédération des étudiants révolutionnaires, également trotskystes, restent en dehors de ce mouvement », Le Monde,‎ (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Archives[modifier | modifier le code]