Histoire des Juifs en Pologne

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Les Juifs bienvenus en Pologne 1096, par Jan Matejko.

L’histoire des Juifs en Pologne s’étale sur plus de mille ans. Elle passe par une longue période de tolérance religieuse et de prospérité de la communauté juive polonaise et se termine avec la destruction presque entière de la population juive par les nazis durant l’occupation allemande de la Pologne (19391945) : Holocauste ou Shoah.

Depuis la fondation du Royaume de Pologne au Xe siècle, puis dans la République des Deux Nations (l’union du Royaume de Pologne et du Grand-duché de Lituanie, 1569), la Pologne a été un de pays les plus tolérants en Europe. Ce fait explique l’afflux des Juifs chassés ou persécutés dans l’Europe occidentale. La communauté juive en Pologne était en effet une des plus grandes et des plus actives au monde. Au XVIIe siècle, cette tolérance commence à faiblir, tout comme la force de la Pologne assiégée par des voisins expansionnistes, et exposée au chaos politique et aux idées de la Contre-Réforme. À la fin du XVIIIe siècle, la situation des Juifs sur les territoires polonais commence à ressembler à celle d’autres territoires d’Europe. En 1795, la Pologne est partagée au profit de ses voisins et elle disparaît de la carte de l’Europe. Les Juifs polonais deviennent citoyens des puissances qui dominent alors la zone, surtout de la Russie de plus en plus antisémite mais aussi de la Prusse et de l’Autriche-Hongrie. Quand la Pologne redevient indépendante en 1918, elle compte parmi ses citoyens environ 3 500 000 Juifs, 10 % de sa population dans ses frontières de 1921. Néanmoins, l’antisémitisme est un des problèmes politiques du pays en construction. Environ 90 % de cette communauté périt, durant la Seconde Guerre mondiale, des mains des nazis dans les massacres et les camps d'extermination. Durant l’occupation allemande, à quelques tragiques exceptions près (par exemple le pogrom de Jedwabne), la population polonaise n’a pas collaboré avec les Allemands dans la destruction de ses compatriotes juifs. Dans la période de l’après-guerre, une grande partie des 180 à 240 000 survivants ont choisi d’immigrer vers Israël alors en construction.

La communauté juive en Pologne aujourd’hui ne compte qu’entre 8 000 et 12 000 personnes mais les estimations sont peu fiables (les Juifs qui sont restés en Pologne sont souvent les plus assimilés à la culture polonaise et ne s’identifient pas toujours à la communauté juive).

Du début à l’Âge d’Or : 966–1572[modifier | modifier le code]

Les débuts : 966–1385[modifier | modifier le code]

Alors que les Juifs (reconnaissables à leurs chapeaux dans cette illustration d’une Bible française de 1250) sont tués par les Croisés en Allemagne, Bolesław III leur offre la sécurité en Pologne.

Les premiers Juifs arrivent sur les territoires de la Pologne au cours du Xe siècle. En longeant les routes commerciales vers Kiev et Boukhara, ils passent par la Silésie. L’un d’entre eux, Maurice, de la ville de Tortosa en Catalogne, connu par son nom arabe Ibrahim ibn Jakub, a été le premier chroniqueur qui mentionna l’État polonais et le prince Mieszko I. La première mention des Juifs dans les documents polonais apparaît au XIe siècle et concerne leur présence à Gniezno, la première capitale de Pologne (966-1385), fondée par les Piast. La première communauté juive établie sur le territoire est citée en 1085 par un savant juif Jehuda ha-Kohen dans la ville de Przemyśl.

La première vague d’émigration juive d’Europe occidentale date de la Première Croisade en 1098. Fuyant les exactions des Croisés à leur égard, les Juifs trouvent, dans le pays dirigé par Boleslas III (1102–1139), un accueil favorable et s’installent sur tout son territoire jusqu’à la Lituanie et Kiev. Boleslas III reconnaît l’utilité de cette immigration surtout pour le développement du commerce dans son pays. Les Juifs participent à la formation du système économique de la Pologne (sur les pièces polonaises de l’époque, on peut trouver des inscriptions et des signes hébraïques). Les Juifs connaissent alors une période de tranquillité dans le pays disloqué en duchés de plus en plus nombreux selon la loi féodale. Ils forment une sorte de « classe moyenne » entre la petite noblesse terrienne (szlachta) et les paysans.

Cette tolérance est toutefois rongée par la hiérarchie de l’Église catholique romaine et les États voisins allemands. Néanmoins, dans les duchés, ils trouvent toujours des protecteurs. Ainsi, un des grands protecteurs des Juifs était Boleslas le Pieux, duc de la Grande-Pologne, qui a promulgué avec l’accord des notables de son duché, en 1264, la Charte de Kalisz donnant aux Juifs la liberté de travailler, de se déplacer et de faire du commerce (les distinguant ainsi nettement des paysans sans aucune liberté de ce type). Durant les cent ans qui suivent les gouvernants de la Pologne ont souvent protégé les Juifs, y compris de l’Église catholique.

Casimir III le Grand accorde des droits aux Juifs dans la première moitié du XIVe siècle.

En 1334, Casimir III le Grand (1303–1370) a élargi et augmenté les privilèges des Juifs à travers le Statut de Wiślica. Cette période est considérée comme l’une des plus prospères pour les Juifs en Pologne. Cependant, vers la fin du règne de Casimir III, des massacres de Juifs ont eu lieu à la suite des accusations portées sur cette communauté après l’épidémie de la peste noire qui a touché le pays. Des massacres à Kalisz, Cracovie, Głogów, et autres villes sur la frontière avec les comtés germaniques, ont fait environ 10 000 victimes[réf. nécessaire]. Toutefois, en comparaison avec les persécutions subies par les Juifs dans l’Europe occidentale, la Pologne était un havre de paix pour cette communauté, les émigrations de masse des pays de l’Allemagne en témoignent.

Les débuts de l’ère Jagellon : 1385–1505[modifier | modifier le code]

Le résultat du mariage de Ladislas II Jagellon, grand-duc de Lituanie, avec Hedwige, fille de Louis Ier de Hongrie, désignée comme souverain de Pologne par la noblesse polonaise, est la réunion de la Lituanie et du royaume de Pologne. Bien qu’en 1388 les droits soient également étendus aux Juifs lituaniens, c’est sous le règne de Ladislas II Jagellon et de ses successeurs que les premières persécutions à grande échelle des Juifs de Pologne commencent, et le roi n’agit pas pour les faire cesser. Des accusations de sacrifices humains et de persécutions sont dirigées contre les Juifs, alors que les persécutions officielles augmentent graduellement, particulièrement depuis que le clergé pousse à moins de tolérance. Vers la fin du Moyen Âge, il y avait environ 18 000 Juifs en Pologne et 6 000 en Lituanie, soit 0,6 % de la population totale.

Le déclin du statut des Juifs est momentanément enrayé par Casimir IV (14471492) mais, pour se concilier la noblesse, il accorde à celle-ci le statut de Nieszawa qui abolit entre autres choses, sous la pression de l’Église, certains privilèges des Juifs reconnus comme « contraires au droit divin et à la loi du pays. » La politique du gouvernement envers les Juifs de Pologne n’est guère plus tolérante sous le règne des fils et successeurs de Casimir IV, Jean Ier Albert (14921501) et Alexandre Ier (15011506), qui expulse les Juifs du Grand-duché de Lituanie en 1495. À la fin du XVe siècle, il y avait moins de 30 000 Juifs dans le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie.

Le centre du monde juif : 1505–1572[modifier | modifier le code]

Alexandre change d'avis en 1503, au moment où les Juifs sont expulsés d'Espagne (en 1492), ainsi que d'Autriche, de Bohême et d'Allemagne, alimentant l'émigration juive vers une Pologne nettement plus tolérante. En effet, avec l'expulsion des Juifs d'Espagne, la Pologne devient un refuge pour les exilés d'Europe occidentale qui viennent grossir les rangs de la communauté juive polonaise, alors le centre culturel et spirituel du peuple juif.

La période la plus prospère pour les Juifs de Pologne suit ce nouvel afflux de Juifs avec le règne de Sigismond Ier le Vieux (Zygmunt I Stary) (1506–1548) qui les protège. En 1532, les Juifs reçoivent le droit de commerce dans tout le royaume. En 1534, le roi annule l'obligation de porter des signes distinctifs. Cette même année est fondée la première imprimerie juive à Cracovie, publiant des livres en hébreu et en yiddish. Son fils, Sigismond II Auguste (Zygmunt II August) (1548–1572), suit dans ses grandes lignes la politique tolérante de son père, accorde l'autonomie aux Juifs en matière d'administration communautaire, et jette les bases du pouvoir du Kahal (communauté autonome juive). C'est cette période qui est à l'origine du proverbe selon lequel la Pologne serait « un paradis pour les Juifs ». Au milieu du XVIe siècle, il y avait 150 000 Juifs dans le royaume (2 % de la population totale), au début du siècle suivant, ils étaient 300 000 (3 % de la population totale)[1].

La république de deux nations : 1572–1795[modifier | modifier le code]

Article détaillé : République des Deux Nations.

La confédération de Varsovie[modifier | modifier le code]

Après la mort sans descendance de Zygmunt II, le dernier roi de la dynastie de Jagellon, la noblesse polonaise et lituanienne (szlachta) se rassemble à Varsovie en 1573 et signe un accord fixant les conditions d'élection du roi de Pologne et établissant la liberté de religion.

Un isolement grandissant[modifier | modifier le code]

Après Sigismond, Étienne Bathory (1576–1586) fut élu roi de Pologne; et s’il se montra à la fois tolérant pour son peuple et ami des Juifs, le peuple devint de plus en plus antisémite. Les événements politiques et économiques au cours du XVIe siècle obligèrent les Juifs à établir une organisation communautaire plus compacte, ce qui les rendit suffisamment isolés de leurs voisins chrétiens pour être considérés comme des étrangers. Ils résidaient dans les grands centres urbains mais se mêlaient peu d’administration municipale, leurs besoins et litiges étant réglés par les rabbins, les anciens et les dayanim (juges religieux). Les conflits et disputes devinrent cependant fréquents, et entraînèrent la tenue de congrès rabbiniques périodiques, qui furent le noyau de l’institution centrale connue en Pologne, du milieu du XVIe siècle au milieu du XVIIIe siècle, comme le Conseil des Quatre Pays. Sous Sigismond III Vasa (1587–1632) et son fils Ladislas IV Vasa (1632–1648), la position des Juifs fut graduellement réduite, à mesure que le nombre d’accusations de meurtre rituel augmentait.

Le soulèvement des Cosaques et le Déluge[modifier | modifier le code]

En 1648, la République polono-lituanienne est dévastée par plusieurs conflits dans lesquels elle perd un tiers de sa population (environ 3 millions de personnes dont plusieurs centaines de milliers de Juifs). Le soulèvement des Cosaques conduit par Bohdan Chmielnicki contre les Polonais dans l’Est de la République (actuelle Ukraine) coûte la vie à des dizaines de milliers des Juifs et de Polonais. Chmelnicki accusa les Polonais d’avoir vendu les Ukrainiens aux Juifs. Le nombre exact des victimes juives n’est pas connu mais leur population a diminué durant cette période d’environ 100 000 à 200 000 – ce chiffre inclut les migrations et les envois en jasyr (la captivité dans l’Empire ottoman). Dans la seule ville de Nemirov (Sud-Est Pologne) et dans la seule journée du 10 juin 1648, 6 000 Juifs sont massacrés (avec l’accord des défenseurs polonais de la ville).

Par la suite, les politiques successives mises en place par les rois élus de la dynastie de Vasa amenèrent peu à peu le pays à la ruine jusqu’à son invasion par la Suède qui fut nommée en Pologne « le déluge ».

Le Royaume de Pologne, qui avait su jusque là résister au soulèvement des cosaques de Chmielnicki ou aux invasions répétées des Russes ou de l’Empire ottoman, plongea dans une période de chaos (1655-1658). Charles X de Suède, à la tête de ses armées victorieuses, occupa bientôt toute la Pologne y compris les villes de Cracovie et Varsovie.

Les Juifs de la Grande-Pologne comme ceux de la Petite-Pologne se trouvèrent pris entre deux feux : ceux qui étaient épargnés par les Suédois étaient attaqués par les Polonais les accusant d’avoir collaboré avec l’ennemi. Le général polonais, Stefan Czarniecki, dans son trajet vers la Suède, dévasta les territoires traversés et n’eut aucune pitié pour les Juifs. Les groupes de partisans polonais traitaient les résidents non polonais avec la même sévérité. Les horreurs de cette guerre furent aggravées par des épidémies et les habitants (dont de nombreux Juifs) des régions de Kalisz, Cracovie, Poznań, Piotrków, et Lublin périrent en masse.

À peine cette période trouble terminée, les Juifs se réinstallèrent et entamèrent la reconstruction de leurs habitations. Bien qu’il soit vrai que la population juive de Pologne ait diminué et se soit appauvrie, elle restait bien plus importante que dans les autres implantations juives d’Europe occidentale et la Pologne demeura le centre spirituel du judaïsme. Jusqu’en 1698, les rois successifs de Pologne resteront bienveillants envers la communauté, malgré une noblesse et un clergé hostiles. Il est aussi à noter que, tandis que la communauté juive subissait de grosses pertes (estimées par certains historiens à près de 500 000 personnes), l’ensemble du pays perdit près du tiers de sa population, soit approximativement trois millions de personnes.

Déclin sous la dynastie saxonne[modifier | modifier le code]

Avec l’accession au trône de la Dynastie de Saxe, les juifs perdent tout soutien du gouvernement. Les szlachta et habitants des villes deviennent de plus en plus hostiles à leur égard et la tolérance religieuse qui avait été celle des générations précédentes s’efface peu à peu pour s’approcher du 'standard' existant à l’époque dans la majorité des pays d’Europe. De nombreux juifs se sentirent trahis par ce pays qu’ils avaient longtemps considéré comme leur 'paradis'. Dans les grandes villes comme Poznań et Cracovie les altercations entre chrétiens et juifs se multiplient. Les attaques d’étudiants contre leur collègues juifs (Schüler-Gelauf) deviennent quotidiennes sous le regard indifférent de la police.

Les partitions[modifier | modifier le code]

Le désordre et l’anarchie règnent en maîtres en Pologne durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, à partir du couronnement de son dernier roi Stanislas Poniatowski (1764–1795).

En 1772, avec la Confédération de Bar, les provinces périphériques de Pologne sont partagées entre trois États : la Russie, l’Autriche et la Prusse. Les Juifs étaient plus nombreux dans les territoires annexés par les Russes et les Autrichiens.

Le Conseil permanent établi à la demande du gouvernement russe (1773–1788) fonctionna comme un tribunal administratif et s’occupa d’élaborer un plan de réorganisation de la Pologne sur des bases rationnelles. Les éléments apparaissant comme urgents étaient la mise en place d’un système éducatif, nécessaire à la réforme. La fameuse "Commission de l’Éducation nationale" Komisja Edukacji Narodowej - premier ministère de l’Éducation au monde - fut créée en 1773 et construisit de nouvelles écoles tout en rénovant les plus anciennes. Un des membres de la commission Andrzej Zamoyski, avec d’autres, proposa le respect des juifs et de leurs biens et une certaine tolérance religieuse à leur égard. Il insista cependant pour que les juifs vivant en ville soient séparés des chrétiens, que ceux n’exerçant pas de métier précis soient bannis du royaume et que ceux pratiquant l’agriculture ne soient pas autorisés à posséder des terres. D’un autre côté, certains nobles et intellectuels proposèrent un système de gouvernement garantissant l’égalité civique et politique pour les juifs. C’est le seul exemple d’une telle tolérance et d’une telle ouverture d’esprit sur la « question juive » en Europe jusqu’à la Révolution française. Mais toutes ces réformes vinrent trop tard : l’armée russe envahit la Pologne suivie de près par l’armée prussienne.

Une seconde partition de la Pologne se déroula en juillet 1793. Les juifs, dans un régiment juif emmené par Berek Joselewicz, ont pris part à la révolte de Kościuszko l’année suivante, lorsque les Polonais tentèrent de regagner l’indépendance. Elle fut brutalement réprimée par les Russes. À la suite de cette révolte, la troisième et dernière partition de la Pologne a eu lieu en 1795. Le gros de la population juive polonaise se retrouva alors en Russie, devenant assujetti à cet empire (avec les interludes du Duché de Varsovie napoléonien (1806-1815) et du Royaume du Congrès autonome rattaché à la Russie (1815–1831)).

Le développement du judaïsme en Pologne sous la République des Deux Nations[modifier | modifier le code]

La production culturelle et intellectuelle de la communauté Juive de Pologne eut un impact profond sur l’ensemble du monde juif. Certains historiens juifs relatent que le mot Pologne se prononce Polania ou Polin en hébreu, ce qui peut si on applique une translittération se traduire par "bons présages" car Polonia peut être fragmenté en po (ici), lan (résidence), ya (Dieu en hébreu) ; s’agissant de la prononciation Polin en : po (ici) lin ([tu devrais] résider). Le « message » était donc interprété comme quoi la Pologne était un lieu d’élection pour les Juifs. Et de fait, de la promulgation des lois de Sigismond Vasa à l’arrivée des nazis, la Pologne fut au centre de la vie religieuse de la communauté juive.

Instruction juive[modifier | modifier le code]

Des Yeshivot (centres d’étude de la Torah) étaient établis, sous la direction des rabbins dans les plus importantes communautés. Ces établissements étaient officiellement nommés gymnasiums et leurs rabbins "recteurs". Des Yeshivot de grande taille étaient implantés à Cracovie, Poznań et dans d’autres villes d’importance.

Les premières imprimeries juives firent leur apparition dans le premier quart du XVIe siècle. En 1530 une Torah en hébreu était imprimée à Cracovie et à la fin du siècle. les imprimeries juives de Lublin éditaient de nombreux livres, en majorité religieux. Le développement du Talmud en Pologne à coïncidé avec la prospérité des Juifs et leur système d’éducation étant autonome, celle-ci se faisait selon les lignes directrices du Talmud. Il y eut cependant quelques exceptions où les jeunes juifs recevaient une éducation séculaire dans les universités européennes. Les rabbins lettrés ne s’occupaient pas que de diffusion du message sacré, mais exerçaient aussi les rôles de directeurs de conscience, professeurs, juges ou encore législateurs. Leur autorité a poussé les dirigeants des communautés à se familiariser avec les questions parfois absconses du droit rabbinique (Halakha). La communauté Juive polonaise fonda sa vision de société sur le Talmud et la littérature rabbinique, qui avaient leurs influences sur la vie privée, l’éducation et bien sûr la religion.

Dans la première moitié du XVIe siècle, les graines du talmudisme furent implantées en Pologne depuis la Bohême, en particulier depuis l’école de Jacob Pollak, inventeur du Pilpoul ("litt : raisonnement aiguisé"). Shalom Shachna (1500–1558), un disciple de Pollak, est connu pour être l’un des pionniers du talmudisme en Pologne. Il vécut et mourut à Lublin, où il était à la tête d’une yeshiva célèbre qui produisit les rabbins les plus connus de cette époque. Le fils de Shachna, Israel devint rabbin de Lublin à la mort de son père et le disciple de Sachna, Moshe Isserles (surnommé le ReMA) (1520–1572) s’assura une réputation internationale parmi les juifs en tant que coauteur du Shoulhan Aroukh, (code des lois juives). Son contemporain et correspondant, Salomon Luria (1510–1573) de Lublin bénéficia également d’une bonne réputation et leur autorité commune était reconnue dans toute l’Europe. Les débats religieux étaient très nombreux et les étudiants juifs y participaient activement.

Au même moment, la Kabbale s’établit sous la protection du judaïsme rabbinique et des étudiants comme Mordecai Jaffe et Yoel Sirkis se consacrèrent à ces études. Cette période de développement de l’éducation rabbinique prit fin avec la rébellion de Chmielnicki et le "Déluge".

Ce portrait souvent considéré comme celui d'Israel ben Eliezer, serait en réalité celui de Rabbi Falk, le Baal Shem de Londres.

La croissance du hassidisme[modifier | modifier le code]

Voir aussi : Hassidisme

La période allant de la rébellion des cosaques de Chmielnicki jusqu’après "le déluge", soit de 1648 à 1658, laissa une marque profonde sur la communauté juive de Pologne et de Lituanie, sur leur quotidien mais aussi dans leur vie spirituelle. Le rayonnement de la communauté juive polonaise avait diminué. L’enseignement talmudique, autrefois accessibles à tous ne l’était plus que pour un nombre limité d’étudiants. Les thèmes d’études se formalisèrent : discussions sans fin sur les lois ou sur les commentaires du Talmud. Au même moment beaucoup de faiseurs de miracles firent leur apparition en Pologne, phénomène qui culmina avec le développement de toute une série de mouvements messianiques, dont le plus fameux fut le sabbatéisme, auquel succéda le frankisme fondé par Jacob Frank.

Pendant cette période de mysticisme, apparu l’enseignement de Israel ben Eliezer, surnommé Baal Shem Tov (maître du Bon Nom), ou par son acronyme BeShT, (1698–1760), qui eut un impact profond sur les Juifs d’Europe de l'Est et de Pologne en particulier. Ses disciples (dont Dov Baer de Mezeritch dit le "Maggid") propagèrent et encouragèrent une nouvelle forme de Judaïsme orthodoxe, basé sur la Kabbale, l’extase religieuse, la dévotion et la joie dans la prière et dénommé Hassidisme. La nomination par Rabbi Dov Baer de représentants de son courant à travers toute la Pologne mais aussi en Ukraine et en Lituanie permet un large développement du hassidisme en Europe orientale puis le développement de la communauté des Haredim partout dans le monde. Cette influence peut se sentir depuis la fondation du mouvement et en particulier à travers ses rabbins illustres comme Aleksander, Bobov, Ger, Nadvorna et Sassov. Unique à l’origine, ce courant va se diviser en de nombreuses « écoles », comme celle de Shneour Zalman de Liadi (Loubavitch) ou celle de Nahman de Bratslav (Bratslav (ville)).

Dès ses premiers pas, le hassidisme se heurte à l’opposition d’une partie de l’école rabbinique traditionnelle qui considère les hassidim comme de dangereux innovateurs. À la tête de ces Mitnagdim (= opposants) se tient un grand érudit lituanien : Elie de Vilnius (dit le « Gaon de Vilna » 1720-1797). Le combat est sans ménagement et va jusqu’à l’excommunication mutuelle. À Vilnius se déroule même une véritable guerre religieuse, chaque partie essayant de gagner le pouvoir à sa cause. Après la mort du « Gaon de Vilna », les frères ennemis finissent par se résoudre à l’existence de l’autre.


Les Juifs de Pologne sous la domination russe (1795–1918)[modifier | modifier le code]

La politique officielle russe se montrera substantiellement plus dure concernant les Juifs que les lois de la Pologne indépendante. Les terres qui recouvraient ce qui avait été la Pologne restèrent le territoire de nombreux Juifs jusqu’à ce qu’en 1772, Catherine II de Russie, institue la « zone de colonisation » circonscrivant ainsi les Juifs aux provinces ouest de l’Empire. Cette zone, bien qu’incluant la majorité du territoire polonais excluait cependant certaines zones traditionnellement occupées par des Juifs. À la fin du XVIIIe siècle, plus de 4 millions de Juifs vivront dans cette zone de colonisation.

Au départ, la politique concernant les Juifs de Pologne reste floue, alternant entre des règles particulièrement dures et des actions plus éclairées. En 1802, le Tsar crée le Comité pour le progrès des Juifs dans le but de mettre au point une approche cohérente pour l’ensemble des nouvelles populations juives de l’empire. En 1804 ce comité proposa plusieurs actions ayant pour but d’encourager les Juifs à s’intégrer, mais sans qu’il s’agisse de mesures obligatoires ou imposées. Il proposa ainsi que les Juifs soient autorisés à bénéficier de l’enseignement et même à posséder des biens fonciers. D’autres mesures étaient moins positives comme l’interdiction d’entrer en Russie ou l’interdiction de brasser de la bière ainsi que d’autres restrictions. Les parties les plus ouvertes de cette politique ne furent cependant jamais mises en œuvres et les conditions des Juifs dans la zone de colonisation se dégradèrent progressivement. Dans les années 1820, les Lois Cantonales instaurées par Nicolas Ier de Russie conservèrent la traditionnelle double taxation des Juifs (qui remplaçait le service militaire), tout en demandant à toutes les communautés juives de fournir à l’armée des jeunes hommes qui étaient alors souvent convertis de force. Bien que les Juifs se virent accorder quelques libertés avec la Réforme de 1861, ils étaient toujours cantonnés à la zone d’occupation et soumis à des restrictions concernant la propriété et la profession. Ce statu quo prit fin avec l’assassinat du tsar Alexandre II en 1881, dont furent à tort accusés les Juifs.

Pogroms[modifier | modifier le code]

L’assassinat du tsar entraîna une vague de manifestations anti-juives appelées pogroms, sur une période allant de 1881 à 1884. Lors des événements de 1881, les pogroms étaient uniquement limités à la Russie, bien qu’une émeute à Varsovie ait fait 2 morts juifs, beaucoup d’autres furent blessés, des femmes violées et pour plus de 2 millions de roubles de biens détruits. Le nouveau tsar, Alexandre III de Russie, accusa les Juifs d’avoir occasionné ces révoltes et promulgua une série de restrictions particulièrement sévères pour les mouvements juifs. Les pogroms se poursuivirent de façon intensive jusqu’en 1884, avec finalement l’accord tacite du gouvernement. Ces évènements mettent en évidence un tournant dans l’histoire des Juifs de Pologne et à travers le monde. Ces persécutions entraînèrent une importante vague d’immigration juive aux États-Unis et près de 2 millions de Juifs ont quitté la zone de colonisation à la fin des années 1920. On considère que les pogroms sont un des facteurs déterminants de l’émergence du sionisme.

Un mouvement encore plus violent de pogroms se développe de 1903 à 1906, et il est parfois sous-entendu que certains d’entre eux furent organisés ou au moins appuyés par les services secrets russes, l’Okhrana. Les pires d’entre eux se déroulèrent sur le territoire polonais où la majorité des Juifs russes vivaient, en particulier le pogrom de Białystok en 1906 durant lequel plus de 100 Juifs furent massacrés et de nombreux autres blessés.

Haskalah et Halakha[modifier | modifier le code]

L’éveil juif ou Haskala, prit racine dans les années 1800, mettant l’accent sur des idées et des valeurs laïques. Les leaders du Haskalah, les Maskilim, militèrent pour l’assimilation et l’intégration des Juifs à la culture russe. Au même moment, une autre doctrine juive, le mouvement du Mussar préconise quant à elle la mise en avant des études traditionnelles et une réponse juive au problème ethnique de l’antisémitisme. Les politiciens juifs étaient globalement peu influencés par l’Haskala et préconisaient une poursuite stricte de la vie religieuse basée sur l’Halakha (Loi juive) suivant ainsi les mouvements juifs orthodoxes, le hassidisme, puis se tournant vers le Sionisme du Mizrahi dans les années 1900.

Les partis politiques sur le territoire polonais[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1800, le Haskalah et le débat qu’il généra, entraîna l’apparition de nombreux mouvements politiques au sein de la communauté juive, développant de nombreux points de vue et de vives rivalités lors des élections régionales. Le sionisme devint très populaire avec l’avènement du parti socialiste Poale Zion et la branche polonaise du Mizrahi ainsi que par la renommée grandissante des Sionistes généraux. Des Juifs adoptent également les idées socialistes, et créent l’Union générale des travailleurs juifs (souvent connue sous son abréviation de Bund) qui prône l’assimilation et milite pour les droits du travail. Le Folkspartei (Parti du Peuple) quant à lui défendra l’autonomie culturelle et s’opposera à l’assimilation. En 1912, Agoudat Israel, un parti religieux, voit le jour.

Il n’est pas surprenant, étant donné les conditions imposées par la Russie impériale, que les Juifs aient participé à des insurrections polonaises contre les Russes, en particulier la révolte de Kościuszko (voir plus bas), l’insurrection de janvier (en 1863), ainsi qu’au mouvement révolutionnaire russe de 1905.

L’entre-deux-guerres 1918–39[modifier | modifier le code]

Les Juifs polonais et l’indépendance[modifier | modifier le code]

Les Juifs jouèrent également un rôle dans les combats pour l’indépendance en 1918, certains rejoignant Józef Piłsudski, alors que beaucoup d’autres communautés restèrent neutres. Dans la suite de la Première Guerre mondiale et des nombreux conflits qui virent le jour en Europe de l’Est (Révolution russe, guerre polono-ukrainienne et la guerre russo-polonaise), de nombreux pogroms eurent lieu. Comme de nombreux Juifs étaient accusés d’avoir supporté le bolchevisme en Russie, ils devinrent la cible des ennemis du régime bolchevique.

Juste après la fin de la Première Guerre mondiale, l’Europe de l’Ouest s’effraya d’informations faisant état de pogroms massifs en Pologne. Les pressions exercées par les gouvernements atteignirent leur objectif lorsque le président Woodrow Wilson missionna une commission pour enquêter sur le sujet. Cette commission, dirigée par Henry Morgenthau Sr. conclut que les informations sur les pogroms étaient exagérées, voire dans certains cas montées de toutes pièces. (Morgenthau Report)

Quartier juif de Lwów après le pogrom en novembre 1918

Ils identifièrent néanmoins huit incidents majeurs pour 1918–1919 et estimèrent le nombre de victimes à 200–300 Juifs. Quatre de ces pogroms furent attribués aux exactions de déserteurs ou de soldats indisciplinés et aucun ne fut inquiété par la police gouvernementale. Parmi ces incidents, un officier de l’armée polonaise accusa un groupe de sionistes de Pińsk de comploter contre les Polonais et abattit 35 d’entre eux (voir: Massacre de Pinsk). À Lwów (actuellement Lviv), en 1918, des centaines de personnes, dont 72 Juifs furent massacrés au cours d'un pogrom perpétré par l’armée polonaise pendant la guerre polono-ukrainienne pour la Galicie. À Varsovie, des soldats de l’Armée bleue (unités de l’armée polonaise formées en France) attaquèrent des Juifs dans les rues, mais furent condamnés par les autorités militaires. D’autres incidents en Pologne se révélèrent avoir été exagérés par la suite, en particulier par les journaux de l’époque comme le New York Times, alors que des exactions contre les Juifs, dont de nombreux pogroms, se déroulaient dans d’autres régions comme l’Ukraine[2]. Le résultat de cette communication du sort réservé aux Juifs de Pologne déboucha sur une série de clauses particulièrement claires dans le traité de Versailles, protégeant les droits des minorités polonaises. En 1921, la constitution polonaise (connue sous le nom de Constitution de Mars) accorde aux Juifs les mêmes droits qu’aux autres citoyens et leur garantit la liberté de culte.

Élèves d’obédience hassidique à Łódź, dans les années 1910

La culture juive et polonaise[modifier | modifier le code]

La toute récente seconde République polonaise abrite la plus forte population juive d’Europe lorsque la Seconde Guerre mondiale commence. Selon le recensement de 1931, 3 130 581 personnes se déclaraient juives. En tenant compte de l’accroissement de la population et de la forte émigration de Pologne entre 1931 et 1939, on peut estimer que la Pologne comptait 3 474 000 Juifs (soit 10 % de la population totale[3]) le premier septembre 1939, jour du début de la campagne allemande contre la Pologne.

Les Juifs étaient au départ regroupés dans les grandes et moyennes villes (77 % de citadins). Durant l’année scolaire 1937–1938 on comptait 226 écoles primaires et 12 lycées où l’enseignement était dispensé en yiddish ou en hébreu. Les partis politiques juifs aussi bien socialistes (Bund : Union générale des travailleurs juifs) que les tenants du sionisme (qu’ils soient de droite ou de gauche) ou les partis religieux conservateurs étaient représentés aussi bien au Sejm (le parlement polonais) que dans les assemblées régionales.

La scène culturelle juive était particulièrement active. On comptait de nombreuses publications juives et plus de 116 périodiques. Les auteurs yiddish, dont un des plus connus, Isaac Bashevis Singer, se virent attribuer une renommée internationale et classés parmi les auteurs classiques juifs, avec pour Singer la consécration par le Prix Nobel en 1978. D’autres auteurs juifs de cette période, comme Bruno Schulz, Julian Tuwim, Jan Brzechwa et Bolesław Leśmian étaient moins connus sur le plan international mais apportèrent une importante contribution à la littérature polonaise. Le théâtre yiddish était également florissant : la Pologne comptait 15 théâtres yiddish. Varsovie était le fief de la plus importante troupe yiddish de l’époque, la Troupe Vilna qui joua la première de Dybbuk en 1920 à l’Elyseum Théatre.

La montée de l’antisémitisme[modifier | modifier le code]

Alors que la seconde République s’affirmait, les persécutions envers les Juifs augmentèrent en Pologne. Ceux-ci n’étaient souvent pas assimilés à des Polonais de souche, vision générée à la fois par le nationalisme polonais et par le fait que la majorité des Juifs vivaient séparément du reste de la population polonaise. Par exemple, 85 % des Juifs polonais déclaraient comme langue maternelle le yiddish ou l’hébreu. Bien que la situation s’améliore un peu sous le gouvernement de Józef Piłsudski (1926–1935), qui s’opposa à l’antisémitisme, les conditions se détériorèrent à sa mort. Augmentation des vexations dans l’enseignement, émeutes anti-juives, quotas (semi-officiels ou officieux) appliqués à partir de 1937 dans certaines universités, réduisent de moitié le nombre de juifs inscrits entre l’indépendance et la fin des années 1930. En 1937, le syndicat professionnel des médecins et avocats polonais n’accepta plus que les chrétiens polonais, alors que de nombreux emplois gouvernementaux restaient fermés aux Juifs pendant toute cette période.

Cette discrimination s’accompagnait de violences physiques, et entre 1935 et 1937, 79 Juifs furent tués et 500 blessés dans des incidents anti-juifs[4]. Les magasins juifs étaient également la cible de ces attaques et beaucoup d’entre eux furent pillés. À la même époque, des boycotts d’ordre économique et des attaques contre les biens, combinés aux effets de la Grande Dépression qui avaient été particulièrement forts dans les pays agricoles comme la Pologne réduisirent le niveau de vie des Juifs polonais à un point tel qu’ils devinrent une des plus pauvres communautés du monde. Le résultat de cette situation est qu’au début de la Seconde Guerre mondiale, la communauté juive bien que forte numériquement et riche de sa vie culturelle intense était aussi significativement (à l’exception de quelques professionnels) plus pauvre et moins bien intégrée que les Juifs d’Europe de l’Ouest.

Concernant l’accueil de Juifs échappés. Rappel - conformément au paragraphe 3 du décret du 15 octobre 1941 sur les limitations de résidence du Gouvernement général (page 595 du code du Gouvernement général)- les Juifs quittant le quartier juif sans permission encourent la Peine capitale. Conformément à ce décret, les personnes aidant ces Juifs à trouver un abri, de la nourriture ou leur vendant des biens de consommation seront également condamnées à la peine capitale. Il s’agit d’un avertissement catégorique aux populations non juives contre : 1/ l’offre d’un abri à un Juif, 2/ La fourniture d’aliments, 3/ La vente d’aliments. Dr. Franke - Commandant - Częstochowa 9/24/42

La seconde guerre mondiale et la destruction de la communauté juive polonaise (1939–45)[modifier | modifier le code]

La campagne polonaise de septembre[modifier | modifier le code]

Durant la campagne polonaise de septembre 1939, près de 120 000 citoyens polonais d’origine juive prirent part aux combats contre les Allemands en tant que membres des forces armées polonaises. On estime qu’au cours de la Seconde Guerre mondiale, 32 216 soldats et officiers juifs ont péri et 61 000 furent faits prisonniers par les Allemands, et dont la très grande majorité n’a pas survécu. Les soldats et officiers qui furent relâchés se retrouvèrent dans les ghettos ou les camps et subirent le même sort que les civils juifs.

Les juifs polonais sous l’occupation soviétique[modifier | modifier le code]

Selon la nouvelle répartition de la Pologne, correspondant au Pacte germano-soviétique, 61,2 % de Juifs polonais résidaient dans la zone de Pologne annexée par l’Allemagne nazie selon les chiffres du recensement de 1931, alors que les 38,8 % se trouvaient sur le territoire polonais annexé par les soviétiques. Cependant, si l’on se base sur les flux migratoires est-ouest observés après la campagne polonaise de septembre, le nombre de Juifs présents dans la zone d’occupation soviétique était probablement supérieur aux chiffres du recensement de 1931. Ainsi entre 1939 et 1941 198 000 juifs polonais se sont réfugiés dans la zone d’occupation soviétique. Les communistes polonais d’origine juive comme Jakub Berman se sont eux aussi réfugiés dans la zone d’occupation soviétique. Parmi les officiers polonais abattus par le NKVD en 1940 lors du massacre de Katyń on comptait 500 à 600 Juifs.

Principaux ghettos en Pologne et Europe de l’Est

L’Union soviétique intégra la partie orientale de la Pologne dans la république socialiste soviétique d'Ukraine et la République socialiste soviétique de Biélorussie et en organisa la soviétisation. Quatre vagues de déportations vers la Sibérie furent organisées par le NKVD entre l’hiver 1939-1940 et l’été 1941. La première concerne l’intelligentsia et les fonctionnaires polonais, la seconde leurs familles et les Polonais en général, la troisième de juin-juillet 1940 concerna les réfugiés venant de la zone d’occupation nazie et « les spéculateurs », dans les deux cas en majorité des Juifs. Les républiques baltes occupées par l’Armée rouge subirent la même soviétisation. En Lituanie occupée par les Soviétiques des Juifs polonais qui s’était réfugiés dans ce pays furent arrêtés et déportés vers les goulags de Sibérie[5].

La quatrième en juin 1941 les Polonais et Juifs habitant la province de Vilnius, Un petit nombre de Juifs polonais (6 000) fut autorisé à quitter les camps de l’Union soviétique en 1942 avec l’armée de Władysław Anders, dont le futur premier ministre d’Israël, Menahem Begin. Alors que la seconde armée polonaise stationnait dans la zone du mandat anglais en Palestine, 2 972 personnes) soit 67 % des soldats juifs désertèrent et rejoignirent l’Irgoun.

La Shoah[modifier | modifier le code]

La communauté juive polonaise a été quasiment anéantie lors de la Shoah. Sur les 6 millions de Juifs tués pendant la guerre, la moitié sont originaires de Pologne. Ils disparaissent notamment dans les camps d'extermination nazis d'Auschwitz, Treblinka, Majdanek, Belzec, Sobibór, Chełmno ou meurent de faim dans les ghettos[6]. Beaucoup de Juifs, dans l'est de l'ancien territoire polonais ont été également victimes de groupes d'extermination nazis baptisés Einsatzgruppen qui furent particulièrement actifs en 1941.

Certains des massacres perpétrés par les nazis après l'invasion de l'Union soviétique sont menés avec l'appui, voire la participation active des habitants, comme le massacre de Jedwabne au cours duquel entre 300 (selon l'Institut national du souvenir[7] et 1 600 (selon Jan T. Gross) Juifs sont torturés et mis à mort par une partie des habitants de ce village. L'étendue de l'implication des Polonais dans le massacre des Juifs est un sujet controversé, mais l'Institut national du souvenir recense 32 autres villes où des pogroms ont eu lieu[6]. Les raisons de ces massacres font elles aussi débat mais on y trouve l'antisémitisme, des accusations (avérées ou non) de coopération avec l'envahisseur soviétique lors de la guerre russo-polonaise de 1920 et après l'invasion de 1939 de la moitié orientale de la Pologne par l'Armée rouge (résultat du Pacte germano-soviétique), ou simplement la volonté de s'accaparer des biens des Juifs.

Les Allemands créent de nombreux ghettos où les Juifs sont confinés et le plus souvent tués car laissés à leur sort. Le ghetto de Varsovie fut le plus important avec 380 000 résidents, le second est le ghetto de Łódź qui compta jusqu'à 160 000 personnes. Les habitants de Varsovie prendront une part active dans le confinement des internés du Ghetto, livrant ceux qui tentaient de s'en échapper aux Nazis. D'autres villes polonaises comme Białystok, Częstochowa, Kielce, Cracovie, Lublin, Lwów et Radom ont aussi leur ghetto.

Le ghetto de Varsovie fut créé par le gouverneur général Hans Frank le 16 octobre 1940. À cette date, alors que la population du ghetto était estimée à près de 30 % de la population de Varsovie, sa superficie représentait seulement 2,4 % de la ville. Les Allemands isolèrent ensuite le ghetto du reste du monde le 16 novembre de cette même année en construisant un mur aux frais des Juifs sous prétexte "d'isoler les maladies contagieuses véhiculées par ces derniers". L’année et demi qui suivit, les Juifs des petites villes ou villages voisins furent conduits dans le ghetto de Varsovie. Les maladies (en particulier le typhus) et la manque de nourriture sévissant, le nombre d’habitants du ghetto diminua drastiquement. La ration alimentaire moyenne des Juifs en 1942 à Varsovie représentait à peine 100 Kcal contre 669 kcal pour les Polonais et 2 613 kcal pour les Allemands. Le 22 juillet 1942 l’évacuation massive du ghetto de Varsovie commence. Elle se poursuivra 52 jours jusqu’au 12 septembre 1942, le temps pour 300 000 personnes d’être déportées en train jusqu’au camp d’extermination de Treblinka. Les déportations furent organisées par 50 soldats SS, 200 soldats de Lituanie du bataillon Schutzmannschaften, 200 ukrainiens. Les employés du Judenrat, incluant la "police" du ghetto (en réalité une organisation juive créée de toute pièce par les SS et censée faire régner l'ordre dans les quartiers dévastés par la faim et les maladies).

A partir de 1942, Adam Czerniakow, ingénieur et sénateur de Pologne avant la guerre, est nommé à la tête du "Judenrat", l'organisation administrative du Ghetto de Varsovie. Parfois contesté, on lui prête des idées controversées sur le sort des Juifs du Ghetto. Il préfère en effet organiser une vie culturelle plutôt qu'une militarisation du Ghetto. Lorsqu'il sent que la fin du Ghetto est venue, il se donne la mort, non sans avoir livré ses carnets à son épouse, survivante de l'Holocauste. cette dernière, cachée chez des familles polonaises, remettra ces écrits à Yad Vashem. Ils seront rendus publics dès 1964. On y trouvera le récit de la vie quotidienne des Juifs de ce Ghetto ainsi que les demandes et décisions prises par les nazis envers les Juifs.</ref>, dut livrer de plus en plus de ses coreligionnaires aux Allemands. Il représentait le "fusible" entre l'administration nazie et les internés du Ghetto. Jusqu'à la fin et à son suicide (il prit cette décision lorsque les nazis lui demandèrent de livrer les orphelins) il lutta comme il put contre les déportations et tenta de rendre un semblant de vie à cet enfer en organisant des manifestations culturelles. Il a décrit dans son journal, jusqu'à ses derniers instants, la situation et la véritable histoire du ghetto de Varsovie, livrant au Monde un témoignage inestimable.

Les plus jeunes adultes du ghetto dont les membres de l'ŻZW tentèrent de s'opposer aux Allemands. Ils voulaient mourir en combattant et "le peuple juif" déclara la guerre au Reich allemand. Ils se rapprochèrent de la résistance polonaise qui leur refusa les armes qu'ils demandaient, craignant qu'ils ne s'en prennent aussi aux Polonais. Deux émissaires juifs, un sioniste et un membre du Bund, contactent en 1942 un officier de liaison du gouvernement polonais (Jan Karski) afin qu'il puisse témoigner de la situation dans le ghetto. Suite à sa visite dans le ghetto, Karski prépare en novembre 1942 un rapport sur l'extermination des Juifs polonais pour le gouvernement polonais en exil. Le général Sikorski, chef de gouvernement polonais, envoie le "Rapport Karski" aux gouvernements britannique et américain avec la demande d'aide aux Juifs polonais. Il est communiqué aux politiques, aux évêques, à la presse, aux artistes, etc., mais rencontre sinon de l'indifférence, du moins de l'incrédulité. Karski est envoyé en mission en Grande-Bretagne et ensuite aux États-Unis, où il rencontre successivement le ministre britannique des Affaires étrangères Anthony Eden et le 28 juillet 1943, le président des États-Unis Franklin Delano Roosevelt, ainsi que des leaders de la communauté juive dans les deux pays. Son récit ne produit pas l'effet escompté. Par exemple, Felix Frankfurter, un juge de la Cour suprême des États-Unis, lui-même juif, dit après avoir écouté l'histoire de Karski : « M. l'ambassadeur, je n'ai pas dit que ce jeune homme mentait. J'ai dit que je suis incapable de le croire. Ce n'est pas la même chose. » (« Mr. Ambassador, I did not say this young man is lying. I said I am unable to believe him. There is a difference. »).

Karski, déboussolé et horrifié par sa visite du Ghetto de Varsovie, a attendu les années 1970 avant de "pouvoir" raconter publiquement, non sans mal, ce qu'il avait vu dans "cet autre monde qui n'était pas l'Humanité : Ce n'était pas notre Monde, ce n'était pas l'Humanité. Des enfants rachitiques jouaient avec des chiffons sous des arbres morts, des adultes restaient debout, comme figés, en réalité, ils étaient en train de mourir. Dans les rues, jonchées de cadavres nus, des centaines de personnes à l'air hagard tentaient de vendre ce qu'ils avaient, c'est-à-dire pas grand'chose, pour survivre. Des femmes étaient assises par terre, la poitrine "vide" à côté de leurs enfants amorphes aux yeux trop grands et au rictus terrible de la faim et de la souffrance. L'odeur qui régnait là était insoutenable et une grande agitation secouait cet enfer lorsque parfois, deux gamins, aux traits réguliers et propres, vêtus d'uniformes des Hitlerjügend (jeunesses hitlériennes) entraient, l'arme à la main, criant, hurlant. Tout le monde s'enfuyait en courant pour se réfugier où l'on pouvait. C'est la chose la plus horrible que j'ai vue".

Les autres ghettos subirent un destin similaire à celui de Varsovie. Avec la décision des nazis de lancer la Solution finale, la destruction des Juifs d’Europe, l’Aktion Reinhardt débuta en 1942 avec l’ouverture des camps d’extermination de Belzec, Sobibór, et Treblinka suivie d’une seconde vague avec Auschwitz Birkenau. Avec la déportation massive des Juifs des ghettos vers ces camps, près de 1,7 million de Juifs vont mourir pendant le seul mois d’octobre 1943[8].

Malgré le comportement parfois hostile de sa population, comme dans nombre d'autres pays occupés, la Pologne est le pays qui compte le plus grand nombre de Justes parmi les Nations, titre décerné par le musée de Yad Vashem. Il est vrai que le nombre d’israélites y était beaucoup plus important que partout ailleurs en Europe. Le gouvernement polonais en exil fut également le premier à diffuser (en novembre 1942) des informations sur les camps d’extermination nazis à la suite des rapports de Jan Karski (voir plus haut) et de Witold Pilecki, membres d’Armia Krajowa[9]. Le gouvernement polonais en exil est aussi le seul gouvernement à avoir mis en place une cellule de résistance (Żegota) dont l’objectif unique a été d’aider les Juifs en Pologne occupée.

La période communiste 1945–89[modifier | modifier le code]

L'Après-guerre[modifier | modifier le code]

Entre 40 000 et 100 000 Juifs polonais survécurent à l’Holocauste en se cachant ou en rejoignant des groupes de résistants polonais et soviétiques. 50 000 à 170 000 autres furent rapatriés d’Union soviétique et 20 000 à 40 000 d’Allemagne et des pays voisins. On estime qu’à cette période le maximum de Juifs en Pologne à atteint 180 000 à 240 000 individus, principalement dans les villes : Varsovie, Łódź, Cracovie et Wrocław.

Juste après la fin de la seconde guerre mondiale, les Juifs commencèrent à émigrer de Pologne. Ce phénomène fut encore accéléré par le renouveau de violences dirigées contre les Juifs, en particulier le Pogrom de Kielce en 1946, le refus du régime communiste de restituer les biens confisqués aux Juifs avant guerre et le souhait de quitter les communautés détruites par l’Holocauste pour entamer une nouvelle vie en Palestine mandataire. 100 000 à 120 000 Juifs quittent ainsi la Pologne entre 1945 et 1948. Leur départ était en grande partie organisé par des activistes sionistes en Pologne comme Adolf Berman et Icchak Cukierman avec la protection d’une organisation semi-clandestine Berihah. Cette dernière était également impliquée dans l’organisation de l’émigration des Juifs de Roumanie, Hongrie, Tchécoslovaquie et de Yougoslavie estimée au total (Pologne incluse) à 250 000 personnes. Une seconde vague d’émigration aura lieu entre 1957 et 1959 lors de la libéralisation du régime communiste et concernera environ 50 000 personnes.

Pour ceux qui décidèrent de rester en Pologne, la reconstruction d’une vie juive en Pologne sera organisée entre 1944 et 1950 par le Comité central des juifs polonais (Centralny Komitet Żydów Polskich, CKŻP) dirigé par un ancien activiste du Bund, Szloma Herszenhorn. Le CKŻP fournissait des services dans les domaines légal, de l’éducation, social, culturel et de la propagande. Une communauté religieuse juive, couvrant le pays entier et menée par Dawid Kahane, qui faisait office de grand rabbin des forces armées polonaises, fonctionna de 1945 à 1948 avant d’être intégrée par le CKŻP. Onze partis juifs indépendants (dont huit déclarés) existèrent en Pologne jusqu’à leur dissolution en 1949.

Un certain nombre de Juifs polonais participèrent à la mise en place du régime communiste amenant à la création de la République populaire de Pologne. beaucoup d’entre eux occupèrent des postes importants au bureau politique du Parti ouvrier unifié polonais (comme Jakub Berman - responsable de la sécurité ou Hilary Minc – responsable de l’établissement d’une économie de type communiste) ainsi que de l’appareil de sécurité Urząd Bezpieczeństwa (UB) et dans les domaines de la diplomatie/espionnage (comme Marcel Reich-Ranicki). Après 1956, pendant la déstalinisation en Pologne sous le régime de Władysław Gomułka certains officiers de l’Urząd Bezpieczeństwa (UB) dont Roman Romkowski (alias Natan Grunsapau-Kikiel), Jacek Różański (alias Jozef Goldberg), et Anatol Fejgin seront poursuivis pour "abus de pouvoir" comportant des actes de torture sur des Polonais anti-communistes (dont Witold Pilecki). Ils furent condamnés à de lourdes peines de prison. Un agent de l’UB, Józef Światło, (alias Izak Fleichfarb), après être passé à l’Ouest en 1953 communiqua sur Radio Free Europe les méthodes employées par l’UB, ce qui entraînera sa dissolution en 1954.

Quelques institutions culturelles juives sont créées à cette période dont le Théâtre national yiddish en 1950 et dirigé par Ida Kamińska, l’Institut de l’histoire juive, une académie spécialisée dans la recherche historique et culturelle sur les Juifs de Pologne ou le journal yiddish Folks-Shtime (La Voix du peuple).

1967–1989[modifier | modifier le code]

Le 10 juin 1967, jour de la fin de la guerre des Six Jours entre Israël et les pays arabes, la Pologne rompt ses relations diplomatiques avec Israël. Mais, les états arabes étant considérés par beaucoup de juifs polonais comme des États satellites du régime de Leonid Brejnev, beaucoup de juifs Polonais soutiendront les Israéliens. En 1967, la très grande majorité des 40 000 Juifs résidents en Pologne sont parfaitement assimilés dans la société polonaise. Malgré cela ils furent l’année suivante la cible d’une campagne menée par le pouvoir central assimilant des origines juives à des sympathies sionistes et donc à une trahison envers la Pologne.

En mars 1968, des manifestations d'étudiants à Varsovie (Mars 1968) fournissent une excuse au gouvernement Gomułka pour canaliser les sentiments anti-gouvernementaux sur une autre cible. Ainsi, le chef de la sécurité Mieczysław Moczar, utilisa la situation comme prétexte pour lancer une campagne de presse antisémite (bien qu’officiellement, seul le sionisme soit attaqué). La campagne "antisémite soutenue par le gouvernement entraînera l’éviction des Juifs du Parti ouvrier unifié polonais et des postes d’enseignants dans les écoles et universités. À cause de la pression, politique et policière, quelque 25 000 Juifs vont émigrer entre 1968 et 1970. La campagne qui visait plus particulièrement les Juifs ayant exercé de hautes fonctions pendant la période stalinienne, atteignit l’ensemble des Juifs polonais, quel que soit leur milieu.

Il y eut de graves conséquences à la suite des évènement de mars 1968. La campagne antisémite laissa une très mauvaise image de la Pologne à l’étranger, en particulier aux États-Unis. Certains intellectuels polonais révoltés à l’idée d’une campagne antisémite menée par l’État s’opposèrent. Certaines des personnes étant passées à l’Ouest à cette période fondèrent des mouvements anti-communistes qui encouragèrent l’opposition en Pologne.

À la fin des années 1970, certains activistes juifs étaient engagés dans des groupes anti-communistes. Le plus connu d’entre eux, Adam Michnik (fondateur de la Gazeta Wyborcza) était également membre fondateur du KOR (Comité de défense des ouvriers). À la chute du communisme en Pologne en 1989, seuls 5 000 à 10 000 Juifs résidaient encore dans le pays et la grande majorité ne préférait pas révéler ses origines juives.

Depuis 1989[modifier | modifier le code]

Avec la chute du communisme en Pologne, la vie culturelle, sociale et religieuse juive voit un renouveau. Certains évènements historiques, datant en particulier de la seconde guerre mondiale et de la période 1944–89 restés cachés à la suite de la censure communiste ont été réévalués et publiquement débattus (comme le massacre de Jedwabne, le massacre de Koniuchy, le pogrom de Kielce ou la croix d'Auschwitz et plus généralement des relations juifs-chrétiens en Pologne pendant la guerre). Les cas de complicités de Polonais dans des crimes contre des Juifs, juste après la guerre ont également été rendus publics.

Le Forum de coordination de la lutte contre l'antisémitisme dénombre dix-huit incidents antisémites en Pologne entre janvier 2001 et novembre 2005. La moitié d'entre eux concernent des actes de propagande, huit des incidents violents, du vandalisme ou des profanations (dont le dernier eut lieu en 2003) et un concernait des violences verbales. Il n'est pas relevé d'attaques armées antisémites [1]. D'après un sondage datant de 2005, la part de la population se déclarant antisémite est légèrement supérieur à la moyenne des autres pays européens.[2]. Selon un autre sondage de CBOS publié en janvier 2005 dans lequel les Polonais étaient interrogés sur leur point de vue envers d'autres populations, 45 % déclarent une antipathie envers les Juifs, 18 % de la sympathie, 29 % de l'indifférence et 8 % ne se prononcent pas. Les personnes interrogées devaient donner leurs sentiments en attribuant une note allant de -3 (forte antipathie) à +3 (forte sympathie). Le résultat final concernant les Juifs donnait - 0,67.

Dans le même temps, la vie religieuse juive connaît un renouveau avec l'aide de la Fondation Ronald Lauder qui permet l'emploi de deux rabbins, la mise en place d'un petit réseau d'écoles et de colonies de vacances ainsi que le soutien à de nombreux périodiques et à l'édition de livres juifs. En 1993, l'Union des communautés religieuses juives de Pologne est créée avec comme objectif l'organisation de la vie religieuse et culturelle des communautés polonaises. En février 2008, s'est tenue la première assemblée de rabbins de Pologne en présence du grand rabbin ashkénaze d'Israël, Yona Metzger. De plus des centaines de Polonais retrouvent leurs origines juives. Certains sont les descendants d'"enfants cachés" qui ont survécu à la Shoah. D'autres découvrent qu'ils sont issus d'une famille juive assimilée, qui, sous le coup des campagnes antisémites du régime communiste, avait tiré un trait sur son identité[10].

Un programme d'études juives a été créé à l'université de Varsovie ainsi qu'à l'université Jagellonne de Cracovie. Cracovie abrite aussi la fondation Judaica qui soutient un grand nombre de programmes culturels ou éducatifs sur des thématiques juives à destination des Polonais. Le gouvernement polonais devrait aussi financer la construction d'un musée de l'histoire de Juifs polonais à Varsovie. Lors d'une cérémonie en novembre 2007, l'Allemagne a offert cinq millions d'euros pour la construction de ce musée, prévu alors pour 2009 ou 2010. L'ambassadeur d'Allemagne Michael H. Gerdts a déclaré à cette occasion que « le gouvernement fédéral veut ainsi apporter une nouvelle contribution aux réparations des souffrances incommensurables infligées dans ce pays aux Juifs, et donc à la Pologne en général, au nom des Allemands ». Ce musée sera construit dans l'ancien quartier juif de Varsovie, site du ghetto pendant la Shoah[11].

Juifs polonais à la Marche des Vivants, Auschwitz, 2000.

La Pologne fut le premier pays du bloc communiste à reconnaître de nouveau l'existence de l'État d'Israël en 1986 et à reprendre les relations diplomatiques en 1990. Les relations gouvernementales entre la Pologne et Israël se renforcent à la suite des visites mutuelles entre les présidents des deux états ou les ministres des affaires étrangères.

On recense de nombreuses commémorations de l'Holocauste en Pologne ces dernières années. En septembre 2000, des dignitaires de Pologne, d'Israël, des États-Unis d'Amérique et d'autres pays (dont le prince Hassan de Jordanie) se sont retrouvés dans la ville d'Oświęcim (site du camp d'Auschwitz) pour célébrer la rénovation de la synagogue Chevra Lomdei Mishnayot et l'ouverture du Centre Juif d'Auschwitz. La synagogue (la seule de la ville à être restée debout après la guerre) et le centre culturel et éducatif adjacent permettent aux visiteurs de prier et d'en apprendre plus sur la communauté juive d'Oświęcim avant et pendant la seconde guerre mondiale. Cette synagogue est également le premier bien communal du pays à avoir été restitué à la communauté juive selon une loi de 1997. De plus, tous les ans en avril, se déroule la Marche des Vivants, reliant Auschwitz à Birkenau à la mémoire des victimes de l'Holocauste qui attire des marcheurs de Pologne, d'Israël et de bien d'autres pays. On peut également citer d'autres activités, moins centrées sur l'Holocauste comme le Festival de la culture juive de Cracovie.

On estime que la population juive de Pologne atteint 8 000 à 12 000 personnes en 2000, implantées à Varsovie, Wrocław et Bielsko-Biała, bien qu'aucun chiffre exact ne soit disponible. Selon le centre Moses Schorr et d’autres sources polonaises, ce chiffre est sous-estimé par rapport à l’ensemble de la communauté d’origine juive en Pologne car il ne prend en compte que les personnes pratiquantes. Ce centre estime en effet que la communauté juive de Pologne s’élèverait à 100 000 personnes dont 30 000 à 40 000 seraient actifs dans les milieux religieux ou culturels.

Enfin, la Pologne est l'un des rares pays dans le monde ou la langue Yiddish soit pratiquée dans la vie de tous les jours: il ne resterait que 30000 à 50000 locuteurs du Yiddish en Pologne (chiffres supérieurs aux 8 000 à 12 000 Juifs officiellement recensés en 2000) surtout à Cracovie, Varsovie et Bielsko-Biala, alors que cette langue avait plus de 3 000 000 de locuteurs en 1939. Il est difficile d'établir des statistiques, car les locuteurs sont généralement bilingues Polonais-Yiddish, et que souvent, ils parlent aussi souvent l'Allemand, qui est proche linguistiquement. Aujourd'hui, la population Juive est parfaitement intégrée en Pologne, bien que souvent, ses membres, pour des raisons historiques, ou culturelles, ou du fait du traumatisme de la Shoah, restent discrets, en n'affichant pas trop leurs origines, pour se fondre dans la population.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Histoire des Juifs en Pologne, Daniel Tollet, 1992
  2. [PDF] article d’Andrzej Kapiszewski sur la situation des Juifs
  3. Histoire universelle des Juifs, sous la direction d’Elie Barnavi, 1992, pages 206-207.
  4. The Routledge Atlas of the Holocaust by Martin Gilbert, pp.21. page disponible sur Google book
  5. L’Union soviétique a-t-elle sauvé des Juifs, Laurent Rucker, 2002
  6. a et b Commentaire sur les conclusions de l'IPN
  7. (en) Rapport final de l'IPN sur le pogrom de Jedwabne
  8. les pertes humaines pendant l’Holocauste, d’après le musée américain de l’Holocauste
  9. Note du 10 décembre 1942 du gouvernement polonais, adressée aux gouvernements des Nations unies concernant l’extermination de masse des Juifs
  10. Célia Chauffour, La création d'une assemblée de rabbins confirme le renouveau du judaïsme polonais, Le Monde, 26 février 2008
  11. L'Allemagne offre 5 millions d'euros pour un musée des Juifs de Pologne, dépêche AFP du 12 novembre 2007

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Wikipedia anglais

Références[modifier | modifier le code]

(par ordre chronologique)

en français
  • Daniel Tollet, Histoire des juifs en Pologne du XVIe siècle à nos jours, PUF, 1992.
  • Henri Minczeles, Une histoire des juifs de Pologne : Religion, culture, politique, La découverte, 2006.
  • Françoise Milewski, Un livre du souvenir. À la recherche d'une famille juive décimée en Pologne, Paris, Éd. La Découverte, 2008, ISBN 978-2-7071-5424-8
en anglais
  • M. J. Rosman, The Lord's Jews: Magnate-Jewish Relations in the Polish-Lithuanian Commonwealth During the Eighteenth Century, Harvard University Press, 1990, ISBN 0-916458-18-0
  • William W. Hagen, Before the « Final Solution »: Toward a Comparative Analysis of Political Anti-Semitism in Interwar Germany and Poland, The Journal of Modern History, Vol. 68, No. 2 (Jun., 1996), 351–381.
  • Iwo Cyprian Pogonowski, Jews in Poland. À Documentary History, Hippocrene Books, Inc., 1998, ISBN 0-7818-0604-6.
  • David Vital, A People Apart: A Political History of the Jews in Europe 1789-1939, Oxford University Press, 2001.
  • Antony Polonsky et Joanna B. Michlic, The Neighbors Respond: The Controversy over the Jedwabne Massacre in Poland, Princeton University Press, 2003 ISBN 0-691-11306-8. (The introduction is online)
  • Marek Jan Chodakiewicz, After the Holocaust, East European Monographs, 2003, ISBN 0880335114.
  • Marek Jan Chodakiewicz, Between Nazis and Soviets: Occupation Politics in Poland, 1939–1947, Lexington Books, 2004, ISBN 0-7391-0484-5.
  • Gershon David Hundert, Jews in Poland-Lithuania in the Eighteenth Century: A Genealogy of Modernity, University of California Press, 2004, ISBN 0-520-23844-3 Google Print
  • Alvydas Nikzentaitis, Stefan Schreiner et Darius Staliunas (dir.), The Vanished World of Lithuanian Jews, Rodopi, 2004, ISBN 90-420-0850-4 Google print

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Cartes[modifier | modifier le code]

Histoire des Juifs polonais[modifier | modifier le code]

La Seconde Guerre mondiale et la Shoah[modifier | modifier le code]

Vie et organisation des Juifs polonais aujourd’hui[modifier | modifier le code]