Affaire Makomé M'Bowolé

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L'affaire Makomé M'Bowolé est une affaire judiciaire consécutive à la mort de Makomé M'Bowolé, tué à bout portant d'une balle dans la tête par l'inspecteur Pascal Compain[1]. Les faits ont lieu le , au commissariat des Grandes-Carrières, dans le 18e arrondissement de Paris. Le policier déclare avoir tiré par accident, alors qu'il tentait d'intimider le suspect pour obtenir des aveux, pensant son arme déchargée. L'inspecteur Pascal Compain, 38 ans, accusé de l'homicide volontaire de Makomé M'Bowolé, a été condamné le à 8 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Paris pour violence volontaire ayant entrainé la mort sans l'intention de la donner[2],[3]. L'affaire a un large retentissement dans les journaux, notamment parce que les témoins alors présents se déclarent habitués de l'intimidation en utilisant des armes à feu déchargées ou des pistolets à grenaille[1],[4]. Les faits sont mentionnés dans un rapport d'Amnesty International[5]. L'affaire et les trois jours d'émeutes qui ont suivi cette violence policière, avec pillages et affrontements entre bandes et forces de police en plein cœur de Paris[6], inspireront Mathieu Kassovitz pour son film La Haine, sorti en 1995[7].

Les faits[modifier | modifier le code]

Vers h 30 du matin, M'Bowolé (17 ans) et ses deux amis, Ibrahim Kamara et Alioum Gaye, s’enfuient, les bras chargés de cartouches de cigarettes Dunhill[1].

Arrêtés, ils sont menés au commissariat, où ils avouent un vol à la roulotte dans une camionnette. Le parquet ordonne la levée de la garde à vue en fin de matinée. Les suspects sont relâchés à l'exception de Makomé M'Bowolé.

L’inspecteur Compain pense pouvoir faire craquer le suspect et extorquer un aveu de vol avec effraction. Furieux de ne pas y parvenir, il sort d’un tiroir son 38 Manurhin « pour lui faire peur ». À 16 h 30, M'Bowolé est tué d’une balle dans la tête à bout touchant appuyé. Guirec Blochet, inspecteur stagiaire, et l'inspecteur Thierry Guigno sont témoins de la scène, mais ne tentent pas de désarmer l'inspecteur Compain, pensant à une simple intimidation, pratique courante selon le témoignage de Thierry Guigno à l'IGPN[1].

Le commissaire José Ruiz, qui, attiré par les « éclats de voix », était passé sur la scène du crime cinq minutes avant le coup de feu, a été suspendu de ses fonctions pendant quatre mois[1].

Le procès[modifier | modifier le code]

Le procès s'ouvre le , soit trente-quatre mois après les faits, devant la cour d'assises de Paris[8]. La défense plaide pour une sanction similaire aux 2 ans fermes infligés au CRS Gilles Burgos pour avoir abattu « sans motif légitime » un peintre-carossier le . Elle affirme aussi que la victime a déclenché elle-même l'arme en se débattant[1].

L'inspecteur Compain est condamné à 8 ans de prison pour violence volontaire ayant entrainé la mort sans l'intention de la donner, ce qui est à l'époque la condamnation la plus lourde infligée à un policier. Les jurés ont requalifié la peine qui était « homicide volontaire » passible de 30 ans de prison, et ils ont diminué la peine de 10 ans demandée par le Parquet[2].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f « Makomé a été tué devant témoins. Au procès de Pascal Compain, deux inspecteurs ont raconté la scène. », sur Libération.fr (consulté le 18 janvier 2016)
  2. a et b « Compain condamné à huit ans de prison. Les jurés n'ont pas retenu l'homicide volontaire contre le meurtrier de Makomé. », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 11 décembre 2016)
  3. « Huit ans de prison pour avoir «accidentellement» tué Makomé », L'Humanité,‎ (lire en ligne, consulté le 11 décembre 2016)
  4. « Début du procès du policier qui avait tué le jeune Makomé », sur L'Humanité (consulté le 18 janvier 2016)
  5. « Amnesty International, index EUR 21/02/94 », sur archiv.jura.uni-saarland.de (consulté le 18 janvier 2016)
  6. « Scènes de haine ordinaire à Paris (XVIIIe) », sur www.lexpress.fr (consulté le 18 janvier 2016)
  7. « Mathieu Kassovitz : "Je voulais faire un film qui rentre dans le lard." UniversCiné VoD – Articles, critiques, cinéma indépendant. Téléchargement Films, Vidéo à la demande », sur www.universcine.com (consulté le 18 janvier 2016)
  8. « Procès affaire Makome », sur Ina.fr, (consulté le 18 janvier 2016)