Pointe de Grave

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Pointe de Grave
Balise à l'extrémité de la Pointe de Grave.
Balise à l'extrémité de la Pointe de Grave.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes
Coordonnées 45° 31′ 47″ Nord 1° 02′ 45″ Ouest / 45.5296, -1.0458
Océan Océan Atlantique
Estuaire de la Gironde

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Pointe de Grave

La pointe de Grave (en occitan : punta de Grava) est un cap marquant l'extrémité septentrionale du Médoc et du département de la Gironde. C'est également la limite nord des Landes de Gascogne, de la Gascogne, de la forêt des Landes et de la côte d'Argent.

Dépendant administrativement de la commune du Verdon-sur-Mer, ce verrou naturel faisant face à Royan et à la presqu'île d'Arvert est une des « portes » de l'estuaire de la Gironde, qui baigne sa côte orientale, tandis que sa rive occidentale est bordée par l'océan Atlantique.

Le site comprend des espaces naturels préservés (cordon dunaire, forêt domaniale de la Pointe de Grave, marais du Logis — mais aussi parc naturel marin de l'estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis et futur parc naturel régional du Médoc), des monuments (phare de Grave, phare Saint-Nicolas, phare de Cordouan, au large), différents mémoriaux (monument aux Américains, aux membres de l'Opération Frankton) et des infrastructures touristiques (Port-Médoc).

La pointe de Grave s'intègre à un ensemble géographique (et touristique) plus vaste, baptisé pointe du Médoc. Organisé en communauté de communes depuis 2001, il comprend onze communes dont Soulac-sur-Mer et Saint-Vivien-de-Médoc.

Présentation[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Géographie de la Gironde et Médoc.

De l'embouchure de l'Adour à la pointe de Grave s'étend un cordon dunaire quasi rectiligne de près de 250 kilomètres, seulement percé par la vaste échancrure du bassin d'Arcachon : la côte d'Argent. La pointe de Grave en constitue la partie la plus septentrionale. Ses limites sont constituées, à l'est, de la pointe de la Chambrette (où se trouve le port industriel du Verdon, sur l'estuaire de la Gironde). Elles sont moins bien définies à l'ouest : pointe Saint-Nicolas ou dunes de Toutvent, un peu plus au sud, sur l'océan Atlantique.

Dunes à la pointe de Grave (côté océan Atlantique)

Façonnée par les éléments, la pointe de Grave a bien souvent changé de visage, au gré des tempêtes et des puissants courants océaniques et estuariens, qui font se déplacer les masses de sable de deux façons : transversalement ou longitudinalement (dérive littorale) à la côte[1]. Au XVIIIe siècle, la pointe de Grave s'étendait encore jusqu'aux rochers de Saint-Nicolas — aujourd'hui au large du phare Saint-Nicolas et du monument de Grave. Un phare est aménagé en 1830, mais, dès 1837, dans sa Statistique du département de la Gironde, François Jouannet indique que  : « établi d'abord sur une tour en maçonnerie, à l'extrémité de la pointe, on a été obligé de le transférer à 440 mètres à l'ouest de la tour, parce que cette tour menaçait d'être bientôt ruinée par la mer (...)[2] »

Le phénomène d'érosion marine, particulièrement marqué entre la fin du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe siècle, alerte finalement les autorités et en 1843, une campagne de travaux comprenant la création de brise-lames et d'épis terminés par des fascinages est mise en œuvre. D'imposants blocs de pierre sont transportés depuis les côtes charentaises par gabares et installés à l'extrémité de la pointe : d'où le nom de « Port-Bloc » donné au plus ancien port du Verdon (d'où les passagers en provenance ou à destination de Royan prennent le bac). Comme ailleurs en Aquitaine (mais aussi, et pour les mêmes raisons, en Arvert avec la forêt domaniale de la Coubre et en Oléron avec la forêt de Saint-Trojan), les dunes sont fixées par la plantation de pins maritimes et de chênes-verts : c'est l'acte de naissance de la forêt des Landes et de la forêt domaniale de la pointe de Grave, qui forment un même massif.

C'est depuis la pointe de Grave que La Fayette s'embarque pour l'Amérique à bord de « La Victoire » en 1777.

Site stratégique de premier plan, la pointe de Grave a une histoire militaire particulièrement riche. C'est tout près de là (entre Soulac et Le Verdon), le 20 octobre 1452, que débarque l'armée de John Talbot, que les Bordelais menacés par les Français ont appelé au secours, et qui sera finalement vaincue à Castillon quelques mois plus tard. En 1777, le marquis de La Fayette, parti de Pauillac à bord de « La Victoire », y fait une dernière halte avant de s'embarquer pour l'Amérique et en 1917, pendant la Première Guerre mondiale, l'armée américaine du général John J. Pershing y débarque.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les forces d'occupation allemandes tirent profit de la configuration du site, qui forme avec Royan un verrou naturel protégeant Bordeaux (siège de la première armée allemande, port d’attache des navires « forceurs de blocus » et des destroyers de la côte atlantique, mais aussi siège d'une importante base de sous-marins) et entament, sous la direction de l'organisation Todt, la construction du « Fort du Verdon » dit aussi « de la pointe de Grave », maillon essentiel du célèbre mur de l'Atlantique. De nombreux ouvrages fortifiés sont érigés, six puissantes batteries sont mises en place, de même que divers obstacles sur la côte (pieux, chevaux de frise, barbelés, « asperges de Rommel », etc.).

Piste cyclable (EuroVelo 1) au cœur de la forêt domaniale de la pointe de Grave, vaste pinède appartenant à la forêt des Landes.

En 1944, alors que la Résistance harcèle sans répit les forces allemandes et que la pression des Alliés se fait de plus en plus forte, les Allemands cantonnés sur les côtes reçoivent l'ordre de Hitler de se retrancher dans des « poches » de résistance. Royan et pointe de Grave forment ainsi la poche de Royan et de la pointe de Grave (Festungen Girondemündung Nord und Süd) d'où ils s'efforcent de tenir. Les fortifications de la pointe de Grave sont complétées et améliorées (mise en place d'une batterie lourde d'une portée de trente kilomètres, formée de deux pièces d'un calibre de 28 cm placées sur des plates-formes tournantes, elles-mêmes reposant sur voie ferrée[3]; mais aussi aménagement de fossés anti-chars et de champs de mines).

Le 15 avril 1945, l'opération « Vénérable » visant à réduire les poches de Royan et de la pointe de Grave est lancée. Le 20 avril 1945, les troupes du colonel Jean de Milleret obtiennent la capitulation du fort de la pointe de Grave (Gironde Süd)[4]; soumise à une intense pression militaire, la garnison est aussi ravagée par une épidémie de diphtérie[5].

Aujourd'hui, la pointe de Grave est un site touristique renommé, disposant de diverses commodités (tables de pique-nique, toilettes, etc.). Elle dispose de deux plages. L'une, sur l'océan Atlantique (plage océane) est soumise à de forts courants (phénomènes de baïnes) et à la houle; de ce fait, la baignade y est parfois dangereuse. L'autre, la plage de la Chambrette, sur l'estuaire de la Gironde, est abritée des courants. En marge des plages, des sentiers de promenade et des pistes cyclables ont été aménagées, permettant de découvrir le cordon dunaire et la forêt de pins environnante. La marina de Port-Médoc, ouverte en 2004, est ouverte sur l'embouchure de la Gironde. Ses abords abritent boutiques, bars et restaurants. Un petit train touristique relie la pointe de Grave à la station balnéaire de Soulac, et un service de bacs permet de rejoindre Royan et les autres stations balnéaires de la côte de Beauté.

Climat[modifier | modifier le code]

Article connexe : Climat de la Gironde.

Le climat de la Gironde est de type océanique aquitain. Il se caractérise par des hivers doux et des étés relativement chauds. Les précipitations sont assez fréquentes, particulièrement durant la période hivernale. En moyenne, elles atteignent 100 mm au mois de janvier et sont inférieures de moitié au mois de juillet. Les températures moyennes relevées à Bordeaux sont de 6,4 °C en janvier et de 20,9 °C en août, avec une moyenne annuelle de 13,3 °C. Les records de chaleur enregistrés sont de 41,9 °C le 16/8/1892 et les records de froid de --16,4 °C le 16/1/1985.

La pointe de Grave abrite une flore méditerranéenne : ici, une agave s'épanouit sur le versant d'une dune.

La Gironde connaît en moyenne 15 à 20 jours en été où les températures dépassent les 30 °C. Des températures extrêmes peuvent aussi être observées comme lors de l'été 2003 où la température a atteint 41 °C. Ce même été, il y a eu 12 jours consécutifs où les maximales ont atteint ou dépassé les 35 °C. Le département bénéficie d'un ensoleillement élevé dépassant souvent 2 000 heures de soleil par an et jusqu'à 2 200 heures sur le littoral. Ces conditions climatiques favorables, toujours soumises aux influences de l'océan Atlantique, favorisent l'existence d'une végétation déjà méridionale. Ainsi la flore se caractérise-t-elle par la présence étonnante de lauriers-roses, eucalyptus, agaves, etc. Aux essences déjà méridionales du chêne vert et du cyste, s'ajoute une forte présence de palmiers, figuiers, orangers et même oliviers. L'arbre-roi demeure cependant le pin maritime, omniprésent sur la côte.

La Gironde a connu des hivers très froids en 1956, 1985 et en 1987, puis une sécheresse de 1988 à 1992. Plus récemment, le département a connu une sécheresse importante de 2002 à 2005. La Gironde, du fait de sa situation, connaît régulièrement des tempêtes hivernales. Deux d'entre elles ont cependant marqué les esprits par leur exceptionnelle intensité : Martin en décembre 1999 et Klaus en 2009.

Relevés météorologiques à Bordeaux[modifier | modifier le code]

Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 2,8 3,4 4,6 6,6 10,3 13 15,1 15,2 12,5 9,5 5,5 3,8 8,5
Température moyenne (°C) 6,4 7,6 9,6 11,6 15,4 18,3 20,8 20,9 18,1 14,2 9,4 7,3 13,3
Température maximale moyenne (°C) 10 11,7 14,5 16,5 20,5 23,5 26,4 26,6 23,7 18,8 13,4 10,7 18,1
Record de froid (°C) −16,4 −15,2 −9,9 −5,3 −1,8 2,5 4,8 1,5 −1,8 −5,3 −12,3 −13,4 −16,4
Record de chaleur (°C) 20,2 26,2 29,8 31,1 35,4 38,5 39,2 41,9 37,6 32,2 25,1 22,5 41,9
Précipitations (mm) 92 82,6 70 80 83,9 63,8 54,5 59,5 90,3 94,1 106,9 106,7 984,1
Source : Le climat à Bordeaux (en °C et mm, moyennes mensuelles 1971/2000 et records depuis 1880)[6]


Environnement[modifier | modifier le code]

La pointe de Grave est composée d'écosystèmes variés, qui lui valent d'être intégrés à plusieurs zones protégées dans le cadre du réseau de protection des sites naturels ou semi-naturels de l'Union européenne ayant une grande valeur patrimoniale (Natura 2000). Depuis 2015, elle est également dans le périmètre du parc naturel marin de l'estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis.

Vue sur Royan depuis la pointe de Grave.

Le marais du Logis (et plus largement, les marais du nord-Médoc) est classé en site d'importance communautaire (SIC)[7]). Les dunes sont également classées en site d'importance communautaire, du fait de la présence d'espèces végétales rares et/ou protégées[8]. Enfin, la forêt domaniale de la pointe de Grave, pinède caractéristique de la région, est sillonnée de sentiers de promenade.

D'un point de vue ornithologique, la pointe de Grave est l'un des premiers sites français de comptage systématique de la migration des oiseaux. De par sa conformation en « entonnoir » tourné vers le nord, qui concentre les flux migratoires montants, ce site est suivi au printemps. Il est suivi à ce titre depuis 1986 par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) chaque année, de mars à mai. En période d'activité, les résultats des comptages sont disponibles le soir même sur le portail de la migration en France, où les internautes peuvent les consulter sous formes de listes ou de graphiques, et les comparer à ceux des autres sites de suivi de la migration en France, ou à ceux des autres années.

Patrimoine[modifier | modifier le code]

Le site de la Pointe de Grave accueille plusieurs mémoriaux, dédiés aux Américains, aux Libérateurs de la Pointe de Grave et aux membres de l'Opération Frankton.

Monument aux Américains[modifier | modifier le code]

Le Monument aux Américains (1947)

Un premier monument aux Américains, haut de 75 mètres, avait été construit sur ce site de 1919 (pose de la première pierre en présence du président de la République, Raymond Poincaré[9]) à 1938 (inauguration en présence, notamment, du futur président des États-Unis John Fitzgerald Kennedy)[10]. L'érection d'un monument commémoratif à cet endroit célébrait à la fois l'embarquement du marquis de La Fayette depuis ce rivage en 1777 et le débarquement des troupes américaines du Général John J. Pershing en 1917.

Le 30 mai 1942, les troupes d'occupation allemande détruisent le monument, considéré comme un point de repère potentiel pour les aviateurs alliés. Il est remplacé par une construction plus sobre en 1947[9]. Il porte cette inscription :

«  Ici s'élevait le Monument à la Gloire des Américains, Aux soldats du Général Pershing, défenseurs du même idéal de droit et de liberté qui conduisit en Amérique La Fayette et ses volontaires, partis de ce rivage en 1777. Ce monument symbolisait la fraternité d'armes et l'amitié Franco-Américaine. Il fut détruit le 30 mai 1942 par les troupes d'occupation allemandes, il sera réédifié par le Peuple français. They have destroyed it, we shall restore it  »

Monument aux membres de l'Opération Frankton[modifier | modifier le code]

Article connexe : Opération Frankton.
Le Monument aux membres de l'Opération Frankton (2011)

Le monument aux membres de l'Opération Frankton est inauguré au mois de mars 2011, en présence de nombreuses personnalités civiles et militaires françaises et britanniques, dont l'amiral Sir Mark Stanhope, First Sea Lord, le général John Rose, commandant des Royal Marines, lord Paddy Ashdown représentant du gouvernement britannique, le vice amiral d’escadre de Saint Salvy, commandant de la zone maritime Atlantique, le capitaine de frégate Clivaz ou encore Dominique Schmitt, préfet de la Gironde[11].

Le monument, haut de 2,40 mètres, est constitué de blocs de pierre de Portland, symbolisant « les quatre étapes du relèvement d'un être humain, de la position couchée à debout »[12] et par extension, la résistance face au nazisme. Il vient rappeler le souvenir des hommes des Royal Marines qui, largués par le sous-marin britannique HMS Tuna le 7 décembre 1942, remontent la Gironde à bord de simples kayaks jusqu'à Bordeaux, où ils ont pour mission de détruire plusieurs navires ennemis. Des dix hommes engagés dans l'opération, deux meurent noyés et six sont pris, puis exécutés.

Le coût du monument (95 000 livres) a été presque intégralement couvert par une souscription[12].

Phare de Grave[modifier | modifier le code]

Article connexe : Phare de Grave.
Le phare de Grave

Situé à quelques centaines de mètres de Port-Bloc et de la dune du Sémaphore, émergeant de la forêt domaniale de la Pointe de Grave, le phare de Grave est un des deux phares de la commune du Verdon (avec le phare Saint-Nicolas, plus au sud). Du fait de l'instabilité du sol et du travail de sape de l'océan et de l'estuaire, plusieurs phares se succèdent à partir de 1823, la tour actuelle étant bâtie en 1860 et en seulement 9 mois ! Haute de 29,2 mètres, elle est en maçonnerie lisse, peinte en blanc, avec chaînes d'angle en pierres apparentes. La lanterne, accessible par un escalier de 107 marches, accueille un feu fixe blanc à occultations toutes les 5 s. Le phare a été électrifié en 1937 et est entièrement automatisé depuis 1955. À l'instar du phare de Cordouan (en mer) et du phare de la Coubre (sur la côte charentaise), il délimite l'entrée de l'estuaire de la Gironde.

Les anciens locaux techniques ont été aménagés en un musée consacré au phare de Cordouan tout proche et aux phares et balises de Gironde en général. Sont notamment présentés au public des maquettes et des éléments d'optique.

Économie[modifier | modifier le code]

La marina de Port-Médoc, aux formes contemporaines, ouverte en 2004.

La Pointe de Grave abrite plusieurs pôles commerciaux et touristiques, aménagés autour de Port-Bloc (embarcadère des bacs « La Gironde » et « Le Verdon ») et de la marina de Port-Médoc, ouverte en 2004. Cette dernière comporte un bassin de 15 hectares pouvant abriter 800 bateaux de plaisance, sa capacité devant être portée à 1200 anneaux ultérieurement.

Les abords de la marina, traités de façon contemporaine, se déclinent en plusieurs esplanades, et accueillent commerces, bars et restaurants, ainsi que les services techniques du port.

Liaisons[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Rémy Desquesnes, Les poches de résistance allemandes sur le littoral français : août 1944 - mai 1945, Rennes, éd. Ouest-France, coll. « Histoire », (ISBN 978-2-7373-4685-9)Document utilisé pour la rédaction de l’article