Sabotage

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Déraillement d'un train en Palestine à la suite d'un sabotage par des forces paramilitaires juives en 1946.

Le sabotage est l'action de détériorer, mettre hors d’usage volontairement et le plus souvent clandestinement, du matériel, des machines, des installations militaires ou civiles, ou de désorganiser et de compromettre le succès d'un projet, d'une entreprise.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme « sabotage » est dérivé du verbe « saboter » qui lui même vient de « sabot » et éventuellement du picard chaboter : « faire du bruit avec des sabots » et/ou du provençal sabotar : « secouer, agiter »[1].

Une légende voudrait que le mot « sabotage » vienne du fait que des ouvriers jetaient leur sabots dans les machines en vue de les détruire (on parle parfois de tisserands hollandais, de luddites anglais, ou encore de canuts lyonnais). Pourtant, ceci n'est pas avéré et aucune source fiable ne prouve que le mot vienne de là[2],[N 1].

Usage du terme[modifier | modifier le code]

Une des premières apparitions du mot « saboter » que l'on puisse trouver est dans le Dictionnaire du Bas-Langage ou manières de parler usitées parmi le peuple de D'Hautel, édité en 1808[3],[N 2]

On le retrouve aussi dans le Dictionnaire de la langue française d'Émile Littré de 1873-1874[1],[N 3], mais c'est à la fin du XIXe siècle qu'il commence à être vraiment utilisé[4].

En 1897, Émile Pouget, célèbre syndicaliste anarchiste, écrit dans Le Père Peinard « action de saboter un travail »[5], et, en 1911, il écrit l'ouvrage Le Sabotage qui commence par ces mots :

« Le mot « sabotage » n'était, il y a encore une quinzaine d'années qu'un terme argotique, signifiant non l'acte de fabriquer des sabots, mais celui, imagé et expressif, de travail exécuté « comme à coups de sabots ». Depuis, il s'est métamorphosé en une formule de combat social et c'est au Congrès Confédéral de Toulouse, en 1897, qu'il a reçu le baptême syndical. »

— Émile Pouget, Le Sabotage, 1911, p. 3[6]

En 1919, l'économiste Charles Gide en parle ainsi :

« Ce mot de « sabotage », naguère inconnu et qui a fait une étonnante fortune, car on l'emploie maintenant à chaque instant dans la conversation, comporte des significations très variées. Il ne signifie pas nécessairement l'acte de détruire les instruments ou les marchandises [...] mais tout acte qui consiste à rendre le travail improductif, soit par nonchalance, [...] par excès d'application, [...] ou par une observation méticuleuse des règlements. [...] Sous ces diverses formes, le sabotage échappe évidemment à toute répression. D'ailleurs les syndiqués protestent contre l'accusation de mettre en péril, par le sabotage, la vie ou la santé du consommateur ; ils prétendent ne pratiquer le sabotage que comme un moyen de guerre contre le patron, moyen moins onéreux pour eux que la grève, puisqu'ils continuent à toucher leur salaire, et tout aussi efficace contre le patron, puisqu'il fait évanouir le bénéfice. »

— Charles Gide, Cours d’Économie politique, tome II, Livre III, 1919, p. 210[7]

Sabotage économique[modifier | modifier le code]

Les attitudes contre-productives ou le sabotage des moyens de production sur le lieu de travail existent sans doute depuis que le travail existe, mais on n'en retrouve vraiment trace qu'avec les débuts de la Révolution industrielle.

Conflit industriel des luddites au Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Luddites détruisant un métier à tisser au Royaume-Uni en 1812.
Article principal : Luddisme.

Au début du XIXe siècle, au Royaume-Uni, face à l'accélération de l'industrialisation, des artisans du textile refusent l'exploitation du nouveau système capitaliste. En 1811, à Nottingham, ils manifestent, mais sont sévèrement réprimés par les militaires. Il s'ensuit une destruction de machines et des usines sont incendiées. Le conflit s'étend et se radicalise rapidement, jusqu'à ce qu'en 1812 les artisans tentent de faire voter une loi, qui ne sera finalement pas adoptée. Le conflit larvé continuera quelques années puis s'essoufflera, les métiers des artisans luddistes ayant quasiment disparu à l'approche de 1820[8].

Sabotage en temps de guerre[modifier | modifier le code]

Dans le domaine militaire, le mot est employé pour décrire l'activité d'un individu ou groupe indépendants (tels qu'un agent étranger ou un résistant), en particulier lorsque les actes de sabotage ont comme conséquence la destruction ou l'endommagement d'un service productif ou essentiel, tel que les équipements, usines, services publics ou aires de stockage tel l'explosion de Black Tom en 1916[9].

À la différence des actes de terrorisme, les actes de sabotage n'ont pas comme premier objectif d'infliger des pertes humaines ni de faire régner la terreur.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Article principal : Seconde Guerre mondiale.

Chemins de fer[modifier | modifier le code]

À partir de 1941, de nombreux cheminots de la SNCF, le plus souvent membres du PCF clandestin, vont désorganiser le trafic et immobiliser des trains un peu partout en France. Jean-Marie Teuroc est l'un deux, il invente divers procédés de sabotage vite repris par d'autres cheminots[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Traduction : « Sabotage : [...] L'histoire souvent répétée [...] de la prétendue tactique de grévistes de jeter des chaussures dans les machines n'est pas prise en compte pour l'étymologie. Probablement, [le terme sabotage] n'a pas été conçu comme une image littérale ; le mot a été utilisé en français dans des sens variés « de gâchis », comme de « jouer un morceau de musique mal ». » Online Etymology Dictionary.
  2. Saboter : Faire du bruit avec des sabots ; et, figurément, sabouler, bousiller ; faire quelque chose grossièrement et à la hâte.
    Saboteur : Sobriquet injurieux qu'on donne à un mauvais ouvrier, qui fait tout à la hâte, et malproprement.
  3. Saboter : Populairement. Faire vite et mal. Saboter de l'ouvrage.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Littré 1873-1874, p. 1790
  2. « Sabotage », sur Online Etymology Dictionary.
  3. D'Hautel 1808, p. 325
  4. « Utilisation des termes « saboter », « sabotage » et « saboteur » dans la littérature française de 1700 à 2008. », sur Ngram Viewer (consulté le 18 octobre 2015)
    (ce graphique doit être pris avec réserve, car les termes recherchés ont aussi d'autres significations, notamment « sabotage » qui est utilisé pour les chemins de fer).
  5. Pouget 1976, p. 53
  6. Pouget 1911, p. 3
  7. Gide 1919, p. 210
  8. Bourdeau et Vincent 2006
  9. Karnoutsos 2002.
  10. Molinari 1996, p. 31-32

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]