Trois Glorieuses

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La Révolution de Juillet
La Liberté guidant le peuple – Tableau d'Eugène Delacroix (1830).
Informations générales
Date 27, 28,
Lieu Paris
Casus belli Ordonnances de Saint-Cloud
Issue Victoire des Libéraux
Belligérants
Pavillon LouisXIV.svg Royaume de France Flag of France.svg Libéraux
Commandants
Charles X
Louis de France
Auguste de Marmont
Gilbert du Motier de La Fayette
Maurice Gérard
Jacques Laffitte
Casimir Perier
Pierre-François Audry de Puyraveau
Auguste de Schonen
François Mauguin
Georges Mouton
Forces en présence
8 000 hommes 20 000 à 30 000 hommes
Pertes
163 morts
578 blessés[1]
788 morts
4 500 blessés[1]
Batailles
Trois Glorieuses — Révolte des Canuts — Insurrection républicaine à Paris en juin 1832 — Guerre de Vendée et Chouannerie de 1832 — Révolution française de 1848 — Journées de Juin — Coup d'État du 2 décembre 1851 — Commune de Paris — Semaine Sanglante

La Révolution de Juillet, révolution française à la faveur de laquelle un nouveau régime, la monarchie de Juillet, succède à la Seconde Restauration, se déroule sur trois journées, les 27, 28 et , dites « Trois Glorieuses ».

Après une longue période d’agitation ministérielle puis parlementaire, le roi Charles X tente un coup de force constitutionnel par ses ordonnances de Saint-Cloud du . En réaction, un mouvement de foule se transforme rapidement en révolution républicaine. Le peuple parisien se soulève, dresse des barricades dans les rues, et affronte les forces armées, commandées par le maréchal Marmont, au cours de combats qui font environ 200 morts chez les soldats et près de 800 chez les insurgés[2],[N 1].

Charles X et la famille royale fuient Paris. Les députés libéraux, majoritairement monarchistes, prennent en main la révolution populaire et, au terme de l’« hésitation de 1830 », conservent une monarchie constitutionnelle, au prix d’un changement de dynastie.

La maison d’Orléans, branche cadette de la maison de Bourbon, succède à la branche aînée ; Louis-Philippe Ier est proclamé « roi des Français » et non plus « roi de France ».

Causes[modifier | modifier le code]

Lors des élections de 1827, les libéraux deviennent majoritaires à l'Assemblée, et Charles X consent[N 2] à nommer un premier ministre à mi-chemin entre ses opinions ultra et l'orientation de la nouvelle chambre. Il appelle le vicomte de Martignac à former un ministère semi-libéral, semi-autoritaire. Mais, continuant sur sa lancée, l'opposition libérale grandit et s’affirme.

Raidissement de Charles X : constitution du ministère Polignac[modifier | modifier le code]

Constatant l'échec de cette tentative de compromis, Charles X prépare, en sous-main, un revirement de politique : pendant l’été 1829, alors que les Chambres sont en vacances, il renvoie subitement le vicomte de Martignac et le remplace par le prince de Polignac. Publiée dans Le Moniteur le 8 août, la nouvelle fait l’effet d’une bombe. Le nouveau ministre des Affaires étrangères, qui apparaît rapidement comme le chef du ministère, évoque les pires souvenirs de la cour de Versailles — il est le fils de l’amie intime de Marie-Antoinette, la très impopulaire duchesse de Polignac — et de l’émigration, durant laquelle il a été le compagnon de Charles X en Angleterre. À ses côtés, le comte de La Bourdonnaye, ministre de l’Intérieur, est un ultra parmi les plus enragés, qui s’est signalé en 1815 en réclamant « des supplices, des fers, des bourreaux, la mort, la mort » pour les complices de Napoléon Ier, tandis que le ministre de la Guerre, le général de Bourmont, est un ancien chouan rallié à l'Empereur avant de le trahir quelques jours avant la bataille de Waterloo.

L’opposition pousse des clameurs indignées :

« Coblentz, Waterloo, 1815 : voilà les trois principes, voilà les trois personnages du ministère. Tournez-le de quelque côté que vous voudrez, de tous les côtés il effraie, de tous les côtés il irrite. Pressez, tordez ce ministère, il ne dégoutte qu’humiliations, malheurs et chagrins[3]. »

Bertin aîné, directeur du Journal des débats, publie un article célèbre qui se termine par la formule : « Malheureuse France ! Malheureux roi ! », où il stigmatise « la cour avec ses vieilles rancunes, l’émigration avec ses préjugés, le sacerdoce avec sa haine de la liberté »[N 3].

Le prince Jules de Polignac

Il y a, dans cette véhémence, une part de mise en scène. Polignac, présenté comme un bigot fanatique[N 4] obsédé par le droit divin des rois, est en réalité favorable à une monarchie constitutionnelle, mais considère que celle-ci n’est pas compatible avec une liberté de la presse sans limite ni mesure. Plusieurs ministres importants — Courvoisier à la Justice, Baron de Montbel à l’Instruction publique, Chabrol de Crouzol aux Finances, le baron d’Haussez à la Marine — sont plutôt libéraux[N 5]. Lorsque La Bourdonnaye démissionne le 18 novembre quand Polignac accède à la présidence du Conseil, il est remplacé par Baron de Montbel, lui-même remplacé à l'Instruction publique par un magistrat libéral, le comte de Guernon-Ranville.

Rien ne permet d’affirmer que, comme l’a prétendu l’opposition, Charles X et Polignac aient voulu rétablir la monarchie absolue d’avant 1789. En réalité, ce sont deux conceptions de la monarchie constitutionnelle, c’est-à-dire deux interprétations de la Charte de 1814, qui s’affrontent en 1829-1830. D’un côté le roi veut s’en tenir à une lecture stricte : pour lui, le monarque peut nommer les ministres de son choix et n’a à les renvoyer que dans les deux cas prévus par la Charte (trahison ou concussion). De l’autre côté, les libéraux voudraient faire évoluer le régime à l’anglaise, vers un parlementarisme que la Charte n’a pas explicitement prévu : ils estiment que le ministère doit avoir la confiance de la majorité de la Chambre des députés. Ce débat ne sera d’ailleurs pas tranché par la monarchie de Juillet.

Adresse des 221[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Adresse des 221.

Au début de 1830, le climat en France est électrique. L’opposition est chauffée à blanc par les maladresses du ministère. L’hiver 1829-1830 a été particulièrement rigoureux, les autres saisons plutôt pluvieuses[N 6]. 1830, comme 1827 et 1828 avant elle, est une année de médiocres récoltes impliquant des prix élevés pour les subsistances et un report du pouvoir d'achat sur le pain. L'économie est morose. Des bandes de miséreux errent dans les campagnes. Des incendies d’origine inconnue, dont libéraux et ultras se rejettent mutuellement la responsabilité, plongent la Normandie dans la peur.

Adolphe Thiers, Armand Carrel, François-Auguste Mignet et Auguste Sautelet fondent un nouveau quotidien d’opposition, Le National, dont le premier numéro paraît le . Le journal milite pour une monarchie parlementaire, et évoque ouvertement la « Glorieuse Révolution » anglaise de 1688, à l’issue de laquelle le roi Jacques II, incapable de comprendre les aspirations de son peuple, a été déposé et remplacé par sa fille, Marie et l’époux de celle-ci, Guillaume d’Orange. D’autres journaux comme Le Globe et Le Temps relaient ces attaques, de plus en plus ouvertes, contre le roi et le gouvernement, tandis que Le Constitutionnel et le Journal des débats défendent eux aussi, mais avec plus de mesure, les idées libérales.

Le , lors de l’ouverture de la session parlementaire, Charles X prononce un discours du trône dans lequel il annonce l’expédition militaire d’Alger et menace implicitement l’opposition de gouverner par ordonnances en cas de blocage des institutions[N 7]. Commençant à délibérer, la Chambre établit la liste des cinq noms qu’elle propose au roi pour la présidence : Royer-Collard, qui est nommé, suivi de Casimir Perier, Delalot, Agier et Sébastiani[N 8]. Les députés abordent ensuite la discussion du projet d’adresse élaboré par la commission nommée à cet effet, et qui est examiné les 15 et 16 mars.

Le projet est une véritable motion de défiance à l’encontre du ministère :

« Sire, la Charte que nous devons à la sagesse de votre auguste prédécesseur, et dont Votre Majesté a la ferme volonté de consolider le bienfait, consacre comme un droit l’intervention du pays dans la délibération des intérêts publics. Cette intervention devait être, elle est, indirecte […], mais elle est positive dans son résultat, car elle fait du concours permanent des vues politiques de votre gouvernement avec les vœux de votre peuple la condition indispensable de la marche régulière des affaires politiques. Sire, notre loyauté, notre dévouement nous condamnent à vous dire que ce concours n’existe pas. »

221 députés libéraux votent l’Adresse le 16 mars. Le 18 mars, à la délégation de la Chambre venue au palais des Tuileries lui en donner lecture, Charles X répond avec hauteur que « [ses] résolutions sont immuables ». Le lendemain, une ordonnance ajourne la session au 1er septembre, ce qui met le Parlement en vacances pour six mois[N 9]. À ce moment, le roi est déterminé à aller jusqu’au bout : « J’aime mieux monter à cheval qu’en charrette », dit-il[N 10].

Conséquences de la décision de Charles X[modifier | modifier le code]

La décision de Charles X suscite une véritable ébullition. Des rumeurs folles circulent. On accuse le roi et ses ministres de préparer un coup de force constitutionnel. D’autres affirment que Polignac, ancien ambassadeur à Londres et ami du Premier ministre britannique, le duc de Wellington, envisage, en cas de troubles en France, de solliciter, avec l’appui de l’Angleterre, celui des puissances étrangères dans le cas où le roi serait conduit à suspendre ou à modifier certaines dispositions de la Charte.

En avril 1830, le comte de Montlosier publie un opuscule intitulé Le Ministère et la Chambre des députés, dans lequel il soutient que, si les droits du roi sont incontestables s’agissant du choix des ministres : « jusqu’ici seulement, ces droits s’étaient exercés à l’égard des chambres dans une mesure de conciliation et de bonté » et avec des « procédés d’égard et de ménagement, consacrés dans toute espèce de gouvernement constitutionnel », de sorte que « si le roi a le droit de choisir ses ministres, ce n’est pas contester la légalité que de contester la convenance »[4]. Il suggère que le « parti prêtre » pourrait pousser le roi à légiférer par ordonnances sur le fondement de l’article 14 de la Charte pour imposer des « élections jésuitiques » au nom de la sûreté de l’État, et invoque, en pareille hypothèse, un devoir de désobéissance qui n’est pas sans rappeler le droit à l’insurrection consacré par le préambule de la Constitution montagnarde de 1793 : « Si par quelque artifice on venait à tromper en ce point la religion et la volonté [du roi], on n’obéirait pas. La désobéissance dans ce cas sauverait l’État et la royauté. »[5]

Le duc d’Orléans

Au Palais-Royal, Vatout, bibliothécaire et familier du duc d’Orléans, conseille à son maître d’exploiter la situation à son profit. Nombre des familiers du Palais-Royal – le général Gérard, Thiers, Talleyrand… – sont déjà persuadés que les Bourbons de la branche aînée sont perdus. Mais Louis-Philippe tergiverse. En mai, il reçoit à Paris son beau-frère et sa belle-sœur le roi François des Deux-Siciles et la reine Marie-Isabelle. C’est en l’honneur des souverains napolitains que, le 31 mai, une fête somptueuse est donnée au Palais-Royal où, fait exceptionnel, Charles X fait une apparition. Alors que le roi est déjà reparti, le peuple envahit les jardins, qu’on a laissés ouverts. Le duc d’Orléans paraît à plusieurs reprises au balcon et se fait acclamer par une foule d’où ne tardent pas à monter des cris hostiles au roi et à Polignac. La manifestation dégénère, on met le feu aux chaises du jardin, un début d’émeute dont la cour rend Louis-Philippe responsable. Le jeune comte de Salvandy, assistant à cette fête où « les cris de révolte se marient à la musique des contredanses et des valses », selon la formule du comte Apponyi[6], adresse au maître de maison le mot fameux, aussitôt répété dans tout Paris : « Voilà, Monseigneur, une fête toute napolitaine : nous dansons sur un volcan ! »[N 11]

Article détaillé : Dissolution de mai 1830.

Le 16 mai 1830, alors qu’un corps expéditionnaire français est prêt à partir à la conquête d’Alger, Charles X dissout la Chambre des députés et convoque les collèges d’arrondissement le 23 juin et ceux de département le 3 juillet. Dans l’immédiat, la décision du roi provoque l’éclatement du ministère : Courvoisier et Chabrol de Crouzol, qui y sont hostiles, démissionnent, tandis que Chantelauze est nommé à la Justice et que Montbel, passé aux Finances, est remplacé à l'Intérieur par un ultra notoire, le comte de Peyronnet. Un préfet spécialiste des élections, le baron Capelle, entre dans le cabinet, officiellement à la tête d’un ministère des Travaux publics qui fait ainsi son apparition dans l’organigramme gouvernemental.

Le 13 juin, Charles X publie au Moniteur un appel aux Français dans lequel il accuse les députés de la Chambre dissoute « d’avoir méconnu ses intentions » et demande aux électeurs « de ne pas se laisser égarer par le langage insidieux des ennemis de leur repos », de « repousser d’indignes soupçons et de fausses craintes qui ébranleraient la confiance publique et pourraient exciter de graves désordres » ; il conclut : « C’est votre roi qui vous le demande. C’est un père qui vous appelle. Remplissez vos devoirs, je saurai remplir les miens. » La manœuvre est hasardeuse car, ce faisant, le roi s’est exposé lui-même, prenant le risque du désaveu.

Les élections sont une déroute pour le roi : l’opposition passe de 221 à 270 députés, les ministériels ne sont plus que 145 contre 181, et 13 députés sont revendiqués par les deux camps.

Ordonnances du 25 juillet 1830[modifier | modifier le code]

Lors du conseil des ministres du 6 juillet, Polignac constate que le gouvernement par ordonnances, sur la base de l’article 14 de la Charte, envisagé de longue date, est désormais le seul recours. Malgré les réserves de Guernon-Ranville, Charles X tranche en ce sens dès le lendemain. Les principales mesures sont d’ores et déjà arrêtées : nouvelle dissolution de la Chambre des députés, modification de la loi électorale, organisation de nouvelles élections, suspension de la liberté de la presse. Pour Charles X, la gauche, en harcelant le ministère, veut renverser la monarchie : il ne saurait donc être question pour lui de renvoyer le cabinet et le gouvernement par ordonnances est le seul moyen de maintenir la Charte[N 12].

Article détaillé : Ordonnances de Saint-Cloud.

Le lendemain, 9 juillet, arrive à Paris la nouvelle de la prise d’Alger. Cette gloire militaire qui vient auréoler un régime à bout de souffle conforte le roi[N 13] dans ses intentions. Mais elle lui aliène l’Angleterre, d’autant que Charles X fait répondre avec hauteur aux demandes d’éclaircissements adressées par le cabinet britannique, et ce soutien lui manque lors des journées de Juillet.

À partir du 10 juillet, le roi et les ministres préparent les ordonnances dans le plus grand secret. Même le préfet de police et les autorités militaires ne sont pas mis dans la confidence, de sorte que rien n’est organisé pour maintenir l’ordre dans la capitale[N 14].

L’opposition libérale, qui se doute qu’un coup de force se prépare, redoute une insurrection populaire qu’elle n’est pas certaine de pouvoir maîtriser. La grande majorité des députés libéraux, issus de l’aristocratie ou de la bourgeoisie aisée, ne sont nullement démocrates. Le 10 juillet, une quarantaine de députés et de pairs, réunis chez le duc de Broglie, décident qu’en cas de coup de force, ils refuseraient le vote du budget. Parallèlement, des discussions sont engagées avec l’entourage de Charles X par l’intermédiaire d’un de ses familiers, Ferdinand de Bertier de Sauvigny. Les députés proches du Palais-Royal pourraient accepter le maintien de Polignac, des modifications de la loi électorale et du régime de la presse, moyennant l’entrée dans le cabinet de trois ministres libéraux dont Casimir Perier et le général Sébastiani. Mais ces discussions tournent court : Polignac préfère jouer le tout pour le tout et tenter l’épreuve de force.

Le duc d’Orléans, de son côté, passe l’été dans son château de Neuilly, où il s’est installé avec sa famille le 9 juillet. Il fait l’indifférent et attend son heure. Le marquis de Sémonville, grand référendaire de la Chambre des Pairs, vient lui rendre visite le 21 juillet et lui fait des ouvertures précises :

– La couronne ? Jamais, Sémonville, à moins qu’elle ne m’arrive de droit !
– Ce sera de droit, Monseigneur, elle sera par terre, la France la ramassera et vous forcera à la porter[7].

La journée du 25 juillet est marqué par des manifestations sur les grands boulevards et même une émeute contre le corps de garde de la Bourse, au Palais Brongniart[8] qui dégénère en incendie du corps de garde en planches. Le 25 juillet aussi, à onze heures du soir, le garde des sceaux, Chantelauze, remet les ordonnances[N 15] au rédacteur en chef du Moniteur pour qu’elles soient imprimées dans la nuit et publiées au matin du lundi 26 :

  • la première ordonnance suspend la liberté de la presse et soumet toutes les publications périodiques à une autorisation du gouvernement ;
  • la deuxième dissout la Chambre des députés alors que celle-ci vient d’être élue et ne s’est encore jamais réunie ;
  • la troisième écarte la patente pour le calcul du cens électoral, de manière à écarter une partie de la bourgeoisie commerçante ou industrielle, d’opinions plus libérales, réduit le nombre des députés de 428 à 258 et rétablit un système d’élections à deux degrés dans lequel le choix final des députés procède du collège électoral de département, qui rassemble seulement le quart des électeurs les plus imposés de la circonscription ;
  • la quatrième convoque les collèges électoraux pour septembre ;
  • les cinquième et sixième procèdent à des nominations de conseillers d’État au profit d’ultras notoires.

Révolution de Juillet[modifier | modifier le code]

26 juillet : début de la révolte[modifier | modifier le code]

Le lundi 26 juillet, magnifique journée d’été, il fait une chaleur accablante. La publication des ordonnances plonge le pays dans un véritable état de stupeur. L’on s’attendait à un coup de force, mais on n’imaginait pas que le roi agirait avant la réunion des Chambres prévue pour le 3 août. L’effet de surprise est donc total, alors que la plupart des opposants ne sont pas encore rentrés à Paris.

Dès le début de l’après-midi, les propriétaires du Constitutionnel organisent une réunion chez leur avocat, André Dupin, par ailleurs député libéral et avocat du duc d’Orléans. Y assistent quelques journalistes, dont Charles de Rémusat et Pierre Leroux du Globe, et des avocats comme Odilon Barrot et Joseph Mérilhou. Dupin explique que les ordonnances sont contraires à la Charte, donc illégales, mais, sur la suggestion de Rémusat de rédiger une protestation, il objecte que la réunion se tient dans son cabinet d’avocat et ne saurait donc prendre un tour politique. Rémusat et Leroux se rendent alors dans les bureaux du National où des journalistes sont réunis autour de Thiers, Mignet et Carrel. Le journal publie une édition spéciale appelant à la résistance par la grève de l’impôt. Thiers et Rémusat proposent d’élever une protestation solennelle qui est rédigée sur-le-champ et publiée le lendemain dans les journaux Le National, Le Globe et Le Temps. C'est la Protestation des 44 journalistes du 26 juillet 1830 :

« Le régime légal est [...] interrompu, celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. [...] Aujourd’hui donc, des ministres criminels ont violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essaierons de publier nos feuilles sans demander l’autorisation qui nous est imposée. »

— Protestation des 44 journalistes du 26 juillet 1830.

Au même moment, les députés libéraux présents à Paris cherchent à s’organiser, mais de manière encore timide car ils redoutent la réaction du gouvernement. Alexandre de Laborde et Louis Bérard sont les plus allants. Une première réunion a lieu chez Casimir Perier dans l’après-midi du 26, où se retrouvent Bérard, Bertin de Vaux, Laborde, Saint-Aignan, Sébastiani et Taillepied de Bondy. Bérard propose une protestation collective, mais ses collègues refusent de s’engager. Déçu, il se rend, accompagné par Laborde, dans les bureaux du National où il se joint à la protestation de Thiers.

Dans la soirée, une quinzaine de députés se réunissent chez Laborde, parmi lesquels Bavoux, Bérard, Lefebvre, Mauguin, Perier, Persil, Schonen. Bérard propose à nouveau une protestation collective, mais les députés présents se dérobent au motif qu’ils ne sont pas suffisamment nombreux. On se borne à décider de se revoir le lendemain à quinze heures chez Casimir Perier qui, quoique visiblement embarrassé[N 16], n’ose pas refuser son salon.

Au même moment, quelques attroupements commencent à se former au Palais-Royal, place du Carrousel, place Vendôme, sous l'impulsion de l'Association de Janvier. On crie : « Vive la Charte ! À bas les ministres ! À bas Polignac ». Des manifestants reconnaissent la voiture de Polignac qui, en compagnie du baron d’Haussez, rentre à l’hôtel des Affaires étrangères, alors sis rue Neuve-des-Capucines. Des pierres sont lancées en direction de l’équipage, une vitre est brisée dont les éclats égratignent d’Haussez, mais le cocher parvient à entrer au grand galop dans la cour de l’hôtel dont les gendarmes referment aussitôt la porte. Un calme trompeur retombe sur Paris qui s’endort dans l’inquiétude du lendemain.

27 juillet : de l’émeute à l’insurrection[modifier | modifier le code]

Le 27 juillet, bravant les ordonnances, Le National, Le Temps, Le Globe et Le Journal du commerce paraissent sans autorisation et publient la protestation des journalistes. Aussitôt, le préfet de police, Claude Mangin, ordonne la saisie des presses des quatre journaux en cause et le parquet lance des mandats d’arrêt contre les signataires de la protestation. De vives échauffourées ont lieu entre la police et les ouvriers typographes, qui redoutent de perdre leur emploi et vont former le noyau dur de l’insurrection.

La sociologie de l’émeute demeure un sujet de controverses entre les historiens. Pour l’historiographie socialiste et communiste, dans la lignée d’Ernest Labrousse, les insurgés sont des victimes de la crise économique et des exclus. Pour d’autres, comme David H. Pinkney[9], ce sont essentiellement des artisans, des boutiquiers et des employés, dont beaucoup ont fait partie de la garde nationale jusqu’à sa suppression en 1827 et ont conservé leur arme. Pour Jean Tulard, se basant sur les archives de la préfecture de police, ce sont « des ouvriers saisonniers, sans passé ni traditions révolutionnaires […] masse facilement entraînée par les étudiants et les meneurs politiques »[10].

Des meneurs, il y en a : depuis au moins un an, activistes républicains ou bonapartistes ont préparé le terrain. Les républicains ne sont qu’une poignée, mais actifs et déterminés : Godefroy Cavaignac, Joseph Guinard, Armand Marrast, Louis-Adolphe Morhéry, François-Vincent Raspail, Ulysse Trélat, Ferdinand Flocon, Auguste Blanqui, etc. Les bonapartistes, souvent anciens soldats de l’Empire sont plus nombreux, mais aussi plus discrets, se retrouvant au sein de sociétés secrètes sous l’égide de la Charbonnerie.

Le maréchal Marmont, duc de Raguse

À quinze heures, une trentaine de députés libéraux se réunissent chez Casimir Perier sous la présidence de leur doyen d’âge, le député d’extrême gauche Labbey de Pompières qui s’était rendu célèbre en demandant, en 1829, la mise en accusation du ministère Villèle. La plupart des députés présents sont inquiets, et se demandent s’ils ont le droit de se réunir. Bérard, qui trouve Casimir Perier « remarquable par un air de gêne et de contrainte extrêmement prononcé », propose une nouvelle fois de rédiger une protestation. Villemain suggère une simple lettre à Charles X et Dupin, des protestations individuelles. Après de nouvelles tergiversations, seul Guizot s’offre pour préparer un projet qu’il soumettra le lendemain. Vers dix-sept heures, les députés se séparent une fois de plus sans avoir rien résolu de clair. En réalité, la majorité des députés n’ont aucune envie de créer l’irréparable avec Charles X et les ministres, et s’accommoderaient d’un retrait des ordonnances et d’un changement de ministère.

Pendant ce temps, les premiers groupes d’émeutiers ont commencé à se heurter à la police et à la gendarmerie aux alentours du Palais-Royal. Les premières barricades sont dressées par des étudiants et des ouvriers de l’Association des patriotes de Morhéry. La foule est exaspérée par l’annonce de la nomination du maréchal Marmont, duc de Raguse, au commandement de la 1re division militaire, c’est-à-dire de Paris. Comme Bourmont, Marmont représente, aux yeux du peuple, l’archétype du traître, celui dont la défection, en 1814, a contraint Napoléon à abdiquer[N 17]. Poussés par quelques meneurs, les manifestants harcèlent les troupes à coups de pavés, de briques ou de pots de fleurs. Les insurgés s'emparent de leur premières armes dans la boutique du célèbre arquebusier Le Page (devenu Fauré Le Page en 1868) située rue de Richelieu, à proximité du Palais-Royal. Finalement, au début de la soirée, les soldats se mettent à tirer. On ramasse, sur le pavé, les premiers cadavres que les républicains brandissent comme des trophées, pour exciter le gros des émeutiers à l’insurrection. La Révolution de 1830 commence véritablement à ce moment-là.

28 juillet : révolution populaire[modifier | modifier le code]

La liberté guidant le peuple (28 juillet 1830). Eugène Delacroix. Paris, Musée du Louvre.

Au matin du 28 juillet, le centre et l’est de la capitale sont hérissés de barricades. 10 000 insurgés pillent les armureries en chantant La Marseillaise. À onze heures du matin, les ministres, Polignac en tête, viennent se réfugier auprès de Marmont au palais des Tuileries. Marmont juge la situation très sérieuse ; il envoie à Charles X, qui se trouve au château de Saint-Cloud, le célèbre message :

« Ce n’est plus une émeute, c’est une révolution. Il est urgent que Votre Majesté décide des moyens de pacification. L’honneur de la couronne peut être encore sauvé. Demain peut-être il ne serait plus temps. »

Charles X ne répond pas mais, dans la soirée, Polignac informe Marmont que le roi vient de signer une ordonnance mettant Paris en état de siège : Marmont reçoit donc les pleins pouvoirs pour écraser la révolution. Mais il ne dispose que de quelque 8 000 hommes, la capitale ayant été dégarnie pour constituer le corps expéditionnaire d’Alger, envoyer des troupes en Normandie pour tenter de rassurer la population inquiétée par la vague d’incendies criminels, et couvrir la frontière du Nord, car l’on craint des troubles en Belgique.

Durant la journée du 28, les soldats, mal ravitaillés en vivres et en munitions, sont pris au piège des ruelles étroites du vieux Paris, cisaillées de barricades, sous des pluies de projectiles divers. En fin de matinée, les insurgés se rendent maîtres de l’Hôtel de ville, au sommet duquel ils hissent le drapeau tricolore, provoquant une intense émotion dans la population parisienne. Plusieurs fois perdu et repris au cours de la journée, le bâtiment, hautement symbolique, finit par rester aux mains des insurgés.

Le combat devant l’Hôtel de ville le 28 juillet 1830. Jean-Victor Schnetz. Paris, Musée du Petit Palais.

Talleyrand se trouve dans son hôtel de Saint-Florentin, à l’angle de la place de la Concorde. À cinq heures de l’après-midi, son secrétaire, Colmache, lui annonce que le tocsin qu’on entend au loin signifie que le peuple a pris l’Hôtel de ville.

« Quelques minutes encore, dit le prince de Bénévent, et Charles X ne sera plus roi de France. »[11]

Pendant ce temps-là, les députés libéraux continuent de rechercher une solution de compromis. Le général Gérard, député de l’Oise familier du duc d’Orléans, envoie discrètement le docteur Thiébaut auprès du baron de Vitrolles pour le déterminer à faire une démarche auprès du roi afin d’obtenir le retrait des ordonnances. Vitrolles se rend à Saint-Cloud dans l’après-midi et rencontre pendant deux heures Charles X, qui continue de refuser toute concession. À midi, les députés se retrouvent chez Pierre-François Audry de Puyraveau, où l’on trouve notamment pour la première fois Laffitte et La Fayette, qui viennent de revenir dans la capitale. Ils désignent une commission de cinq membres – Laffitte, Delessert, Perier, les généraux Gérard et Mouton – chargée d’aller négocier avec Marmont pour obtenir un cessez-le-feu, et adoptent la protestation présentée par Guizot, qui impute prudemment aux seuls ministres, accusés d’avoir « trompé le roi », la responsabilité des ordonnances et laisse ainsi ouverte la possibilité d’une sortie de crise par le renvoi du ministère et le retrait des ordonnances.

Vers quatorze heures trente, la délégation des députés est reçue par Marmont aux Tuileries. Le maréchal, invoquant les ordres reçus, exige la fin de l’insurrection comme préalable à un ordre de cesser le feu, tandis que les députés réclament le retrait des ordonnances et le renvoi des ministres comme préalable à l’arrêt de l’émeute. La discussion tourne court, d’autant que Polignac, retranché dans une pièce voisine, refuse de recevoir les députés. Ceux-ci quittent les Tuileries vers quinze heures. Marmont envoie aussitôt un message à Charles X pour lui rendre compte et conclut : « Je pense qu’il est urgent que Votre Majesté profite sans délai des ouvertures qui lui ont été faites. »[12], tandis que Polignac envoie, de son côté, un émissaire, sans doute porteur du conseil de ne pas céder un pouce de terrain. En fin d’après-midi, Marmont reçoit la réponse du roi : il l’invite à « tenir ferme » et à concentrer ses troupes entre le Louvre et les Champs-Élysées.

Le combat de la Porte Saint-Denis. Hippolyte Lecomte, 1830. Paris, Musée Carnavalet.

Au même moment, les députés sont à nouveau réunis, cette fois chez Louis Bérard. Ils refusent de signer la protestation rédigée par Guizot, préférant laisser publier le texte imprimé, qu’ils pourront toujours désavouer en fonction de l’évolution de la situation. Il est vrai que la situation demeure incertaine. Le gouvernement a lancé des mandats d’arrêt contre La Fayette, Gérard, Mauguin, Audry de Puyraveau, Salverte et André Marchais, secrétaire de la société « Aide toi, le ciel t'aidera ». Thiers est parti se cacher près de Pontoise tandis que Rémusat a trouvé refuge chez le duc de Broglie[N 18].

Jacques Laffitte, qui vient de rentrer de sa propriété de Breteuil, est le premier à engager des démarches auprès du duc d’Orléans. Au Palais-Royal, il prend contact avec le secrétaire des commandements du duc, Oudard, qui transmet à Louis-Philippe, à Neuilly, un message promettant au prince que Laffitte travaillera pour lui sans le compromettre, mais lui recommandant de « ne pas se compromettre lui-même en se faisant prendre dans les filets de Saint-Cloud »[N 19]. Averti, dans la nuit du 27 au 28, par la femme de Taillepied de Bondy qu’un bataillon de la garde royale, caserné au faubourg Saint-Honoré, a reçu l’ordre de cerner le château de Neuilly « au moindre mouvement qui pourrait faire supposer l’intention de mêler [le duc] à une insurrection »[13], Louis-Philippe passe la nuit du 28 au 29 dans une ancienne orangerie aménagée en magnanerie, qui flanque le petit château de Villiers, à la limite de la propriété[N 20].

29 juillet : triomphe de l’insurrection[modifier | modifier le code]

Attaque du Palais du Louvre le 29 juillet 1830. École française du XIXe siècle. Paris, Musée Carnavalet.

Pendant la nuit du 28 au 29 juillet, de nouvelles barricades ont été élevées. Le jeudi 29, à l’aube, Marmont a dû se concentrer sur une bande qui va du Louvre à l’Étoile en passant par les Tuileries et les Champs-Élysées. Dans la matinée, le 5e et le 53e régiments de ligne, qui tiennent la place Vendôme, passent aux insurgés[N 21]. Cette double défection entraîne l’effondrement du dispositif militaire : pour colmater la brèche, Marmont doit dégarnir le Louvre et les Tuileries qui, attaqués, tombent aux mains des insurgés tandis que les troupes royales se replient en désordre à travers les Champs-Élysées jusqu’à l’Étoile. Dans la soirée, l’insurrection est maîtresse de Paris et les débris de l’armée royale ont pris position dans le bois de Boulogne pour protéger le château de Saint-Cloud.

Au petit matin, deux pairs, le marquis de Sémonville et le comte d’Argout, se rendent aux Tuileries pour demander à Polignac de démissionner et d’obtenir le retrait des ordonnances. À l’issue d’une entrevue orageuse, les deux pairs d’un côté, le président du Conseil de l’autre, se précipitent vers Saint-Cloud où ils arrivent en même temps, et s’opposent devant Charles X, pendant qu’on apporte à ce dernier la nouvelle de la débandade des troupes de Marmont.

Combat de la rue de Rohan le 29 juillet 1830. Hippolyte Lecomte. Paris, Musée Carnavalet.

Tôt le matin, le baron de Vitrolles a également reçu par l’intermédiaire du docteur Thiébaut une nouvelle communication du général Gérard qui lui indique que, désormais, outre le retrait des ordonnances, le roi doit renvoyer Polignac et confier au duc de Mortemart[N 22] le soin de former un nouveau ministère dans lequel entreraient Gérard et Perier. Charles X accepte ces conditions et charge Sémonville, d’Argout et Vitrolles de retourner à Paris pour faire connaître son acceptation.

Dans la matinée, une réunion chez Laffitte rassemble députés et journalistes. Laffitte a envoyé Oudard à Neuilly pour dire au duc d’Orléans qu’il est urgent qu’il prenne position. La Fayette annonce qu’il a accepté de prendre le commandement de la Garde nationale, dissoute en 1827 et qui vient de se reconstituer. Contre l’avis des républicains qui, avec Audry de Puyraveau, voudraient la création d’un gouvernement provisoire, Guizot, appuyé par Bertin de Vaux et Méchin, propose de former une commission municipale provisoire qui se chargerait d’administrer la capitale devant la carence des pouvoirs civil et militaire. Cette proposition est acceptée. Laffitte, qui ne veut pas être cantonné à un rôle municipal, et Gérard, qui va prendre le commandement des troupes parisiennes, se dérobent de sorte que la commission est composée de Casimir Perier, Mouton de Lobau, Audry de Puyraveau, Mauguin et Auguste de Schonen. La commission et La Fayette s’installent au milieu de l’après-midi à l’Hôtel de ville.

Après avoir perdu un temps considérable à franchir les barricades, Sémonville, d’Argout et Vitrolles, partis de Saint-Cloud en fin d’après-midi, n’arrivent à l’Hôtel de ville qu’à huit heures du soir. Ils sont reçus par la commission municipale et La Fayette, qui demandent des preuves officielles du renvoi de Polignac, que les émissaires sont incapables de leur fournir. Découragé, Sémonville va se coucher au Palais du Luxembourg, tandis que d’Argout se rend, non sans difficultés, chez Laffitte, où les députés réunis paraissent plutôt favorables au maintien de Charles X sur son trône avec le duc de Mortemart comme Premier ministre. À dix heures du soir, d’Argout repart pour Saint-Cloud pour aller chercher le duc de Mortemart. Les députés lui ont indiqué qu’ils l’attendraient jusqu’à une heure du matin. À une heure et demie, il n’est pas rentré, la réunion se disperse, les parlementaires vont se coucher. Les émeutiers sont alors les maîtres de la capitale. L’heure de la solution de compromis est passée. Avec elle, c’est le trône de Charles X qui est désormais condamné.

30 et 31 juillet : récupération bourgeoise[modifier | modifier le code]

Le marquis de La Fayette. Lithographie de Delpech.

Le 30 juillet, députés et journalistes entrent en scène pour récupérer la révolution populaire au profit de la bourgeoisie, en jouant sur la peur. Après quelques jours d’hésitation entre république et solution orléaniste, la monarchie de Juillet est finalement instituée. La bourgeoisie parisienne dame le pion aux républicains désorganisés.

30 juillet : élimination de Charles X et de l’option républicaine[modifier | modifier le code]

L’offensive est lancée dès l’aube du vendredi 30 juillet par Laffitte et Thiers[14], avec la bienveillante complicité de Talleyrand qui, depuis quelque temps mise sur le duc d’Orléans pour sauver la monarchie constitutionnelle. Laffitte reçoit chez lui les trois rédacteurs du National : Thiers, Mignet, Carrel. Il ne craint pas la menace bonapartiste, car le duc de Reichstadt est en Autriche et la quasi-totalité des dignitaires de l’Empire sont ralliés à la monarchie, mais il redoute qu’avec l’arrivée incessante du duc de Mortemart, les députés ne se laissent séduire par une régence assortie de la proclamation du petit-fils de Charles X, le duc de Bordeaux, sous le nom de Henri V. Les quatre hommes conviennent qu’il faut prendre cette solution de vitesse en proclamant sans attendre le duc d’Orléans. Thiers et Mignet rédigent aussitôt un texte qui est imprimé sous forme d’affiche dans les ateliers du National et placardé partout dans Paris pour que les Parisiens le découvrent à leur réveil :

« Charles X ne peut plus rentrer dans Paris : il a fait couler le sang du peuple.
La république nous exposerait à d’affreuses divisions ; elle nous brouillerait avec l’Europe.
Le duc d’Orléans est un prince dévoué à la cause de la Révolution.
Le duc d’Orléans ne s’est jamais battu contre nous.
Le duc d’Orléans a porté au feu les couleurs tricolores.
Le duc d’Orléans peut seul les porter encore ; nous n’en voulons pas d’autres.
Le duc d’Orléans s’est prononcé ; il accepte la Charte comme nous l’avons toujours voulue et entendue[N 23]. C’est du peuple français qu’il tiendra sa couronne. »

Il ne reste plus qu’à neutraliser Mortemart, et surtout La Fayette, porte-drapeau des républicains, et à convaincre le duc d’Orléans, qui n’a pas révélé ses intentions, d’accepter la couronne.

S’agissant de La Fayette, Charles de Rémusat, qui a épousé sa petite-fille, est allé le sonder à l’Hôtel de ville dans la matinée. Le choix, lui dit-il, est entre le duc d’Orléans et la république. Dans le cas de la république, La Fayette accepterait-il d’en prendre la direction ? Le vieux général, qui n’a aucune envie de porter le fardeau du pouvoir, se dérobe : « Le duc d’Orléans sera roi », répond-il[N 24].

S’agissant du duc de Mortemart, il n’est arrivé à Paris, accompagné du comte d’Argout, que dans la matinée[N 25]. Il a prévu de se rendre chez Laffitte, puis à l’Hôtel de ville, mais il rencontre sur le chemin Bérard et son beau-père, le général Mathieu Dumas, qui lui annoncent que les députés qui s’étaient réunis chez le banquier viennent de se séparer mais qu’ils se retrouveront à midi au Palais Bourbon pour confier au duc d’Orléans la lieutenance générale du royaume. Au duc de Mortemart, qui lui montre les ordonnances dont il est porteur, Bérard répond froidement : « Charles X a cessé de régner. […] Il est trop tard, le moment où un traité était possible est passé, il ne reviendra jamais. »[15] Effondré, Mortemart renonce à se rendre à l’Hôtel de ville et se précipite au Palais du LuxembourgSémonville a réuni quelques pairs. L’un d’entre eux, le comte de Sussy, s’offre d’aller notifier les ordonnances à l’Hôtel de ville après en avoir fait faire des copies certifiées conformes : aimablement accueilli par La Fayette, il doit fuir sous les huées de la foule lorsque celui-ci donne lecture des ordonnances.

Au Palais Bourbon, les députés, réunis à midi, refusent de recevoir les ordonnances en considérant que Charles X a cessé de régner et désignent une commission de cinq membres pour aller discuter avec les pairs : Augustin Perier, Horace Sébastiani, François Guizot, Benjamin Delessert et Jean-Guillaume Hyde de Neuville. Au Palais du Luxembourg, les députés expliquent au duc de Mortemart que Charles X a cessé de régner et que le duc d’Orléans est désormais le seul rempart contre la république. Mortemart, tout en protestant qu’il ne peut, comme ministre de Charles X, entrer dans un tel raisonnement, finit par reconnaître que la lieutenance générale du duc d’Orléans lui semblerait, dans les circonstances de l’heure, la moins mauvaise des solutions. La plupart des pairs présents opinent dans le même sens et Sébastiani est envoyé au Palais Bourbon pour communiquer cette délibération aux députés.

Il ne reste plus qu’à convaincre le duc d’Orléans que le moment est venu de se découvrir. Or Louis-Philippe craint d’entrer prématurément dans Paris. Au matin du 30 juillet, rien ne démontre que Charles X est complètement hors jeu : il est encore à Saint-Cloud, vient de nommer un nouveau gouvernement, peut abdiquer en faveur du duc de Bordeaux… Le duc d’Orléans juge prudent d’attendre et, dans la matinée, son aide de camp, le général de Rumigny, l’a prévenu, de la part de quelques députés, que les parlementaires voudraient l’appeler sur le trône, mais que Charles X pourrait tenter de le faire arrêter. Aussi quitte-t-il discrètement son domaine de Neuilly par Levallois pour se rendre dans son château du Raincy, beaucoup plus éloigné de Saint-Cloud[N 26].

Vers midi, les députés se réunissent au Palais-Bourbon. Seul Hyde de Neuville parle en faveur de Charles X, et ils ne sont qu’une poignée à évoquer la république ; tous les autres sont favorables au duc d’Orléans, mais se divisent sur les conditions de son arrivée au pouvoir : certains veulent le proclamer lieutenant général du royaume, tandis que d’autres voudraient l’élever tout de suite sur le trône.

Article détaillé : Hésitation de 1830.

En définitive, en début d’après-midi, les députés s’accordent sur la première formule et adoptent une proposition rédigée par Benjamin Constant qui « prie S.A.R. Mgr le duc d’Orléans de se rendre dans la capitale pour y exercer les fonctions de lieutenant général du royaume » et « lui exprime le vœu de conserver les couleurs nationales ».

Adélaïde d’Orléans, « Mademoiselle », sœur de Louis-Philippe

Dans la matinée, les députés ont décidé d’envoyer Henri de Rigny, accompagné de Jean Vatout, sonder le duc d’Orléans au château de Neuilly ; mais Thiers, muni par Laffitte et Sébastiani de lettres d’introduction et accompagné du peintre Ary Scheffer, familier de la famille d’Orléans, est parti à toute allure sur de bons chevaux prêtés par le prince de la Moskowa, gendre de Laffitte, pour leur griller la politesse. Thiers, arrivé le premier, ne trouve pas le duc d’Orléans à Neuilly, mais, tandis que la duchesse lui explique « qu’il est impossible que [son mari] accepte tant que le roi est encore à Saint-Cloud »[N 27], Mademoiselle, sœur du duc, paraît lui accorder une attention beaucoup plus complaisante. Il faut éviter, dit-elle, de « donner à la révolution le caractère d’une révolution de palais, d’une intrigue du duc d’Orléans »[16] et de provoquer une intervention des puissances étrangères. Thiers fait valoir que la solution orléaniste peut seule sauver la France de l’anarchie et que les puissances, soulagées de voir la France échapper à la république, ne pourront qu’approuver le changement de dynastie. En définitive, l’intrépide Mademoiselle conclut : « Si vous croyez que l’adhésion de notre famille peut être utile à la révolution, nous vous la donnons bien volontiers ! »[17], et elle va même jusqu’à envisager de se rendre elle-même à Paris pour accepter la lieutenance générale au nom de son frère : « Il faut que la Chambre des députés se prononce, mais cela fait, mon frère ne peut hésiter, et, s’il le faut, j’irai moi-même à Paris et je promettrai en son nom, sur la place du Palais-Royal, au milieu du peuple des barricades. »[18]

Vis-à-vis de Rigny, arrivé sur ces entrefaites, la duchesse oscille entre légitimisme et tentation de la lieutenance générale. Toute la journée, les visiteurs se pressent à Neuilly : « La demeure du duc d’Orléans [est] assiégée par le zèle des uns, par l’importunité des autres ; ambitieux ou dévoués, tous arriv[ent] au prince, la couronne de France dans la poche. »[19] À Dupin aîné et Persil, la duchesse soutient que « son mari ne veut pas devenir usurpateur » et qu’il ne veut pas qu’on puisse dire que la révolution a été accomplie « pour mettre le duc d’Orléans sur le trône » et non « pour défendre les libertés nationales »[20]. Mais, pendant qu’elle joue ainsi la comédie de la vertu, elle envoie vers une heure Oudard au Raincy pour tenir Louis-Philippe au courant et lui conseiller de revenir sans tarder à Neuilly. Arrive, peu après, Lasteyrie, gendre de La Fayette, pour faire savoir de la part de ce dernier « qu’il faut se dépêcher parce qu’il est difficile de contenir le peuple ». La duchesse envoie aussitôt à son mari un second messager, le jeune Anatole de Montesquiou-Fézensac, qui parcourt à bride abattue les vingt kilomètres qui séparent Neuilly du Raincy, où il arrive en milieu d’après-midi.

Après avoir adopté la résolution préparée par Benjamin Constant, les députés tirent au sort une commission de douze membres[21] pour aller la notifier au duc d’Orléans au Palais-Royal. N’y trouvant pas Louis-Philippe, la commission envoie à Neuilly un jeune maître des requêtes, Langlois d’Amilly, chargé d’annoncer son arrivée prochaine. Il est suivi de peu par Alexandre Méchin. Tous deux, épaulés par le poète Casimir Delavigne, tentent de convaincre la duchesse, qui s’y refuse, de l’urgence à s’engager.

En début de soirée, Louis-Philippe, accompagné de Montesquiou et d’Oudard, rentre à Neuilly et se cache dans le parc, au carrefour des Poteaux-Ronds[N 28]. Dans le bosquet des Tourniquets, il est rejoint vers huit heures du soir par sa femme et par sa sœur. C’est là qu’il décide d’accepter la résolution des députés car celle-ci, ne précisant pas au nom de qui la lieutenance générale sera exercée, semble suffisamment vague pour préserver l’avenir. Il fait venir les douze commissaires envoyés par les députés et, à la lumière des torches, écoute la lecture de la proclamation et y donne son accord[N 29].

31 juillet : arrivée de Louis-Philippe[modifier | modifier le code]

Arborant à la boutonnière un ruban tricolore, vêtu d’une redingote grise et d’un chapeau rond, Louis-Philippe, accompagné du baron de Berthois, d’Oudard et du colonel Heymès, quitte Neuilly à pied par la grille du parc, vers dix heures du soir et se dirige vers le Palais-Royal. Sur le chemin, il s’arrête à l’hôtel de Saint-Florentin chez Talleyrand et s’assure de l’appui de ce dernier. Il arrive au Palais-Royal peu avant minuit et, par une porte dérobée, va se coucher dans une chambre de l’appartement d’Oudard, non sans avoir envoyé mander le duc de Mortemart.

Pendant ce temps, Heymès se rend chez Jacques Laffitte qu’il tire de son lit à une heure et demie du matin pour lui annoncer que le duc d’Orléans recevra les députés à neuf heures au Palais-Royal. Il se rend ensuite au Palais du Luxembourg où il arrive vers deux heures du matin. Il réveille le duc de Mortemart et parvient à le convaincre de le suivre auprès de Louis-Philippe. Partis vers trois heures du matin, les deux hommes parviennent, après bien des détours, à rejoindre le Palais-Royal. Conduit par Berthois à travers un dédale de corridors et d’escaliers dérobés, Mortemart est introduit à quatre heures du matin auprès de Louis-Philippe, qui dort sur un matelas jeté à même le sol d’une petite pièce. Il fait une chaleur suffocante. Le duc d’Orléans se lève, dépoitraillé, sans perruque, en sueur et débite avec animation un long discours destiné à convaincre Mortemart de sa fidélité à Charles X : « Si vous voyez le roi avant moi, conclut-il, dites-lui qu’il m’ont amené de force à Paris […] que je me ferai mettre en pièces plutôt que de me laisser poser la couronne sur la tête. »[22] Puis, annonçant à Mortemart que les députés présents à Paris l’ont nommé lieutenant général du royaume pour faire barrage à la république, il lui demande si ses pouvoirs lui permettent de reconnaître cette nomination au nom de Charles X. Mortemart ayant répondu par la négative, Louis-Philippe lui remet une lettre destinée au roi dans laquelle, après avoir protesté de sa loyauté, il déclare que si on le contraint à exercer le pouvoir, il ne l’acceptera que « temporairement et dans l’intérêt de [leur] maison ».

Mais, peu après, au matin, Louis-Philippe apprend que Charles X, cédant à la panique et au découragement, vient de quitter Saint-Cloud pour Trianon. Aussitôt, il fait rappeler le duc de Mortemart et lui redemande sa lettre, sous prétexte d’y apporter une correction. Pour Louis-Philippe, à cet instant, les dés sont jetés : le trône est vacant, il ne lui reste plus qu’à s’y asseoir.

Dès neuf heures du matin, après s’être entretenu avec Méchin, Dupin et Sébastiani, il reçoit la délégation des députés auprès de qui il finasse. Il affirme qu’il ne peut se prononcer tout de suite sur la lieutenance générale en raison de ses liens de famille avec Charles X qui lui imposent « des devoirs personnels et d’une nature étroite », et des avis qu’il dit vouloir demander « à des personnes en qui il a confiance et qui ne sont pas encore ici ». La manœuvre réussit parfaitement : les députés le supplient d’accepter, agitant le spectre de la république qui peut être proclamée à tout instant à l’Hôtel de ville ; ainsi, Louis-Philippe pourra toujours affirmer qu’on lui a forcé la main, et qu’il ne s’est dévoué que pour sauver la monarchie[N 30].

Louis-Philippe se retire alors avec Sébastiani et Dupin avec qui il rédige un projet de proclamation qui, après quelques amendements mineurs, est accepté par les députés présents :

« Habitants de Paris ! Les députés de la France, en ce moment réunis à Paris, ont exprimé le désir que je me rendisse dans cette capitale pour y exercer les fonctions de lieutenant général du royaume. Je n’ai pas balancé à venir partager vos dangers, à me placer au milieu de votre héroïque population, et à faire tous mes efforts pour vous préserver de la guerre civile et de l’anarchie.. En rentrant dans la ville de Paris, je portais avec orgueil ces couleurs glorieuses que vous avez reprises, et que j’avais moi-même longtemps portées. Les chambres vont se réunir ; elles aviseront aux moyens d’assurer le régime des lois et le maintien des droits de la nation. La Charte sera désormais une vérité[N 31]. »

Recevant cette proclamation, les députés y répondent en début d’après-midi :

« Français ! La France est libre. Le pouvoir absolu levait son drapeau, l’héroïque population de Paris l’a abattu. Paris attaqué a fait triompher par les armes la cause sacrée qui venait de triompher en vain dans les élections. Un pouvoir usurpateur de nos droits, perturbateur de notre repos, menaçait à la fois la liberté et l’ordre ; nous rentrons en possession de l’ordre et de la liberté. Plus de craintes pour les droits acquis, plus de barrières entre nous et les droits qui nous manquent encore.
Un gouvernement qui, sans délai, nous garantisse ces biens est aujourd’hui le premier besoin de la patrie. Français ! Ceux de vos députés qui se trouvent déjà à Paris se sont réunis, et, en attendant l’intervention régulière des chambres, ils ont invité un Français qui n’a jamais combattu que pour la France, M. le duc d’Orléans, à exercer les fonctions de lieutenant général du royaume. C’est à leurs yeux le moyen d’accomplir promptement, par la paix, le succès de la plus légitime défense.
Le duc d’Orléans est dévoué à la cause nationale et constitutionnelle. Il en a toujours défendu les intérêts et professé les principes. Il respectera nos droits, car il tiendra de nous les siens. Nous nous assurerons par des lois toutes les garanties nécessaires pour rendre la liberté forte et durable :
Le rétablissement de la Garde nationale avec l’intervention des gardes nationaux dans le choix des officiers.
L’intervention des citoyens dans la formation des administrations départementales et municipales.
Le jury pour les délits de presse.
La responsabilité légalement organisée des ministres et des agents secondaires de l’administration.
L’état des militaires légalement assuré.
La réélection des députés promus à des fonctions publiques.
Nous donnerons à nos institutions, de concert avec le chef de l’État, les développements dont elles ont besoin.
Français, le duc d’Orléans lui-même a déjà parlé, et son langage est celui qui convient à un pays libre : les chambres vont se réunir, vous dit-il ; elles aviseront au moyen d’assurer le règne des lois et le maintien des droits de la nation.
La Charte sera désormais une vérité. »

Signé par quelque 90 députés, l’acte est porté au début de l’après-midi au Palais-Royal. Mais la manœuvre en faveur du duc d’Orléans, sitôt connue à l’Hôtel de ville, suscite la fureur des républicains. Le duc de Chartres, accouru de Joigny, est arrêté à Montrouge et menacé d’être passé par les armes : il faut l’intervention personnelle de La Fayette pour obtenir sa libération. La commission municipale, en réaction, cherche à se transformer en gouvernement provisoire, lance une proclamation qui affecte d’ignorer celle des députés et nomme des commissaires provisoires aux différents départements ministériels.

Louis-Philippe, duc d’Orléans, nommé lieutenant général du royaume, quitte à cheval le Palais Royal, pour se rendre à l’hôtel de ville de Paris, le 31 juillet 1830. Horace Vernet, 1832. Château de Versailles.

Il est temps pour Louis-Philippe de se rendre à l’Hôtel de ville pour conjurer définitivement, avec la complicité de La Fayette[N 32], le spectre républicain. La manœuvre n’est pas sans risques, mais elle est indispensable. Vers deux heures de l’après-midi, un cortège picaresque quitte le Palais-Royal : « Le duc d’Orléans, raconte Chateaubriand, ayant pris le parti d’aller faire confirmer son titre par les tribuns de l’Hôtel de Ville, descendit dans la cour du Palais-Royal, entouré de quatre-vingt-dix-neuf députés en casquettes, en chapeaux ronds, en habits, en redingotes […] Le candidat royal est monté sur un cheval blanc ; il est suivi de Benjamin Constant dans une chaise à porteurs ballottée par deux Savoyards. MM. Méchin et Viennet, couverts de sueur et de poussière, marchent entre le cheval blanc du monarque futur et le député goutteux, se querellant avec les deux crocheteurs pour garder les distances voulues. Un tambour à moitié ivre battait la caisse à la tête du cortège. Quatre huissiers servaient de licteurs. Les députés les plus zélés meuglaient : Vive le duc d’Orléans ! »[23]

Mais au fur et à mesure que le cortège, le long des quais de la Seine, progresse difficilement à travers les barricades en direction de l’Hôtel de ville, ce sont d’autres cris qui s’élèvent d’une foule de plus en plus hostile : « À bas les Bourbons ! Plus de Bourbons ! À mort les Bourbons ! À bas le duc d’Orléans ! » Arrivé à l’Hôtel de ville, Louis-Philippe, qui a revêtu un uniforme de la garde nationale, lance, sans parvenir à détendre l’atmosphère :

– Messieurs, c’est un ancien garde national qui fait visite à son ancien général !

Le trait est accueilli par des murmures hostiles : « Vive La Fayette ! À bas les Bourbons ! » Embrassant le vieux général qui s’avance vers lui en boitant, Louis-Philippe, séducteur, s’écrie :

– Ah ! C’est par suite de la blessure que vous avez reçue en Amérique, à la bataille de la Brandywine[N 33] !
– Ah ! Monseigneur, quelle mémoire ! s’extasie La Fayette, flatté.
Lecture à l’hôtel de ville de la proclamation des députés (31 juillet 1830). Baron Gérard, 1836. Château de Versailles.

Viennet, député de l’Hérault, donne lecture de la proclamation des députés, qui est accueillie par des applaudissements lorsqu’elle promet la garantie des libertés publiques. Louis-Philippe répond gravement : « Je déplore comme Français le mal fait au pays et le sang versé ; comme prince, je suis heureux de contribuer au bonheur de la nation. » C’est alors que surgit un énergumène nommé Dubourg, placé là par le journaliste Dumoulin, pilier du parti bonapartiste[N 34]. Il apostrophe Louis-Philippe : « On dit que vous êtes un honnête homme, et comme tel incapable de manquer à vos serments. J’aime à le croire, mais il est bon que vous soyez prévenu que si vous ne les tenez pas, on saurait vous les faire tenir. » Le duc d’Orléans répond avec superbe : « Vous ne me connaissez pas, Monsieur ! Vous apprendrez à me connaître. Je ne vous ai donné aucun droit de m’adresser de semblables paroles. Je n’ai jamais manqué à mes serments, et ce n’est pas quand la Patrie me réclame que je songerais à la trahir. »

La Fayette donne l'accolade au duc d'Orléans au balcon de l'hôtel de ville de Paris

Pour effacer l’impression pénible laissée par cette scène, La Fayette entraîne Louis-Philippe au balcon de l’Hôtel de ville où les deux hommes se donnent une accolade théâtrale, enveloppés dans les plis d’un immense drapeau tricolore. La brillante mise en scène retourne la foule hostile massée sur la place de Grève : le « baiser républicain » de La Fayette, selon l’ironique formule de Chateaubriand, vient d’asseoir définitivement Louis-Philippe sur le trône.

Louis-Philippe regagne le Palais Royal par la rue Saint-Honoré où il reçoit un accueil plus chaleureux, distribuant sur son chemin de nombreuses poignées de main aux badauds : c’est sans doute l’un des premiers bains de foule de l’histoire. La foule le suit jusqu’au Palais Royal qu’elle investit bruyamment. Au début de la soirée, lorsque la duchesse d’Orléans et Mademoiselle Adélaïde arrivent au Palais Royal, elles trouvent un spectacle qui leur semble fort déplaisant : « Nous avons trouvé mon mari, raconte la duchesse, avec M. Dupin et le général Sébastiani. Les deux salons de son appartement étaient remplis de toutes sortes de personnes ; le drapeau tricolore flottait partout ; les fenêtres et les murailles étaient percées de balles ; des chants et des danses sur la place ; partout un air de désordre et de confusion qui faisaient mal. »[24]

Conséquences[modifier | modifier le code]

Débouchant, en France, sur la fondation d'un nouveau régime, la monarchie de Juillet, qui conforte l'association aux affaires publiques de la bourgeoisie industrielle et financière, les Trois Glorieuses sont également à l'origine d'une première effervescence révolutionnaire en Europe, annonciatrice du « printemps des peuples » de 1848 mais qui, hormis la création de la Belgique, appuyée avec force par la France, ne débouche pas sur des changements durables.

En France[modifier | modifier le code]

En une dizaine de jours, Louis-Philippe d’Orléans consolide son pouvoir, et écarte toute menace républicaine tandis que Charles X et sa famille prennent la route de l'exil. D’abord désigné « lieutenant-général du royaume », Louis-Philippe est reconnu « roi des Français » le .

Rupture symbolique avec le passé, la monarchie de Juillet prend comme emblème le drapeau tricolore bleu-blanc-rouge. Rompant avec le « parti prêtre », le nouveau régime s’affirme beaucoup plus laïc que son prédécesseur. Les libéraux entrent en force au gouvernement. Mais la Charte de 1814 n’est que superficiellement toilettée, et le droit de vote n’est que peu étendu par la loi électorale du .

Article détaillé : Charte de 1830.

Le nouveau régime s’installe avec l’assentiment d’une bonne partie de l’opinion, hostile à la République, et que la ré-interprétation laïque, bourgeoise et libérale de la Charte satisfait. Mais il est contesté, sur sa gauche par les républicains et sur sa droite par les légitimistes :

  • Les activistes républicains, peu nombreux, mais déterminés, et profondément déçus par les premiers pas de la monarchie bourgeoise, harcèlent le ministère. Des émeutes, parfois armées, toujours rapidement réprimées, secouent sporadiquement le pays, de 1831 à 1839. Ainsi, par exemple, les émeutes déclenchées les 5, 6 et , à l’occasion des obsèques du général Lamarque, député républicain, font 800 morts. Du 9 au à Lyon, la seconde révolte des Canuts fait près de 600 morts. Le roi est également visé par plusieurs tentatives d’assassinat.
  • Tout comme les républicains, les légitimistes contestent le nouveau régime. En 1832, le complot dit « de la rue des Prouvaires » tente d’assassiner Louis-Philippe, et une tentative d’insurrection royaliste est menée sans succès dans l’Ouest de la France.

Finalement stabilisé, le régime dure jusqu’à la révolution française de 1848.

En Europe[modifier | modifier le code]

La Sainte-Alliance, formée en 1815 par les souverains vainqueurs de Napoléon Ier devait empêcher toute révolution en Europe. Elle avait d’ailleurs mené plusieurs opérations militaires en ce sens dans les années 1820. Mais en 1830, l'Angleterre s'empresse de reconnaître la monarchie de Juillet et, après quelques hésitations, les autres souverains signataires de l’alliance – Autriche, Prusse, Russie – décident de ne pas intervenir et de reconnaître à leur tour le nouveau régime.

L’exemple français et l’absence de réaction internationale provoquent alors une série de mouvements nationalistes et libéraux à travers toute l’Europe.

En Allemagne[modifier | modifier le code]

En Allemagne, alors sans gouvernement central, des mouvements libéraux éclatent en Saxe, au Brunswick (7-8 septembre), en Hesse, en Prusse rhénane.

Au Brunswick, le duc régnant, Charles II, célèbre par ses excentricités, et qui, au lendemain des Trois Glorieuses, avait promis d'écraser dans le sang toute tentative d'insurrection, doit fuir ses États au début de septembre. Son frère cadet, Guillaume, est alors proclamé lieutenant-général, puis duc régnant.

Au Hanovre, les étudiants de Göttingen créent une milice qui impose au souverain une constitution.

En Allemagne du Sud, les libéraux réunis à Hambach (Palatinat), plaident en faveur d’une République fédérale allemande et hissent le drapeau noir, rouge et or de la Burschenschaft, symbole de la nouvelle Allemagne.

En Italie[modifier | modifier le code]

En Italie, Ciro Menotti fonde à Bologne, Parme, Mantoue et en Romagne une série de noyaux révolutionnaires avec pour mot d’ordre « indépendance, union et liberté ».

En 1831, une vague révolutionnaire secoue l’Italie centrale. Les carbonari résidant à Paris, liés aux libéraux qui viennent de réussir la révolution de Juillet, pensent que le nouveau gouvernement français présidé par Jacques Laffitte découragera une intervention autrichienne en Italie. À Rome, en décembre 1830, les deux fils de Louis Bonaparte, Napoléon-Louis et Louis-Napoléon complotent ; ils sont expulsés. En février 1831, le duc de Modène, François IV, doit s’enfuir ; il en est de même pour la duchesse Marie-Louise à Parme.

Le 26 février, une assemblée des délégués des régions révoltées proclame les « Provinces Unies d’Italie ». Mais le nouveau gouvernement français présidé par Casimir Perier (mars 1831) retire son soutien aux Italiens, laissant la voie libre à une intervention autrichienne. Les ducs sont rétablis sur leurs trônes. Des révolutionnaires, dont Menotti, sont exécutés.

À Rome, le pape Grégoire XVI et le cardinal Bernetti rétablissent l’absolutisme et, en 1832, écrasent un soulèvement dans les Marches et les Légations. Jusqu’en 1838, des troupes autrichiennes y stationneront pour empêcher tout nouveau mouvement, les Français occupant, en contrepartie, la ville d'Ancône.

À Marseille, le révolutionnaire italien Giuseppe Mazzini fonde alors le mouvement Jeune Italie (Giovine Italia), association composée de jeunes patriotes qui se propose de libérer et d’unifier l’Italie et d’y instaurer un régime républicain. Au total, la révolution de 1830-1831 a été un échec, mais elle annonce les nouveaux mouvements insurrectionnels italiens de 1848.

En Belgique[modifier | modifier le code]

En Belgique, la politique maladroite des Hollandais provoque l’insurrection bruxelloise du . Le 4 septembre, le mouvement s’amplifie et reçoit le soutien des Liégeois. Le 20 septembre, la garde bourgeoise de Bruxelles, formée d’éléments modérés, est désarmée par les émeutiers.

Les 23-26 septembre, l’échec d’une intervention militaire néerlandaise à Bruxelles pousse radicaux et modérés à se liguer (les « Quatre Journées »). Le 27 septembre, les insurgés belges arrêtent les troupes néerlandaises devant Bruxelles et les repoussent jusqu’à l’ancienne frontière des Pays-Bas autrichiens. Le 4 octobre, c’est la proclamation à Bruxelles de l’indépendance de la Belgique par un gouvernement provisoire qui convoque un Congrès national pour la fin novembre.

Article détaillé : Révolution belge.

Ce Congrès décide de donner à la Belgique un statut de monarchie constitutionnelle et d’exclure de la couronne les membres de la maison d’Orange-Nassau. Le 20 décembre, la Conférence de Londres reconnaît l’indépendance de la Belgique. le , la Constitution belge est proclamée, inspirée du libéralisme bourgeois et catholique, qui entérine la création d’une monarchie parlementaire bicamérale et héréditaire.

En Europe de l'Est[modifier | modifier le code]

En Europe de l’Est, on assiste à la scission des nationalistes tchèques entre conservateurs (pro-russes) et radicaux (démocrates regroupés au sein de la « matice česká »).

La prise de l’Arsenal de Varsovie. Par Marcin Zaleski.

En Pologne, le tsar Nicolas Ier de Russie, qui veut intervenir contre les Belges au nom de la Sainte-Alliance, donne l’ordre de mobilisation des troupes polonaises le 18 novembre. Opposés à cette intervention, les nationalistes déclenchent le 29 novembre l’Insurrection de Novembre.

Voir l'article Insurrection de Novembre en Pologne (1830-1831)

Le ministre du Trésor et de l’Industrie Drucki-Lubecki prend les choses en mains afin de négocier avec le tsar et de maintenir le mouvement révolutionnaire dans des voies modérées : il crée un Conseil administratif. Les patriotes mettent un club sur pied, la Société patriotique, dont un des chefs est l’historien Joachim Lelewel. Le 18 décembre, le Sejm (la Diète polonaise) affirme le caractère national de l’insurrection.

Le tsar annonce son intention de reconquérir militairement le pays. Le soulèvement est violemment réprimé après la défaite des nationalistes, affaiblis par le choléra, à Ostrołęka le 26 mai, et la prise de Varsovie le .

La Russie soumet alors la Pologne à une politique de répression et de russification. La Pologne cesse d’exister comme nation. Les Russes entreprennent une destruction systématique de la nationalité polonaise. La Constitution, la Diète et l’armée polonaises sont abolies, les Polonais privés de leurs libertés individuelles. Les universités sont fermées, les étudiants envoyés en Russie, les catholiques persécutés. Dix mille patriotes s’exilent vers la Suisse, la Belgique et la France. Manifestations, émeutes et représailles sanglantes se succèdent.

Synthèse[modifier | modifier le code]

La révolution française de 1830 et ses conséquences n’ont pas bouleversé le paysage institutionnel, ni en France ni en Europe, à l’exception du cas belge. Mais pour la première fois depuis les années 1790, une vague de révolutions populaires a traversé l’Europe. L’année 1848 verra se reproduire le phénomène, sur une plus vaste échelle, sous le nom de « printemps des peuples ».

Le régime constitutionnel français se libéralise nettement et le renouvellement des cadres est sensible. Dans les seules institutions scientifiques, on peut par exemple relever le retour en grâce de hauts fonctionnaires du Premier Empire comme Hachette et Poinsot, et le départ de Cauchy. Les penseurs libéraux Abel-François Villemain et François Guizot deviennent ministres, et Jules Michelet obtient un poste de professeur à la Faculté des Lettres de la Sorbonne : les idées révolutionnaires, libérales, nationalistes et républicaines en sortent renforcées.

Postérité[modifier | modifier le code]

« À la gloire des citoyens français qui s’armèrent et combattirent pour la défense des libertés publiques dans les mémorables journées des 27, 28, 29 juillet 1830 ». Le fût de la colonne porte le nom des victimes des journées révolutionnaires de juillet 1830. Emmanuel Fureix souligne que le nouveau régime s'opposa à ce que la liste officielle des morts mentionne leur métier, et ajoute que les « journaux liés au nouveau régime construisent une galerie de portraits de martyrs ... dont les ouvriers ... sont exclus » alors qu'ils étaient nombreux parmi les insurgés[25] (dans cette galerie officielle figure le fameux, mais légendaire, Arcole).
  • Le nouveau régime décida que des récompenses seraient accordées à tous les blessés des Trois Glorieuses et créa une médaille commémorative pour les combattants de la révolution de Juillet. En avril 1831, Casimir Perier fit frapper des médailles commémoratives portant la mention « donné par le roi » et dont la remise était accompagnée d'un serment de fidélité à Louis-Philippe. Les insurgés y étaient présentés comme des défenseurs de la patrie. Quant à leur panthéonisation annoncée en juillet 1831, elle fut vite oubliée. En revanche, il se développa un culte populaire (en grande partie ouvrier) et séditieux des morts de Juillet[26].
  • En octobre 1830, le gouvernement présenta en outre un projet de loi destiné à indemniser à concurrence de 7 millions les victimes des journées de Juillet[27].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Bernard Sarrans, aide de camp de La Fayette à l'époque, avance le chiffre de 6 000 victimes chez les insurgés, dont 1 000 à 1 200 tués tandis que, selon lui, les pertes des troupes royales n'ont pu être déterminées (Bernard Sarrans jeune, Lafayette et la révolution de 1830, histoire des choses et des hommes de juillet, Paris, Thoisnier Desplaces, 1832, 2 vol. in-8).
  2. Il n’y est pas juridiquement obligé par la Charte de 1814, selon laquelle le ministère ne procède que du roi, et non du parlement.
  3. Poursuivi, Bertin est condamné par le tribunal correctionnel mais acquitté en appel. Le jeune duc de Chartres se montre à son procès, ce qui lui est vivement reproché par Charles X lors d’une explication orageuse au palais des Tuileries.
  4. Il prétend que la Vierge Marie lui apparaît pour lui donner des conseils politiques.
  5. Montbel est un ultra qui a soutenu Villèle mais qui montrera son esprit de modération en refusant de suspendre les cours de François Guizot et de Victor Cousin.
  6. D'après les données sur les inondations de Champion Inondations en France et les séries d'Arago et Renou cités dans Histoire humaine et comparé du climat d'Emmanuel Le Roy Ladurie
  7. « Pairs de France, députés des départements, je ne doute pas de votre concours pour opérer le bien que je veux faire. Vous repousserez avec mépris les perfides insinuations que la malveillance cherche à propager. Si de coupables manœuvres suscitaient à mon gouvernement des obstacles que je ne peux prévoir ici, que je ne veux pas prévoir, je trouverais la force de les surmonter dans ma résolution de maintenir la paix publique, dans la juste confiance des Français et dans l’amour qu’ils ont toujours montré pour leur roi. » L’allusion à la « résolution de maintenir la paix publique » renvoie à l’article 14 de la Charte de 1814 selon lequel : « Le roi […] fait les règlements et ordonnances nécessaires pour l’exécution des lois et la sûreté de l’État. » (c’est nous qui soulignons) Charles X appuya de la voix et du geste les mots « je ne doute pas de votre concours » et « que je ne veux pas prévoir », ce qui fit rouler son chapeau au pied du trône, où se tenait le duc d’Orléans, qui ramassa le couvre-chef et le rendit au roi avec une profonde révérence. Ultérieurement, des témoins n’ont pas manqué de souligner le caractère prémonitoire de la scène.
  8. Trois de ces cinq députés – Royer-Collard, Perier, Sébastiani – sont des familiers du duc d’Orléans.
  9. La manœuvre est conforme à l’article 50 de la Charte selon lequel : « Le roi convoque chaque année les deux Chambres ; il les proroge, et peut dissoudre celle des députés des départements ; mais, dans ce cas, il doit en convoquer une nouvelle dans le délai de trois mois. » Mais c’est la première fois depuis 1814 que le roi use de cette prérogative.
  10. La phrase est parfois attribuée aussi au duc d’Angoulême.
  11. Louis-Philippe lui aurait répondu : « Qu’il y ait un volcan, c’est possible ; je le crois comme vous, et au moins la faute n’en est pas à moi ; je n’aurai pas à me reprocher de n’avoir pas cherché à ouvrir les yeux du roi. Mais que voulez-vous ? On n’écoute rien. Dieu sait où ceci peut nous conduire ! Le monde est changé de face depuis quarante ans ; vous ne vous rendez pas assez compte de la diffusion des Lumières, conséquence du partage des fortunes. Les classes moyennes ne sont pas toute la société ; mais elles en sont la force. Leur intérêt constant est le maintien de l’ordre, et elles ont assez de puissance pour combattre et réprimer les mauvaises passions… Tout ce que veut le pays, c’est l’établissement sincère du régime constitutionnel. » (cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 557).
  12. La teneur des propos du roi lors du conseil des ministres du 7 juillet est rapportée par Montbel et Guernon-Ranville.
  13. Qui fait chanter le Te Deum dans toutes les églises de France et se rend lui-même à Notre-Dame le 11 juillet.
  14. Polignac, qui exerçait l’intérim du ministère de la Guerre en l’absence de Bourmont, envoyé en Algérie, disposait de quelque 19 000 hommes à Paris et dans les environs, ce qui pouvait lui sembler suffisant pour réprimer une éventuelle résistance. Par ailleurs, le préfet de police, Claude Mangin, avait assuré que « quoi qu’on fît, Paris ne bougerait pas, et qu’il en répondait sur sa tête » (cité par José Cabanis, Op. cit., p. 425).
  15. Il y a bien six ordonnances du 25 juillet 1830, mais le coup de force constitutionnel est contenu dans les quatre premières ; c’est ce qui explique qu’on évoque fréquemment, par erreur, les « quatre ordonnances de Saint-Cloud ».
  16. Selon Bérard : « Il n’osa pas refuser son salon ; mais son embarras et sa répugnance furent visibles à tous les yeux. » (cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 565).
  17. De manière paradoxale, Marmont déteste Polignac. Il est de plus humilié de n’avoir pas été choisi pour commander le corps expéditionnaire en Algérie. S’il n’a pas démissionné, c’est uniquement parce qu’il a besoin d’argent pour rembourser les dettes de son entreprise sidérurgique de Châtillon-sur-Seine, dont l’un des principaux créanciers n’est autre que ...Casimir Perier !
  18. La préfecture de police a toutefois refusé de faire exécuter les mandats décernés contre les journalistes, et Marmont ceux visant les députés.
  19. Cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 571. Dans l’entourage de Louis-Philippe, certains lui conseillent en effet de se rendre auprès de Charles X pour lui prodiguer ses conseils, ce à quoi le duc d’Orléans objecte que le roi ne lui a rien demandé.
  20. Le bâtiment se situait au niveau de l’actuelle rue de Lille, entre l’Hôpital américain et Levallois-Perret.
  21. Selon Marmont, Casimir Perier serait venu en personne, par les Boulevards, parlementer avec les officiers et haranguer les soldats des deux régiments. Selon Bérard, c’est le général Gérard qui a envoyé le colonel Heymès – qui sera nommé aide de camp de Louis-Philippe après la révolution – amener le 53e à la cause de l’insurrection.
  22. Casimir Louis Victurnien de Rochechouart-Mortemart (1787-1875), prince de Tonnay-Charente, puis baron de Mortemart et de l’Empire, duc de Mortemart (1812 puis 1817, confirmation) et pair de France, présente l’avantage, tout en portant un grand nom de la noblesse d’Ancien régime, de s’être rallié à l’Empire (il a été officier d’ordonnance de Napoléon). Il vient de passer deux ans en Russie comme ambassadeur de France.
  23. Selon une autre version, cette phrase était ainsi rédigée : « Le duc d’Orléans ne se prononce pas ; il attend notre vœu ; proclamons ce vœu, et il acceptera la Charte telle que nous l’avons toujours voulue et entendue. »
  24. Le lendemain, La Fayette confirme à Odilon Barrot qu’il se rallie à une monarchie constitutionnelle car il redoute une république jacobine qui rééditerait les heures sombres de la Terreur. Selon Bernard Sarrans, ex-aide de camp de La Fayette et auteur d'un ouvrage hagiographique intitulé Lafayette et la révolution de 1830, histoire des choses et des hommes de juillet (1832), le général prend position en faveur du duc d'Orléans pour quatre raisons : 1/ comme démocrate, il lui est difficile de ne pas reconnaître la validité du choix de députés qui viennent d'être réélus ; 2/ plusieurs départements restent favorables à la monarchie et il ne veut pas prendre le risque d'isoler l'insurrection dans Paris ; 3/ la République aurait fait courir le risque d'une nouvelle guerre venue de l'extérieur ; 4/ La Fayette a toujours affirmé ne pas vouloir du pouvoir pour lui-même.
  25. Dans la nuit du 29, d’Argout et Vitrolles sont arrivés à Saint-Cloud à deux heures et demie du matin. Il a fallu réveiller Charles X, le convaincre de signer les ordonnances rapportant celles du 25 juillet, nommant le nouveau cabinet et reconstituant la Garde nationale de Paris.
  26. En traversant Aubervilliers, un villageois l’interpelle : « Dites donc, vous autres, est-ce que vous allez chercher Napoléon II ? » Et Louis-Philippe, pressant le pas, lance : « J’ai toujours beaucoup aimé la cocarde tricolore… » À la sortie du village, il est reconnu par des paysans qui crient : « Vive le duc d’Orléans ! »
  27. C’est ce qu’elle a dit, dans la matinée, au capitaine Gérard, envoyé vers dix heures par son oncle, le général, pour annoncer que les députés étaient prêts à proclamer Louis-Philippe (Guy Antonetti, Op. cit., p. 580).
  28. À l’emplacement où, aujourd’hui, la rue Chauveau rejoint la Seine.
  29. En 1831, Mademoiselle fera élever à cet emplacement un monument composé d’une grande fontaine en bronze et marbre blanc de 6 à 7 mètres de haut, portant enchâssé en son centre un boulet de canon encadré de deux inscriptions. À gauche on lit : « Le jeudi 29 juillet 1830, le boulet motif principal de ce bas-relief a été lancé dans le parc du château de Neuilly par les troupes de la Garde royale qui, repoussées de Paris, se retiraient sur le bois de Boulogne. » À droite : « Le vendredi 30 juillet de l’an 1830, c’est dans ce lieu que Louis-Philippe d’Orléans rencontra les premiers envoyés du peuple français qui vinrent lui proposer d’accepter la lieutenance générale du royaume. »
  30. Il défendra toujours cette thèse. Cherchant à faire reconnaître la monarchie de Juillet par la cour de Saint-James, il écrira ainsi au prince Léopold de Saxe-Cobourg le  : « Non, cette formidable canonnade que nous avons entendue à Neuilly pendant trois jours sur tous les ponts de Paris ne sortira jamais de mes oreilles. Mais ce que je désire que vous sachiez et que vous disiez [à la cour d’Angleterre], c’est que, pendant ces énormes scènes, le roi Charles X était à Saint-Cloud et moi à Neuilly, il ne m’a envoyé aucun message quelconque, et, en termes vulgaires, il ne m’a pas donné signe de vie. C’est au bout de ces quatre jours de silence de sa part que j’ai reçu l’appel des députés réunis spontanément et que, voyant qu’il n’y avait qu’une anarchie républicaine à attendre si je n’arrivais pas, j’ai pris mon parti et je me suis dévoué. » (cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 617)
  31. Le Moniteur du 2 août a publié la formule : « Une Charte sera désormais une vérité. » avant de publier, le 3 août, un rectificatif donnant la version « La Charte ». Louis-Philippe et Guizot ont toujours soutenu que cette seconde version était la bonne, tandis que d’autres, comme Bérard, ont affirmé le contraire. Derrière cette querelle se dessine un débat entre ceux qui considéraient que la révolution serait soldée par un simple changement de dynastie, et ceux qui estimaient nécessaire une révision constitutionnelle de plus ou moins grande ampleur. C’est ce dernier parti qui sera retenu (V. Charte de 1830).
  32. Approché par Rémusat le 30 juillet, La Fayette a ensuite conféré avec Odilon Barrot, qui lui a recommandé de soutenir le duc d’Orléans. Ce dernier lui a envoyé en émissaires les généraux Gérard et Dumas. Enfin, le 31 juillet au matin, le ministre des États-Unis à Paris, William Cabell Rives, l’a assuré que son ralliement au duc d’Orléans serait vu d’un bon œil par la république américaine.
  33. La Fayette a en effet reçu une balle dans la cuisse à la bataille de Brandywine le .
  34. Il s’est autoproclamé « général en chef » de l’insurrection populaire et parade affublé d’un uniforme de fantaisie, prêté par les magasins de l’Opéra-Comique qui l’employaient dans l’opéra de Boieldieu Aline, reine de Golconde.

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Auguste Lorieux, Histoire du règne et de la chute de Charles X, 1834, p.141.
  2. Jean-Claude Caron, La France de 1815 à 1848, Cursus Armand Collin, 2013,lire en ligne sur google livres
  3. Journal des débats, . Le rédacteur de l'article était un jeune journaliste, Saint-Marc Girardin, futur ministre de l'Instruction publique en 1848.
  4. Cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 553.
  5. Ibidem. Thiers reprend cette idée dans le manifeste du (V. infra).
  6. Cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 557.
  7. Cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 563.
  8. Colling 1949, p. 211
  9. David H. Pinkney, The French Revolution of 1830, 1972 ; trad. française : La Révolution de 1830 en France, Paris, Presses universitaires de France, 1988 – (ISBN 2-13-040275-5)
  10. Jean Tulard, Les Révolutions de 1789 à 1851 (tome IV de l’Histoire de France sous la direction de Jean Favier), Paris, Fayard, 1985 – (ISBN 2-213-01574-0).
  11. Cité par Georges Lacour-Gayet, Talleyrand, 1928-1931, rééd. Paris Payot, 1990, p. 1070.
  12. Cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 570.
  13. Cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 571.
  14. Rentré à Paris la veille.
  15. Cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 578.
  16. Cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 581.
  17. ibidem
  18. Alfred-Auguste Cuvillier-Fleury, Journal intime, Paris, Plon, tome I, p. 220.
  19. Cuvillier-Fleury, I, 216
  20. Cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 582.
  21. Parmi lesquels : Louis Bérard, Benjamin Delessert, Mathieu Dumas, Charles Dupin, Augustin Perier, Horace Sébastiani.
  22. Cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 584.
  23. Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, XXXIII, 15 ; Paris, éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1951, tome II, p. 437.
  24. Cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 593.
  25. Emmanuel Fureix, La France des larmes, Champ Vallon, 2009, p. 295
  26. Emmanuel Fureix, La France des larmes, Champ Vallon, 2009, pp. 300-301
  27. 500 orphelins, 500 veuves, 3 850 blessés.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Compléments[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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