Claude Chappe

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Claude Chappe
Description de l'image AduC 175 Chappe (Claude, 1765-1828).JPG.
Naissance
Brûlon (France)
Décès
Paris (France)
Champs ingénieur
Diplôme Collège Royal de la Flèche
Renommé pour télégraphe Chappe

Claude Chappe (né le à Brûlon[1] — mort le matin du à Paris, inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 29), fut un inventeur qui démontra la communication pratique par sémaphore. Il fut le premier entrepreneur des télécommunications dans l'histoire de l'humanité. Il est le neveu du scientifique Jean Chappe d'Auteroche.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Le père de Claude Chappe, contrôleur général du domaine du roi au département de Laval, avait épousé Marie Devernay, d'une vieille famille de bourgeoisie (médecins et chirurgiens) lavalloise. Son frère[2] René était receveur de l'enregistrement à Lassay, en 1793.

Né le jour de Noël 1763[3], Claude est le second des sept enfants d'Ignace Chappe et de Marie Renée Devernay. Sa sœur jumelle Marie-Marthe est née le lendemain.

Ses quatre frères Ignace (1760 - 1829), l'aîné, Pierre François (1765 - 1834), René (1769 - 1854) et Abraham (1773 - 1849) vont chacun jouer un rôle dans le domaine du télégraphe.

Jean Chappe d'Auteroche (1728 - 1769), oncle de Claude Chappe, était originaire de Mauriac, en Haute-Auvergne. Il fut nommé abbé commendataire à la fin de ses études au Collège Royal de la Flèche[4], mais il perdit sa sinécure pendant la Révolution française. À l'âge de vingt ans, il avait fait insérer dans le Journal de Physique un grand nombre de mémoires intéressants, qui lui donnèrent des titres pour être admis à la Société philomathique de Paris, où il fut reçu à la fin de l'année 1792.

Débuts[modifier | modifier le code]

Il débute ses études au collège de Joyeuse, à Rouen, puis à l'école Royale de la Flèche. Claude Chappe devient prêtre et est pourvu tout jeune de deux bénéfices en commende assez lucratifs[5].

Il peut donc s'adonner à la mécanique et à la physique. Venu à Paris, il monte un cabinet scientifique et effectue une série de recherches sur l'électricité et le pouvoir des pointes. Il est l'auteur de l'expérience de reproduction du phénomène de la foudre[6]. En 1789, il met au point un système d'électromètre.

En 1789, il perd ses bénéfices. Il retourne dans son pays natal et y retrouve ses frères Ignace, Pierre-François, René et Abraham.

Le système de Chappe[modifier | modifier le code]

Télégraphe de Chappe
Copie d'une tour Chappe « Milan » de 1809

Lui et ses quatre frères chômeurs et politiciens décidèrent de développer un système pratique de stations de relais sémaphore. Son frère Ignace Chappe (1760-1830) comme membre de l’assemblée législative l’aida à faire adopter une ligne entre Paris et Lille de quinze stations pour environ deux cents kilomètres pour transmettre les informations de la guerre.

Les frères Chappe déterminèrent par expérimentation que les angles d’une perche étaient plus faciles à voir que la présence ou l’absence de panneaux. Leur construction définitive était deux bras connectés par une traverse. Chaque bras avait sept positions et la traverse quatre soit un code total de 196 positions. Les bras avaient de un à quatre mètres de long, noirs, avec des contrepoids déplacés par deux poignées. Des lampes montées sur les bras ne furent pas d’une utilisation nocturne satisfaisante. Les tours de relais étaient placées de 12 à 25 km entre eux. Chaque tour avait deux télescopes pointant de chaque côté de la ligne.

Le désir de communiquer avec des amis qui habitaient à quelques lieues de lui fit concevoir au jeune physicien, en 1791, le projet de leur parler par signaux. Ces tentatives réussirent au point qu'il s'aperçut que ce qu'il avait cru n'être qu'un jeu pouvait devenir une découverte importante. Il fit alors beaucoup de recherches pour trouver le moyen d'exécuter son procédé en grand.

Claude Chappe réalisa sa première expérience publique de communication à distance entre Parcé-sur-Sarthe et Brûlon le 2 mars 1791[7]. L'expérience consista à placer deux cadrans mobiles dotés d'aiguilles et de chiffres, appelés tachygraphe, installés respectivement dans son village natal de Brûlon, distant de 14 km, et le village de Parcé. L'expérience, qui consistait à envoyer un message dans chaque sens, fut réussie et authentifiée par un compte rendu officiel. Claude Chappe put, avec ces preuves de fonctionnement, se rendre à Paris pour promouvoir son invention.

En 1791, les premiers messages furent envoyés avec succès entre Paris et Lille. Quand il eut atteint le but qu'il s'était proposé, il offrit à l'assemblée législative, en 1792, l'hommage de sa découverte ; il lui présenta une machine à signaux, nommée par lui télégraphe, de deux mots grecs tele, loin, et graphein, écrire. L'établissement de la première ligne télégraphique ne fut ordonné qu'en 1793. La Convention adopte son invention et le nomme Ingénieur Thélégraphe aux appointements de lieutenant de génie..

Article détaillé : Télégraphe Chappe.

Condé[modifier | modifier le code]

Le 1er septembre 1794, la ligne de sémaphore informa les Parisiens de la victoire de Condé-sur-l'Escaut sur les Autrichiens moins d’une heure après l'événement.
La Convention reçut cette nouvelle au commencement d'une de ses séances, rendit un décret qui déclarait que Condé s'appellerait Nord-Libre, et le télégraphe annonça, pendant cette même séance, que le décret était déjà parvenu à sa destination, et que déjà il circulait dans l'armée.
Ce résultat fit alors une grande sensation ; on comprit combien l'invention du télégraphe pouvait être utile ; mais plus cette découverte paraissait importante, moins on concevait qu'elle n'eût pas été faite plus tôt.
Le système fut largement copié dans les autres pays européens, et était utilisé par Napoléon pour coordonner son empire et ses armées.

Couverture d'un almanach alsacien de 1837. On voit à l'arrière-plan la cathédrale de Strasbourg avec le télégraphe Chappe[8].

Des systèmes de télégraphie[modifier | modifier le code]

En effet, dans tous les temps, on s'était servi de signaux pour communiquer des phrases convenues. Les marins employaient ce moyen depuis des temps immémoriaux, et un prince anglais avait acquis quelque célébrité pour avoir perfectionné les signaux marins. Énée le tacticien fait mention de quelques expériences dont l'objet était de signaler les lettres de l'alphabet à plusieurs stations ; et, vers la fin du XVIIe siècle, Guillaume Amontons avait fait un essai de ce genre ; mais le premier système ne pouvait servir que pour un petit nombre de faits, prévus longtemps avant qu'on veuille les signaler. Une nuit suffisait à peine pour transmettre deux ou trois mots d'après la méthode d'Énée le tacticien[9]. Quant à Amontons, qui est placé parmi les inventeurs de l'art télégraphique, il n'a laissé aucune trace de la machine qu'il avait imaginée. Le problème était donc encore à résoudre, ou plutôt n'était qu'un projet sans exécution ; il consistait à trouver le moyen de transmettre, à quelque distance que ce fût, avec rapidité, dans tous les lieux et par tous les temps, toutes espèces d'idées.

Moyens télégraphiques[modifier | modifier le code]

Pour parvenir à ce but, Chappe n'imita aucune des machines dont on s'était servi jusqu'alors ; il en imagina une dont les formes sont extrêmement visibles, les mouvements simples et faciles, qui peut être transportée et placée partout, qui résiste aux plus grandes tempêtes, et qui, malgré sa grande simplicité, donne assez de signaux primitifs pour faire de ces signes une application exacte aux idées, application telle, qu'elle n'exige ordinairement qu'un signe par idée, et jamais plus de deux, ce qui est très remarquable (dit le rapport décennal fait par la classe des sciences physiques), comme ayant ce donné naissance à une langue nouvelle, simple et exacte, qui rend l'expression d'un mot et d'une phrase par un seul signe.

Épilogue[modifier | modifier le code]

Il quitte son appartement[10] parisien en décembre 1794 pour s'installer à l'Hôtel de Villeroy. Il est devenu hypocondriaque. Il est atteint d'un cancer dans l'oreille.

Le 23 janvier 1805, il se suicide en se jetant dans un puits dans le jardin de son hôtel. Il existe de nombreuses versions de sa mort, qui sont à prendre avec réserve : Il était atteint d'une maladie incurable et douloureuse ; il aurait été victime d'une dépression causée par la maladie et des déclarations de ses rivaux selon lesquels il avait plagié des systèmes de sémaphores militaires[11]. Une autre version est proposée par Etienne-Gaspard Robert dans ses Mémoires (p. 200), "un puits, que les fumées du vin l'avaient empêché d'apercevoir".

En 1824, Ignace essaya d’augmenter l’intérêt de l'invention de Claude en utilisant la ligne de sémaphore pour des messages commerciaux, comme les prix des matières premières, mais cela déplut à la communauté d’affaires. La même année, son frère, Jean Chappe, a publié une Histoire de la Télégraphie.

En 1846, le gouvernement français fit mettre en place un système de lignes de télégraphes électriques. Plusieurs contemporains avertirent de la facilité de sabotage et d’interruption de service car un fil était facile à couper.

Le système figure de manière éminente dans le roman d’Alexandre Dumas Le comte de Monte-Cristo où le comte soudoie un opérateur sous-payé pour transmettre un faux message.

Tombe de Claude Chappe (cimetière du Père Lachaise, division 29)

Source partielle[modifier | modifier le code]

« Claude Chappe », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition,‎ 1843-1865 [détail de l’édition]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Claude Chappe a publié dans le Journal de physique (1789-92) et dans les Annales de chimie (1789) des articles sur l'électricité et la décomposition de l'eau. On lui doit aussi les Lettres sur le nouveau télégraphe (de Bréguet et Bétancourt), Paris, 1798, in-8.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Brûlon appartient au Comté de Laval, puis à la création des départements à la Sarthe
  2. Mais l'abbé Angot n'est pas formel sur cette parenté.
  3. Aujourd'huy, vingt six du mois de décembre mil sept cent soixante trois, ont été baptisé par nous, curé soussigné, assisté de maître Pierre Lefebvre, prêtre souscité, Claude et Marie Marthe, jumeaux, nés, le premier d'hyer et l'autre de ce jour, du légitime mariage de maître Ignace Chappe, avocat en parlement, seigneur d'Auteroche et contôleur général du domaine du roy au département de Laval, demeurant en la ville de Laval et du présent à Brûlon, et de Demoiselle Marie Renée Devernay, son épouse. Ont été parrain de Claude, Claude Nouet, écuyer et ancien officier de la maison du roy, demeurant à Vallon, faisant pour luy, Jacques Roquet, demeurant en la paroisse de Brûlon, canton du même, marraine, dame Madeleine Delafarge, veuve de maître Jean Chappe, aussi avocat en parlement et seigneur d'Auteroche, demeurant en la ville de Mauriac, dans la Haute Auvergne, et faisant pour elle, Marie Plu, épouse du dit Rouquet ; et de Marie, messire Jean François Lefebvre, héros d'armes de France, du titre de Stonge, demeurant paroisse de Ceville, et ce, en présence du père ci-dessus nommé, lesquels ont signé avec nous, fort les dits Roquet et femme, qui ont déclaré ne le savoir de ce enquis.
  4. Aujourd’hui le Prytanée
  5. Sans doute de son oncle Chappe d'Auteroche.
  6. Des bulles de savon électrisées et remplies d'hydrogène, reproduisant par leur détonation au contact de l'air la foudre.
  7. Aujoud'hui 2 mars 1791, sur les onze heures du matin, nous soussignés officiers municipaux de Parcé, district de Sablé, département de la Sarthe, accompagnés de MM. François Delauney de Fresney, Julien Delauney de La Motte, Léon Delauney, Prosper Delauney, René Taillay, Jean-André Tellot, notaire royal et électeur du département de la Mayenne, tous demeurant à Laval ; Etienne Eutrope Brossard, notaire royal à Avoise ; Jean-Baptiste-Joseph Gillier de la Cheverollais, curé de Saint-Pierre de Parcé. Sur l'invitation qui nous a été faite par M. Claude Chappe, nous nous sommes transportés à la maison de M. Ambroise Perrotin, située audit bourg de Parcé, à l’effet de constater le résultat d’une découverte ayant pour objet de se communiquer et se correspondre dans l’espace de temps le plus rapproché. D’abord nous sommes montés avec ledit sieur Claude Chappe dans une des chambres de ladite maison, où nous avons trouvé un pendule et un télescope dirigé du côté de Brulon, distant de Parcé de quatre lieues. De suite ledit sieur Claude Chappe fixant Brulon avec son télescope, nous a annoncé que, bien encore que le temps fût pluvieux, son correspondant à Brulon alloit néanmoins commencer à procéder à la transmission de ce qui alloit lui être dicté par MM. les officiers municipaux dudit lieu ; et continuant d’avoir l’œil attaché au télescope, il a successivement, et dans l’espace de quatre minutes, dicté au sieur Pierre François Chappe, son frère, plusieurs caractères, à nous inconnus. Version faite desdits caractères, il en est résulte la phrase suivante : Si vous réussissez vous serez bientôt couvert de gloire. Fait et arrêté à Parcé, en la maison dudit sieur Perrotin, avant l'heure de midi, dits jour et an. Suivent les signatures : Leblaye, officier municipal ; Pottier, procureur de la commune ; François Delauney de Fresney ; J. Delauney de La Motte ; Delauney, consul à Oran ; Prosper Delauney ; Foureille, officier municipal ; Taillay ; Tellot ; Brossard ; Gillier, curé ; François Chappe ; Claude Chappe, abbé.
  8. Le 12 juillet 1793, on installe le télégraphe optique à bras conçu par Claude Chappe sur la plate-forme de la toiture de la cathédrale. Il sera enlevé en 1852
  9. Homère, Eschyle, Pausanias, Jules Africain, etc., parlent de signaux de torches et autres semblables. Porta, Kircher, Robert Hooke, Schott, Guyot, Bergsträsser, Achard de Berlin, etc., se sont occupés de ce problème, dont on peut voir l'histoire dans l'Essai sur la Télégraphie, par Bockmann, Karlsruhe, 1794, in-8° (en allemand), et dans celui d'Edelcrantz, traduit du suédois en français, Paris, 1801, in-8°, fig.
  10. Il habitait au 23 quai d'Orsay.
  11. Il avait publié, au sujet des essais de MM. Bréguet et Béthancourt, qui lui contestaient injustement la priorité de son invention, une Lettre sur le nouveau télégraphe, Paris, 1798, in-8°.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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