Ordre de Cluny

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Ordre de Cluny
Image illustrative de l'article Ordre de Cluny
Ordre religieux
Institut Ordre monastique
Spiritualité Office divin, prière, charité
Règle Règle de saint Benoît
Structure et histoire
Fondation 909 ou 910
Cluny
Fondateur Guillaume Ier d'Aquitaine, duc d'Aquitaine, comte d'Auvergne et de Mâcon
Fin 1790
Patron Saint-Pierre et Saint-Paul
Liste des ordres religieux

L'ordre de Cluny (ou ordre clunisien) fut un ordre monastique de Église catholique créé au Xe siècle et supprimé à la fin du XVIIIe siècle. Cet ordre suivait la règle de Saint-Benoît.

Au début du Xe siècle, naquit au sein de l'Église catholique la volonté de réformer l'ordre monastique. Cette restauration s'appuya sur la Règle de saint Benoît qui régit dans ses moindres détails la vie monastique. Cette Règle initiée par saint Benoît de Nursie au VIe siècle connut un important développement, notamment grâce à l'action de Benoît d'Aniane trois siècles plus tard. Mais elle était limitée dans son application par les traditions qui s'étaient établies dans les abbayes, et par la méconnaissance de la Règle. L'Abbaye de Cluny s'imposa alors, avec le soutien de la papauté, de la noblesse et du Saint Empire romain germanique, en groupant sous sa direction un nombre croissant de prieurés ou d'abbayes devenant ainsi le centre du plus important ordre monastique du Moyen Âge, rayonnant sur une partie l'Europe de l'ouest.

L'Abbaye de Cluny au Xe siècle[modifier | modifier le code]

La fondation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Abbaye de Cluny.

L’ordre de Cluny est un très grand ordre bénédictin. Il a été créé par Guillaume Ier, duc d'Aquitaine et comte de Mâcon, par un acte rédigé à Bourges le (ou 910) donnant le domaine de Cluny « aux apôtres Pierre et Paul », à savoir l'Église romaine, pour y fonder un monastère de douze moines. Le monastère était situé dans le Mâconnais. La protection pontificale lui assura une indépendance vis-à-vis du pouvoir local, laïc ou épiscopal[1], en la dotant tout au long du Xe siècle de privilèges.

« Il est clair pour tous ceux qui ont un jugement sain que, si la Providence de Dieu a voulu qu'il y ait des hommes riches, c'est afin qu'en faisant un bon usage des biens qu'ils possèdent de façon transitoire ils méritent des récompenses qui dureront toujours. L'enseignement divin montre, en effet, que c'est possible. Il nous y exhorte formellement lorsqu'il dit : "La richesse d'un homme est la rançon de son âme."
Aussi moi, Guillaume, comte et duc par le don de Dieu, j'ai médité attentivement sur ces choses et, désireux de pourvoir à mon salut pendant qu'il en est temps, j'ai pensé qu'il était sage, voire nécessaire, de mettre au profit de mon âme une petite partie des biens temporels qui m'ont été accordés…
Sachent donc tous ceux qui vivent dans l'unité de la foi et dans l'espérance de la miséricorde du Christ que, pour l'amour de Dieu et de notre sauveur Jésus-Christ, je cède aux apôtres Pierre et Paul la propriété du domaine de Cluny avec tout ce qui en dépend. Ces biens sont situés dans le comté de Mâcon. »

La donation à la Papauté visait avant tout à assurer au monastère la protection et la garantie du Saint-Siège, respecté à l'époque, même avec des pouvoirs réduits. Guillaume le Pieux voulut ainsi éviter que s'exerçât sur le monastère un quelconque dominium laïc.

« Nous avons voulu insérer dans cet acte une clause en vertu de laquelle les moines ici réunis ne seront soumis au joug d'aucune puissance terrestre, pas même la nôtre, ni à celle de nos parents, ni à celle de la majesté royale. Nul prince séculier, aucun comte, aucun évêque, pas même le pontife du siège romain ne pourra s'emparer des biens desdits serviteurs de Dieu, ni en soustraire une partie, ni les diminuer, ni les échanger, ni les donner en bénéfice.
Je vous supplie donc, ô saints apôtres et glorieux princes de la terre, Pierre et Paul, et vous, pontife des pontifes, qui trônez sur le siège apostolique, d'exclure de la communion de la sainte Église de Dieu et de la vie éternelle, en vertu de l'autorité canonique et apostolique que vous avez reçue, les voleurs, les envahisseurs et les morceleurs de ces biens que je vous donne joyeusement et spontanément. Soyez les tuteurs et les défenseurs de ce lieu de Cluny et des serviteurs de Dieu qui y demeurent. »[2]

Dans la Charte de fondation de l'abbaye, il fut donc décidé de la libre élection de l'abbé par les moines, un point important de la règle bénédictine[Note 1].

« Je donne tout cela pour qu'à Cluny on construise un monastère régulier en l'honneur des saints apôtres Pierre et Paul et que là soient réunis des moines vivant sous la règle du bienheureux Benoît. Ils posséderont, détiendront, auront et administreront ces biens à perpétuité afin que désormais ce lieu devienne un asile vénérable de la prière.
Lesdits moines seront sous le pouvoir et la domination de l'abbé Bernon […] et, après son décès, ils auront le pouvoir et l'autorisation d'élire pour abbé un religieux quelconque de leur ordre conformément à la volonté de Dieu et à la règle de saint Benoît. »
Basilique Saint-Urbain de Troyes, statue d'Odilon de Cluny

La Charte condamnait violemment ceux qui la transgresseraient :

« Si, ce qu'à Dieu ne plaise, quelqu'un veut tenter d'ébranler cet acte, il encourra tout d'abord la colère de Dieu tout-puissant qui lui retranchera sa part de la terre des vivants et effacera son nom du livre de la vie. Il partagera le sort de ceux qui ont dit au Seigneur Dieu : "Retire-toi de moi", et celui de Dathan et Abiron que la terre, ouvrant sa gueule, a engloutis et que l'enfer à absorbés vifs. Il deviendra aussi le compagnon de Judas, traître à Dieu, qui a été relégué pour devenir la proie des supplices éternels. Et pour qu'au regard des hommes il ne paraisse pas jouir de l'impunité dans le monde présent, mais qu'il éprouve déjà dans son corps les tourments de la damnation, il subira le sort d'Héliodore et d'Antiochus : le premier, flagellé de coups violents, n'en réchappa qu'avec peine alors qu'il était presque déjà demi-mort ; le second, frappé par un ordre d'en haut, périt misérablement, ses membres déjà putréfiés étant rongés par les vers. »

Le cas de Cluny n'était pas isolé. Dans cette période, de nombreux domaines furent légués à la papauté, comme Vézelay. Le prestige des pontifes du IXe siècle était grand. La réforme, qu'ils appuyaient, s'inscrivait alors avec le monastère de Saint-Martin d'Autun et Fleury-sur-Loire. En 914, le monastère de Brogne fut fondé, et devint un centre influent avec son fondateur, Gérard. À Toul, Verdun, Metz, on désirait se couper du monde.

Guillaume le Pieux choisit l'abbé Bernon, abbé de Baume et de Gigny dans le Jura, issu de la famille des comtes de Bourgogne et homme important de la réforme. Il y établit l'observance de la règle de Benoît de Nursie réformée par Benoît d'Aniane, tout en gardant la direction de ses précédents monastères. Il mourut en 926, alors que dès 921 lui était confié le prieuré de Souvigny.

La première expansion de Cluny[modifier | modifier le code]

En 926, quelques mois avant sa mort Bernon désigna Odon pour lui succéder[3]. C'était un compagnon de voyage de Bernon, proche des conceptions de son prédécesseur. Il voyagea de monastère en monastère pour asseoir la Réforme. Il obtint le droit de réformer d'autres abbayes en 931, droit accordé par le pape Jean XI. Certains renoncèrent à élire leur abbé, et adoptèrent le modèle clunisien, mais le fait était encore rare. L'influence de Cluny se développa, mais il n'y avait pas d'organisation à proprement parler. Le monastère obtint le droit de battre monnaie, des écoles furent ouvertes, ainsi que la bibliothèque. À la mort d'Odon, en 942, le rayonnement de Cluny s'était considérablement étendu.

Abbatiat de Mayeul de Cluny (854-994)[modifier | modifier le code]

Mayeul de Cluny, peinture anonyme du XVIIIe siècle

Aimar lui succèda, et poursuivit son œuvre. Mais il devint aveugle en 948, et nomma en conséquence un coadjuteur, Mayeul, qui finit par diriger Cluny de 954 jusqu'en 994. Il organisa la réforme, avec une grande piété, et de grandeur. Issu d'une grande et riche famille de seigneurs de Valensole, Mayeul se servit de sa grande expérience de la gestion. Il voulut conforter la puissance de Cluny. La règle dite « clunisienne » fut adoptée par d'autres monastères, qui formèrent autour de Cluny un véritable « empire monastique » de prieurés autonomes mais soumis au gouvernement commun de l'abbé de Cluny. L'affaiblissement de la réforme en Allemagne et en Lorraine conforta la place de Cluny dans le monachisme. L'ordre s'appuya sur la haute aristocratie, l'empereur, le roi de Bourgogne, les comtes et les évêques. On fonda de nouveaux monastères clunisiens, on en convertit d'autres en rétablissant la discipline. L'ordre de Cluny était alors présent dans le Jura, le Dauphiné, la Provence, la vallée du Rhône, le Sud de la Bourgogne, le Bourbonnais. Il réunissait une trentaine d'établissements très dynamiques.

On a surnommé Mayeul « l'arbitre des rois » pour ses relations avec l'aristocratie. Son prestige étai grand, et il refusa la fonction papale en 973. Il fut notamment l'ami du futur roi de France Hugues Capet et eut de très forts liens avec le Saint-Empire romain germanique, ce qui permit l'expansion de Cluny vers l'est. Ses funérailles furent prises en charge par Hugues Capet, il fut béatifié peu après, puis canonisé.

Un ordre puissant (XIe siècle)[modifier | modifier le code]

Après l'importante expansion du Xe siècle, l'Ordre affirma sa puissance entre le XIe siècle et la première moitié du XIIe siècle. Il gagna en organisation, grâce à la rédaction de coutumes (consuetudines), règlements précis qui adaptaient la règle de saint Benoît aux circonstances.

L'ordre de Cluny rassembla des monastères, le plus souvent des prieurés totalement soumis à l'abbaye-mère et quelques abbayes d'obédience. La plupart des abbaye qui rejoignirent l'ordre de Cluny perdirent leur statut d'abbaye pour devenir de simples prieurés. Ces monastères ne formèrent véritablement une organisation qu'à la fin du XIIe siècle. C'est au XIIIe siècle, sous l'abbatiat d'Hugues V, que l'ordre acquit une véritable organisation structurée. On considère généralement que l'ordre de Cluny compta plus de 1 000 établissements grands ou petits, dans la seconde moitié du XIIe siècle[4].

Abbatiat d'Odilon de Mercœur (994-1048)[modifier | modifier le code]

Reconstitution de l'abbatiale Cluny III

En 994, Odilon de Mercœur devint abbé de Cluny, et le dirigea pendant 55 ans. Fils des seigneurs de Mercœur, il fut en relation avec les personnages les plus illustres de son temps. Il obtint en 998 du pape Grégoire V l'indépendance par rapport à l'évêché de Mâcon, droit étendu à toutes les abbayes clunisienne en 1024 par le pape Jean XIX. Ces concessions papales donnèrent naissance à l'ecclesia cluniacensis (église clunisienne). Il saisit les opportunités qui s'offraient à l'ordre, dans une époque troublée par l'effondrement des structures carolingiennes et la naissance de la société féodale[5]. Il ne comptait plus sur la protection de la haute aristocratie, et s'entendit avec les seigneurs, la force montante de l'an mil. Il voulut calmer les violences d'alors, appuyant la trêve de Dieu et la paix de Dieu. Il aida la chevalerie, proposa à tous les services spirituels de ses moines, qui favorisèrent les lignages. Il développa la vocation (parfois forcée) des cadets de grandes familles. La politique de Cluny en faveur de l'association et la création de grands établissements diminua et de petits couvents se développèrent. Ceux-ci furent strictement contrôlés par Odilon, directement ou par l'intermédiaire des grandes abbayes. À la mort d'Odilon, on comptait 70 couvents, et Cluny s'associa avec de puissantes abbayes, qui gardaient parfois une grande autonomie.

Abbatiat d'Hugues de Semur (1049-1109)[modifier | modifier le code]

En 1049, Hugues de Semur devint abbé. Il poursuivit la montée en puissance de Cluny dans la lignée d'Odilon. C'était un Bourguignon, issu de Semur-en-Brionnais. Il possèdait une grande éloquence, et un sens politique à l'image de son prédécesseur. Il termina l'intégration de Cluny au Féodalisme qui venait de naître. Beaucoup de petits couvents furent encore créés. Le principe hiérarchique s'assouplit quelque peu vers 1075, quand Cluny accepta dans l'ordre de véritables abbayes, afin de faire sa part à l'ancien système du monachisme bénédictin et de ne pas devoir renoncer à intégrer nombre d'établissements prêts, comme Vézelay, à passer dans l'ordre de Cluny pour bénéficier de l'exemption pontificale mais désireux de ne pas tomber au rang d'un simple prieuré. Durant son abbatiat, de grandes abbayes furent incorporées : Moissac (Tarn-et-Garonne), Lézat (Ariège), Figeac (Quercy) et Saint-Martin-des-Champs à Paris (1079). L’ordre étendit à l’Espagne, à l’Italie et à l’Angleterre, fort de 10 000 moines.

L'ordre, via l’abbé Hugues joua un rôle de première importance dans la Querelle des Investitures qui opposa la papauté à l’Empereur germanique.

La crise et la restauration (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

plan de l'abbaye de Cluny avec Cluny III

Le pouvoir de l'abbé contesté[modifier | modifier le code]

En 1109, après l'abbatiat d'Hugues II, qui ne dure que quelques semaines, Pons de Melgueil est élu abbé (1119-1122). C'est un méridional, habile en négociation, mais intransigeant. Il joue un rôle très actif dans la fin de la Querelle des Investitures, et poursuit la politique de grandeur de l'Ordre. À ce sujet, il entame la construction de Cluny III, une abbatiale gigantesque qui engloutit tous les dons, y compris celui important venant de Castille. Ce sont sans doute les premières difficultés financières de l'Ordre qui engendrent une contestation de l'abbé, aux raisons encore mal connues. Des critiques se font entendre sur un attiédissement de la ferveur, alors que surgit un nouveau monachisme bénédictin, celui de Cîteaux, fondé en 1098. Pons demande à s'entretenir avec le pape Calixte II, et démissionne à l'issue de cette entrevue dont on ignore le contenu.

Abbatiat de Pierre le Vénérable (1122-1156)[modifier | modifier le code]

Pierre de Montboissier, plus connu sous le nom de Pierre le Vénérable le remplace en 1122. C'est un homme cultivé, et très habile. Il doit faire face au retour inattendu de Pons en 1126, après un pèlerinage en Terre sainte. Celui-ci reprend le pouvoir à Cluny en usant de son influence et de la force armée. Il est finalement excommunié et Pierre le Vénérable reprend en main le monastère. Il rétablit la paix, et restaure la discipline, après le relâchement observé. Les finances sont dans un état lamentable après les violences: des mercenaires ont été engagés grâce à l'or du Trésor. Pierre tente d'imposer une saine gestion domaniale, avec l'aide d'Henri de Blois, évêque de Winchester, qui apporte sa connaissance et sa richesse d'Angleterre. Les traditions sont restaurées. Mais l'ordre de Cluny semble s'enfoncer dans un lent déclin après la mort de Pierre le Vénérable en 1156.

Influence de Cluny sur l'Occident (Xe - XIIIe siècles)[modifier | modifier le code]

Un réseau monastique au service de la réforme grégorienne[modifier | modifier le code]

Le pape Urbain II consacre l'abbatiale de Cluny

Au XIIe siècle, ce qu'on appelle l'ordre de Cluny qui n'était pas à proprement parler un ordre monastique mais une association de monastères dirigés par un seul et même abbé, comptait près de mille prieurés, dont les « cinq filles » de Cluny : le prieuré Notre-Dame de La Charité-sur-Loire, le prieuré Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Souvigny, le prieuré de Sauxillanges, le prieuré de Saint-Martin-des-Champs à Paris, le prieuré de Lewes (Lewes Priory (en)), en Angleterre. Si la plupart des monastères devinrent de simples prieurés en s'intégrant dans l'ordre, un petit nombre y entrèrent en conservant leur rang d'abbaye, mais en acceptant la discipline commune et l'autorité supérieure de l'abbé de Cluny comme l'abbaye de Moissac par exemple.

Les différents monastères répartis sur une large partie de l'Europe de l'ouest étaient regroupés en dix provinces : Cluny, France (Bassin parisien), Auvergne, Gascogne, Poitou, Provence, Lombardie, Allemagne, Angleterre et Espagne. A son apogée, on estime que le nombre des moines clunisiens devait être de 9 à 12 000.

Directement soumis au Saint-Siège, Cluny était au XIe siècle l'instrument efficace du succès des institutions de paix et de réforme grégorienne. Plusieurs papes et légats pontificaux étaient issus de Cluny (dont Grégoire VII). Le réseau clunisien diffusait les principes de la réforme contre les vices dont souffrait l'Église prise dans l'étau des liens féodaux du monde laïc : simonie, nicolaïsme. Cluny intervint dans la Querelle des investitures opposant l'empereur du Saint-Empire romain germanique et le pape.

L'idéologie clunisienne[modifier | modifier le code]

L'« idéologie clunisienne » apparut aux alentours de l'an mil. Elle prit forme sous l'abbatiat d'Odilon et s'affirma sous les abbatiats d'Hugues de Semur et de Pierre le Vénérable, ce dernier refusant le nouveau monachisme. Cette idéologie se caractérisait sur une conception du monachisme reposant sur : la prière, la lecture, la méditation sur les textes sacrés, le chant liturgique, la contrition et une ascèse qui ne devait pas, cependant, altérer l'office divin tout cela s'accompagnant d'un attachement au pape[6].

Odon mit l'histoire sainte en vers et élabora une morale pratique. Les sermons d'Odilon restèrent longtemps des modèles d'éloquence élégante et concise. Abbon de Fleury définit les équilibres du pouvoir politique. Pierre le Vénérable appela les chrétiens à une connaissance du Coran pour mieux le combattre et à un recours plus fréquent aux traductions de l'arabe. Cluny produisit des théologiens, des moralistes, des poètes et des historiens.

Cluny recruta essentiellement ses moines dans la noblesse et de ce fait, les rigueurs de la vie monastiques s'assouplirent peu à peu. Accusé à son tour d'un trop grand enrichissement et d'un pouvoir temporel excessif, l'ordre de Cluny perdit de son influence spirituelle lors de l'éclosion, à la fin du XIe siècle et au début du XIIe siècle, des nouveaux ordres inspirés d'un idéal de pauvreté et d'austérité : Cîteaux, Prémontrés, chartreux...

Ce fut donc en opposition complète avec ce qui était l'idéal cistercien, à propos duquel Bernard de Clairvaux disputa âprement avec Pierre le Vénérable, que Cluny devint l'un des principaux foyers de la vie intellectuelle et artistique en Occident.

L'influence de Cluny dans l'art occidental[modifier | modifier le code]

L'architecture fut une autre affirmation de la puissance et du rayonnement de Cluny. À une église contemporaine de la fondation succèdèrent l'abbatiale de Bernon, puis celle des abbés Aymard et Maïeul dite Saint-Pierre-le-Vieux, dont le plan caractéristique, avec son chœur pourvu de collatéraux, fut plus ou moins reproduit dans tout un groupe d'église monastiques. Lui succèda l'abbatiale de l'abbé Hugues, dont le chœur fut consacré en 1095. Cluny servit de modèle. On retrouva le plan de Saint-Pierre-le-Vieux en Bourgogne, en Allemagne, en Suisse.

Le décor sculpté de l'abbatiale fut une innovation qui se répandit dans d'autres monastères. Les portails décorés de sculptures et les chapiteaux imagés furent imités dans de très nombreuses églises. La quasi-totalité de ce décor a disparu au XIXe siècle.

Le lent déclin (seconde moitié du XIIe - XVIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

La concurrence de nouveaux ordres religieux[modifier | modifier le code]

Au XIIe siècle, le rayonnement de Cluny se trouva contesté par la fondation d'ordres nouveaux, les cisterciens sous l'impulsion de Bernard de Clairvaux, les Prémontrés avec Norbert de Xanten en autres. Les clunisiens se voyaient reprocher leur enrichissement et le relâchement dans l'application de la règle de Saint Benoît. A partir de la seconde moitié du XIIe siècle, malgré plusieurs tentatives, l'ordre de Cluny se trouva incapable de se réformer en profondeur et se replia sur lui-même, ce qui le conduisit à la stagnation. De plus, le rôle éminent joué par Cluny lors de la querelle du sacerdoce et de l'empire se trouva diminué par l'affaiblissement de l'autorité impériale et l'affirmation de la puissance des rois de France. La papauté réussit à imposer son autorité en s'appuyant sur le clergé séculier plus que sur le clergé régulier. Elle nomma désormais directement les abbés de Cluny et les prieurs.

Au XIIIe siècle, ce fut l'apparition des ordres mendiants (franciscains, dominicains...) allant de pair avec l'essor urbain qui sapait la puissance clunisienne reposant sur la propriété foncière et l'appui de la noblesse. Si le prestige de Cluny restait intact, son dynamisme s'étiolait et la concurrence des autres ordres conduisit Cluny au repli sur soi.

Cluny à l'époque moderne, l'impossible renouveau[modifier | modifier le code]

Cependant à partir du XVIe siècle, l'ordre entama un déclin irrémédiable. Le Régime de la commende, la Réforme protestante et les Guerres de religion en furent les causes principales. Les abbés commendataires tous issus des grandes familles nobles du royaume se contentèrent le plus souvent de percevoir les bénéfices liés à leur nomination. Les progrès de la Réforme provoquèrent la disparition des monastères en Angleterre et la fermeture d'un certain nombre en Allemagne. En France, les guerres de religion entraînèrent des destructions à Cluny même et dans d'autres prieurés. Cet affaiblissement de l'ordre s'intensifia par la conduite des moines qui ne respectèrent plus la règle et se comportèrent de plus en plus souvent comme le clergé séculier.

Néanmoins, après le concile de Trente, l'abbé de Cluny, Claude de Lorraine, réunit en 1600, le chapitre général dans le but de réformer l'ordre de l'intérieur. L'échec de cette tentative et des suivantes, conduisit à la recherche d'une réforme par l'extérieur. Richelieu, Mazarin et leurs successeurs échouèrent eux aussi à réformer cet ordre sclérosé : les tentatives d'union avec la Congrégation de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe, fondée en 1604 ou la Congrégation de Saint-Maur fondée en 1621 - ces deux congrégations étant engagées dans une réformes des monastères bénédictins[7] - suscitèrent des oppositions multiples qui conduisirent certains prieurés à quitter l'ordre qui se divisa entre prieurés suivant l'ancienne observance (non-réformée) et prieurés suivant l'étroite observance (réformée). Cluny considérablement affaibli restait indépendant mais se mourait peu à peu[8].

Disparition de l'ordre[modifier | modifier le code]

En 1768, le gouvernement royal créa une Commission des réguliers chargée de faire le point sur la situation des monastères de tous les ordres afin de procéder à des regroupements. Pour l'ordre de Cluny, on comptait 296 religieux suivant l'ancienne observance et 375 l'étroite observance. Un arrêt du Conseil, du 27 mars 1788 interdisait aux monastères suivant l'ancienne observance de recruter des novices ; les 214 religieux restant furent répartis dans d'autres établissements. Il ne restait plus dans l'ordre de Cluny que les prieurés et abbayes suivant l'étroite observance[9].

L'abolition des vœux religieux et la suppression du clergé régulier par l'Assemblée nationale constituante en 1790 entraîna la dispersion des moines et la disparition de l'Ordre, disparition marquée par la vente de l'abbatiale de Cluny devenue bien national suivie de sa destruction au début du XIXe siècle.

Liste des sites clunisiens en Europe[modifier | modifier le code]

Cette liste n'est pas exhaustive[Note 2].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Libre élection toute relative car bien souvent l'abbé en place désignait son successeur de son vivant, son choix étant entériné par les moines
  2. Voir également la carte générale pour l'Europe sur le site sitesclunisiens.org.

Références[modifier | modifier le code]

  1. D. Iogna-Prat, "Entre anges et hommes: les mopines doctrinaires de l'an "Mil", in/ La Freance de lan Mil, Paris, 1990, pp. 245-263.
  2. Acte de fondation de Cluny le 11 septembre 909 par Guillaume d'Aquitaine Recueil des chartes de l’abbaye de Cluny, t. 1, A. Bernard, A. Bruel (éd.), Paris, 1876, p. 124-128.[1] - Texte latin http://fruehmittelalter.uni-muenster.de/cce/php/view.php?bb=0112
  3. Hélyot, Pierre, en religion le P. Hippolyte, et Bullot, Maximilien (le P.), Dictionnaire des ordres religieux, ou Histoire des ordres monastiques, religieux et militaires et des congrégations séculières de l'un et de l'autre sexe, qui ont été établies jusqu'à présent…., t. 1, col. 1004, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k209852t.r=.langFR
  4. Marcel Pacaut, L'Ordre de Cluny, Paris, Fayard, 1986 (ISBN 978 - 2 - 213 - 01 712 - 9)
  5. François Louis Ganshof, Qu'est-ce que la féodalité ?
  6. Marcel Pacaut, L'Ordre de Cluny, Paris, Fayard, 1986 (ISBN 978 - 2 - 213 - 01 712 - 9)
  7. Carol Heitz, op. cité
  8. Marcel Pacaut, L'Ordre de Cluny, Paris, Fayard, 1986 (ISBN 978 - 2 - 213 - 01 712 - 9)
  9. Marcel Pacaut, L'Ordre de Cluny, Paris, Fayard, 1986 (ISBN 978 - 2 - 213 - 01 712 - 9)

Sources[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Bruel, Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, Paris, 1876.
  • Dom Gaston Charvin (éd.), Statuts, chapitres généraux et visites de l’ordre de Cluny, Paris, 1965-1982, 10 vol.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Les études historiques sur Cluny sont évidemment nombreuses, avec toutefois une très nette prédominance des travaux portant sur le Moyen Âge, l'époque moderne étant encore souvent considérée — à tort — comme une période de « décadence » de l'ordre. Cluny est en effet le symbole de la réforme grégorienne, et sans conteste l'Ordre le plus riche et le plus influent de son temps. De plus, la période de restauration de Pierre le Vénérable, sur le plan économique, nous a légué de précieuses informations. Ses efforts sont observables dans deux écrits d'un grand intérêt historique, la constitutio rei familiaris puis la constitutio expense cluniaci, qui fournissent beaucoup d'informations sur l'économie agricole médiévale.

  1. Généralités
  2. Moyen Âge
  3. Époque moderne

Généralités[modifier | modifier le code]

  • Dom Pierre Anger, Le Collège de Cluny, fondé à Paris dans le voisinage de la Sorbonne et dans le ressort de l’Université, Paris, 1916 ;
  • Collectif, « Cluny ou la puissance des moines », dans Les Dossiers d'archéologie, no 260 ;
  • Dom Jacques Hourlier, « Cluny et la notion d’ordre religieux », dans À Cluny. Congrès scientifique, fêtes et cérémonies liturgiques en l’honneur des saints abbés Odon et Odilon, travaux du congrès « Art, histoire, liturgie » (9-11 juillet 1949), Dijon, 1950, p. 219-226 ;
  • Marcel Pacaut, L'Ordre de Cluny (909-1789), Paris, 1994 (2e éd.).
  • Carol Heitz, Cluny, in Encyclopædia Universalis, Paris 1984.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

  • Isabelle Cochelin, « Peut-on parler de noviciat à Cluny pour les Xe-XIe siècles ? », Revue Mabillon, t. LXX, 1998, p. 17-52 ;
  • Isabelle Cochelin, « Étude sur les hiérarchies monastiques : le prestige de l’ancienneté et son éclipse à Cluny au XIe siècle », Revue Mabillon, t. LXXII, 2000, p. 5-37 ;
  • Georges Duby, Seigneurs et paysans, « hommes et structures du Moyen Âge », tome II, Éditions Flammarion, 1993. (ISBN 978-2-08-081182-0)
  • Patrick Henriet, « Moines envahisseurs ou moines civilisateurs ? Cluny dans l’historiographie espagnole (XIIIe-XXe siècles) », Revue Mabillon, t. LXXII, 2000, p. 135-159 ;
  • Dominique Iogna-Prat, « Cluny, 909-910 ou l’instrumentalisation de la mémoire des origines », dans Revue Mabillon, t. LXXII, 2000, p. 161-185 ;
  • Didier Méhu, Paix et communauté autour de l'abbaye de Cluny (Xe - XVe siècle), Lyon, 2001 ;
  • Philippe Racinet, Crises et renouveaux. Les monastères clunisiens à la fin du Moyen Âge (XIIIe - XVIe siècle), de la Flandre au Berry et comparaisons méridionales, Arras, 1997 ;
  • Denyse Riche - L'ordre de Cluny à la fin du moyen âge: le vieux pays clunisien, XIIe-XVe - Presses de l'université de Saint-Étienne (C.E.R.C.O.R. Travaux et recherches) - Saint-Étienne - 2000 - ISBN 978-2-86272-192-7.
  • Guy de Valoüs, Le Monachisme clunisien des origines au XVe siècle : vie intérieure des monastères et organisation de l’ordre, Paris, 1970 (2e éd. augm.) ;
  • Dominique Vingtain, L'Abbaye de Cluny, Centre de l'Occident médiéval, 1998.

Époque moderne[modifier | modifier le code]

  • Dom Gaston Charvin, « L’abbaye et l’Ordre de Cluny en France de la mort de Richelieu à l’élection de Mazarin (1642-1654) », Revue Mabillon, t. 33, 1943, p. 85-124 ;
  • —, « L’abbaye et l’Ordre de Cluny sous l’abbatiat de Mazarin (1654-1661) », Revue Mabillon, t. 34, 1944, p. 20-81 ;
  • —, « La succession de Mazarin à l’abbaye de Cluny. Le cardinal Renaud d’Este (1661-1672) », Revue Mabillon, t. 37, 1947, p. 17-46 ;
  • —, « Dom Henri-Bertrand de Beuvron, abbé de Cluny (1672-1682) », Revue Mabillon, t. 37, 1947, p. 69-97 ;
  • —, « Emmanuel-Théodose de La Tour d’Auvergne, cardinal de Bouillon, abbé de Cluny (1683-1715), et le conflit de la juridiction abbatiale », Revue Mabillon, t. 38, 1948, p. 7-57 ;
  • —, « Henry-Oswald de la Tour d’Auvergne, abbé de Cluny (1715-1747) », Revue Mabillon, t. 38, 1948, p. 61-99 ;
  • —, « Frédéric-Jérôme de La Rochefoucauld, abbé de Cluny (1747-1757) », Revue Mabillon, t. 39, 1949, p. 25-35 ;
  • —, « L’abbaye et l’Ordre de Cluny à la fin du XVIIIe siècle (1757-1790) », Revue Mabillon, t. 39, 1949, p. 44-58 ; t. 40, 1950, p. 1-28 ;
  • —, « La fin de l’Ordre de Cluny (1789-1790) », dans Revue Mabillon, t. 40, 1950, p. 29-41 ;
  • —, « L’abbaye et l’Ordre de Cluny de la fin du XVe au début du XVIIe siècle (1485-1630) », dans Revue Mabillon, t. 43, 1953, p. 85-117 [lire en ligne]; t. 44, 1954, p. 6-29 [lire en ligne] et 105-132 [lire en ligne];
  • Dom Paul Denis, « Un procureur général de Cluny, agent secret à Rome de Philippe d’Orléans (1717-1718) », dans Revue Mabillon, t. 6, 1910, p. 381-436 [lire en ligne] ;
  • Pierre Gasnault, « La publication du dernier bréviaire de l’Ordre de Cluny (1778-1779) », dans Revue Mabillon, n.s., t. 11 (= t. 72), 2000, p. 129-134 ;
  • Grégory Goudot, « Le personnel clunisien en France à la veille de la Révolution. Sources, méthode et premiers résultats d'une enquête », Siècles, no 19, 2004, p. 25-40 [lire en ligne];
  • Grégory Goudot, « Monachisme clunisien et vie rurale sous l'Ancien Régime. Le cas auvergnat de Menat aux XVIIe et XVIIIe siècles », Histoire et sociétés rurales, no 25, 2006, p. 9-35 [lire en ligne];
  • Grégory Goudot, « Pour une histoire de l'Ecclesia cluniacensis à l'époque moderne », dans Cahiers clunisiens, no 1, 2007, p. 28-31 [lire en ligne];
  • Daniel-Odon Hurel, « La représentation de Cluny chez les auteurs des XVIIe et XVIIIe siècles », Revue Mabillon, n.s., t. 11 (= t. 72), 2000, p. 115-128 ;
  • Daniel-Odon Hurel, « Cluny entre Réforme catholique et siècle des Lumières », Dossiers d’archéologie, no 269/270, 2001-2002, p. 24-27.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]