Gouf de Capbreton

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Gouf de Capbreton
Le gouf de Capbreton sur une carte du golfe de Gascogne
Le gouf de Capbreton sur une carte du golfe de Gascogne
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Nouvelle-Aquitaine
Département Landes
Coordonnées 43° 40′ 16″ nord, 1° 37′ 15″ ouest
Rivière Adour
Longueur 270 km
Largeur jusqu'à 15 000 m
Profondeur 3 500 m
Géologie
Âge 300 millions d'années
Roches Sédimentaires

Le gouf de Capbreton (ou fosse de Capbreton) est un canyon sous-marin au large de Capbreton (Landes, France) créé par l'écartement de deux plaques tectoniques dans le prolongement de l'ancien lit de l'Adour.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le gouf de Capbreton se situe dans la partie européenne de l'océan Atlantique, et plus précisément dans le golfe de Gascogne, au large des côtes espagnoles et françaises.

Structure[modifier | modifier le code]

Un gouf est un canyon sous-marin avec des caractéristiques particulières : faible pente de la côte jusqu'à la plaine abyssale, traversée du talus continental...

Le gouf de Capbreton est formé par l'écartement de la plaque tectonique européenne vers le nord et la plaque tectonique ibérique vers le sud [1] pendant la période du Crétacé en même temps que le golfe de Gascogne[2]. Le phénomène s'est amplifié lors de l'Éocène, avec les mouvements de surrection des Pyrénées [2].

Il prend naissance à 300 m au large de Capbreton où il atteint 50 m de profondeur. À 1 500 m du rivage, il atteint 100 m[3]. Il y a 20 000 ans, le niveau de la mer était plus bas de 130 m et cette zone dite « tête du gouf » était donc émergée[1].

Le gouf se poursuit par une plaque triangulaire dont la pointe descend de façon régulière vers l'ouest. Il se prolonge sur 270 km vers l'ouest par une série de méandres et de canyons de plus en plus profonds jusqu'à atteindre la plaine abyssale au large de Santander avec une profondeur de 3 500 m et une largeur de 15 km[1].

Conséquences pour la navigation[modifier | modifier le code]

On sait que par gros temps, les zones maritimes peu profondes présentent des vagues très formées et déferlantes. À l'inverse, les zones profondes présentent une simple houle.

Le gouf au large de Capbreton est donc une zone où les navires peuvent trouver un certain calme pendant les tempêtes[3].

Cette zone de calme était particulièrement appréciée quand le fleuve Adour se jetait dans l'Atlantique à Capbreton, avant d'être détourné vers Bayonne en 1578.

Les fonds du gouf près de Capbreton étant vaseux, ils permettent en plus un mouillage en pleine mer relativement sûr[3].

Autres effets[modifier | modifier le code]

Les sédiments mis en mouvement le long de la côte des Landes par la houle majoritairement du nord-ouest et la dérive littorale nord-sud vont se perdre dans la plaine abyssale du golfe de Gascogne par ce gouf. La présence du gouf empêche le ralentissement du phénomène d'érosion du littoral et c'est donc une des causes de l'amaigrissement des plages situées au sud de Capbreton[2].

La remontée rapide des fonds à proximité de la côte a aussi un effet comparable à celui d'un récif et provoque une vague dite la Nord très appréciée par les surfers d'Hossegor[1].

Vie sous-marine[modifier | modifier le code]

Étal de vente directe de poisson sur le port de Capbreton avec des poissons de roche.

Le gouf permet à Capbreton d'être le seul port des Landes où les pêcheurs peuvent capturer des poissons de roches (rouget, grondin, rascasse...) et des crustacés plus habituels des côtes rocheuses de la Bretagne. Les grands fonds attirent aussi des espèces des zones pélagiques de thonidés (thon, bonite,...) et des céphalopodes (calmar, chipiron,...)[1].

On trouve aussi épisodiquement des poissons des abysses, des cétacés plongeurs (dauphin de Risso, baleine à bec de Cuvier, cachalot pygmée,...), des requins rares dans nos régions (requin mako, requin marteau, requin pèlerin,...), des poissons lune[4]. Il y a aussi des légendes de calmar géant[1].

En 1875, le marquis Léopold de Folin découvre une nouvelle espèce d'invertébrés du genre bathysiphon[3].

Le réchauffement climatique peut aussi faire apparaitre de nouvelles espèces. En 1999, le GEFMA (Groupe d'Études de la Faune Marine Atlantique) observe une baleine à bec de Blainville dont l'habitat naturel se trouve aux îles Bahamas[3].

Petit historique[modifier | modifier le code]

Source : Mystères de Capbreton : le "Gouf" sur Côte Sud Mémoire Vive.

  • 60 après Jésus Christ : le poète romain Marcus Annaeus Lucanus dit Lucain, neveu de Sénèque, nous apprend que les galères romaines trouvaient, au large de l'Adour, un refuge assuré contre les tempêtes de l'Océan.
  •  : onze habitants de Capbreton font une déposition dans le cadre d'une enquête ordonnée par Charles VIII. Ils rapportent qu'il existe au devant de Capbreton un lieu nommé « Le Gouf », lequel est le plus profond lieu de la mer. S'étant rendus sur les lieux, les enquêteurs remarquent que la mer « rompait grandement sur les bords des sables par tous les quartiers excepté tant seulement en une pièce du pays, en laquelle pièce elle se montrait paisible ». Le nom de gouf était donc déjà attesté à cette date.
  • 1798 : un officier commandant le brick « Le Dragon », chargé de l'escorte d'environ 50 bâtiments de Rochefort à Bayonne, échappe à la tempête par un mouillage dans la fosse de Capbreton.
  • 1815 : à la demande de M. le Comte de Rosily, vice-amiral, Alexis Pierre César Depoge sonde le Gouf et en lève une première carte.
  • 1862 : le maire Duplaa parle de « l'immense vallée sous-marine désignée sur les cartes sous le nom de fosse de Capbreton et que les habitants du pays appellent le Gouf » et qui calme la houle. Il expose à l'Empereur les deux faits suivants : « Vers la fin de l'année 1844, un navire français, « le Vigilant » est pris par la tempête et grâce à la protection du Gouf, équipage, navire, cargaison, tout fut sauvé ». De même le pour le brick français « l'Édouard ».
  • 1880 : Léopold de Folin, auteur des Fonds de la mer, étude internationale sur les particularités nouvelles des régions sous-marines, est à bord de l'aviso « Le Travailleur ». Il découvre dans les eaux profondes une faune insoupçonnée jusqu'alors et des espèces inconnues. Il a laissé une importante documentation. Ses conclusions sont qu'il s'agit de l'ancien lit de l'Adour, « le fleuve ayant, pendant des siècles lutté contre le flot. ». On sait maintenant que cette conclusion est erronée, l'origine du Gouf étant tectonique.
  • 1899 : le géographe Élisée Reclus émet l'hypothèse que le gouf serait « une faille sismique due au plissement pyrénéen ».
  • 1917 : Pierre Eudoxe Dubalen, inventeur de la grotte du Pape à Brassempouy, et Édouard Alfred Martel, fondateur de la spéléologie et explorateur du gouffre de Padirac, soutiennent de nouveau la thèse erronée que le Gouf serait l'estuaire submergé de l'Adour qui se jetait autrefois à Capbreton. Le même savant Dubalen affirme que les eaux chaudes thermales de Dax, Saubusse, Tercis et Préchacq terminent leurs parcours au fond du Gouf de Capbreton par des fissures souterraines.
  • 1922 : le Docteur Charcot pratique des sondages dans « la fosse marine de Capbreton ». Il signale l'existence « d'abondantes venues d'eau chaude ». Charcot arrête ses sondages à environ 4 000 mètres sans avoir, dit-il, atteint la profondeur maximale.
  • 1933 : c'est à bord du premier navire océanographique français, transformé pour la circonstance en laboratoire, « le Président Théodore Tissier » que Édouard Le Danois, directeur de l'office scientifique des pêches maritimes et le commandant Lucien Beaugé dressent une carte du Gouf. Ils ont eu conscience de la complexité géologique et topographique de ce canyon sous l'océan. Il aurait joué un rôle d'attraction sur le fleuve Adour qui y trouvait naturellement son embouchure. C'est à partir de leur carte qu'une maquette a été construite par l'Institut et exposée au Palais de la Découverte en 1937. Elle est actuellement propriété du musée de la Mer de Biarritz.
  • 1962 : J. Schoeffler (Société Nationale des Pétroles d'Aquitaine à Pau) déclare qu'il s'agit d'un sillon datant de l'aube du Crétacé, cicatrice d'origine tectonique.
  • Dans les années 1960, selon certaines sources, des fûts contenant des déchets radioactifs auraient été immergés dans le gouf[5].
  • 2006 : Une enquête de Hugo Verlomme décrit le gouf comme « l'un des canyons sous marins les plus profonds du monde, bien plus énorme que le Grand Canyon du Colorado ».

Le commandant Jacques-Yves Cousteau, contrairement à ce que l'on entend parfois dire, semble ne jamais être venu explorer le Gouf.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f Panneau d'information (non libre de droits de reproduction) sur les terrasses de Capbreton.
  2. a b et c Alexandre Marsat, « D'où vient le gouf de Capbreton ? », Le Mag no 211, supplément à Sud Ouest, 16 avril 2011, p. 47.
  3. a b c d et e Le gouf sur le site du Port de Capbreton.
  4. Alexandre Dewez, « Les étonnants prédateurs du gouf de Capbreton », Pour la science no 460, février 2016, p. 64-71.
  5. Sueurs froides face au gouf de Capbreton sur le site Hendaye environnement.

Liens externes[modifier | modifier le code]