Eucalyptus
| Règne | Plantae |
|---|---|
| Sous-règne | Tracheobionta |
| Division | Magnoliophyta |
| Classe | Magnoliopsida |
| Sous-classe | Rosidae |
| Ordre | Myrtales |
| Famille | Myrtaceae |
| Clade | Angiospermes |
|---|---|
| Clade | Dicotylédones vraies |
| Clade | Rosidées |
| Ordre | Myrtales |
| Famille | Myrtaceae |
| Sous-famille | Myrtoideae |
| Tribu | Eucalypteae |
- Aromadendrum W.Anderson ex R.Br., 1810;
- Eudesmia R.Br., 1814;
- Symphyomyrtus Schauer, 1844
Taxons de rang inférieur
- Voir le texte
Répartition géographique
Les eucalyptus (du grec εὐ / eu, « bien », et καλυπτός / kaluptos, « couvert, recouvert ») forment un groupe très riche de plantes du genre Eucalyptus, de la famille des Myrtaceae et qui regroupait jusqu'en 1995 le genre Corymbia. Les eucalyptus sont originaires d'Australie, ils sont donc indigènes au continent australien, où ils dominent d'ailleurs 95 % des forêts. Plus de six cents espèces étaient recensées dans les années 1960[1], et plus de 800 dans les années 2000[2]. Les eucalyptus possèdent toute une gamme de mécanismes d’adaptation et ont une croissance rapide, ce qui leur permet d'être présents dans de nombreux environnements. On utilise aussi, moins fréquemment, le mot gommier pour parler des eucalyptus.
Certaines espèces, notamment Eucalyptus globulus, ont été introduites en Europe, où elles se sont très bien acclimatées sur les rivages méditerranéens, ainsi qu'au Portugal, où d'immenses forêts d'eucalyptus ont été plantées pour la production de pâte à papier[citation nécessaire]. Ces espèces ont aussi été plantées en Afrique du Nord, notamment au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Libye. On les rencontre aussi dans les îles de Madagascar, de Mayotte, de Malte et de La Réunion, au Sri Lanka, en Afrique du Sud, en Côte d'Ivoire, en Ouganda sur les pentes du mont Elgon et dans le Sud-Ouest du pays[3], en Californie, en Argentine, au Brésil, au Chili, en Équateur et au Pérou.
Description
[modifier | modifier le code]Taille et port
[modifier | modifier le code]Un eucalyptus adulte peut, selon l'espèce, se présenter comme un buisson ou comme un arbre de très haute stature.
On a l'habitude de dire des eucalyptus qu'ils sont :
- petits s'ils mesurent moins de dix mètres de haut ;
- de taille moyenne s'ils font entre dix et trente mètres ;
- grands s'ils mesurent entre trente et soixante mètres ;
- très grands s'ils atteignent plus de soixante mètres (certaines espèces atteignant quatre-vingt-dix mètres de hauteur).
Les arbres à tronc unique avec un faîte foliaire occupant la partie terminale du tronc sont des eucalyptus de forêt, et les arbres à tronc unique, mais dont les branches commencent à apparaître à une faible distance au-dessus du sol, sont les eucalyptus de bois.
Les mallees sont des arbres qui sont divisés en plusieurs troncs au niveau du sol et qui mesurent moins de dix mètres de haut ; le plus souvent ils portent des bouquets de végétation à l'extrémité de petites branches. Ils peuvent former des bosquets plus ou moins denses, qui portent le nom de mallees.
Les plus petits eucalyptus forment des buissons de moins de quatre mètres de haut.
Un mallet est un arbre de taille petite ou moyenne, à la base parfois cannelée, possédant des branches pointant vers le haut formant un faîte dense. Il s'agit généralement des espèces Eucalyptus occidentalis, E. astringens, E. spathulata, E. gardneri, E. dielsii, E. forrestiana, E. salubris, E. clivicola et E. ornata. Leur écorce lisse a souvent un aspect satiné et peut être de couleur blanche, crème, grise, verte ou cuivre.
Un Marlock, selon le terme utilisé en Australie-Occidentale, est un arbre de petite taille, au port dressé et au tronc très fin.
Tronc
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L’écorce est très utile pour l’identification et la distinction entre les espèces, car son apparence peut présenter de grandes différences : se décortiquant, dure, fibreuse, floconneuse, lisse, creusée de profonds sillons, etc[1].
Feuilles
[modifier | modifier le code]La plupart des eucalyptus ont un feuillage persistant, mais quelques espèces tropicales le perdent à la fin de la saison sèche. Comme chez les autres membres de la famille des Myrtaceae, les feuilles d'eucalyptus sont couvertes de glandes à huile. L'abondante production d'huile est une caractéristique importante de ce genre.
Les feuilles, bleutées, ont une curieuse caractéristique : sur les jeunes arbres, elles sont opposées, sessiles, ovales et glauques, et quand l'arbre grandit, elles deviennent alternes, pétiolées, très allongées, parfois un peu courbées comme des lames de faux, et d'un vert luisant. Les deux types de feuillage cohabitent dans les mêmes forêts, donnant l'impression qu'elles sont constituées d'arbres différents.
Cependant, beaucoup d'espèces comme Eucalyptus melanophloia et Corymbia setosa gardent toute leur vie le même type de feuilles. Eucalyptus macrocarpa, Eucalyptus rhodantha (en) et Eucalyptus crucis (en) sont cultivés comme plantes ornementales, car ils gardent longtemps leurs feuilles juvéniles. Eucalyptus petraea, Eucalyptus dundasii et Eucalyptus lansdowneana ont des feuilles d'un vert brillant pendant toute leur existence. Eucalyptus caesia, au contraire des autres, a ses premières feuilles de couleur brillante, alors que les suivantes sont glauques. Cette dualité est utilisée dans la classification des eucalyptus.
Contrairement à la plupart des espèces aux feuilles décidues, l’orientation des feuilles d’eucalyptus est plutôt verticale. Cette disposition dans l’arbre a doté certaines espèces d’eucalyptus d’une adaptation particulière : les feuilles possèdent une couche de cellules palissadiques sur chacune de leurs faces. Les cellules palissadiques contenant les chloroplastes permettant la photosynthèse, l’eucalyptus peut donc capter de l’énergie lumineuse sur chacun des deux côtés de ses feuilles et tirer meilleur parti de la photosynthèse. Des stomates sont également présents sur chaque face des feuilles[1].
Fleurs
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Les fleurs sont très variées. Elles ont de très nombreuses étamines qui peuvent être de couleur blanche, crème, jaune, rose ou rouge. Au départ, les étamines sont encloses dans un étui fermé par un opercule (d'où le nom d'eucalyptus du grec eu : bien et kaluptos : couvert) formé par la fusion des pétales et/ou des sépales[4]. Pour un même sujet, les opercules peuvent avoir différentes formes. Lorsque les étamines grandissent, elles soulèvent l'opercule et s'étalent pour former la fleur. La pollinisation des fleurs se fait principalement par les insectes, attirés par leur nectar[5].
Les fleurs d'eucalyptus constituent la source de nectar la plus abondante pour la production de miel en Australie.
Fruits et graines
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Les fruits d’eucalyptus sont formés par le développement du réceptacle ainsi que de l’ovaire qui s’y attache. Ils contiennent un nombre important d’ovules. Une partie de ces ovules seront fécondés par des grains de pollen distincts, lors de la pollinisation, mais ils ne le seront jamais en totalité. Après la fécondation, les graines vont se développer et faire grossir le fruit[5]. Les fruits à maturité ont la forme d'un cône, ils sont secs et de couleur brune, et possèdent des valves qui se soulèvent pour laisser échapper les graines. La plupart des espèces ne fleurissent pas avant l'apparition du feuillage adulte, sauf Eucalyptus cinerea et Eucalyptus perriniana.
La production de semences de petite taille et en très grand nombre pour chaque arbre, procure aux eucalyptus une importante aptitude à la dissémination et à la colonisation des terrains dénudés. Ainsi même si en conditions difficiles un nombre important des graines meurent il en survit toujours suffisamment pour maintenir l’espèce[5].
Racines
[modifier | modifier le code]La plupart des eucalyptus possèdent également des organes de sauvegarde souterrains appelés lignotubes. Ces lignotubes se présentent sous forme de renflements à la base du collet racinaire ; ce sont des massifs cellulaires indifférenciés contenant des réserves glucidiques comme l’amidon. Les eucalyptus, pour la majorité d'entre eux indigènes de l’Australie, ont évolué dans un environnement difficile, aride et soumis aux incendies répétés. Or, les lignotubes permettent justement à l’eucalyptus d'engendrer de nouvelles pousses si une perturbation majeure vient à détruire l'appareil végétatif aérien de la plante, partiellement ou dans sa totalité. Les lignotubes favorisent donc la survie des espèces d’eucalyptus possédant cette adaptation[5].
Acclimatation
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Introduit au Maghreb et dans certains pays d'Europe, l'eucalyptus, qui, pour de nombreuses espèces, redoute les fortes gelées, s'est rapidement acclimaté aux conditions méditerranéennes très similaires à celles de la zone Sud-Ouest australienne, mais aussi aux conditions climatiques qui règnent au Pays basque et dans les plaines avoisinantes, et ce non sans impact sur la biodiversité locale. On l'a notamment planté en zone humide pour assécher les sols.
L'eucalyptus peut pousser en moyenne altitude, jusqu'à mille mètres. De grands groupes industriels ont planté plusieurs millions d'hectares de l'espèce Eucalyptus globulus pour la fabrication de pâte à papier. Cependant, des eucalyptus introduits en Afrique du Sud se développent fortement, en l'absence de parasites qui pourraient en réguler la population. Ce sont là des plantes éthélochores invasives (diffusion par culture sous forme de semences). Ses fruits et ses feuilles éloignant les insectes, il a ainsi été planté dans une partie de l'Afrique pour diminuer la propagation du paludisme. Cela a donné un excellent résultat, non par l'effet répulsif pour les insectes, mais parce que ses forts besoins en eau ont permis d'assécher les marais et d'empêcher ainsi la reproduction des moustiques, mais avec un danger nouveau : de plus grands risques de feux de forêts de grande ampleur.
Le programme MEDALUS a montré en zone aride que l'eucalyptus pouvait contribuer à l'érosion des sols et au ruissellement (par rapport à d'autres types d'usage du sol, sur pente).
Hauteur
[modifier | modifier le code]Plusieurs espèces d'eucalyptus sont parmi les plus grands arbres au monde. Eucalyptus regnans est le plus grand angiosperme connu ; aujourd'hui, le plus grand spécimen mesuré nommé Centurion mesure 100 m de hauteur. Seul le Séquoia à feuilles d'if est plus grand et le Pin de Douglas a environ la même taille mais ce sont tous deux des conifères (gymnospermes). Six autres espèces d'eucalyptus dépassent 80 mètres de hauteur : Eucalyptus obliqua, Eucalyptus delegatensis, Eucalyptus diversicolor, Eucalyptus nitens, Eucalyptus globulus et Eucalyptus viminalis.
Tolérance au froid
[modifier | modifier le code]La plupart des eucalyptus ne supportent pas le gel ou seulement de faibles gelées jusqu'à −3 °C à −5 °C ; parmi les plus résistants le gommier des neiges (Eucalyptus pauciflora) est capable de supporter le froid et le gel jusqu'à environ −20 °C. Deux sous-espèces, E. pauciflora subsp. niphophila et E. pauciflora subsp. debeuzevillei en particulier, sont encore plus résistantes et peuvent tolérer même des hivers assez rigoureux. Certains écotype d' Eucalyptus glaucescens, Eucalyptus neglecta, Eucalyptus delegatensis, Eucalyptus perriniana subsp. familiaris et Eucalyptus dalrympleana ont passé -18c au jardin jungle dans le nord de la France mais il existe une grande variabilité au froid selon le lieu de récolte[6]. Plusieurs autres espèces, notamment des hauts plateaux et des montagnes du centre de la Tasmanie comme Eucalyptus coccifera, Eucalyptus subcrenulata, Eucalyptus gunnii ont donné des formes extrêmement résistantes au froid et on a obtenu à partir de semences génétiquement sélectionnées des souches résistantes qui sont plantées pour l'ornement dans les régions froides de différentes parties du monde.
Pathogènes, phytophages
[modifier | modifier le code]L'Eucalyptus est sensible à divers pathogènes et phytophages, dont certaines espèces qui se sont acclimatées dans les régions où il a été introduit[7] (ex : Psylle de l'Eucalyptus en France[8])
Écologie
[modifier | modifier le code]Les eucalyptus sont des arbres à croissance rapide et facile. Ils sont donc souvent plébiscités dans les programmes de foresterie industrielle dans les pays tropicaux, où ils s'acclimatent en général très facilement, y compris sur des terrains dégradés. Cependant, étant originaires d'Australie, ils peinent souvent à s'intégrer à l'écosystème local. Ils hébergent relativement peu de biodiversité, d'autant qu'un certain nombre de leurs propriétés les rendent hostiles aux espèces indigènes[10]. D'énormes surfaces de forêt primaires ont ainsi été remplacées par des plantations d'eucalyptus en Californie, au Brésil et dans de nombreux pays d'Afrique comme Madagascar ou l'Afrique du Sud.
Les feuilles et les racines de l'Eucalyptus produisent une substance allélopathique : le 1,8-cinéole. C'est un agent puissant de destruction de certaines espèces d'herbacées et de bactéries du sol. Ces bactéries étant indispensables à la décomposition de la matière organique et au renouvellement des sols, il a généralement été constaté sur les grandes plantations monospécifiques une baisse de la biodégradabilité, et un appauvrissement notable du sol en azote et en minéraux (calcium en particulier). Des plantations sur terrain acidiphile ont montré, à l'inverse, une stabilisation de la biomasse microbienne et une augmentation de la minéralisation du carbone et de l'azote[11].
Dans certaines conditions, on observe une densification importante de la litière, les feuilles n'étant généralement pas dégradée par la biofaune du sol, ce qui empêche la poussée d'autres plantes sous les eucalyptus[9]. Il est courant de rencontrer une modification de la porosité du sol, avec formation d'une couche hydrophobe d'origine organique. Dans une plantation d'eucalyptus, les minéraux du sol ne redeviennent disponibles qu'à partir de la deuxième année après la coupe des arbres[12].
Une plantation d'eucalyptus de 15 ans contient moins de la moitié d'espèces végétales différentes qu'une plantation de chênes ou de châtaigniers du même âge[12].
Résistance au froid et introductions en zone tempérées
[modifier | modifier le code]Des années 1940 à 1970, un ingénieur forestier français, André Métro (Collaborateur de la Station de Recherches forestières et expert auprès de la FAO) mène des travaux jugés pionniers sur l’introduction et l’adaptation de diverses espèces d’eucalyptus en régions méditerranéennes et tempérées, dont en France, en Afrique du Nord et dans le bassin méditerranéen. Il a notamment été étudier les eucalyptus du massif du Mont Kosciusko (« Great Dividing Range », ensemble de hautes terres orologiquement mal définies, qui longe toute la côte Est de l'Australie et culmine précisément au Mont Kosciusko (2211 m), et est l'auteur de publications de références sur l'Eucalyptus dans les reboisements, réédité à plusieurs reprises, relatives à la croissance, la résistance au froid, la variabilité génétique et aux usages industriels possibles du bois d’eucalyptus, avec une attention particulière portée à la sélection des provenances et à la gestion sylvicole adaptée aux conditions locales. Il a contribué à structurer les politiques forestières de reboisement de l’après-guerre, en promouvant une approche scientifique et pragmatique de l’introduction d’essences exotiques, mais avant que l'écologie forestière et les questions de dérèglement climatique aient pris de l'ampleur.
Au milieu du XXe siècle (de 1953 à 1960) en France, Métro, avec la Station de Recherches forestières (rattachée à l'École nationale des eaux et forêts de Nancy, qui était alors un centre de recherche et d'expérimentation forestière de référence, chargé de conduire des études sur la sylviculture, les essences forestières exotiques, et les adaptations climatiques des espèces introduites), soutenue par le Fonds Forestier National (FFN, à la recherche d'essences nouvelles à croissance rapide pour la reconstruction de l'après guerre et pour l'économie papetière), avec des services locaux, mène une vaste expérimentation sur la résistance au froid, sujet aussi étudié par L.D Pryor (1957) [13] d'une cinquantaine d'espèces d'eucalyptus (surtout originaires de montagnes peu accessibles d'Australie et de Tasmanie, mais sans données écologiques précises sur l'origine des graines importées). Un réseau de 21 sites répartis dans le sud de la France (Landes, Pays basque, Pyrénées-Orientales, Languedoc, Provence) a permis d'évaluer leur comportement face aux basses températures, selon une méthode fondée sur les minima thermiques, bien que jugée imprécise. Parmi les espèces les plus résistantes ont été trouvées l' Eucalyptus gunnii (Hook), supportant au moins –16 °C, mais présentant une forte variabilité morphologique, et Eucalyptus cinerea. En 1960, une autre étude, comparative, a été lancée sur huit lots de E. gunnii et un lot de E. cinerea (FvM), espèce moins polymorphe et bien adaptée au climat du Midi de la France[14].
Eucalyptus et incendies de forêt
[modifier | modifier le code]Les écosystèmes naturels de forêts tasmaniennes de grands eucalyptus humides de Tasmanie (TWEF pour Tall Wet Eucalyptus Forests), sont parmi les plus hautes formations végétales à feuillage caduc au monde, et on a montré qu'ils présentent une dynamique de risque d’incendie qui évolue avec leur maturité[15]. Une étude menée sur une chronoséquence de peuplements de cette essence en Tasmanie montre que le risque d’incendie diminue significativement à mesure que les peuplements vieillissent, en raison d’un sous-bois devenant plus humide, d’une structure verticale moins continue et d’une présence accrue d’espèces de la forêt pluviale[15]. Contrairement au modèle d’Olson, qui postule une augmentation continue du risque avec le temps, le comportement des TWEF correspond davantage au « modèle de l’humidité », où le risque croît après un feu puis décroît avec la maturation du peuplement vers la forêt ancienne (où les incendies de forte intensité s'avèrent rares, sauf à partir du stade où le sous-bois humide peut s’embraser). Toutefois, des chercheurs tasmaniens (Furlaud & al., 2021)[15] ont montré que ces écosystèmes sont vulnérables à une sorte de « piège écopaysager » : les perturbations sévères telles que celles induites par les feux de remplacement de peuplement, favorisent une régénération trop vaste et homogène de jeunes peuplements, qui sont eux plus inflammables, augmentant le risque de feux extrêmes à l’échelle du paysage et menaçant la résilience démographique de tout l’écosystème. Ces chercheurs recommandent donc une gestion forestière fondée sur des perturbations douces pour limiter ce risque[15].
Ces écosystèmes, là où ils sont autochtones dans les forêts tempérées australiennes de type mixte à eucalyptus, sont confrontées à un risque réel de disparition à des échelles écopaysagères, pour deux raisons :
- à cause de feux trop intenses : même réputées tolérantes aux régimes de feu grâce à la capacité de leurs espèces dominantes à rejeter de souche, ces espèces voient leur résilience mise à l’épreuve par des feux de forte intensité. Une étude (2016) menée dans les cinq ans ayant suivi un feu extrême a révélé une mortalité significative des eucalyptus, notamment jeunes (93 % de pertes pour les arbres de 10–20 cm), malgré une régénération abondante par semis dans les zones fortement brûlées[16]. Si les feux prescrits récents n’ont pas amélioré la résistance des peuplements à l’incendie, ils ont réduit leur résilience en augmentant la mortalité des jeunes tiges. La régénération par semis devient donc cruciale, mais rend ces forêts plus vulnérables aux feux futurs et aux changements climatiques, d'autant que le semis fait par l'homme peut fortement réduire la diversité génétique et la sélection naturelle ; avec un risque de simplification structurelle des peuplements[16]. Les auteurs appellent à des interventions de gestion ciblées pour renforcer la résilience écologique des forêts[16] ;
- à cause de feux également trop fréquents[17]. En effet, ces essences, dites semencières obligatoires, nécessitent environ vingt ans sans incendie pour atteindre leur maturité sexuelle et assurer leur régénération. Entre 2002 et 2015, de vastes zones de la forêt « alpine » de l’État du Victoria ont brûlé jusqu’à trois fois, compromettant le renouvellement naturel. Des enquêtes de terrain ont confirmé l’absence quasi totale de semis dans les zones multi-incendiées[17]. Un programme de semis aérien a été testé pour restaurer ces peuplements, avec des densités de jeunes plants jugées satisfaisantes à l’issue du premier été ; et bien que la mortalité ait été élevée durant les mois chauds suivant la germination, elle ne différait pas entre les zones semées naturellement et artificiellement[17]. La survie à long terme de ces forêts dépend désormais de la capacité des gestionnaires à les protéger des incendies pendant au moins deux décennies[17].
Le brûlage dirigé, selon une expérimentation (publiée en 2013, après 27 ans de suivi en forêt d’eucalyptus tolérante au feu du sud-est de l’Australie), s'avère aussi significativement réduire le stock de carbone arboré (par rapport aux zones non brûlées)[18]. Cela résulte d’effets directs (combustion), et indirects (ralentissement de la croissance, mortalité accrue), notamment chez les grands Eucalyptus obliqua. En changeant le traitement selon deux saisons (automne, printemps) et deux fréquences (tous les 3 ans ou tous les 10 ans), ni la saison ni la fréquence n’ont eu d’impact significatif sur les pertes totales de carbone[18]. Les feux d’automne à faible fréquence ont toutefois montré un meilleur potentiel de maintien des capacités de fixation du carbone. Malgré leur faible intensité, les feux prescrits répétés peuvent altérer durablement la productivité forestière mais aussi le puits de carbone forestier[18].
Les monocultures équiennes (d'un même âge) d'eucalyptus dans leur phase de croissance pré-récolte sylvicole forment des boisements particulièrement inflammables[15] qui, notamment dans le contexte du réchauffement climatique[19], contribuent à l'augmentation du nombre d'incendies dans les régions de grande plantation alors que les moyens de lutte contre le feu ont augmenté[20],[21]. Plusieurs facteurs expliquent cela : 1) les arbres de cette essence produisent des huiles essentielles volatiles hautement inflammables, concentrées dans leurs feuilles et leur écorce délitée, ce qui favorise la propagation rapide du feu ; 2) leur écorce fibreuse et leur feuillage dense contribuent à une accumulation de litière et de matériaux combustibles ; 3) ce sont des arbres pyrophiles (qui se régénèrent rapidement après un incendie, au détriment des espèces autochtones, là où il a été introduit). Ces facteurs sont adaptatifs et bénéfiques à cette espèce dans les écosystèmes australiens où le feu est un facteur écologique naturel récurrent, et où cet arbre a des consommateurs naturels (dont le koala), mais ils sont problématiques dans les régions où l'espèce devient invasive et cause d'incendies plus fréquents, plus graves et souvent plus difficiles à maîtriser. La plantation massive d'eucalyptus un peu partout dans le monde (en zone tropicale comme en Amazonie jusqu'aux zones tempérées comme en Espagne), généralement pour produire de la pâte à papier, en zones sensibles au feu (plus nombreuses en raison du dérèglement climatique) aggrave ce risque et pose des défis pour la gestion forestière et de la biodiversité, suscitant des controverses entre écologues, forestiers et papetiers, y compris concernant la sécurité des populations, en Espagne par exemple où en Galice (nord-ouest du pays, très touché par les feux de forêt, des brigades citoyennes ont en 2025 entrepris de lutter contre la prolifération des eucalyptus (Eucalyptus globulus) introduits sous Franco pour l'industrie papetière et d'autres usages. Ces brigades de « déseucalyptisation » sont nées à Froxán après un incendie en 2016, mobilisent des volontaires pour abattre les eucalyptus pour restaurer des forêts autochtones plus biodiversifiées et plus résilientes aux aléas climatiques, comme celles de chênes ou de châtaigniers. Malgré les critiques du WWF sur une vision trop simpliste du rôle de l'eucalyptus dans les incendies, le Conseil de la culture galicienne alerte sur les effets écologiques et patrimoniaux délétères de cette monoculture, qui transforme le paysage, appauvrit les sols et menace les sites archéologiques[22],[23].
Économie
[modifier | modifier le code]L'eucalyptus est planté dans de nombreuses régions du monde en raison de sa grande rentabilité. En effet, il pousse vite et donne un bois solide. Il est ensuite utilisé pour fabriquer de la pâte à papier, des poteaux électriques et des meubles, ou il sert de bois de chauffage ; on en fait aussi du charbon de bois. Poussant facilement dans les zones arides ou soumises à de grands vents, les haies d'eucalyptus constituent de bons coupe-vent. Enfin, étant de grands consommateurs d'eau, les eucalyptus ont souvent été utilisés efficacement pour assécher des marais pontins et des zones humides dans la région de Rome, notamment sous Mussolini.
Cette culture est cependant controversée, car cet arbre est très consommateur d'eau et il appauvrit les sols en minéraux[24],[25].
Principales espèces
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Il y aurait environ 715 espèces d'eucalyptus admises[26]. Seules quelques-unes ou des hybrides ont été massivement introduites en Europe et dans d'autres régions tempérées et humides du globe.
Les espèces les plus connues sont :
- Eucalyptus camaldulensis : le gommier rouge ;
- Eucalyptus citriodora : l'eucalyptus citronné, renommé Corymbia citriodora en 1995 ;
- Eucalyptus cordata ;
- Eucalyptus dalrympleana : le gommier blanc des montagnes ;
- Eucalyptus deglupta : l'eucalyptus arc-en-ciel ;
- Eucalyptus delegatensis : le gommier alpin ;
- Eucalyptus glaucescens : le gommier de Tingaringy, espèce résistante au froid et se développant très rapidement ;
- Eucalyptus globulus : le gommier bleu ;
- Eucalyptus gundal : hybride de E. gunnii et E. dalrympleana, introduit en France dans un but de production de biomasse ;
- Eucalyptus gunnii : l'eucalyptus à feuilles rondes, utilisé pour parfumer de nombreux produits ménagers ;
- Eucalyptus pauciflora : dont une sous espèce E. pauciflora subsp. niphophila, l'eucalyptus à feuilles lancéolées, ou Gommier des neiges (nipho, neige en grec) est le plus rustique de son espèce (−20 °C) ;
- Eucalyptus radiata : l'eucalyptus radié ;
- Eucalyptus regnans : l'eucalyptus royal, le plus grand des eucalyptus ;
- Eucalyptus sideroxylon : l'eucalyptus à écorce de fer ;
- Eucalyptus smithii : l'eucalyptus de Smith ;
- Eucalyptus tasmaniensis : un des trois chênes de Tasmanie.
Propriétés alimentaires et pharmaceutiques
[modifier | modifier le code]Toxicité
[modifier | modifier le code]L'eucalyptus est toxique pour les humains et les animaux de manière générale. Il contient des glycosides cyanogéniques pouvant libérer de l'acide cyanhydrique, qui agit en bloquant la respiration cellulaire[27]. Seul le koala a développé une résistance à cette toxicité[28].
Utilisation en phytothérapie
[modifier | modifier le code]L'eucalyptus est utilisé pour soigner les bronchites, la toux, les rhumes ou la sinusite[29],[30], pour ses vertus sur l'appareil respiratoire (rhinites, toux grasses, rhinopharyngites)[31], dues surtout au cinéol (ou eucalyptol) contenu dans les feuilles. On peut en faire des fumigations, des infusions ou des décoctions, ou encore en extraire l'huile essentielle ou le transformer sous forme de gélules.
Il est utilisé en confiserie, principalement dans la fabrication de gommes au goût de menthe, ainsi que dans la fabrication de pastilles ou de pâtes destinées au traitement des maux de gorge[réf. nécessaire].
Déplacement taxinomique
[modifier | modifier le code]- Eucalyptus citriodora, l'eucalyptus citronné, voir : Corymbia citriodora.
Galerie
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Forêt d'eucalyptus.
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Forêt d'eucalyptus.
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Allée d'eucalyptus à Piana.
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Eucalyptus.
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Galle d'eucalyptus.
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Eucalyptus.
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Bois d'eucalyptus - Ota (Corse-du-Sud), marina de Porto.
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Bois d'eucalyptus - Ota (Corse-du-Sud), marina de Porto.
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Eucalyptus delegatensis au jardin jungle en Normandie
Références
[modifier | modifier le code]- (en) Bergamini, D. 1964. The land and wildlife of Australia. Life Natural Library, New York (États-Unis).
- ↑ (en) Leon Costermans, Trees of Victoria and adjoining areas, Frankston, Costermans publishing, , 164 p. (ISBN 0959910549), p. 164.
- ↑ Bruno Meyerfeld, « M7, roi d'Ouganda », Le Monde, no 22111, , p. 14.Enquête publiée à l'occasion de la candidature de Yoweri Museveni à sa réélection, et narrant un épisode de fuite depuis une maison encerclée, dans les années 1970, à travers des forêts d'eucalyptus..
- ↑ Serventy, V. 1968. Wildlife of Australia. Thomas Nelon Ltd, Canada.
- Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. 1982. Les eucalyptus dans les reboisements. FAO, Italie.
- ↑ « Eucalyptus », sur jardin-jungle (consulté le ).
- ↑ Dhahri, S., & Ben Jamâa, M. L. (2008). Les insectes ravageurs des eucalyptus en Tunisie. Ann. INRGREF, 12(2), 363-372.
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- Bassou D (2003) Impact des plantations d'eucalyptus sur la diversité floristique.
- APA Thijs, K. W., Aerts, R., Van de Moortele, P., Musila, W., Gulinck, H., & Muys, B. (2014). Contrasting cloud forest restoration potential between plantations of different exotic tree species. Restoration ecology, 22(4), 472-479, résumé
- ↑ Les effets écologiques de l'eucalyptus, par M.E.D. Poore et C. Fries. Étude FAO Forêts n°59, 1986. Ed. FAO. (ISBN 92-5-202286-4).
- Impact des plantations d'eucalyptus sur la diversité floristique - Etude de cas dans le Lauragais, par Delphine Bassou. Rapport de stage AFOCEL, 2003. Une étude soignée de plantations d'eucalyptus en France.
- ↑ Pryor L.D (1957) Selecting and breeding for cold resistance in Eucalyptus. Silvae Genetica, 6, 98-109 |url= https://www.thuenen.de/media/institute/fg/PDF/Silvae_Genetica/1957/Vol._6_Heft_3-4/06_3-4__98.pdf.
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- ↑ Bowman, D. M., Williamson, G. J., Gibson, R. K., Bradstock, R. A., & Keenan, R. J. (2021). The severity and extent of the Australia 2019–20 Eucalyptus forest fires are not the legacy of forest management. Nature Ecology & Evolution, 5(7), 1003-1010.| url=https://talkingtimber.com.au/wp-content/uploads/2021/05/Bowman-et-al-2021.pdf
- ↑ Ted Williams, « America's Largest Weed », Audubon Magazine, (version du sur Internet Archive).
- ↑ « Incendies : le Portugal malade de l'eucalyptus », France Inter, (lire en ligne, consulté le ).
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- ↑ (en-GB) Guillaume Corradino, « Eucalyptus Fever Sparks Wildfire Concerns in Galicia, EDJN investigates », sur FIRE RES, (consulté le )
- ↑ Irénée Modeste Bidima, « Cameroun: l’eucalyptus, trésor controversé des grassfields », InfoCongo.org, (lire en ligne).
- ↑ Salman Rashid, « Forêt. Abattez cet eucalyptus que je ne saurais voir », Courrier International.com, (lire en ligne).
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- ↑ Memory P. F. Elvin-Lewis, Medical botany : plants affecting man's health, Wiley, (ISBN 0-471-53320-3, 978-0-471-53320-7 et 0-471-86134-0, OCLC 2463636, lire en ligne).
- ↑ Sciences et Avenir avec AFP, « Les gènes du koala l'aident à digérer l'eucalyptus, toxique pour les autres espèces », Sciences et Avenir, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Les bienfaits de l'eucalyptus », sur auJardin.info (consulté le ).
- ↑ « Propriétés médicinales de l'Eucalyptus | Herbonata.fr », sur herbonata.fr (consulté le ).
- ↑ « Huile essentielle d'eucalyptus radiata », sur passeportsante.net, (consulté le ).
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) George McCartney Chippendale, Eucalyptus Buds and Fruits, 1968
- (en) George McCartney Chippendale, Eucalypts of the Western Australian Goldfields and Adjacent Areas, 1973
- (en) George McCartney Chippendale, Eucalyptus Nomenclature, 1976
- (en) George McCartney Chippendale, The natural distribution of eucalyptus in Australia, 1981, Australian National Parks and Wildlife Service
- (en) George McCartney Chippendale, Phytogeography of Eucalyptus in Australia 1985 (coauteur) (ISBN 0644040815)
Article connexe
[modifier | modifier le code]Références taxonomiques
[modifier | modifier le code]- (en) Flora of China : Eucalyptus
- (en) FloraBase (Australie-Occidentale) : classification Eucalyptus
- (fr + en) ITIS : Eucalyptus L'Hér.
- (en) NCBI : Eucalyptus (taxons inclus)
- (en) GRIN : genre Eucalyptus L'Hér. (+liste d'espèces contenant des synonymes)
- (fr) Tela Botanica (France métro) : Eucalyptus L'Hér.
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Monographie du genre : Corymbia sur naturoscope.net
- Monographie du genre : Eucalyptus: espèces d'Eucalyptus sur naturoscope.net
