Gaule narbonnaise

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Gaule narbonnaise
Gallia Narbonensis (la)

IIe siècle av. J.-C-Ve siècle ap. J.-C

Informations générales
Statut Empire romain d'Occident
Capitale Narbo Martius
Langue Latin vulgaire
Gallo-roman

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La province romaine de Narbonnaise vers l'an 120

L'expression Gaule narbonnaise désigne, chez certains historiens du XIXe siècle, une province romaine ainsi nommée dès 118 av. J.-C. après la fondation de la colonie romaine de Narbonne. En réalité, la province a été successivement nommée :

À la suite de la réorganisation de l'Empire par Dioclétien (vers 300), sont créées les provinces de Narbonnaise première, de Narbonnaise seconde et de Viennoise.

L'expression Provincia romana, à l'origine du mot Provence, n'apparaît que tardivement, à la suite de l'occupation de ce territoire par les Ostrogoths et surtout la captation franque en 523/524[réf. nécessaire].

Historique[modifier | modifier le code]

La Gaule narbonnaise (Gallia narbonnensis), avant la conquête romaine par Jules César (58 av. J.-C.).
La Gaule narbonnaise (A.H. Dufour, La Gaule sous l'Empire romain, 1846).

La conquête romaine[modifier | modifier le code]

Rome conquiert la région entre 125 av. J.-C. et 121 av. J.-C., après une série de campagnes dirigées notamment par Gnaeus Domitius Ahenobarbus et Fabius Maximus Allobrogicus. Les Romains occupent le territoire allant des Pyrénées aux Alpes et de Toulouse au lac Léman, et la construction de la via Domitia leur permet d'établir une liaison terrestre entre l'Espagne (Hispanie) et le nord de l'Italie (Gaule cisalpine). La ville grecque de Massalia (Marseille), avec son arrière-pays, conserve son statut de cité indépendante, mais alliée à Rome.

Dès la fin de la conquête, sont fondées des villes ou des colonies, parfois associées à des installations celtes ou ligures plus anciennes :

En 107 av. J.-C., une révolte à Tolosa (Toulouse) contre la garnison romaine entraîne une reprise en main de Rome, par Cépion (Quintus Servilius Caepio) en 106 av. J.-C, qui selon la légende pille les sanctuaires gaulois, qui recelaient 70 tonnes d'or. Ce trésor, connu sous le nom de l’« Or de Toulouse », contenait des pièces prises lors des pillages en Grèce, notamment dans les sanctuaires de Delphes, par les Volques Tectosages lors de la « Grande expédition » des Celtes dans les Balkans en 280 av. J.-C..

Ces installations permettent à Rome de contrôler le territoire et d'assurer, en toutes saisons, la sécurité des liaisons commerciales et militaires entre les provinces romaines de l'Italie et celles de l'Espagne. Ainsi sont sous contrôle côté gaulois tous les cols des Alpes et les routes qui les traversent, toute la vallée du Rhône jusqu'au Lac Léman, englobant la sphère d'activité économique de Massilia, toute la côte du Languedoc entre Rhône et Pyrénées, l'Occitanie jusqu’à Tolosa, et tous les cols des Pyrénées orientales et les routes qui y passent, vers les riches provinces espagnoles. Cette conquête permet aussi à Rome de contrôler les débouchés des routes économiques gauloises vers la Méditerranée, notamment la route de l'étain, et va constituer la première étape de la conquête des Gaules par Rome, achevée par César un siècle plus tard.

La province porte le nom de Gaule transalpine (par opposition à la Gaule cisalpine, conquise par Rome vers -200) ; elle est aussi surnommée Braccata, en allusion aux braies (braccae) portées par ses habitants, alors que les habitants de Gaule cisalpine sont vêtus à la romaine.

En 109 av. J.-C., elle est ravagée par les Cimbres, les Teutons, et les Ambrons durant l'épisode de la guerre des Cimbres.

Jules César, proconsul de Narbonnaise de 58 av. J.-C. à 49 av. J.-C., l'utilise comme base pour la conquête des Gaules, puis il parachève enfin la conquête de la Gaule transalpine en annexant Massilia, qui a pris le parti de Pompée.

Le début de l'Empire[modifier | modifier le code]

Durant le principat d'Auguste, Narbo Martius (Narbonne) prend de l'importance. En 22 av. J.-C., il réorganise l'administration de la province de Gaule transalpine, qui devient une province sénatoriale, placée sous l'autorité du Sénat. Après avoir fixé la capitale à Narbo Martius, la province prend le nom de « Gaule narbonnaise », divisée en 22 cités (civitates) de taille très inégale. Les plus grandes reprennent, à peu de chose près, les limites des anciens peuples : il en est ainsi pour la cité des Allobroges (Vienne), la cité des Volques (Nîmes), la cité des Cavares (Avignon, Cavaillon et la colonie d’Orange), ou la cité fédérée des Voconces (Vaison).

Narbo Martius devient un des plus grands ports méditerranéens de commerce, au carrefour de deux grandes routes romaines, la via Domitia d'Italie en Espagne par la Gaule narbonnaise, construite en 118 av. J.-C., et la via Aquitania partant de Narbo Martius vers Tolosa (Toulouse) et Burdigala (Bordeaux). Les campagnes alentour sont partagées en de grands domaines agricoles, où on cultive le blé, l’olivier, qui fournit des huiles de qualité, et la vigne, qui produit des vins réputés. Narbo Martius connaît une période de splendeur aux deux premiers siècles de l'ère chrétienne, lorsque les ressources du terroir ainsi que les carrefours routiers et maritimes sont exploités intensivement.

Un texte de Pline l'Ancien décrit la Gaule narbonnaise, et nous donne des indications précieuses sur la manière dont elle était perçue à Rome au Ier siècle :

« Narbonensis provincia appellatur pars Galliarum quae interno mari adluitur, Bracata antea dicta, amne Varo ab Italia discreta Alpiumque vel saluberrimis Romano imperio iugis, a reliqua vero Gallia latere septentrionali montibus Cebenna et Iuribus, agrorum cultu, virorum morumque dignatione, amplitudine opum nulli provinciarum postferenda breviterque Italia verius quam provincia ».

« On appelle Province Narbonnaise la partie des Gaules sur le littoral de la Mer Intérieure. Autrefois nommée Bracata, elle est séparée de l'Italie par le fleuve Var et par les hauteurs des Alpes, rempart naturel le plus sûr pour l'Empire romain. Mais au nord, elle est séparée du reste de la Gaule par les montagnes des Cévennes et du Jura ; la Province Narbonnaise ne doit pas être considérée comme la dernière des provinces en raison de la qualité de ses cultures, de la respectabilité de ses habitants et de leurs traditions, et de l'abondance de ses ressources. Bref, la Narbonnaise ressemble plus à l'Italie qu'à une simple province ».

La réforme de Dioclétien et ses suites[modifier | modifier le code]

Au IVe siècle, sous la tétrarchie, la Gaule narbonnaise est divisée en trois provinces, toutes rattachées à la préfecture du prétoire des Gaules :

Ces trois provinces relevaient du diocèse de Vienne, si bien que la Viennoise était parfois appelée Viennoise première (Viennensis prima) ; la Narbonnaise première, Viennoise seconde (Viennensis secunda) ; la Narbonnaise seconde, Viennoise troisième (Viennensis terta) ; les Alpes-Maritimes, Viennoise quatrième (Viennensis quarta).

Tracés des grandes invasions entre le IIe et le VIe siècle.

Au Ve siècle, la Viennoise est divisée à son tour en deux provinces :

La période des invasions (Ve siècle)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Septimanie.

Lors des grandes invasions suivant l'année 406, la Narbonnaise première fut progressivement occupée par les Wisigoths, qui firent de Narbonne la capitale du Royaume de Toulouse[1].

La Viennoise et la Narbonnaise seconde formèrent le dernier carré romain avec l’Italie, avant d’être partagées vers 476 entre le royaume burgonde et le royaume ostrogoth d’Odoacre.

Liste des villes de Gaule narbonnaise[modifier | modifier le code]

Sites archéologiques de Gaule Narbonnaise[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Antiquité romaine tardive

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Drémont, M. David Louka (sous la direction de), Entre Rhône et Pyrénées : Aspects de la vie matérielle en Gaule Narbonnaise entre la fin du Ier s. av. J.-C. et le VIe s. ap. J.-C., à paraître aux Éditions M. Mergoil, coll. Archéologie et Histoire romaine, Montagnac.
  • Stéphane Drémont, « Romanisation et occupation du sol en Gaule Transalpine (IIe – Ier siècles av. J.-C.) », in M. Nier Benoit, M. Passelac, Ch. Pellecuer, P. Garmy dir., « Signes de la romanisation », chronique I, Revue arch. de Narbonnaise 31, 1998, p. 301-306.
  • M. Gayraud, « Le proconsulat de Narbonnaise sous le Haut-Empire », Revue des études anciennes, 72, 1970.
  • Ella Hémon, « Le problème des sources de la conquête de la Gaule Narbonnaise », Dialogues d'histoire ancienne, 1978, p. 135-169. [1]
  • Stéphane Morabito, « Rome et la conquête des territoires du futur département des Alpes-Maritimes », in Carte Archéologique de la Gaule 06 : Les Alpes-Maritimes, Paris, Académie des inscriptions et belles-lettres, 2010, p. 106-107.
  • Michel Bats, Bernard Dedet, Pierre Garmy, Thierry Janin, Claude Raynaud et Martine Schwaller, Peuples et territoires en Gaule méditerranéenne - Hommage à Guy Barruol, Montpellier, Revue archéologique de Narbonnaise - Suppl. 35, 2003, 586 p.
  • Michel Christol, Une histoire provinciale. La Gaule narbonnaise de la fin du IIe siècle av. J.-C. au IIIe siècle après J.-C., Paris, Publications de la Sorbonne, 2010, 702 p.
  • Dom Devis et Dom Vaisette, Histoire générale de Languedoc - tome premier, Éditions Privat et Claude Tchou pour la Bibliothèque des Introuvables, 2003, (1re édition au XIXe siècle), 1290 p.
  • Pierre Gros, La Gaule Narbonnaise. De la conquête romaine au IIIe siècle apr. J.-C., Paris, Picard, 2008, 166 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. André Bonnery, « La Septimanie sème la zizanie », Historia,‎ , p. 26-30