Galates

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Galates
Image illustrative de l’article Galates
Le Galate mourant (Palais Neuf (Rome)).

Période IIIe siècle av. J.-C.-VIe siècle
Ethnie Celtes
Langue(s) Galate, langue celte
Région d'origine Galatie, territoire conquis par les Galates dans l'actuelle Turquie.
Rois/monarques Léonorios, Lutérios, etc.

Les Galates (appelés aussi Gallogræci, « Gallo-Grecs ») sont des peuples celtes qui, dans l’Antiquité, ont migré dans le centre de l’Asie Mineure, région nommée d’après eux Galatie.

Formation de la Galatie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire des Celtes.
La tête d'un Galate, sur un objet d'art thrace en or, IIIe siècle av. J.-C.
La Galatie et les autres royaumes d'Asie mineure au Ier siècle av. J.-C.

Lors de la Grande expédition en 279 av. J.-C., des troupes celtes (300 000 hommes selon les Philippiques) ont pris la route des Balkans par la Gaule cisalpine, traversé la Grèce et gagné la Macédoine où elles se séparent. Une partie d'entre elles traverse le Danube vers le nord et s'installe dans ce qui deviendra plus tard la Moldavie où elles se mélangent aux Tyrgètes locaux et aux Bastarnes, des Germano-Celtes. D'autres vont migrer vers l'Italie par le sud des Alpes et certaines d’entre elles retournent en Gaule, dans les Cévennes et autour de Toulouse, où elles sont désormais désignées comme Volques Tectosages.

Au IVe siècle, des populations celtiques vont s’installer dans la région danubienne. Certains historiens pensent que les Galates viennent de cette région, alors que d’autres, comme Stéphane Fichtl et Anne-Marie Adam, affirment que ce peuple a des origines des Celtes des Balkans[1]. À la fin du règne de Lysimiaque en 280 av. J.-C., le « bouclier dissuasif » de la Macédoine est brisé. Lysimiaque était le roi de Thrace, un royaume qui constituait une région tampon avec les Galates. C'est alors que les Galates, placés sous le commandement de Lutérios et Léonorios, franchissent l’Hellespont vers 278 av. J.-C. à l’invitation du roi Nicomède Ier de Bithynie, en guerre contre le Séleucide Antiochos Ier, roi de Syrie. Leur appui permit à Nicomède de sauver son trône : il leur donna en récompense des terres situées au sud de son royaume, sur les bords du Sangarius. Cela ne les empêcha pas de dévaster toute la partie de l'Asie Mineure baignée par la mer Égée, depuis la Troade jusqu'à la Carie. À partir de ce moment-là, les Galates vont se tourner vers le merceneriat.

En 277 av. J.-C., Antigonos Gonatas forme une nouvelle dynastie en Macédoine, ayant perdu l’héritage de son grand-père Antigone le Borgne. À ce moment-là, il veut reprendre la Macédoine qui se trouve en pleine anarchie politique, où de 297 à 277 av. J.-C., à partir de la mort de Cassandre, huit rois se sont succédé[2]. C’est sa victoire sur les Galates qui va lui permettre d’asseoir son autorité, et il prendra par ailleurs le surnom de « Sauveur » après cette bataille (Sôtér).

Les Galates sont ensuite vaincus en 241 av. J.-C., par Attale Ier, roi de Pergame, ce qui pousse les Galates à se concentrer dans la partie nord de la Grande Phrygie, qui reçut le nom de Galatie (eux-mêmes furent appelés Gallogræci, parce qu'ils se mêlèrent à la population grecque et phrygienne du pays)[3].

Organisation de la Galatie[modifier | modifier le code]

Géographiquement, leur implantation est délimitée par le royaume du Pont et la Paphlagonie au nord, la Cappadoce à l’est, le royaume de Pergame au sud et la Bithynie à l’ouest. Ils sont désignés sous l’appellation commune de Communauté des Galates (en grec Koinon Galaton, en latin Commune Galatarum).

Cette communauté est composée de trois peuples principaux :

Chacun de ces peuples est composé d’une tétrarchie dont le pouvoir politique est partagé entre un chef, un juge (dikastès) et un commandant (stratophylax), celui-ci ayant deux officiers sous ses ordres (hypostratophylax).

Les Galates forment une confédération d’États guerriers, dirigée par une aristocratie militaire. Si l’on en croit Strabon, les tétrarques et les 300 membres du conseil se réunissent dans le Drunemeton (voir Nemeton), le sanctuaire où se rendent la justice et d’autres affaires. Leur économie repose sur l’élevage, mais surtout les razzias, les pillages, les rançons et le mercenariat[5]. Il y a un recrutement précoce de ces populations celtes comme mercenaires par les divers monarchies hellénistiques. Polyène écrit dans Stratagème : « Antigonos ayant recruté certains mercenaires galates sous le commandement de Kidérios au prix d’une monnaie d’or macédonienne ». Antigonos Gonatas a recruté plus de 11 000 hommes pendant son règne. Les Galates faisaient aussi payer de lourds tributs à l’ensemble des territoires conquis et menaient des pillages sur divers cités et royaumes de l’Asie Mineure, comme à Héraclée, qui a dû verser un tribut de 5000 stratères d’or. Ce tribut se nomme galatika. Cette communauté possède pour l’essentiel des structures rurales, avec forteresses en hauteurs et des habitats protohistoriques, les oppidas. Ils ont une réputation de cruauté. Il y a une forte cohésion de groupe, ce qui se voit à travers les combats, mais aussi par la persistance de la langue qui ne va être que peu influencée par les contacts culturels et linguistiques[6].

Les Galates et le royaume de Pergame[modifier | modifier le code]

Le premier à se rebeller face aux pillages et tributs des Galates fut Attale Ier, roi de Pergame, qui, en 241 av. J.-C, remporta une victoire décisive contre les Tolistoages aux sources Caïques[7]. C’est à la suite de cette victoire qu’un ensemble de statues de bronze furent érigées sur la colline de Pergame afin d’exalter les victoires d’Attale, comme le Galate mourant. L’art pergamien a fortement influencé l’image du Gaulois à travers la figure du Galate. Dans les diverses représentations de ce peuple, on y voit la présence forte de la nudité, mais aussi le travail sur la musculature. Le Gaulois est donc un homme fort, grand combattant, mais aussi sauvage et sans raison, comme on le voit dans la statue du Suicide du Galate[8]. C'est cet art qui a fait prospérer cette image du Gaulois durant de nombreux siècles.

On voit la fascination des Galates avec l’art pergamien, mais aussi alexandrin. Par exemple, on note la présence d’une tombe des Mercenaires à Alexandrie, où des archéologues ont aussi retrouvé plusieurs stèles évoquant les Galates[9].


Les Galates vus par Justin[modifier | modifier le code]

Les Galates, sur le point de livrer bataille à Antigone, mettent à mort leurs femmes et leurs enfants :

« Les Gaulois, ayant appris cela alors qu'ils se préparaient au combat, sacrifient des victimes pour les présages de la bataille. Mais comme les entrailles prédisent le massacre et la mort de tous, ils sombrent non dans la crainte, mais dans la démence et, espérant détourner les menaces des dieux par le massacre des leurs, ils mettent à mort leurs épouses et leurs enfants, inaugurant par le meurtre les présages de la guerre. »

Les Galates vus par Cnaeus Manlius Vulso[modifier | modifier le code]

L'historien Tite-Live rapporte dans son Histoire romaine la harangue que le consul Cnaeus Manlius Vulso prononça devant ses soldats avant d'affronter les Galates, lors de la guerre galatienne, en 189 av. J.-C. :

« Je n'ignore point, soldats, que de tous les peuples d'Asie, les Gaulois sont réputés les plus belliqueux. C'est au milieu des peuples les plus pacifiques qu'est venue s'établir cette nation farouche, après avoir couru le monde entier. Stature gigantesque, longs cheveux roux, larges boucliers, épées démesurées, chants guerriers au moment de charger l'ennemi, hurlements, trépignements terribles, cliquetis d'armes et de boucliers heurtés d'après un usage national, tout semble combiné chez eux pour inspirer la terreur. Mais laissons ceux qui ne sont pas familiarisés avec ces allures barbares, les Grecs, les Cariens, les Phrygiens, s'en effrayer : les Romains, faits à tout ce bruit, n'y voient plus qu'un vain épouvantail. Une seule fois jadis, et à une première rencontre, au bord de l'Allia, ils défirent nos ancêtres ; depuis, voilà près de deux cents ans que, comme de vrais troupeaux, ils sont égorgés et chassés par nos pères, et que les Gaulois nous fournissent plus de triomphes que le reste du monde. Notre propre expérience nous le prouve, cette première charge, si fougueuse et si bouillante, une fois soutenue, haletants, tout en sueur, leurs armes leur échappent des mains : mous de corps, l'âme sans vigueur, dès que leur emportement se refroidit, le soleil, la poussière, la soif, au défaut du fer, les abattent. Ce ne sont pas seulement nos légions aux prises avec les leurs, qui nous ont appris à les connaître ; des Romains se sont mesurés corps à corps avec eux, et T. Manlius, M. Valérius, ont fait voir la supériorité de la valeur romaine sur la fougue gauloise. Depuis M. Manlius, seul contre une armée de Gaulois, les a précipités du Capitole qu'ils tentaient d'escalader : et alors c'étaient de vrais Gaulois, nés en Gaule. Aujourd'hui ce sont des Gaulois abâtardis, du sang mêlé, des Gallo-Grecs enfin, comme on les appelle ; car il en est des hommes comme des plantes et des animaux : c'est moins le germe primitif qui contribue à leur conserver leur excellence naturelle que l'influence du terrain et du climat où ils vivent qui les fait dégénérer [...] La terre natale est un foyer de vie : tout ce qui est transplanté se transforme et dégénère. Sous ces armures gauloises, ce sont donc des Phrygiens que vous allez encore une fois égorger comme lors de la bataille contre Antiochus, des vaincus que des vainqueurs vont écraser [...] Ce n'est que chez les bêtes nouvellement enchaînées que l'humeur sauvage des bois se fait sentir : à force de recevoir leur nourriture de la main des hommes, elles s'apprivoisent : Eh bien ! ne vous y trompez pas, la barbarie, chez les hommes, s'adoucit de la même manière. Ainsi, croyez-vous que ces Gaulois sont des hommes comme leurs pères et leurs enfants ? Forcés d'émigrer par le manque de terres, ils ont longé la côte ardue de l'Illyrie, traversé la Péonie et la Thrace en combattant contre des nations belliqueuses, et sont venus s'établir ici. Endurcis, irrités par mille privations, ils ont trouvé cette contrée pour s'engourdir dans l'abondance ; fertilité du sol, beauté du climat, douceur des habitants, toute cette odeur sauvage qu'ils avaient en arrivant n'a pu leur résister. Par le ciel ! enfants de Mars, fuyez, fuyez au plus tôt cette perfide langueur de l'Asie ! Ces voluptés d'un autre ciel énervent les âmes ! La vie, les mœurs de ces peuplades sont contagieuses ! Ce qu'il y a d'heureux, c'est que si peu que soient pour vous les Gaulois, ils conservent encore dans l'esprit des Grecs cette réputation de vaillance qu'ils avaient en arrivant ; et ainsi la victoire vous donnera aux yeux des alliés la même gloire que si c'étaient des Gaulois de la vieille trempe que eussiez vaincus ![10] »

Entrée dans l'Empire romain[modifier | modifier le code]

Guerrier galate blessé, statue de l’agora des Italiens à Délos, vers 100 av. J.-C., musée national archéologique d’Athènes

En 189 av. J.-C., une expédition romaine menée par Cnaeus Manlius Vulso ravage la Galatie. Eumène II, roi de Pergame, vainqueur des Gaulois, aurait même annexé la Galatie en 183. Toutefois un sénatus-consulte octroie l'autonomie aux Galates en 166.

Les Galates luttent contre Mithridate, roi du Pont, et détruisent un corps d'armée en 73 av. J.-C.

La réorganisation administrative de l'Asie Mineure par Pompée confie le pouvoir à trois princes, sous la surveillance du Tolistobogien Déiotaros, qui est fait roi (66 av. J.-C.). Marc Antoine procède à une nouvelle réorganisation qui agrandit le territoire de la Galatie, mais le pouvoir est confié à des hommes sûrs, étrangers aux familles régnantes (37/36 av. J.-C.).

La Galatie est évangélisée dès les débuts de l’ère chrétienne. Vers l'an 49, saint Paul rédige une épître aux Galates qui fait partie du Nouveau Testament.

Au IVe siècle, saint Jérôme rapporte que les Galates d'Ancyre parlent le gaulois de Trèves[11].

Assimilés par la population locale devenue hellénophone, les Galates disparaissent des sources au Ve siècle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Stephan Fichtl, Les peuples gaulois (IIIe-Ier siècles av.J.-C.), Paris, Editions Errance, , 179 p. (ISBN 9782877722902)
  2. Will, Édouard, (1920-1997),, Histoire politique du monde hellénistique 323-30 av. J.-C., Editions du Seuil, dl 2003 (ISBN 202060387X et 9782020603874, OCLC 491073075, lire en ligne)
  3. Dictionnaire général de biographie et d'histoire par Ch. Dezobry et Th. Bachelet publié en 1873 chez Delagrave
  4. Strabonis Geographica: Graece cum versione reficta, Volume 1 ed.Karl Müller, Editore Ambrosio Firmin Didot, Paris, 1853
  5. Brunaux, Jean-Louis, 1953- et Impr. Clerc), Guerre et armement chez les Gaulois : 450-52 av. J.-C., Errance, (ISBN 2903442622 et 9782903442620, OCLC 416964363, lire en ligne)
  6. Szabó, Miklós, 1940- ..., Centre européen d'archéologie du mont Beuvray. et Impr. Laballery), Les civilisés et les barbares du Ve au IIe siècle avant J.-C. : actes de la table ronde de Budapest, 17-18 juin 2005, vol. 3, Bibracte, Centre archéologique européen, (ISBN 2909668487 et 9782909668482, OCLC 469526495, lire en ligne)
  7. Hubert, Henri, 1872-1927., Les Celtes, Albin Michel, (ISBN 2226122605 et 9782226122605, OCLC 319905774, lire en ligne)
  8. Jean-Louis Voisin, « La mort volontaire du vaincu chez les Celtes : du lac Vadimon au Galate du Capitole », Mélanges de l'école française de Rome, vol. 121, no 2,‎ , p. 395–405 (DOI 10.3406/mefr.2009.10901, lire en ligne, consulté le 29 avril 2019)
  9. Adolphe Reinach, « Les Galates dans l'art alexandrin », Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, vol. 18, no 1,‎ , p. 37–116 (DOI 10.3406/piot.1911.1686, lire en ligne, consulté le 29 avril 2019)
  10. Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXXVIII, 17 (extrait, sur le site de Philippe Remacle).
  11. Saint Jérome, Commentaire de l'Épître aux Galates.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Félix Robiou, Histoire des Gaulois d'Orient, Paris, 1876 (lire en ligne)
  • Christian-Joseph Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, La Société celtique, Ouest-France Université coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1991, (ISBN 2-7373-0902-6)
  • John Haywood, Atlas historique des Celtes, coll. « Atlas/Mémoire », Paris, Éd. Autrement, 2002, (ISBN 2-7467-0187-1)
  • Les Celtes, ouvrage collectif (catalogue de l'exposition européenne d'archéologie celtique), Palazzo Grassi - Venise, 1991, Bompiani, (ISBN 2-23700-484-6)
  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique 323-30 av. J.-C., coll. « Points Histoire », Paris, Éd. du Seuil, 2003, (ISBN 2-02-060387-X)
  • Fichtl Stephan., Les peuples gaulois, Paris, Editions Errance, 2012
  • Brunaux Jean-Louis, Guerre et armement chez les gaulois (450-52 av. J.-C.), Paris, Editions Errance, 1987
  • Szabó Miklós, Celtes et Gaulois, l'Archéologie face à l'Histoire, Les Civilisés et les Barbares du Vè au IIè siècle avant J.-C., Juin 2005 à Budapest, Glux-en-Glenne, Bibracte, 2006
  • Sartre Maurice, L'Anatolie hellénistique de l'Egée au Caucase (334-31 av. J.-C.), Paris, Armand Colin, 2004

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]