Galion

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Galion schématisé : observez le gréement carré et la voile latine triangulaire sur la mât d'artimon (arrière).
Le Neptune à Gênes

Un galion (Galleon en anglais), est un grand navire à voiles armés, naviguant en escorte, destiné aux échanges avec les colonies européennes[1] entre le XVIe siècle et le XVIIIe siècle.

Il s'agit de navires à plusieurs ponts, à chateau arrière et avant, entre trois et cinq mâts gréées en voiles carrées, avec une voile latine sur le mât arrière (mât d'artimon). Il possède fréquemment un petit mât en bout de beaupré (mais ce n'est pas une constante).

Navire espagnol à l'origine, les galions ont constitués par la suite, les bâtiments principaux de la marine de guerre des flottes d'autres nations (britannique, néerlandaise, ...), avant le développent des bricks, frégates et les vaiseaux de ligne trois-mâts carrés à partir du XVIIIe siècle. Ils ont toutefois perdurés jusqu'au début du XIXe siècle.

Etymologie[modifier | modifier le code]

Le terme galion ou galéon dans sa forme d'origine, pourrait avoir une étymologie différente[2] : du vieux français (1272) 'galie' "apparenté à une galère"[3],[4], de l'espagnol 'Galeón' du portugais 'Galeao', du grec byzantin 'Galea'[5] qui était un navire de guerre de la marine byzantine[6] ou du grec 'Galeos'  : aiguillat[7] évoquant sans doute la poupe en pointe, qui est à l'époque, une caractéristique nouvelle.

Historique[modifier | modifier le code]

Un galion espagnol

Origines : évolutions de la caraque[modifier | modifier le code]

On attribue aux capitaines de la marine espagnole, Pedro Menéndez de Avilés et Álvaro de Bazán, la conception aboutie et définitive de la coque des galions en Espagne dans les années 1550[8].

Au milieu du XVIe siècle, les caraques évoluent : un abaissement des gaillards qui deviennent rectangulaire au lieu de leur forme ronde antérieure, et par l'allongement de la coque. Ceci permet une avancée technique importante en navigation, tant par la stabilité dans l'eau que la réduction de la résistance au vent à l'avant. Ce qui conduit à un navire plus rapide et plus maniable.

L'évolution mêle les techniques de la caraque nordique aux galeons méditerranéens, dans laquelle sont introduites des caractéristiques de la caravelle portugaise, comme la poupe carrée qui supplante celle ronde des caraques. La coque est allongée et plus fine, ce qui le rend plus rapide et l'abaissement du château le rend plus stable en diminuant le poids dans les hauts.

« Le galion s’est développé en réponse aux besoins de l’Espagne de cargos transocéaniques capables de triompher d’assauts de corsaires. On attribue à Pedro de Menéndez et Álvaro de Bazán (héros de Lépante), le développement de prototypes de galées à coque (et parfois rames) allongée(s) dotées d’une poupe et d'une proue de caraque ou de nef. Les galions étaient à un, deux ou trois ponts, et portaient deux mâts ou plus gréés de voiles et huniers carrés (à l'exception de la voile latine du mât d' artimon). Ils jaugeaient un millier de tonneaux ou plus. Le San Pelayo de Menéndez (1565) était un galion de 900 tonneaux qu’on qualifiait alors indifféremment de naos et de galéasse. Il embarquait 77 marins et 18 artilleurs, et a transporté jusqu’à 317 soldats et 26 familles, en plus des provisions et de sa cargaison. Il était armé de fer. »

— Albert C. Manucy, Pedro Menéndez de Avilés, Captain General of the Ocean Sea[9] (1992)

Les galions sont, en revanche, généralement plus petit que la baraque : au Portugal par exemple, les caraques étaient généralement de très grands navires pour leur temps (souvent plus 1000 t), tandis que les galions étaient pour la plupart de moins de 500 tonnes. Bien que les Galions de Manille pouvait atteindre jusqu'à 2.000 tonnes ou comme celui de 1 200 tonneaux commandé par l'amiral ottoman Zemis Aga, dont la capture par les galères de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem devant Rhodes le , à bord duquel se trouvait la sultane et l'héritier, fut le déclencheur de la Guerre de Candie.

Avec l'introduction du galion sur la Route des Indes au cours du premier quart du XVIe siècle[10],[11], peu à peu le caraques ont commencé à être moins armé et sont devenues presque exclusivement des navires de charge (ce qui explique leur grandes tailles), laissant le role militaire aux galions dans un premier temps.

Alors que les caraques était légèrement armés et utilisés principalement pour le transport de marchandises, les galions étaient lourdement armés et plus rapide. Comme les caraques, les galions ont servi aussi bien pour le commerce qu'à des usages militaires. Ils pouvaient être armés ou pas en cours de carrière pour l'une ou l'autre de ces fonctions. Ils ont, cependant, eu tendance à supplanter les caraques pour la guerre du fait de leurs performances supérieures. Ils étaient la plupart du temps armés par des demi-couleuvrines, quoique des armes de calibre supérieur, comme le demi-canon, eussent été embarqués.

Origines : évolutions de la galéasse[modifier | modifier le code]

Le galion utilise exclusivement des voiles contrairement aux galéasses, grand bâtiment à voile et rames qui ont cohabité dans les premies temps, et qui était un mélange entre un galion et une grande galère avec un gréement en voiles latines.

L'âge d'or des galions[modifier | modifier le code]

Les caraques ont joué un rôle de premier plan, dans les premières explorations mondiales, les galions ont poursuivi se rôle au XVIe et XVIIe siècle. En fait, galions étaient si polyvalent, qu'un seul navire pouvait tour à tour servir de vaisseau de guerre et en temps de paix assumé un rôle de transport de marchandise ou d'exploration.

Les galions étaient construits en chêne (pour la quille), en pin (pour les mâts) et d'autres bois durs pour la coque et les ponts. La construction d'un galion coûtait extrêmement cher. Des centaines d'artisans experts (charpentiers, forgerons, tonneliers, etc.) travaillaient nuit et jour pendant des mois avant que le navire puisse prendre la mer. Les galions étaient par conséquent souvent financés par des groupes de riches commerçants. C'est pourquoi la plupart des galions étaient affectés au commerce. Lorsqu'un navire était capturé par une puissance rivale, il était armé pour la guerre.

À cause de la durée passée en mer et des conditions de vie difficiles à bord, des systèmes complexes de manipulation du gréement furent développés, de telle manière que le navire puisse être conduit par une fraction seulement de l'équipage.

Les plus anciennes traces en Angleterre est un manuscrit appelé "Fragments of Ancient Shipwrightry" fait aux environ de 1586 par Mathew Baker, un maître charpentier. Ce manuscrit, tenue à la Bibliothèque Pepysian, Magdalene College, Cambridge, fournit une référence authentique pour la taille et la forme des galions anglais typiques construits au cours de cette période. Sur la base de plans de thèse, le Science Museum, Londres a construit un modèle navire 01h48 à grande échelle qui est un exemplaire de galions de cette époque[12].

Son emploi dans les marines nationales[modifier | modifier le code]

Maquette réalisée à partir des premiers plans connus des galions en Angleterre.

Les principaux navires de guerre des flottes de la Royal Navy britannique et de l'Invincible Armada espagnole qui se sont affrontés à partir de 1588 durant la Guerre anglo-espagnole étaient des galions. Construit en 1534, l'un des plus grand et des plus puisant galions portugais étaient le São João Baptista (surnommé Botafogo) : un galion de 1000 tonnes et 366 canons (de calibres variés).

Les dépenses engagées dans la construction de galion étaient importantes. Pour couvrir les frais, des groupes ou des hommes d'affaires fortunés était associé pour la construction d'un nouveau navire, initialement utilisé pour le commerce afin de rentabilisé sa construction. Les batiments capturés par les états rivaux étaient généralement mis en service militaire.

L'Angleterre, dans le dernier quart du XVIe siècle, commence à produire des galions plus performants pour le combat au canon. Les châteaux arrière abaissés et les surfaces de voilure agrandies, leur procurent une plus grande vitesse par rapport aux modèles espagnols. De plus, l'artillerie de plus gros calibre est supérieure en portée. Ce sont ces navires qui vont repousser l'Invincible Armada. Au début du siècle suivant, leur taille s'accroîtra et leur voilure s'amplifiera pour donner naissance aux navires de ligne.

Son évolution et déclin après le XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

A partir du XVIIIe siècle, les galions sont rendu obsolète dans la marine de guerre par l'évolution des combats navals et les navires plus modernes : les brick, frégates et les vaisseaux de lignes à trois-mâts carrés de très grandes capacité de feu. Ils continuent toutefois de cotoyer les bâtiments modernes et à être utilisés comme navire de commerce jusqu'au début du XIXe siècle, au moment où les clippers et les navires de ligne le rendirent obsolète pour le commerce également[13]. Le galion reste néanmoins l'ancêtre de tous ces navires gréés à voiles carré qui deviendront trés répandue à partir du XVIIIe siècle.

Caractéristiques et spécificités des galions[modifier | modifier le code]

Carénage et poulaine[modifier | modifier le code]

Diverses spécificités caractérisent les galions[2] :

  • L'imposante poulaine pointue (proue).
  • L'important chateau arriere trés caractéristique, de forme carrée mais plus bas que les caraques.
  • Une coque renforcée, non ventrue, faisant place aux formes arrondies, mais moins optimisées pour la navigation, rencontrées sur les caraques et caravelles de la fin du Moyen Age.

Voilures et avantages[modifier | modifier le code]

Les galions sont très répandus avant le XVIIIe siècle, ils combinent[2] :

  • les voiles latines sur les mât(s) arrière(s), faciles à manœuvrer par toutes directions (allure) de vent. Une voile par mât.
  • les voiles carrées ou en trapèzes sur le grand-mât et mâts de misaine les qui permettent une surface et une vitesse maximale par vent arrière. Généralement trois voiles par mâts : Grand-voile ou voile de misaine, huniers et perroquets.
  • le beaupré (mât horizontal ou oblique à la proue du navire) porte également une petite voile carrée : la civadiere fixée directement sur le beaupré, ou/et une voile carré fixé sur un petit mât en bout de beaupré parfois présent.

Hors les traversés transatlantiques pour lequelles sont destinées ces navires, utilise par exemple les Alizés par vent arriere. Le gréement carré permet ainsi de minimiser le temps de trajet de plusieurs jour voir semaines, sur de long trajets et diminuer les vivres nécessaires et le risque lié à la traversé. Il permet par ailleurs d'augmenter la charge transportée.

Mâts[modifier | modifier le code]

Les galions disposent de trois à cinq mâts. Les mâts avants, gréés en voiles carrées et le mât arrière (ou les deux mâts arrières pour les 4 et 5 mâts) est gréé en voiles latines (triangulaires). Les mâts carrés font le double en taille des mâts portant une voile latine[2].

Pour un trois-mâts les noms correspondent aux noms usuels : mât de misaine (avant), grand-mât, mât d'artimon à l'arrière.

Dans le cas d'un quatre-mâts, on parlera d'avant en arrière :

  • Mât de misaine (avant) à phare carré[14]
  • Grand-mât à phare carré
  • Mât principal d'artimon (voile latine)
  • Mât d'artimon (voile latine) aussi appelé « mât de bonne aventure ».
Gréement des premiers galions (en anglais). Attention 'mizzen' en anglais est un faux-ami qui désigne l'artimon. Le mât de misaine de dit en anglais 'fore-mast'.

Exemple de navires[modifier | modifier le code]

Ils n'existe pas de galions original encore visible aujourd'hui, à l'exception du Vasa renfloué.

Tous les galions actuels en états de naviguer ou à quai, sont des répliques principalement pour le cinéma ou pour constituer une attraction touristique, tant pour l'imaginaire que ces navires suscitent que la symbolique lié aux pirates très populaires.

Répliques[modifier | modifier le code]

  • Le Neptune (1986) : réplique d'un galion pour le film Pirate de Roman Polanski en 1986, amarré dans le port de Gênes.
  • Le MS Dragon, réplique stylisée d'un galion à cinq-mâts.
  • L'Andalucia

Navires anciens encore visible aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le Vasa, seul galion original préservé. Il a coulé en 1628 et a été renfloué en 1961 pour sa conservation en tant que navire-musée.

Navires disparus[modifier | modifier le code]

  • São João Baptista surnommé Botafogo, est le navire de guerre le plus puissant lors de son lancement en 1534 par les Portugais. Devenu célèbre pendant la Conquête de Tunis (1535), où il a été commandé par Infante Luis, duc de Beja.
  • Adler von Lübeck le plus grand navire lors de son lancement en 1566.
  • San Salvador, navire principal de João Rodrigues Cabrillo qui en 1542 à explorer l'actuelle Californie aux États-Unis.
  • San Pelayo, un galion de 906 tonnes, fleuron de Pedro Menéndez de Avilés lors de son expédition pour fonder St. Augustine en Floride en 1565. Ironie du sort, le navire était si grand qu'il ne pouvait pas entrer dans le port de St. Augustine, alors Menendez a ordonné de décharger et a renvoyer l navire à Hispaniola. À une date ultérieure son équipage mutiné et a navigué vers l'Europe où le navire fait naufrage au large de la côte du Danemark.
  • Ark Raleigh, navire conçu et construit par Sir Walter Raleigh. Il a ensuite été choisi par Lord Howard, pour être le navire amiral de la flotte anglaise dans la lutte contre l'Armada espagnole en 1588 et a été sommairement rebaptisé Ark royale.
  • HMS Revanche, un galion construit en 1577, il est le navire amiral de Sir Francis Drake dans la bataille contre l'Armada espagnole. en 1588. Capturé par était une flotte espagnole au large de Flores aux Açores en 1591, il a coulé durant son retour en Espagne.
  • Padre Eterno, galion portugais Lancé en 1663. Il a été considéré comme le plus grand navire de son temps, transportant 144 pièces d'artillerie et capable de transporter jusqu'à 2.000 tonnes de marchandises.

Galerie photos[modifier | modifier le code]

La réplique Neptune à son port d'attache à Gênes.
Chateau arriere du Neptune vue du pont
Figure de proue du Neptune
MS Dragon, une réplique stylisée de galion à cinq-mâts lors des Tall Ships' Races à Gdynia (2009)
MS Dragon à Gdynia en 2009
Détail de la poupe très stylisé du MS Dragon
Le Galion Andalucia à Quebec Ville en 2016
L'Andalucia
Détail du beaupré

Note et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Dictionnaire de la marine à voiles (Pâris et De Bonnefoux, réédition de 1999), page 342
  2. a, b, c et d Traduction partielle de la page wikipedia en anglais
  3. Wiktionnaire "Galion"
  4. (en) « Collins Concise Dictionary English »
  5. http://www.etymonline.com/index.php? term = galion
  6. Anderson, Roger Charles,' 'navires de combat avirons: de l'époque classique' galea. ' à l'avènement de la vapeur. »« Londres. 1962, p. 37-39
  7. Henry George Liddell et Robert Scott Galeos, Un grec-Anglais lexique
  8. Walton, Timothy R. (2002).The Spanish Treasure Fleets. Pineapple Press Inc, p. 57. ISBN 1-56164-261-4
  9. p.100, paru chez Pineapple Press, Inc.
  10. [3] Os Navios e comme Técnicas Seculos XV e du XVI NAUTICAS Atlánticas: Os Pilares da estrategia 3C - amiral Antonio Silva Ribeiro - Revista Militar Modèle:Pt icône
  11. [http: //cvc.instituto-camoes. pt / navegaport / c11.html] Galeao - icon pt Navegações Portuguesas par Francisco Contente Domingues {{}}
  12. (en) « Nautarch (Fragments) »
  13. Traduction partielle de la page wikipedia en anglais
  14. Un phare en marine est un mât équipé de ces voiles

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • HERON Jean Benoit, Ces Bateaux qui ont découvert le monde, Le Chasse Marée - Glénat, , 127 p. (ISBN 9782723497343)
  • Parïs et De Bonnefoux, Dictionaire de marine à voiles, Editions du Layeur, 1999 (réédition d'un ouvrage du 19eme siècle), 720 p.
  • Alertz, U. (1991) Vom Schiffbauhandwerk zur Schiffbautechnik : die Entwicklung neuer Entwurfs- und Konstruktionsmethoden im italienischen Galeerenbau (1400-1700), Hamburg : Kovač, ISBN 3-925630-56-2
  • Humble, R. and Bergin, M. (1993) A 16th century galleon, Inside story series, Hemel Hempstead : Simon & Schuster, ISBN 0-7500-1339-7
  • Kirsch, P. (1990) The Galleon: the great ships of the Armada era, London : Conway Maritime, ISBN 0-85177-546-2
  • Rutland, J. (1988) A galleon, 2nd rev. ed., Connaty, M. (ed.), London : Kingfisher, ISBN 0-86272-327-2
  • Serrano Mangas, F. (1992) Función y evolución del galeón en la carrera de Indias, Colección Mar y América 9, Madrid : Editorial MAPFRE, ISBN 84-7100-285-X

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]