Aurès

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35° 20′ N 6° 41′ E / 35.33, 6.683 ()

Aurès
Localisation des Aurès
Localisation des Aurès
Géographie
Altitude 2 328 m, Djebel Chélia
Massif Atlas saharien
Longueur 200 km
Largeur 90 km
Administration
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Wilayas Batna, Biskra, Khenchela, Oum-El-Bouaghi, Tebessa
Géologie
Âge Crétacé
Roches Roches métamorphiques et sédimentaires

L’Aurès est un vaste territoire montagneux historique et ethnolinguistique dans l'est de l'Algérie, dans lequel vivent les Chaouis, groupe berbérophone. Cette région était connue dès l'Antiquité sous le nom d'Aurasius mons, toponyme latin signifiant « la montagne fauve »[1]. Les Aurès faisaient partie du territoire de l'ancienne Numidie[2].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le terme Aurès est dérivé du berbère Awras signifiant « fauve », ainsi Adrar n'Awras est littéralement la « montagne fauve » en raison notamment du nombre important de fauves qui s'y trouvaient il y a à peine un siècle encore ainsi qu'en raison de la couleur jaune fauve du massif[réf. nécessaire]).

Géographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Géographie de l'Aurès.

Évocation ancienne[modifier | modifier le code]

Ancienne carte de Djebel Aoures par Luis RINN en 1893.

Le récit de Procope dans les Guerres des vandales indique qu'en l'an 539, lorsque le général byzantin Solomon est envoyé pour la seconde fois en Afrique par l'empereur Justinien, il pacifie d'abord les provinces de Zeugitane, de Numidie et de Byzacène. Il entreprend ensuite de soumettre les Aurès avec une partie de l'armée byzantine commandée par Gontaris, venue camper non loin du fleuve Abigas, près de Baghaï, ville alors abandonnée à la suite des incursions des Aourasiens, qui l'avaient ruinée. Après un combat malheureux, le général byzantin est forcé de se retrancher, quand arrive, avec le reste de l'armée, Solomon qui lui envoie des renforts et qui va camper 50 stades plus haut (c'est-à-dire dans la plaine au-dessous de Mascula (Khenchela), alors ruinée et dont, pour cette raison, Procope ne parle pas)[3].

Situation[modifier | modifier le code]

Relief du Nord de l'Afrique.
Image prise à partir du village d'Ighz'ar n Taqqa ou Oued taga dans les Aurès.
La forêt de Bouhmama (Chélia) entre la wilaya de Batna et Khenchela.

Le nom Aurès désigne en majeure partie toute la série orientale du massif de l'Atlas, ayant comme représentant son sommet, le djebel Chélia.

Pendant la période romaine et numide, Salluste décrit une chaîne de montagnes qui sépare deux régions, l'une maritime (la côte est de l'Algérie) et l'autre intérieure (Tell). Les monts Aurès se terminent par le désert du Sahara[4]. D'autres sources indiquent que le nom du bouclier ou de la chaîne de montagnes s'appelait Auréus clupeus et qu'on lui a donné ensuite le nom de Mons Aurasius.

Selon les géographes du Moyen Âge, Procope propose une surface allant de 1 800 à 2 000 km2. Ibn Khaldoun délimite les Aurès par le royaume des Kutumas, les Zibans, le Mzab, l'Oued righ. Ibn Khaldoun désigne par les Aurès, le royaume des Zénètes.

L'historien et géographe français, Émile Félix Gautier (de l'université d'Alger) distingue l'Aurès oriental de l'Aurès occidental d'après les études d'Ibn Khaldoun[5]. Pendant la guerre d'Algérie, les responsables de l'armée de libération nationale (ALN) nomment les Aurès par Wilaya I qui correspond en superficie à 450 000 à 500 000 km2. Cette superficie désigne le territoire chaouis, qui englobe une partie de la Hodna à la frontière tunisienne et de Doucen à Aïn M'lila.

D'après Ammar Negadi, à l'est, les monts Aurès englobent la région qui va de Souk Ahras à Négrine et dépassent la frontière tunisienne et dépassent M'daourouch et longent la wilaya de Tébessa (Nememcha). Vers le sud, les Aurès s'étendent vers le sud-ouest de la Wilaya de Biskra à Négrine. Vers l'ouest, les limites des Aurès atteignent la Petite Kabylie. Les Aurès comprennent une partie de la wilaya de Sétif et de la Wilaya de Mila. Le contour passe les régions de Aïn Oulmene, de Maghra, de Barika et de M'doukal. Vers le nord, les Aurès comprennent une partie des wilayas de Sétif, d'Oum el Bouaghi et de Skikda jusqu'à la wilaya de Souk-Ahras.

D'autres limitent les Aurès juste à la wilaya de Batna et désignent la ville de Batna comme étant la capitale des Aurès. Certains regroupent les Aurès en deux wilayas : Batna et Khenchela. D'autres font de l'ensemble des wilayas respectives : Batna, Khenchela et Oum el Bouaghi toute la région des Aurès.

Topographie[modifier | modifier le code]

Les Aurès forment la partie est de l'Atlas saharien dont le point culminant est le djebel Chélia à 2 328 mètres d'altitude. Les Aurès sont une région comprenant une chaîne de montagnes et des plaines située en Algérie. C'est un massif n'offrant guère de passages nord/sud, mais partiellement traversé par une dépression synclinale nord-est/sud-ouest au fond de laquelle coule l'oued Abiod.

  • Les rivières et les barrages d'eau : Oued Abiod (en amazigh Ighzer Amellal), barrage de Timgad, Oued Abdi (en amazigh Ighzer n'Abdi), Oued el ahmer (en amazigh Ighzer Azggagh), Oued Taga (en amazigh Ighzer n'Taqqa), barrage de Beni Haroun Wilaya de Mila, marais de Medghassen (en amazigh Alma n'Imadghassen), marais de Draâ Boultif (en amazigh Alma n'Ighil n'Boultif), Chott Djendli, Chott Tincilt, Oued El Madher, etc.
  • Les montagnes : le djebel Chélia (2 328 m) (Batna- Khenchela), le mont Bouarif (Batna), col du Telmet (en amazigh Tizi n'Talmet), (pic des Cèdres) près de Batna, Chechar (Tbessa), Belezma (Batna), Awras (Batna), Mahmel, Mahmed Wilaya de Batna (2 321 m) Bouzina), Nouacer, le col d'Ouled Ali (en amazigh Tizi n'Ath Ali), le col Tifrasin (en amazigh Tizi n'Tifrassin), Djebel Ouled Aïcha (en amazigh Adhrar n'Ath Aicha), Djebel Ben Bouslimane (en amazigh Adhrar n'Ath Bou Sliman), Djbel Ali (en amazigh Ich n'Ali, près de Batna), etc.
  • Les plaines : Nerdi (Bouzina dans la Wilaya de Batna)
  • Les forêts : les forêts de Belezma, les forêts de Beni-Oudjnan, les forêts de Beni Amloul (en amazigh Ath Melloul), les forêts d'Ouled Yakoub, forêt Bouarif, forêt Legag, etc.
  • Les espaces ou parcs protégés : parc national de Belzma
  • Les oasis : El Kantara, Ghoufi, etc.
  • Les gisements et ressources naturelles : ciment, sel, mercure, fer, zinc, cuivre, argent, or, plomb, antimoine, phosphates, pétrole, gaz, bois, etc[6].
  • source thermale : la Fontaine chaude Hammam Essalihine de Khenchela, source de Batna (Kasrou), source de Biskra, source de Guelma (hamam Maskhoutine), etc.

Climat[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Climat en Algérie.
Le mont de Boserdon (1 690 m) à Hammam Essalihine

Les hivers sont très froids, la température atteint parfois fois les -18 °C sans facteur humide. Les étés sont très chauds. Le thermomètre affiche parfois 50 °C à l'ombre. Les variations de température sont très importantes dans cette région. La température estivale varie de 30 °C à 38 °C.

La quantité de pluie indique environ 325 mm de moyenne annuelle au niveau des grandes villes mais ces quantités sont largement dépassées en haute montagne où règnent des microclimats humides. Les chutes neigeuses sont au rendez-vous chaque année à partir de la seconde moitié du mois de novembre et jusqu'à début mars. Les montagnes restent enneigées jusqu'au mois d'avril, voire début mai. Des pluies diluviennes sont également constatées. Les dégâts peuvent être considérables.

Faune et flore[modifier | modifier le code]

Les glands du chêne vert constituent une part importante du régime alimentaire dans les Aurès

Certaines espèces de poissons vivent dans les eaux de rivières ou de ruisseaux près de Timgad.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire des Aurès.
Medghassen la sépulture du roi Numide[7] et patriarche des Zénètes selon Ibn Kheldoun[8]
Ruines de Timgad
Massinissa, roi des Massyles 206- 203 puis roi de Numidie 203-148. Il fit tomber Carthage aux côtés des romains.

Les Aurès et sa tribu les Chaouis ont toujours été terre de révoltes et de déclenchement de conflits depuis l'Antiquité mais aussi bien avant[9],[10],[11]

Le mausolée de Medghassen dans les Aurès date de 300 ans av. J.-C. Il s'agit d'un monument numide ; il représente le plus ancien mausolée de l'actuelle Algérie[12]. Les Aurès auraient formé le noyau des Zénètes (Maghraoua, Ifren, Djerawa, Zianides, Mérinides, etc.). Selon l'hypothèse controversée d'Ibn Khaldoun, Medghassen serait le patriarche des Zénètes[8].

Les Romains fondent Lambèse à Batna comme capitale du siège romain. Plusieurs villes et capitales se développent, Tobna, Timgad (Batna), Cirta et Tiddis à Constantine, Madaure et Baghaï à Khenchela, Theveste à Tebessa, Diana (Zana) à Batna, Hippone à Annaba, Thibilis et Calama à Guelma, Nicivibus ou N'gaous à Batna, Vescera à Biskra, Djemila, Thagaste, ville natale de Saint Augustin, Madaure (M'daourouch) dans la Wilaya de Souk-Ahras, Sitifensium à Sétif.

Massinissa, né vers 238 av. J.-C. dans la tribu des Massyles (Mis Ilès) et mort au début janvier 148 av. J.-C., unifiera la Numidie. Plusieurs rois lui succèderont.

Plusieurs chefs berbères se révoltent ensuite dans les Aurès. Tacfarinas (première moitié du Ier siècle après J.-C.)), combat l'Empire romain sous le règne de l'empereur Tibère. Faraxen, en l'an 253 ap. J.-C.[13], venant du Djurdjura, attaque la Numidie romaine[14], avec l'aide de cinq tribus, les Quinquegentiani et les Babares et les tribus originaires des Aurès, du sud et du Hodna. Il sera capturé à Lambèse, à 10 km de Batna vers 260 ap. J.-C. Les inscriptions qui indiquent sa capture par les Romains sont à Lambèse. On peut également citer le nom de Yabdas, roi des Aurès, vers 536[15].

Les Vandales et les Byzantins vont influencer la région. Plusieurs révoltes sont recensées par les historiens notamment des Zénètes. Selon Corripus dans la Johannide, la cavalerie des Zénètes dont les Ifren ou Ayth Ifren était investie dans la guerre des Berbères contre les Byzantins entre 547 et 550 au temps de Jean Troglita.

Ensuite, les musulmans arrivent pour islamiser la région. Koceila et Dihya vont s'imposer dans la région et dans tout l'est de l'Afrique du Nord.

Au VIIe siècle, d'après Ibn Khaldoun, les Aurès étaient principalement habités des Aurébas, tribu de Koceila, des Zénètes Djerawa, tribu de la reine Kahina-Dihiya, et des Houaras[16]. Les tribus Aurébas sont également décrites comme étant originaires de l'actuelle Libye[17]. Dans son ouvrage The Muslim conquest and settlement of North Africa and Spain (ouvrage librement consultable sur le net), l'auteur Abd al-Wāḥid Dhannūn Ṭāhā, s'appuyant sur plusieurs sources bibliographiques dont celles d'Ibn Khaldoun, précise page 26 de son livre la présence, avant la conquête islamique du Maghreb, de tribus Aurébas dans l'actuel Maroc[18].

L'unité politique et administrative de la Berbérie Orientale et Centrale était en grande partie réalisée par Kusayla qui s'était converti à l'Islam. Dès lors, un conflit éclate entre ce chef berbère et le chef des armées omeyyades. Kairouan est prise par Koceila, ce dernier s'étant reconverti au christianisme. Oqba Ibn Nafaa tue Koceila. Dihya, dite la Kahina, prend la tête de la résistance. Issue de la tribu des Djerawa, une tribu zénète implantée dans les Aurès comme le furent plusieurs rois (agellid, pluriel igelliden) berbères de Numidie, elle a été élue ou nommée à cette charge par le conseil de la confédération des tribus. Dihya tue Oqba Ibn Nafaa selon Ibn Khaldoun, vengeant Koceila.

Dihya procéda ainsi à la réunification de nombreuses tribus de l'Afrique du Nord orientale et du Sud. Dihya défait par deux fois la grande armée des Omeyyades grâce à l'apport des cavaliers des Ayth Ifren. Elle règnera sur toute l'Ifriqiya pendant cinq années. Dihia sera vaincue dans une dernière bataille contre les Omeyyades. Elle sera la seule femme de l'histoire à combattre l'empire omeyyade. Après la défaite de la Kahina, la population des Aurès, région à cheval entre les actuelle Algérie et Tunisie et une partie de l'actuelle Libye (autrement dit la province de l'Ifriqiya), a adhéré aux principes de l'Islam.

Ibn Khaldoun écrit que le commandant Musa ben Nusayr augmenta son contingent militaire en exigeant 12 000 Berbères de l'Ifriqiya (dont les Aurès faisait partie intégrante) pour réislamiser les autres populations situées à l'Ouest de sa province (Ifriqiya); Il faut préciser qu'en arabe l'Ouest ou Occident ou Pays du soleil couchant se disent Maghreb comme cela est indiqué dans la traduction des écrits de Ibn Khaldoun par le Baron de Slane. Il est également nécessaire de rappeler d'une part que l'islamisation du Maghreb avait déjà débuté sous son prédécesseur Oqba et que, d'autre part, il y a des milliers de kilomètres entre les Aurès du Moyen Âge ou Kairouan (capitale de la province d'Ifriqiya de Musa ben Nusayr) et Tanger, ce qui implique pour cette époque des mois de marche (à pied ou à cheval) et de nombreuses autres tribus berbères à convertir ou à reconvertir comme le mentionne Ibn Khaldoun[19]. Ibn Khaldoun n'écrit à aucun moment que les 12 000 hommes exigés ont servi à la conquête de l'Andalousie, de l'Espagne ou de l'Occident chrétien. Ibn Khaldoun écrit qu'après la conquête du Maghreb par les troupes de Musa ben Nusayr, Tariq (écrit Tarec dans l'ouvrage), gouverneur de Tanger, y stationna avec 12 000 berbères fraîchement convertis accompagnés de 27 Arabes chargés de leur formation coranique, sans aucune autre précision, en particulier sur l'origine des ethnies présentes[20]. C'est seulement après avoir jugé l'Islam bien ancré au Maroc que Moussa Ibn Noçaïr retourna en Ifriqiya d'où, par missive, il dépêcha en 711 Tariq ibn Ziyad stationné à Tanger de conquérir l'Espagne [21],[22].

Ensuite, plusieurs conflits entre les Berbères et les dynasties arabes (Omeyyades, Fatimides, Abbassides) sont signalés par les historiens dans la région des Aurès comme Al Bakri et Ibn Khaldoun.

Abu Yezid de la tribu des Banou Ifren renversera les Fatimides avec l'aide des tribus Zénètes des Aurès mais il sera vaincu par les Zirides, alliés au premier temps aux Fatimides.

Les Hilaliens gagnent la bataille contre les Berbères. Il y aura un arrangement entre les deux parties. Les Hilaliens venus avec leurs familles vont vivre avec les Berbères avec parfois des tensions entre les deux. Il s'ensuit une période d'unification avec la dynastie des Almohades (dynastie berbère). Après, les Hafsides(dynastie berbère) prennent toute la région jusqu'à l'arrivée des Ottomans.

Au XIXe siècle la région est semi-conquise par les Français. Plusieurs révoltes (Ahmed Bey, les Zaatchas, les mouvements nationalistes algériens) ont lieu contre l'occupation française jusqu'au déclenchement de la Guerre d'Algérie.

Population[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Chaouis.

Cette région abrite les tribus amazigh chaoui. Mais au fil du temps et à l'image du nord de l'Algérie, des Algériens de toute origines confondus s'y sont installés, surtout dans les villes, créant ainsi un grand métissage entre ses communautés.

La région des Aurès comprend les wilayas de, Batna, Khenchela, Oum el Bouaghi, Souk Ahras, Tebessa et la partie nord de la wilaya de Biskra.

En revanche le pays chaoui est plus vaste et comprend, en plus des Aurès, d'autres wilayas et s'étend sur une partie de la wilaya de Tebessa et le sud de la wilaya de Guelma.

Culture[modifier | modifier le code]

Une culture plusieurs fois millénaire[modifier | modifier le code]

La région dispose d'un vaste potentiel culturel. « Culturellement » parlant, on peut évoquer certaines personnalités parmi toutes celles issues des Aurès :

Pratiques culturelles de la région des Aurès[modifier | modifier le code]

La circoncision est une pratique millénaire dans les Aurès et toujours perpétuée de façon quasiment identique depuis son existence[23].

Artisanat[modifier | modifier le code]

Tasse des Aurès (vers 1970)
Poterie décorée des Aurès (vers 1970)
Oiseau, poterie des Aurès (vers 1970)

Poterie[modifier | modifier le code]

Selon plusieurs historiens, les poteries des Aurès apparaissent dans les spécificités plastiques de leur décor incisé et de leurs formes carénées, comme les plus proches des premières formes de l'art berbère.

Origines

« Comme malgré la colonisation romaine de Lambèse, les berbères Chaouïa sont restés à l'écart des grands courants » extérieurs, « on peut admettre que cette ornementation en relief (dentelures, bourrelets, bosses, etc.) est caractéristique de la poterie berbère véritable, disons primitive. », écrit ainsi Arnold van Gennep[24]. Analysant ce décor en relief, Gabriel Camps observe que « seule la poterie aurassienne se distingue, entre autres éléments, par la multiplication des mamelons coniques sur la panse et sur les anses, décoration qui contribue grandement à son aspect archaïque ». Lui supposant « une origine siculo-italique », il pense que ce décor, s'étant répandu au Chalcolithique sur toute une région s'étendant des côtés de la Tunisie jusqu'à l'Aurès, puis ayant progressivement disparu devant la progression de la poterie peinte, « se serait maintenu dans le bastion aurassien »[25].

Caractéristiques

Décorées de reliefs ou d'incisions, les poteries des Aurès sont enduites d'une laque rouge sombre ou brune, le « louq », fait de résines « cuites, triturées, teintées et modelées en bâtons qui durcissent en refroidissant », passé sur les poteries encore chaudes en fin de cuisson[26]. Cette pratique est à la fois ornementale et, imperméabilisant les poteries, utilitaire. Le « tarbout », assiette ou plat, et la tasse au profil caréné sont souvent ornés de dessins de valeur symbolique.

Le « tarbout » présente un profil original, l'arrondi de son bord, sans méplat, s'inclinant légèrement vers l'extérieur en quatre points opposés, souvent soulignés d'encoches[27]. Celles-ci se retrouvent sur l'arête des tasses ou des pots à traire.

Le « fân », utilisé pour cuire la galette, n'est pas verni mais orné de reliefs ponctués de lignes et de ronds rouges.

D'autres poteries, ayant peut-être fonction de jouets, sont modelées en formes d'animaux (notamment oiseaux).

Tissage[modifier | modifier le code]

Tissage des Aurès, région de Ghoufi (vers 1970)

La technique du tapis haute-laine n'étant pas locale, ce sont les tissages, les « tellis », les couvertures, coussins et musettes à grains qui sont caractéristiques du style des Aurès. A la laine est souvent mélangée le poil de chèvre.

Les « tellis » sont généralement composés de bandes de couleurs, mais il arrive qu'il soient ornés d'un liseré ou de quelques lignes cuivrées. De larges registres sombres, sur lesquels un décor semble brodé, coupent parfois le fond constitué de bandes unies. Des médaillons losangés, eux-mêmes composés de réseaux de fins losanges, peuvent aussi s'imbriquer sur toute la surface du « tellis ».

Les mêmes losanges se retrouvent sur les bandes des couvertures ou les surfaces des coussins[28].

Bijoux[modifier | modifier le code]

Bijoux Chaouis, Musée de l'Homme, lors d'une exposition consacrée à Germaine Tillion

Sculpture[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

Les peintres orientalistes

De nombreux peintres européens et plus particulièrement français, généralement orientalistes, ont peint lors de leurs séjours dans les Aurès des paysages et des portraits, notamment Gaston Bouchinet (Castelsarasin, 1898 - Verdun-sur-Garonne, 1966), Eugène Deshayes (Alger, 1862 - Alger 1939; trois œuvres au Musée des Beaux-Arts dAlger, une au Musée d'Oran), Paul Fenasse (Alger, 1899 - New Braulnfeg, Texas, 1976), Eugène Girardet (Paris, 1853 - Paris, 1907), Louis Granata (Spezzano Grand, 1901 - Salon-de-Provence, 1964), Édouard Herzig (Neuchâtel, 1860 - Alger, 1926; deux œuvres au Musée d'Alger), Roger Irriéra (Bordeaux, 1884 - Aix-en-Provence, 1957), L. (Léonie?) Lebas, Constant Louche (Alger, 1880 - Grenoble, 1965), Fritz Müller (Blida, 1867 - Alger, 1926; une œuvre au Musée d'Alger), Maxime Noiré (Guinglange, Moselle - 1861 - Alger 1927) qui y travailla de nombreuses années et fut surnommé « le chantre des Aurès » pour ses vues dites « rosées » (quatre œuvres au Musée d'Alger), Jules Van Biesbroeck (Portici, Italie, 1873 - Bruxelles, 1965)[30].

Les peintres algériens contemporains

Plusieurs artistes sont nés, tel Jeballah Bellakh[31], et vivent dans les villes des Aurès. Certains sont morts comme Abdou Tamine et Chérif Merzougui. D'autres peintres ont immigré vers l'Europe comme Houamel Abdelkhader qui vit en Italie.

Dans les Aurès, il n'y a ni galerie d'art ni musée des beaux-arts. Cependant, les maisons de la culture de Batna, de Khenchela, de Biskra, etc., organisent des activités artistiques telles que des expositions, des rencontres, etc[32].

En 2007, lors du festival Alger la capitale de la culture Arabe, plusieurs activités se sont déroulées dans les régions des Aurès[33].

Musique[modifier | modifier le code]

Le folklore est diversifié dans les régions des Aurès. La musique traditionnelle est bien représentée par nombreux chanteurs aurassiens. Les premiers chanteurs qui ont connu un succès international sont Aissa Jermouni et Ali Khencheli[34]. Le style de musique Rahaba est propre à toute la région des Aurès. De plus, plusieurs styles de musique existent comme le style arabo-andalous, l'un des chanteurs chaouis Salim Hallali. Plusieurs chanteurs des Aurès se sont inspirés de ce style comme Youcef Boukhantech.

Les femmes ont pu avoir leur place sur la scène nationale. La télévision algérienne diffusait les chansons de Thelja (Ya Saleh) et de Beggar Hadda dans les années 1970. Aussi, Houria Aïchi a fait plusieurs albums en France, ainsi que la célèbre chanteuse Dihya (du nom de la reine des Aurès), épaulée de Messaoud Nedjahi, l'un des meilleurs compositeurs et paroliers Chaoui. L'un de ses meilleurs albums s'intitule Dzaier assa.

Un autre genre de musique moderne chaoui s'est imposé dans la région. Cette musique atypique est un mélange d'inspirations de rock, de blues, de folk et de raï en langue chaoui et en arabe. Quelques chanteurs et musiciens aurassien(ne)s s'illustrent dans ce genre tels que Belbeche, Katchou et Nacerdine Hora, tous ayant commencé en langue chaoui, pour ne citer qu'eux. D'autres, plus jeunes, utilisent exclusivement la langue chaoui. Ainsi le Groupe Tafert, Youba etc. Quelques instruments de musique sont propres à la région comme la Gasba, etc et d'autres telles la Zorna sont spécifiques à l'ensemble de la musique orientale (Cf en Turquie). À tort, beaucoup de gens attribuent à ce genre une appellation « Staifi » en raison du fait de l'utilisation de la langue arabe tandis que la musique, en elle-même, est chaoui.

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Plusieurs écrivains ont écrit dans les deux langues, arabe et française, c'est le cas de Kateb Yacine.
  • La poésie orale, les contes et les légendes font l'objet d'étude de la part des spécialistes en littérature et en linguistique.
  • Mohamed Hamouda Bensai (1902-1998) était essayiste et philosophe[35].
  • La grande romancière suisse Isabelle Eberhardt (1877-1904) a habité Batna dans le quartier de Zmella.
  • Plusieurs auteurs Batnéens ont écrit des livres comme El hachemi Saidani (mort en 2005), Mohamed Nadir Sebaa (né en 1956), Abderezzak Hellal (né en 1951), Beïda Chikhi, Docteur d’État et professeur à la Sorbonne, etc.
  • Plusieurs auteurs d'origine française ont écrit également des livres qui traitent des thèmes liées aux Aurès et à la ville de Batna comme Jean-Pierre Marin, Jean-Noël Pancrazi (né en 1949), Liliane Raspail, Jean Pèrés et Eugène Delessert, etc.
  • Claude-Pierre-Hypoplyte Polain, historien, est mort le 17 mars 1876 à Batna[36].
  • Anna Gréki (1931-1966) fut écrivaine et militante de la cause du Front de libération nationale (Algérie)[37].
  • Les auteurs comme Redha Malek (né en 1931), Mustapha Bekkouche (né en 1930), Amar Mellah (né en 1938), Merarda Mostefa Bennoui, Ali Merouche ont écrit des livres documentaires et historiques.
  • La poésie arabe : le poète Mohamed Laïd Al-Khalifa (1904-1979), Mohamed el akhdar el Saihi, Mohamed Ababsa El Akhdari[38], ont écrit plusieurs poèmes sur la ville de Batna et des Aurès.
  • Messaoud Nedjahi a écrit plusieurs romans en langue française sur la vie des chaouis[39]..
  • André Gide (1868-1951) a visité les Aurès. Il fut un ami de Mohamed Hamouda Bensai (1902-1998).
  • Liliane Amri (née en 1939), mariée à un Chaoui, est l'auteure du roman La Vie à tout prix. Son livre est une autobiographie et elle livre une description de la vie des Aurès, surtout des femmes pendant les années 60 à 90. Elle parle parfaitement le chaoui et elle a contribué au développement de la région des Aurès.
  • Germaine Tillion (1907-2008) a séjourné dans les Aurès pendant des années. Elle a fait un grand travail scientifique sur la région des Aurès[40],[41]. Elle a envoyé des lettres au gouvernement français pour défendre la cause des Algériens pendant la Guerre d'Algérie.
  • Dans son ouvrage, Mathéa Gaudry décrit la vie des femmes Chaouis, les us et coutumes de cette région en particulier dans la période coloniale de 1929. Elle trace l'historique de la Kahina[42].
  • Bachir Rahmani (1957), médecin écrivain, a écrit Amrir, (2002), dont la note de lecture faite par le quotidien l'Expression du 12-09-2002 s'intitule : « Un sacerdoce au cœur des Aurès ». [L'auteur].
  • Saleh Bezzala, poète en langue chaoui.
  • Nassira Belloula, née à Batna et auteur de plusieurs romans, récits et essais comme La Revanche de May, Visa pour la Haine, Rebelle en toute demeure, Djemina ou encore Les Belles Algériennes.

Danse[modifier | modifier le code]

Les habits chaouis (burnous), le cheval, le fusil et les youyous font partie de la danse des aurassiens.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Acteurs 

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : sources utilisées pour la rédaction de cet article

  • Histoire des Berbères, Ibn Khaldoun, traduction, William Mac-Guckin de Slane, Éd Berti, Alger 2003 (ISBN 9961-69-027-7) édité erroné Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Léon Souguenet, Julia Donia : Missions dans l'Aurès (1915-1916), Éditions Renaissance du Livre, 1928.
  • Ernest Mercier, Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'à la conquête française (1830) 1868, tome 1, p. 188[46].
  • Camps Gabriel, Monuments et rites funéraires protohistoriques, Aux origines de la Berbérie, Paris, Arts et Métiers graphiques, 1962 (630 p.) [Chapitre IV, La poterie peinte, p. 320-417]. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jeux de trames en Algérie, Alger, Ministère de l'agriculture et de la réforme agraire, 1975 [Tissage de la montagne, les Aurès, p. 111-117]. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • J. B. Moreau, Les grands symboles méditerranéens dans la poterie algérienne,Alger, SNED, 1977 [Lampes des Aurès, p. 169-188]. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • À la rencontre de la poterie modelée en Algérie, Alger, Ministère de l'agriculture et de la réforme agraire, 1982 [Poterie des Aurès, p. 118-129]. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Tahar Djaout, L'Invention du désert, Éditions du Seuil, Paris, 1987, p. 31-33.
  • Kateb Yacine, Parce que c'est une femme, textes réunis par Zebeïda Chergui, théâtre, [contient un entretien de Kateb Yacine avec El Hanar Benali, 1972, La Kahina ou Dilhya; Saout Ennissa, 1972; La Voix des femmes et Louise Michel et la Nouvelle Calédonie], Paris, Éditions des Femmes - Antoinette Fouque, 2004, 174 pages.
  • Gisèle Halimi, La Kahina, Plon, 2006: Pocket, 2009 (ISBN 978-2-266-17407-7)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. S. Chaker, Encyclopédie Berbère, entrée « Aurès »
  2. Extrait de l'Encyclopédie Universalis/ Numidie
  3. Procope, Guerre des Vandales, livre II
  4. Gustave Boissière, L'Algérie romaine : Ouvrage couronné par l'Académie française. 2e éd.
  5. Le passé de l'Afrique du Nord : Les siècles obscurs. Avec 25 illustrations, Émile Félix Gautier, pp. 220-221.
  6. Ammar Negadi
  7. Souvenirs d'une exploration scientifique dans le nord de l'Afrique, Jules-René Bourguignat
  8. a et b Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères
  9. La vie économique du Chaouia de l'Aurès.
  10. Tradition orale, mémoire collective et quelques repères historiques dans l’Algérie coloniale : le cas des Aurès et du pays chaoui
  11. LES BATAILLES DE L'ARMEE DE LIBERATION NATIONALE
  12. Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique, historique
  13. Comptes rendus des séances - Académie des inscriptions & belles-lettres publié par Ernest Émile Antoine Desjardins
  14. Mentions de l'insurrection du Faraxen
  15. Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus... De Ernest Mercier
  16. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères
  17. Jean-Pierre Marin, Jean Deleplanque, Au forgeron de Batna, L'Harmattan,‎ 2005, 493 p. (ISBN 2747593118, lire en ligne), p. 26
  18. The Muslim conquest and settlement of North Africa and Spain
  19. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, Tome I, traduit par le Baron de Slane, livre entièrement consultable en ligne, page 214
  20. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, Tome I, traduit par le Baron de Slane, livre entièrement consultable en ligne, page 215
  21. Article sur Moussa Ibn Noçaïr / Encyclopédie Universalis
  22. Tariq ibn Ziyad et l'islamisation du Maroc page 21
  23. Le cérémonial de la circoncision
  24. Arnold van Gennep, Les poteries modelées d'Afrique du Nord, cité dans À la rencontre de la poterie modelée en Algérie, Alger, Ministère de l'agriculture et de la réforme agraire, 1982, p. 119
  25. Gabriel Camps, Monuments et rites funéraires protohistoriques, Aux origines de la Berbérie, Paris, Arts et Métiers graphiques, 1962. p. 324-5. La thèse de Gabriel Camps est que « tout se passe comme si une céramique à fond plat sans décor peint, mais munie d'appendices divers et d'incisions, avait d'abord pénétré, venant d'Italie et des îles (Sardaigne, Sicile, Pantelleria), en Tunisie et en Algérie orientale, et comme si cette céramique avait été ensuite concurrencée, puis éliminée par une autre vague ignorant le décor incisé ou en relief, mais portant une riche décoration peinte. Les poteries du premier style se seraient conservées dans l'Aurès alors que les secondes n'y pénétraient que faiblement » (op. cit., p 394)
  26. À la rencontre de la poterie modelée en Algérie, Alger, Ministère de l'agriculture et de la réforme agraire, 1982, p. 119
  27. op. cit., p. 119
  28. Jeux de trames en Algérie, Alger, Ministère de l'agriculture et de la réforme agraire, 1975, p. 112 et 114
  29. Le Soir d'Algérie presse
  30. Liste établie d'après Marion Vidal-Bué, L'Algérie des peintres, 1830-1960, Alger, Edif 2000 / Paris, Paris-Méditerranée, 2002
  31. Benamar Mediene, Pour le peintre, la perspective n'a de sens que dans l'ouverture infinie du regard..., dans « Créative Algérie », Phréatique n° 51, Paris, hiver 1989, p. 96-97.
  32. Le Soir d'Algérie presse
  33. Ministère de Culture Algérie
  34. Dominique Auzias, Algérie
  35. Femmes d'Algérie: légendes, traditions, histoire, littérature Par Jean Déjeux. Publié par Boîte à Documents, 1987. P244. livre en ligne
  36. Book Google
  37. Frantz Fanon: portrait. Par Alice Cherki. Publié par Seuil, 2000. ISBN 2-02-036293-7. Page 236
  38. Ecrivains algériens: dictionnaire biographique Par Achour Cheurfi. Publié par Casbah éditions, 2004. page 17. ISBN 9961-64-398-4
  39. Profession: infirmière Par Messaoud Nedjahi. Publié par Editions Publibook. ISBN 2-7483-3522-8 livre en ligne
  40. Thérèse Rivière, Fanny Colonna, Aurès/Algérie, 1935-1936 photographies
  41. Germaine Tillion, Il était une fois l'ethnographie
  42. La femme Chaoui de l'Aurès, Mathéa Gaudry, édition Chihab- Awal
  43. Le film sur Mostefa Ben Boulaïd
  44. a et b Site officiel du film La Maison jaune
  45. Liberté presse
  46. Histoire de l'Afrique septentrionale en ligne

Quelques cartes repères[modifier | modifier le code]