Austrasie

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Austrasie
Austrasia (la)

511751

Description de cette image, également commentée ci-après

Austrasie et Neustrie

Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Reims, puis Metz
Religion Christianisme
Histoire et événements
511 Mort de Clovis et partage de son royaume. L'Austrasie revient à Thierry
751 Le dernier Mérovingien, Childéric III, est déposé par Pépin le Bref : fin du royaume
Rois
(1er) 511 - 534 Thierry Ier
(Der) 743 - 751 Childéric III

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L’Austrasie (royaume de l'Est) est un royaume franc à l'époque mérovingienne. Ce royaume couvrait le nord-est de la France actuelle, les bassins de la Meuse et de la Moselle, jusqu’aux bassins moyen et inférieur du Rhin[1]. Le royaume d'Austrasie peut être considéré comme le berceau de la dynastie carolingienne[2].

Contexte historique[modifier | modifier le code]

L'Austrasie, comme son nom l'indique, est le royaume des Francs orientaux, par opposition avec la Neustrie, royaume des Francs occidentaux. Formé à partir de l'ancien territoire des Francs Ripuaires, ce royaume franc peut être considéré comme le berceau de la dynastie carolingienne[2]. Il est créé de fait en 511, à la mort de Clovis, lorsque le territoire de celui-ci est partagé entre ses fils. D'abord désigné comme Royaume de Reims, puis comme Royaume de Metz, du nom de ses capitales[1], le royaume est désigné pour la première fois Austrasie par Grégoire de Tours[3], sous le règne de Childebert II, fils unique de Sigebert Ier et Brunehilde.

Le royaume est dirigé par Théodoric (c.492 - 534), puis par son fils Théodebert Ier et son petit-fils Théodebald. L'ancien royaume de Clovis, augmenté du Royaume de Bourgogne, est réunifié par Clotaire 1er, vers 555, puis de nouveau partagé entre ses fils à sa mort. L'Austrasie échoit alors en 561 à Sigebert Ier et à la reine Brunehilde. Souhaitant se rapprocher des ses immenses possessions rhénanes, Sigebert s'installe à Metz et y épouse Brunehilde en 566[1]. Le mariage de Brunehilde est évoqué dans le livre de Grégoire de Tours et dans un poème de Venance Fortunat. La princesse est alors présentée sous un jour favorable. Un long conflit dynastique oppose dès lors Sigebert à son frère Chilpéric Ier, souverain de Neustrie. Ce conflit ne se termine qu'en 613, avec l'exécution de Brunehilde et de leurs petits-enfants, par Clotaire II, fils de Chilpéric[1].

Clotaire II règne alors sur l'ensemble du royaume franc, et, dès 623, confie le royaume d'Austrasie à son fils Dagobert Ier de 622 à 632. Dagobert Ier fixe la Loi ripuaire, ou Lex Ripuaria, inspirée par la Loi salique, et l'applique à l'ensemble du territoire austrasien[4]. En 629, il succède ensuite à son père, comme roi des Francs.

La famille aristocratique des pippinides prend alors une importance croissante, en gouvernant à travers la fonction de maire du palais et en fondant de nombreux monastères, pour christianiser le royaume et asseoir son pouvoir. Après le procès de Cannstatt[5], en 746, l'Austrasie absorbe le royaume alaman, comprenant la majeure partie de l'Alsace, de la Suisse alémanique, du Bade-Wurtemberg en Allemagne et du Vorarlberg en Autriche.

Les pippinides fondent ainsi la dynastie carolingienne : l’Austrasie disparaît finalement en 751 avec le dernier roi mérovingien, pour être intégrée dans le grand royaume franc, réuni par Pépin le Bref et Charlemagne[1].

Politique et territoire[modifier | modifier le code]

Carte des royaumes francs; les conquêtes en Germanie sont datées.

Royaumes de Reims et de Metz[modifier | modifier le code]

Carte de l'ancien royaume d'Austrasie

Les mérovingiens ignoraient la notion d'État, les fiefs étaient des domaines privés[6]. Aussi à la mort de Clovis en 511, le royaume franc qu'il avait conquis fut partagé entre ses fils.

Théodoric, plus connu sous le nom de Thierry Ier, reçut en part d’héritage le royaume de l’Est ou Austrasie. Les limites en sont mal connues, il s’agirait d'un territoire qui comprenait la Belgique première et la Belgique seconde et qui correspond aujourd'hui à la Lorraine, la Rhénanie, l'Alsace, la Champagne, la Belgique et la partie septentrionale des Pays-Bas actuels.

L’Austrasie incluait le territoire des Francs rhénans; en 534, un certain Mundéric, probable descendant du roi Sigebert le Boiteux, tenta de s'emparer du royaume, mais fut vaincu par Thierry[7].

Thierry Ier fixe sa capitale à Reims, puis se ravise et la fixe à Mettis, la ville de Metz actuelle, qui occupe une partie plus centrale[1], et compte à cette époque de 5 000 à 10 000 habitants. Il fait relever les remparts de la ville, établit sa cour dans un palais, connu sous le nom de « la Cour d’Or ». Un maire est chargé de s’occuper du palais et de la haute intendance[1].

Considéré comme le plus brillant des rois d’Austrasie et des successeurs de Clovis Ier. Il s’empresse de montrer son indépendance, et frappe sa propre monnaie. L'empereur romain Justinien lui envoie des ambassadeurs. Mais il meurt tôt, en 547/548,
son fils Thibaut meurt en 555, laissant l’Austrasie au pouvoir de Clotaire Ier, fils de Clovis Ier, pour six ans. Le « roi de Soissons » va réunir tous les royaumes francs sous un seul sceptre.
Reconstitution du royaume de Clovis au profit de Clotaire Ier

Règne de Childebert et Brunehilde[modifier | modifier le code]

À la mort de Clotaire Ier en 561, le royaume est à nouveau réparti entre ses quatre fils. Sigebert Ier reçoit en héritage la partie orientale du royaume, avec Reims pour capitale. Son frère Chilpéric Ier hérite de la Neustrie. En 566, Sigebert épouse Brunichildis, ( Brunehilde ou Brunehaut ), la fille du roi des Wisigoths à Mettis (Metz), dont il fait sa capitale[1]. Chilpéric souhaita alors lui aussi une alliance royale; il répudia ses précédentes épouses, et obtint la main de Galswinthe, sœur de Brunehaut. Très vite lassé, il la fit étrangler. Ce fut le début d'un faide qui dura jusqu'en 613.

Tombé sous le coutelas des assassins guidés par l’intrigante Frédégonde, l'épouse de Chilpéric Ier, c’est à Brunehilde qu’il advient de gérer le pays, ce qu’elle va faire avec toute son énergie, en secondant son fils Childebert II (575-597), puis son petit-fils, Thibert II (597-612) ; Brunehilde dirige avec une grande fermeté, ses préférences, ses rêves (reconstituer le grand empire romain d’Occident), malgré l’amitié marquée du grand évêque Grégoire de Tours, lui valent l’inimitié de ceux qu’elle voudrait réduire : les leudes austrasiens, dont Arnoul de Metz et Pépin de Landen dit l’Ancien. Finalement, un complot initié par le fils de sa rivale Frédégonde la fait tomber aux mains des Neustriens, après des luttes sanglantes entre les deux royaumes ; elle meurt en 613, attachée vivante, à la queue d’un cheval en furie. Clotaire II, roi de Neustrie, s’empare du pouvoir.

En 577, « Entrevue au pont de pierre « Pompierre » : Gontran, roi de Bourgogne, s’allie avec les Austrasiens et adopte Childebert II.
En 587, « Traité d'Andelot » : Le 28 novembre, Gontran, privé d’héritier mâle, promet de léguer à Childebert II la totalité de ses domaines, ce qui rétablit la paix dans le royaume.
Lutte sans merci entre les deux rivales : Frédégonde, la reine de Neustrie, et Brunehilde, la reine d’Austrasie qui voit son pouvoir contesté par les colombaniens et les leudes Austrasiens qui supportent mal de voir une femme aux rênes du royaume. Ces complots débouchent sur un traquenard dans lequel tombe l’ancienne arienne qui se voit accusée par ceux qui l’ont trahie de tous les maux : régicide et infanticide.
  • En 613 : Sigebert II et son frère Corbus sont exécutés : saignés et fracassés contre un rocher.
Leur frère Mérovée ne doit son salut qu’au fait d’être tondu par son parrain (pour les Francs, « l'esprit » de chef guerrier -le mund- est symbolisé par le port de la longue chevelure), ce qui lui vaut la vie sauve et de finir sa vie dans un monastère colombanien.

Avènement des Pippinides[modifier | modifier le code]

Exécution de la reine Brunehilde
Après l’exécution de Brunehilde et l’assassinat de Sigebert II, Clotaire II s’empare du pouvoir.
Clotaire II, désormais « roi des Francs » confie l’Austrasie à son fils Dagobert Ier qui trouve un collaborateur efficace en la personne d’Arnoul de Metz ; celui-ci va être son mentor et monter plus tard sur le trône épiscopal de la cité messine en 612. Arnoul aura un fils Ansegisel qui épouse Begga, la fille de Pépin de Landen dit l’Ancien, desquels vont naître les successeurs carolingiens. À la mort de son père Clotaire II, Dagobert Ier part pour Paris, nouvelle capitale, pour y devenir le roi de tous les Francs.
Dagobert Ier part donc devenir « roi des Francs » et laisse Sigebert III, son fils âgé de 2 ans, aux bons soins des leudes Austrasiens. C'est à Otto (Otton, Othon), « domesticus » (officier du palais faisant partie de la cohorte des antrustions) que Dagobert Ier confie l'éducation du petit Sigebert III, éducation contrôlée par Pépin de Landen et l'évêque Kunibert de Cologne. La mort de Pépin l’Ancien en 639 porte les germes d'un conflit annoncé pour sa succession comme maire du palais, entre son fils Grimoald Ier et Otto. Sigebert III, qui n'a pas dix ans, doit faire face à une guerre contre le duc rebelle Radulf qui mène les Thuringes à la révolte ; contre toute attente, victime d'un traquenard, l'armée austrasienne, pourtant renforcée par les troupes d'Auvergne, subit un sérieux revers et Radulf se proclame roi de Thuringe après avoir signé un traité d'alliance avec les Wendes qui avaient auparavant fortement ennuyé Dagobert.
Le petit roi Sigebert doit même demander l'autorisation de repasser le Rhin à son vainqueur : le pouvoir royal, pour la première fois, était mis à mal, et laissait la place à toutes les tentations.
Un an et demi plus tard, en 642, Grimoald Ier réussissait à faire assassiner Otto en armant le bras du duc Alaman Leutharius, et se proclamait « maire du palais »... Un maire du palais bien fourni en terres, ce qui faisait que sa puissance était sans commune mesure. Sigebert III, lui, n'était déjà plus qu'un fils naturel, contesté, de Raintrude la concubine et de Dagobert Ier, « fruit des désirs frénétiques, donc diaboliques de son père Dagobert », ainsi que le considérait l'évêque missionnaire Amand de Maastricht.
Dès lors, Grimoald Ier, l'ambitieux fils de Pépin de Landen, à la mort de son père, en 643, gouverne de fait L'Austrasie, au nom de Sigebert III.
Grimoald, audacieux et sans limites, essaie même de substituer sa descendance à celle des Mérovingiens en faisant adopter son (propre fils ?) Childebert par Sigebert III. (mais n'aurait-il pas « encouragé », perversion suprême, sa propre femme à entrer dans le lit de Sigebert III, ce qui ferait donc de Childebert le vrai fils de Sigebert III ?)
Childebert devient donc « Childebert l'Adopté ». Le coup de maître semble avoir réussi, car Sigebert III, fort pieux, est surtout attiré par la fondation de monastères et d’églises (abbaye de Stavelot, Saint-Martin devant Metz)...
...Mais Sigebert III, est marié avec Himenechilde (ou Emnechilde) qui lui donne, contre toute attente, un fils légitime : Dagobert II, qui naît vers 646. Dès lors, il faut que le masque tombe, mais il faudra faire preuve de patience : attendre que Sigebert III décède en 656, pour que Grimoald Ier s'empare de Dagobert II, le fasse tondre (ce qui lui enlève sa qualité royale), et l'exiler dans un couvent irlandais.
Les leudes Austrasiens ne semblent pas accepter cet état de fait : tenus à l'écart depuis une vingtaine d’années, ils complotent, s'emparent de Grimoald Ier qu'ils livrent à Clotaire III, « le roi des Francs de Neustrie », qui le fait jeter en prison en 657 ; Grimoald Ier meurt entre le 11 août et le 14 septembre 662, assassiné sur ordre de Clovis II, le successeur de Clotaire III. Le corps de celui-ci est à peine en terre, que l'évêque de Tours, Chrodobertus fait enlever son épouse qu’il oblige à prendre le voile après l'avoir fait passer dans son lit... Passons sur les autres épisodes de ces luttes à répétitions, comme celle qui poursuivit aussi sa fille Vulfetrude, pourtant respectable abbesse de Nivelles qui se fit voler toutes les terres qui appartenaient à son abbaye. En fin de compte, la branche mâle des Pépinides avait échoué.
Clovis II, qui régnait sur la Neustrie, mourut peu après, laissant trois fils dont deux régnèrent après lui : Clotaire III (657 à 675) en Neustrie et en Bourgogne, Childéric II (662 à 675) en Austrasie. Au côté de ce dernier, le maire du palais fut un certain Wulfoald (Wolfuald) membre d’un clan hostile aux Arnulfiens ;
Les Pépinides disparurent pour longtemps de la scène politique d’Austrasie, pendant qu’en Neustrie, le maire du palais Ébroïn triomphait.
En 673, Childéric II hérita de la Neustrie de son frère, mais celui-ci fut rejeté par l’aristocratie d’Ile-de-France ; il fut assassiné avec sa femme en 675, et le fidèle Wulfoald ne dut son salut qu’à sa fuite en Austrasie.
Childebert « disparaît » à son tour en 662... Entre-temps, personne ne se soucie plus de Dagobert II, à un point tel que même sa propre mère accepte de devenir régente pour le compte de son neveu Childéric II cette fois, assistée du nouveau « maire du palais » Wulfoald ! Le nouveau maître de l'Austrasie possédait aussi un grand nombre de terres et bénéficiait de l'appui du duc d'Alsace, Etichon (connu aussi sous le nom d'Adalric et serait le père de sainte Odile) dont le clan qui avait tout pour se poser en rival sérieux des Pépinides.
Les grands du royaume se souviennent alors de l’existence de Dagobert II, l’exilé d'outre-Manche, et ils le font revenir. Revenu sur la terre de ses ancêtres, le pauvre ne règne pas longtemps : victime de la violence de son temps, il fut tué en le 23 décembre 679, pendant son sommeil, d’un coup de poignard dans l’œil, près de Stenay en forêt de Woëvre ; il y gagna l’auréole du martyr et fut plus tard l’objet d’un culte dont le souvenir se perpétua grâce au prieuré du lieu.
Entre temps, Wulfoald était mort aussi. Sa place était libérée pour un certain Pépin de Herstal, le fils d’Ansegisel et de Begga, un des petits-fils d’Arnoul de Metz et de Pépin de Landen dit le Vieux ; toutefois Pépin de Herstal rencontre lui aussi des difficultés : ses troupes sont d’abord écrasées par celles d’Ébroïn, en Neustrie, à Latofao (aujourd'hui Laffaux, entre Soissons et Laon). Mais son vainqueur meurt bientôt...
L’heure de la revanche sonne en 687, à Tertry, où cette fois les Austrasiens remportent la bataille.
Pépin de Herstal prend alors le pouvoir des deux royaumes.

L’histoire de l’Austrasie se termine, pour laisser la place à une autre histoire : celle des Pépinides et des Carolingiens. Les rois ne sont plus que de « pâles souverains » et les maires du palais sont les vrais maîtres du jeu politique ; ils mettent en place les ducs de leurs choix, de leur famille ou de leur clan.

L'Austrasie en 752

Le territoire qui s’étend de Reims au Rhin entre alors en sommeil (du moins au vu des rois francs) ; dans celui-ci, l’heure des abbés et des évêques va sonner : ce sont les prélats qui vont, dorénavant jouer les premiers rôles dans cette région, asseyant ainsi l'autorité de l'Église sur les populations, autorité avec laquelle devra composer la royauté jusqu'à la Révolution française...

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Michel Parisse, Metz, capitale d'Austrasie (450-925), (dir. François-Yves Le Moigne), Histoire de Metz, éd. Privat, 1986, p. 67-87.
  2. a et b Régine Lejan: Austrasien - Versuch einer Begriffsdefinition. In: Die Franken. Wegbereiter Europas. Catalogue de l'exposition du Reiss-Engelhorn-Museen 8 septembre 1996 - 6 janvier 1997, Philipp von Zabern, Mainz, 1996 (p. 222-226).
  3. Grégoire de Tours, Histoires des Francs, livre V, 14.
  4. Rudolf Sohm: Über die Entstehung der Lex Ribuaria, Verlag Hermann Böhlau, Weimar, 1866 (p. 1-82).
  5. Madeleine Châtelet : Le haut Moyen Âge en Alsace, in Bilan scientifique de la région Alsace, Hors série 2/2, Service régional de l'archéologie, DRAC Alsace, 2006 (p. 93).
  6. Collectif, Le Nord, de la Préhistoire à nos jours, Bordessoules,‎ (ISBN 2903504288), p. 45
  7. Christian Settipani, Les Ancêtres de Charlemagne, 1989, pages 95-96

Articles connexes[modifier | modifier le code]