Pays Gabay

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Carte de la Gironde
Le pays Gabay au sein de l'aire linguistique du saintongeais correspond approximativement à la région du Blayais et du Nord-Libournais

Le pays Gabay ([ga.baj], de l'occitan gascon gavai), aussi appelé « Grande gavacherie », est une aire géographique située entre la Saintonge au nord, l'Entre-deux-Mers au sud et l'Angoumois à l'est. Le Gabay peut également s'orthographier Gabaï[1], la dénomination gabaye ne se trouvant que dans le sens de l'adjectif au féminin.

Le pays Gabay est composé du Blayais et de la région de Coutras jusqu’à l’Isle, frôlant Libourne mais évitant le Bourgeais et le Cubzagais.

Histoire[modifier | modifier le code]

À la fin de la Guerre de Cent Ans (1453) qui se solde par une victoire des armées du Roi de France (Bataille de Castillon), la Guyenne est ruinée et dépeuplée par les pertes humaines causées par les combats entre Gascons et Anglais d'un côté et Français de l'autre.

Les seigneurs gascons locaux font alors appel en masse à la main d’œuvre étrangère (Poitou, Angoumois, Saintonge, Limousin, mais aussi Périgord) pour cultiver les terres laissées à l’abandon.

L’autre appel de bras venus de territoires étrangers à la Gascogne fut conséquent aux pertes humaines causées par la peste noire qui sévit dans la région de 1520 à 1527.

Ces nouveaux occupants s'établirent jusqu’à Monségur, au sud-est de l’Entre-deux-Mers formant un îlot de langue d'oïl noyé au cœur de l'Occitanie.

Ils sont nommés par les Gascons "Gavaches" et on appelle ce noyau isolé la « Gavacherie », les « Gavaches » étant des « étrangers », entourés de Gascons, tandis que les populations frontalières des Gascons en Libournais étaient nommées « Gabayes ».

Par extension, on a appelé "Pays gabay" la zone ou on parlait le dialecte "gabay" qui est donc principalement une variante du saintongeais lui-même variante du poitevin-saintongeais[2],[3],[4],[5],[6],[7], [8] importé par ces travailleurs migrants.

Gavache[modifier | modifier le code]

Le terme "gavach" serait dérivé de l’espagnol "gavacho" signifiant "canaille" et désigne toujours celui qui vient de plus au nord :

Exemple de vocabulaire Gabay[modifier | modifier le code]

  • aillan : gland (occitan Aglhan)
  • éve : eau
  • aneut : aujourd'hui (occitan anueit)
  • a’ç’t’heure : maintenant
  • bisse : rouge-gorge
  • bughée : lessive (occitan buja(d)a)
  • cagouille : escargot (occitan cagolha)
  • faire chabrot : mettre du vin dans la fin de la soupe (occitan faire chabròt)
  • drôle : garçon (occitan dròlle)
  • drôlesse : fille (occitan dròllessa)
  • dail : faux (pour faucher) (occitan dalh)
  • gueuserie : malice
  • angrote : lézard (occitan angròla)
  • mitan : milieu (occitan mitan)
  • palisse : haie (occitan palissa)
  • pinier : pin (occitan pinheir/pinhièr)
  • pilot : tas (occitan pilòt)
  • qu'est ? ou qu'ol est ? : qu’est ce que c’est ?

L'origine de ces mots ou expressions vient du français dialectal ou des emprunts ou continuum avec l'occitan et plusieurs sont largement utilisés ailleurs que dans le Pays Gabay. "Faire chabrot" est par exemple une expression très connue dans tout le Sud-Ouest.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. in Littré, d’après Tourtoulon et Bringuier.
  2. André-Louis Terracher, Université de Liverpool puis de Strasbourg, La rencontre des langues entre Loire et Dordogne, dans : Le Centre-Ouest de la France, encyclopédie régionale illustrée, 1926 : « Il suffit de parcourir les cent premières cartes de l’Atlas linguistique de la France de MM. Gilliéron et Edmont pour s’apercevoir que les parlers du Centre-Ouest (Poitou, Aunis, Saintonge et Angoumois) gardent, aujourd’hui encore et à les prendre d’ensemble, une indéniable originalité. »
  3. Jacques Pignon, Université de Poitiers, L’évolution phonétique des parlers du Poitou, 1960 : « Il est évident que l’évolution phonétique des parlers poitevins et celle des parlers saintongeais est à peu près parallèle. Ils constituent, à l’ouest du domaine gallo-roman, une aire originale où se rencontrent, d’une part, traits d’oc et traits d’oïl, de l’autre quelques développements particuliers, inconnus dans les provinces limitrophes situées au Nord et au Sud. ».
  4. Liliane Jagueneau, Univdersité de Poitiers, Les Traits linguistiques du poitevin-saintongeais, dans : La langue poitevine-saintongeaise : identité et ouverture, 1994 : « les points du domaine poitevin-saintongeais sont suffisamment proches dans l’analyse (distance linguistique faible) pour être considérés comme formant un ensemble cohérent. »
  5. Brigitte Horiot, CNRS et université Lyon-III, Les Parlers du Sud-Ouest, dans : Français de France et Français du Canada : Les parlers de l’Ouest de la France, du Québec et de l’Acadie, 1995 : «  La description linguistique du domaine de l’ALO met en évidence l’existence entre Loire et Gironde d’un domaine linguistique important, forgé par sa situation géographique et par son histoire, et dont la particularité est d’être une marche entre le Nord et le Midi, entre les pays bretons et la région du Centre. »
  6. Pierre Bonnaud, université de Clermont-Ferrand, La langue régionale, dans « Esquisse géohistorique du Poitou médioroman », 2006 : « Il est impossible de traiter séparément poitevin et saintongeais, mais ils sont à la fois solidaires et un peu distincts, tant dans leurs origines que dans leur évolution.. »
  7. Hans Goebl, université de Salzburg, Regards dialectométriques sur les données de l'Atlas linguistique de la France (ALF): relations quantitatives et structures de profondeur, in: Estudis Romànics XXV, 2003, pages 59-121. Lire en ligne: : Dans cette étude le poitevin-saintongeais apparaît comme une unité aussi bien au niveau de l'analyse supradialectale (carte 20) que de l'analyse dialectale (carte 22).
  8. Le poitevin-saintongeais réapparaît dans la liste des langues de France, langues d'oïl, début 2010, sur le site de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), service du Ministère de la Culture, sous le libellé suivant : "poitevin-saintongeais [dans ses deux variétés : poitevin et saintongeais]". Voir site de la DGLFLF : DGLF - Ministère de la Culture

Lien externe[modifier | modifier le code]