Dune du Pilat

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Dune du Pilat
Vue aérienne de la dune du Pilat.
Vue aérienne de la dune du Pilat.
Géographie
Altitude 110,9 m
Massif Dunes des Landes
Coordonnées 44° 35′ 23″ Nord 1° 12′ 49″ Ouest / 44.58986, -1.21361
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes
Département Gironde
Ascension
Voie la plus facile Plusieurs sentiers
Géologie
Âge environ 200 ans
Roches Sable
Type Dune

Géolocalisation sur la carte : Gironde

(Voir situation sur carte : Gironde)
Dune du Pilat

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Dune du Pilat

La dune du Pilat[1], située en bordure du massif forestier des Landes de Gascogne sur la côte d'Argent à l'entrée du bassin d'Arcachon, en France, est la plus haute dune d’Europe (hauteur en 2016 : 110,9 m[2]).

Géographie[modifier | modifier le code]

Localisation[modifier | modifier le code]

Position de la dune dans l'entrée du bassin d'Arcachon.

Située à l'entrée sud du bassin d'Arcachon, elle s'étend sur 616 m d'ouest en est et sur 2,9 km du nord au sud et contient environ 55 millions de mètres cubes de sable, dans la localité de Pyla-sur-Mer qui dépend administrativement de la commune de La Teste-de-Buch, à proximité d'Arcachon, au cœur des Landes de Gascogne.

Topographie[modifier | modifier le code]

La dune côté forêt vue de son sommet (pente : entre 30 et 40°)

Les déplacements de la dune sont constants et étudiés par les scientifiques. Côté Est, la dune gagne sur le massif forestier, ensevelissant les arbres à une vitesse d'un à cinq mètres par an. Côté Ouest, l'évolution du trait de côte (limite des plus hautes mers) est variable. Le littoral Nord de la dune est soumis à une forte érosion, notamment lors des tempêtes hivernales. À l'inverse, l'érosion est faible ou quasi nulle ces dernières années le long du littoral Sud. La dune du Pilat est dissymétrique, avec une pente inclinée différemment selon sa position par rapport au vent. Ainsi, la face de la dune la plus exposée au vent (face Ouest, côté océan) est douce, de l'ordre de 5 à 20°, car les sables s'étalent lors de leur remontée vers le sommet. En revanche, la face côté forêt, à l'abri du vent (face Est), est plus raide, entre 30 et 40°.

Géologie[modifier | modifier le code]

Formations sableuses visibles sur le flanc intérieur de la dune.

Sur la carte géologique de la partie occidentale du Bassin aquitain et celle de La Teste-de-Buch, en particulier, on peut voir une formation géologique de la fin du Quaternaire qui porte le nom de « Sable des Landes » : il recouvre toute la région située autour du bassin d'Arcachon et s'étale au nord vers l'estuaire de la Gironde, à l'est vers la vallée de la Garonne et au sud vers l'Armagnac et l'Adour. À l'ouest, il est surmonté par une bande de dunes côtières plus récentes dont la dune du Pilat fait partie.

Sédimentologie des sables des Landes et dunaires[modifier | modifier le code]

Fouille de sauvetage sur un site protohistorique (octobre 2014) par Philippe Jacques avec prélèvements dans une épaisse strate de tourbes compactées.

La couverture de sable des Landes est composée :

  • à sa partie inférieure, d'une couche de sables, de graviers voire de galets, d'argiles parfois sableuses et plus ou moins graveleuses dont l'épaisseur atteint 100 mètres près du littoral et qui va en s'amenuisant vers les reliefs continentaux qu'elle recouvre plus ou moins ; ces sédiments ont été épandus par des fleuves et des rivières ; ils ont donc une origine fluviatile ;
  • à sa partie supérieure, de quelques mètres d'un sable fin composé de grains émoussés et dépolis, car éolisés, qui constitue le véritable « Sable des Landes » et qui provient du remaniement des sédiments fluviatiles qu'il surmonte.

Tout le relief de la zone côtière a été recouvert par ce sable qui s'est mis en place dans des conditions très arides, poussé par des vents d'ouest dominants de 20 000 jusqu'à 10 000 av. J.-C. environ. La fraction la plus lourde, les graviers, est restée près du rivage au large de la côte actuelle, tandis que les fractions les plus fines ont été entraînées très loin vers Blaye, l'Entre-deux-Mers et la Chalosse. C'est un sable très homogène (90 % des grains ont une taille comprise entre 0,1 et 0,5 mm ; le diamètre moyen des grains est de 0,3 mm). Cette homogénéité résulte du tri effectué par les eaux et les vents.

À côté des grains de quartz, on retrouve toujours dans ces sables, des minéraux dont la densité est supérieure à celle du quartz et qui portent le nom de minéraux lourds ; ils représentent 0,2 à 1,5 % du sable et se composent de minéraux ferrifères (75 %) mais aussi de tourmaline et de grenats. Ils existent dans tous les sables de la région aussi bien ceux du sol des Landes, que des dunes du littoral.

La région du bassin d'Arcachon et des étangs qui se trouvent au sud, Cazaux, Parentis, a retenu l'attention des géologues qui recherchaient du pétrole dans cette zone autrefois si longtemps recouverte par les mers de l'ère secondaire. Ces travaux ont permis de parvenir ainsi à une meilleure connaissance de la géologie de ces terrains profondément enfouis sous les sédiments du Tertiaire et l'épaisse couche de sable qui s'est mise en place au Quaternaire récent donnant à ce pays son aspect géologiquement monotone. Par ailleurs, il est avéré que les côtes sableuses basses de la Gironde et des Landes où l'érosion, le transport et l'accumulation des sédiments forment les trois étapes indissociables de l'évolution du littoral et des systèmes dunaires, constituaient un modèle de choix auquel de nombreux géologues régionaux s'intéressent aujourd'hui. L'histoire des dunes de cette région, et du Pilat en particulier, s'inscrit naturellement dans le cadre de ces études.

Histoire[modifier | modifier le code]

Carte topographique du bassin d'Arcachon au XVIe siècle

L'emplacement actuel de la Dune du Pilat abritait des campements protohistoriques provisoires, pour des activités liées à l'exploitation du sel de mer. Les premières découvertes archéologiques commencent en 1982 [3]. Le 31 décembre 2013, un touriste trouve dans le sable, au pied de la dune, une urne funéraire[4] et un vase accessoire datant de l'âge du fer[5], 800 ans av. J.-C.

Un chantier de fouilles a mobilisé une dizaine d'archéologues amateurs pendant deux semaines, en octobre 2014, pour préciser le contexte stratigraphique et environnemental des découvertes signalées[6]. Un reportage photo est disponible sur le site de la Société Historique et Archéologique du Bassin d'Arcachon[7].

Le nom Pilat, déjà présent sur les cartes de Masse (1708) [8] et de Cassini (1786) avec le « petit bassin du Pilat », les « balises du Pilat », des « cabanes du Pilat » et la « grande passe du Pilat ou passe du Sud », correspondait à un lieu situé plus au sud de celui de la dune que nous connaissons sous ce nom et vraisemblablement au large de la côte actuelle. Nous sommes ici dans un pays de dunes mobiles et au fil du temps, le littoral et son relief ne cessent de se modifier, avançant vers l'est, vers l'intérieur des terres. Jusqu'au début du XXe siècle, le secteur du Pilat s'appelle « les Sabloneys » (littéralement « sables nouveaux » en gascon) et aucune route carrossable n'y mène.

Ce changement d'appellation a pour origine une opération immobilière. Lorsque vers 1910, le développement de l'habitat opéré sur la partie côtière de la commune d'Arcachon atteint le sud du Moulleau, les promoteurs immobiliers[9] qui convoitent des terrains sur la partie testerine qui prolonge la côte vers le sud, sont confrontés à un problème de taille : le territoire appartient à l'État qui ne veut pas vendre. En 1913, un de ces promoteurs, Daniel Meller, propose alors et obtient de l'administration une transaction : en échange de 463 hectares de terrain qu'il achète sur la commune de La Teste (sur les bords du lac de Cazaux), il obtient 143 hectares entre Le Moulleau et la dune du Pilat. En référence à la grande dune voisine qui forme un monticule de sable, il choisit de baptiser l'endroit « Pyla-sur-Mer ». Il crée la « Société Civile Immobilière de Pyla-sur-Mer » dans le but d'ériger « une ville dans la forêt ».

En 1928, un autre promoteur, Louis Gaume, crée « La société du Pilat-Plage » avec la Corniche, un ancien relais de chasse devenu lieu de villégiature privilégié des aristocrates et de la bourgeoisie où il construit de nombreuses maisons de style néo-basque[10]. C'est à peu près vers les années 1930 que le vieux nom « Sabloney » est remplacé par « dune du Pilat ». Aujourd'hui, « les Sabloneys » désigne une petite plage au sud de la grande dune.

Le nom officiel de la dune est « Dune du Pilat ». La dénomination d'origine provient du gascon pilòt[11] ou pilhar[12] signifiant tas, monticule. En revanche, la station balnéaire de Pyla-sur-Mer, à proximité de la dune, a été fondée dans les années 1920 par un promoteur immobilier qui a opté pour une consonance plus exotique, en employant un "y".

Formation[modifier | modifier le code]

Schéma en coupe de la dune du Pilat

La formation de la dune est entièrement liée à celle du banc d'Arguin. Au fil des siècles, les courants marins ont charrié du sable (en provenance du large, de la côte, et du bassin lorsque la marée descend) pour former le banc d'Arguin (lequel est, à l'instar de la dune, en constante évolution). Ensuite, les vents violents d'ouest en provenance du large arrachent à sa surface, avec l'aide de micro gouttelettes d'eau, des grains de sable au banc d'Arguin au moment de la marée basse, quand celui-ci est totalement découvert, et qui en s'envolant viennent se poser sur la dune pour former cette gigantesque masse de sable fin.

Sur le versant ouest de la dune, on trouve quatre paléosols majeurs (anciens sols fossilisés): à la base de la dune, un ancien podzol (3500 ans av. J.-C.), puis trois paléosols dunaires principaux (datés entre 3000 ans av. J.-C. et nos jours)[13]. On trouve aussi des paléosols mineurs, des niveaux lacustres et plusieurs milliers de niveaux à minéraux lourds[14].

Il y eut d'abord, après la dernière période glaciaire, une forêt de pins sylvestres, noisetiers, bouleaux, aulnes et saules, caractéristiques d’un climat froid et continental. Au boréal atlantique et sous-boréal, une dune de trois à quatre mètres de haut, retenait des marais et un étang ; tout au long de la transgression flandrienne, les sables s'accumulèrent et les marais disparurent sous les dunes paraboliques de vingt à quarante mètres de haut, pendant que la forêt usagère de la Teste se développait sous un climat plus humide[15].

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec l’arrivée massive de sable sur le littoral, les dunes modernes ont enseveli, sous cinquante à soixante mètres de sable, les anciennes dunes paraboliques, pour devenir la grande « dune de la Grave ». Le sable continua d’arriver et de converger vers la dune de la Grave. À la fin du XIXe siècle, la dune de la Grave enfouie par 20 à 30 m de sable, atteint 115 m vers 1910 et prend le nom de dune du Pilat. L’édification de la Grande dune du Pilat s’est faite entre 1826 et 1922 alors que le trait de côte a reculé de plus de 500 m. La végétation qui recouvrait le versant au vent de la dune de la Grave a été détruite, permettant le vannage et le transport des sables vers le sommet de la dune.

Tourisme et Préservation[modifier | modifier le code]

La dune

La notoriété de la plus haute dune d'Europe n'a fait que croître au cours des dernières décennies. Près de deux millions de visiteurs se hissent chaque année à son sommet, ce qui en fait l'un des sites naturels les plus visités de France avec la baie du Mont-Saint-Michel. Quel paradoxe quand on sait que les dunes ont été, jusqu'au XIXe siècle, des lieux n'offrant qu'un « effrayant désert », comme le décrivait Nicolas Brémontier en 1806.

Le grand site n'en demeure pas moins un espace naturel fragile. Il fait l'objet d'un programme de préservation et de mise en valeur porté par des acteurs publics, dont le gestionnaire du site, le Syndicat mixte de la Grande Dune du Pilat[16].

Plus de 6 800 hectares intégrant la dune et la forêt attenante sont classés au titre de la loi de mai 1930 sur les monuments naturels et les sites. Le classement est une protection forte au niveau national, ce qui n'exclut ni sa gestion ni sa valorisation. Le Syndicat mixte est membre du Réseau des Grands Sites de France. Ce réseau accompagne ses membres vers le label Grand Site de France.

Des sports de pleine nature sont présents sur le site notamment le parapente. Un parking payant, contribuant à la préservation du site classé, est situé au pied de la dune, côté forêt. L'accès à la dune du Pilat reste gratuit pour les piétons, les vélos et les transports en commun comme le bus Baïa.

Selon une étude menée par les cabinets NXA, Deloitte et l’Agence Scarabée, parue fin 2014, la plus haute dune d’Europe dégagerait entre 11 et 13 millions d’euros de retombées directes, et jusqu’à 168 millions d’euros de recettes indirectes[17],[18].

Transports en commun[modifier | modifier le code]

Réseau exploité par Baïa, les transports en commun de l'agglomération d'Arcachon.

  •   1   Gare d’ArcachonDune du Pilat ↔ Plage de la Salie
    • Arrêt : Dune du Pilat
  •   6   Port du TeichPlage de la Salie (fonctionne entre juin et septembre)
    • Arrêt : Dune du Pilat

Réseau exploité par la RDTL, transports en commun du département des Landes.

  •  46  ParentisBiscarrosseArcachon (fonctionne entre juin et septembre)
    • Arrêt : Dune du Pilat

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Pyla ou Pilat ? »
  2. Bassin d'Arcachon : le travail des géomètres sur la dune du Pilat vu par un drone, Sud-Ouest, 12 février 2016
  3. « Découvertes protohistoriques des années 80 en pays de Buch »
  4. Stéphane Hiscock, « Découverte probable d'une nécropole de l'âge du fer sous la Dune du Pilat », sur France Bleu Gironde
  5. « Formation de la dune du Pilat », sur Syndicat Mixte de la Grande Dune du Pilat
  6. Christine Heim (Sud-Ouest), « Fouilles au pied de la Dune du Pilat (La Teste, 33) », sur Club Dubalen (Landes),‎ (consulté le 28 février 2016).
  7. « Chantier archéologique sur la Dune du Pilat en octobre 2014 », sur Société historique et archéologique du Bassin d'Arcachon et du Pays de Buch,‎ (consulté le 28 février 2016).
  8. « Les cartes de Masse (1707-1724) »
  9. [PDF] « Charte paysagère Pyla-sur-Mer, octobre 2011, PLU de La Teste-de-Buch) »
  10. Marie de Greef-Madelin, « Et les Gaume créèrent le Pyla… », sur Valeurs actuelles,‎
  11. « Multidictionnaire occitan »
  12. Collectif, Dominique Auzias et Jean-Paul Labourdette, Aquitaine 2015, Petit Futé, (ISBN 9782746982192, lire en ligne), p. 283
  13. [PDF] « Mise en place du suivi de l’évolution récente de la Grande Dune du Pilat »
  14. « Formation de la dune du Pyla »
  15. « La dune du Pilat »
  16. « Gestion du Grand Site »
  17. lefigaro.fr, « La dune du Pilat vaudrait 50 centimes le mètre carré » (consulté le 24 août 2015)
  18. étude NXA - Deloitte - Agence Scarabée, « Avec près de 2 millions de visiteurs chaque année, la dune du Pilat est une véritable locomotive de l’économie locale » (consulté le 24 août 2015)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Syndicat Mixte de la Grande Dune du Pilat (2007), Compte rendu de la séance plénière du 25 juin 2007, (lire en ligne)
  • Auly T. et Veiga J. (2010), Le bassin d'Arcachon, un milieu naturel en danger ?, éditions Confluences, Bordeaux, 2010, 275 p.
  • Froidefond J.-M. et Legigan Ph. (1985), La grande dune du Pilat et la progression des dunes sur le littoral Aquitain, Bulletin de l’Institut géologique du bassin de l’Aquitain, Bordeaux, 38, 69-79
  • Paquerau M. et Prenant A. (1961), Note préliminaire à l’étude morphologique et palynologique de la grande dune du Pilat (Gironde). P.V. Société linéenne, Bordeaux, 98, 12 pp
  • Legigan P. (1979), L’élaboration de la formation du sable des Landes, dépôt résiduel de l’environnement sédimentaire pliocène-pléïstocène centre aquitain, Mémoire Institut géologique du bassin d’Aquitaine, 18.
  • Allen G. P. et Castaing P. (1977), Carte de répartition des sédiments superficiels sur le plateau continental du golfe de Gascogne, Bulletin de l’Institut de Géologie du bassin d’Aquitaine, France, Institut de géologique du bassin d’Aquitaine, Talence, France, 1977, p. 255-260.
  • Enjalbert H. (1960), Les pays aquitains : le modelé et les sols, Bordeaux, Impr. Bières, 618 p.
  • Bressolier C., Froidefond J.M. and Y.F. Thomas (1990), Chronology of coastal dunes in the south-west of France. En Eds. T.W. Baker, P.D. Jungerius, and J.A. Klijn, Dunes of the European Coasts, Catena Supplement 18, p. 101-107.
  • Guadelli J.-L. Le quaternaire littoral girondin, Notice d’excursion, avec la collaboration de Diot M.-F., Tastet J.-P. et Roussot-Larroque J., 16-18 mai 1996, p. 43-46, (livret-guide en ligne).
  • Agence Scarabée, Deloitte - NXA, Étude de la fréquentation et des retombées socio économiques, 2014

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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