Amer (navigation maritime)

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L'amer de chenal sur l'île de St Martin's dans l'archipel des Sorlingues, au Royaume-Uni.
Le clocher de l'église Saint-Étienne d'Ars-en-Ré utilisé comme amer.

Un amer est un point de repère fixe et identifiable sans ambiguïté utilisé pour la navigation maritime.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme amer est passé de manière récente dans le français standard (attesté seulement à partir de 1683) et est un emprunt au normand ou au picard amer, amet, lui-même de l'ancien normand (attesté en 1119) merc (féminin merque) ou moins probablement de l'ancien picard marc / merc « borne, limite » (féminin marque), dont l'origine est le scandinave merki pour le normand ou le vieux bas francique *mark « borne, limite » (cf. marche au sens de « frontière ») pour le normand et pour le picard, avec pour ce dernier peut-être une forme intermédiaire néerlandaise merk. Dans ce cas, l'évolution -ar- > -er- est liée à l'action fermante de [r] particulièrement fréquente en normand (cf. français argent, normand ergent). Il n'a aucun rapport avec l'adjectif amer, mot issu du latin.

Art du repérage côtier[modifier | modifier le code]

Ce repère visuel identifiable sans ambiguïté est utilisable pour prendre des relèvements optiques (au compas de relèvement), ou pour naviguer sur un alignement. Un phare, un château d'eau, un clocher, un pignon ou un arbre remarquables peuvent constituer des amers.

Un bon amer doit pouvoir être reconnu sans ambiguïté et doit pouvoir être situé sur la carte marine utilisée. Il peut être naturel - sommet d'une colline ou d'une montagne, rocher isolé en mer - ou artificiel - balise, phare, bâtiment identifiable sur la côte tel qu'un clocher d'église, un château d'eau, une maison isolée ou une cheminée d'usine. Les instructions nautiques indiquent les amers remarquables qui pourront assister le marin.

Les amers jouent un rôle important dans la navigation côtière (c’est-à-dire près des côtes, zones de dangers) lorsque les techniques de navigation à l'estime ou par satellite (GPS) ne sont plus assez précises : ils permettent de positionner le navire sur la carte lors d'un atterrissage (arrivée sur la côte depuis le large), de le tenir écarté des dangers peu visibles (écueils, hauts fonds) et de le guider dans les chenaux menant à un port ou à un mouillage.

Ici le relevé de l'azimut de trois amers (clocher, tourelle et phare) a permis de positionner le navire

Le navigateur utilise les amers en relevant leur azimut avec un compas de relèvement. En reportant le relèvement de deux amers sur la carte marine, il obtient deux droites dont l'intersection coïncide avec la position du navire.

Article détaillé : navigation par alignements.

Lorsqu'un navire doit emprunter un chenal bordé de dangers, les instructions nautiques indiquent souvent deux amers qui, s'ils sont maintenus alignés durant la progression du bateau, permettront de le maintenir sur une route sûre. Ces amers sont assez souvent artificiels : rocher blanchi avec de la peinture, tour ou tourelle visible de loin, clocher d'une église (le clocher de l'église d'Ars-en-Ré peint en noir).

Histoire de la navigation[modifier | modifier le code]

Dans l'Antiquité et jusqu'à l'avènement de cartes géographiques et d'appareils de mesure fiables, les marins naviguaient à vue et se repéraient en utilisant des documents qui décrivaient les côtes abordées, et qui signalaient principalement les amers. Le plus célèbre amer de l'Antiquité est certainement le phare d'Alexandrie, construit sur l'île de Pharos (d'où vient son nom). Remarquable par ses dimensions et sa construction, il guidait les navires vers l'entrée du port égyptien, de jour comme de nuit.

Une tour, un amas de pierre, un marais salant ou salin... situés sur un cap ou une avancée de terre ainsi identifiable, ou à défaut une roche surélevée ou un mont, avec des formes ou des couleurs reconnues, en situation de promontoire, constituent des amers antiques, les premiers artificiels et les seconds naturels. D'autre part, la navigation fluviale et les charrois à proximité des voies de circulations fluviales et terrestres ou sur les chemins de dérivation entre voies importantes, étaient confrontés à la même nécessité de repérage[1]. L'observation de toutes les formes terrestres créent des possibilités de repérages, une fois insérées dans la pensée par un langage commun.

Définition en dehors du monde maritime[modifier | modifier le code]

Le terme amer est également utilisé en robotique mobile pour désigner les points de repère utilisés par un robot pour se repérer dans son environnement et calculer sa trajectoire.

Une côte qui ne manque pas d'amers : la pointe de Saint-Mathieu en Bretagne (France).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La toponymie gauloise à proximité des chemins ou voies est essentiellement une description 3D des formes de l'espace terrestre, observables de loin (forme ronde, allongée, orientée du mont ou des versants, courbes ou axes de la vallée, caractéristique évidente du site de hauteur contrôlant la voie...) ou concrètes (pentes, haltes, plat, replat, col, contournement...).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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