Raids vikings en France

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Les raids vikings sur le territoire de la France actuelle sont surtout connus par des chroniques rédigées par des clercs qui en ont souvent exagéré l'ampleur et l'importance. C'est pourquoi ils n'ont laissé quasiment aucune trace matérielle, hormis quelques armes et objets principalement dragués dans la partie normande de la Seine.

Les Vikings[modifier | modifier le code]

Les Hommes du nord, qualifiés indifféremment au Moyen Âge de Normands (Nortmanni) ou de Danois (Dani) sont plus connus aujourd'hui sous le nom de Vikings. Ils profitent des luttes intestines entre les trois empereurs carolingiens (Lothaire, Charles le Chauve et Louis le Germanique). Venus de Norvège, du Danemark ou plus rarement de Suède, ils multiplient les raids de pillages et de destructions dès le début du IXe siècle.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Les premières incursions[modifier | modifier le code]

Incursions Vikings des IXe et Xe siècle en Bretagne, Alain Barbetorte remportant sur eux une victoire décisive au camp de Péran en 936.

Le royaume franc dirigé par Charlemagne connait un raid dès 799 : point de départ d'une longue série d'attaques vikings, dont la plus connue est sans doute le siège de Paris en novembre 885.

Les premiers raids vikings visent la proximité du rivage, pillant les endroits peu riches et peu défendus, repartant rapidement. L'ouest de la France connaît alors une insécurité rappelant l'époque des Grandes Invasions. Les Vikings pillent les côtes de la Manche et de l'Atlantique puis, en remontant les fleuves, attaquent les villes et les monastères situés plus à l'intérieur du pays.

Vers 830, des groupes plus nombreux pénêtrent plus profondément et plus loin dans le pays, dévastent et pillent principalement des églises et des monastères. Ils capturent les riches (personnes importantes, de haut rang) et les rendent contre une rançon ou s'emparent des plus pauvres qu'ils emènent comme esclaves.

Vers 860 au pillage s'ajoute la conquête et l'entreprise de colonisation de territoires. En 861, Charles le Chauve confie la défense des pays situés entre la Seine et la Loire à Robert le Fort, comte d'Anjou. Celui-ci affronte avec courage les Normands et meurt en les combattant, en 866.

L'apogée[modifier | modifier le code]

La fin des raids[modifier | modifier le code]

Les raids vikings cessent dans le premier tiers du XIe siècle. Vers 1015, les comtés de Blois et de Chartres sont ravagés par deux « rois » scandinaves, Olaf et Lacman, peut-être les responsables de l'ultime attaque viking de Dol-de-Bretagne qui eut lieu en 1014.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Conséquences religieuses[modifier | modifier le code]

  • Dispersion des reliques de l'ouest et du centre de la France
  • Destruction des édifices religieux de l'ouest et du centre de la France

La naissance de la féodalité[modifier | modifier le code]

Les raisons des succès vikings : le cas franc[modifier | modifier le code]

Si des mesures défensives sont rapidement prises après l'événement de 799, il n’en demeure pas moins que les incursions vikings restent d’une redoutable efficacité tout au long du IXe siècle. Ce succès s’explique d’abord par la vitesse d’exécution de la machine militaire viking, efficace et novatrice. Par ailleurs, la décadence politique de l'empire franc après 830 facilite certainement la tâche des assaillants.


Les atouts militaires vikings[modifier | modifier le code]

Les premiers raids vikings sont surtout dirigés vers des cibles situées à proximité du rivage et consistent surtout à piller les villages ou les monastères avec peu de moyens, de façon à pouvoir regagner le large avec des richesses rapidement gagnées. Mais dès 830, de plus grandes flottes attaquent des cibles (surtout des églises ou des monastères) à l’intérieur du pays. Des éclaireurs ou des espions vont reconnaître la disposition de leurs cibles et s’attardent même parfois en territoire franc. Noirmoutier, situé près de l’embouchure de la Loire, figure parmi les premiers lieux à avoir servi de base fixe aux Vikings. À partir des années 860, les Vikings entreprennent de conquérir et coloniser des territoires. Ce changement d’objectif nécessite une armée plus grande et mieux organisée. Les Danois en particulier savent rassembler plusieurs bandes dans un objectif précis. En 885-886-887, une armée portée par 700 navires se présente devant Paris[1]. De fait, contrairement à ce que la lecture des chroniques monastiques tente de faire croire, les assaillants ne forment pas une marée humaine se déversant sur la Francie. En effet, la Scandinavie, à cette époque comme aujourd'hui, est trop peu peuplée et ne peut submerger l'Occident par le nombre.

Leurs navires de guerre, appelés langskip ou snekkja (et non pas drakkar), sont les outils de la réussite des envahisseurs. Longs en général d'une vingtaine de mètres et mus à la rame et à la voile, la souplesse de leur coque les rend adaptés aux déplacements en haute mer tandis que leur légèreté, leur faible tirant d'eau, leur permettent de remonter aisément les rivières[2]. Les Vikings peuvent également emporter leur flotte sur une bonne distance : durant le siège de Paris, ils l’auraient même traîné hors de la Seine pour la remettre à l’eau deux mille pieds plus loin, en amont de la Seine. Privilégiant la marche, les Vikings utilisent peu les chevaux, du reste difficiles à obtenir.

Ne combattant pas en mer, ces hommes du Nord ne seraient pas à proprement parler des pirates ; leur flotte ne sert que pour le transport.

Les armes scandinaves ne sont en rien supérieures à celles des Francs. Les guerriers sont généralement armés de haches, de grands glaives lourds, de lances, de javelots et de boucliers. À la grande hache scandinave (tenue à deux mains), répond la qualité des épées et des broignes franques. Ils utilisent aussi des épées d'origine anglo-saxonne. C’est l’élément tactique des Vikings et non l'armement qui garantit leur efficacité au combat. Ils utilisent notamment l’effet de surprise. Mais cet avantage disparait lorsqu'ils s'engagent dans la remontée des fleuves et dans l'arrière-pays car la nouvelle de leur présence est rapidement transmise de village en village. Les sources franques révèlent que les envahisseurs savent se retrancher dans des fortifications qu'ils élèvent eux-mêmes.

Lors d’un raid, les Vikings tuent ou emmènent des captifs. La nouvelle de ces violences cause la terreur chez les autochtones qui s'empressent de fuir ou de verser un tribut. Cette intimidation est une arme de dissuasion redoutable dont les effets sur l’adversaire, quoique non quantifiables, jouent sûrement un rôle important dans le succès des incursions vikings en Francie occidentale.

L'inefficacité des Carolingiens devant l’envahisseur[modifier | modifier le code]

Le raid précurseur de 799 contraignit Charlemagne à prendre des mesures défensives. Le roi amorça la construction d'une flotte de guerre et plaça des sentinelles et des postes de garde sur le littoral (notamment dans les ports et à l'embouchure des fleuves)[3]. Ce dispositif sembla fonctionner puisqu'en 820 par exemple, une flotte viking dut rebrousser chemin devant l'estuaire de la Seine. Toutefois, après 830 les raids fructueux se multiplièrent et l'énergique Charlemagne est mort en 814.

Première raison de leur échec, les Francs souffraient des divisions internes qui fêlaient l'empire. Le pouvoir de Louis le Pieux était contesté par ses fils et une fois le père mort en 840, ces derniers se disputèrent l'héritage territorial. Le traité de Verdun en 843 sanctionna la division de l'empire en trois royaumes : Charles le Chauve reçut notamment la Francie occidentale, ébauche de la France. Cet accord ne stoppa pas pour autant la guerre, le roi devant faire face à la dissidence de l'Aquitaine, à la poussée bretonne, à la montée en puissance de l'aristocratie sans oublier les ambitions de son frère Louis le Germanique. En 858, Charles dut par exemple annuler sa campagne contre les Vikings car les aristocrates s'étaient révoltés et son frère avait envahi le royaume. Les Scandinaves profitaient de cette instabilité pour mettre à feu et à sang des villes, des monastères et en tirer un butin considérable.

Toutefois, à partir des années 860, les invasions déclinèrent pour se diriger plutôt sur la Grande-Bretagne. Les dispositions défensives mises en place par Charles le Chauve semblaient porter leurs fruits. Dans les secteurs régulièrement envahis, des châteaux (castella) avaient été établis, parfois en dépit de l'accord royal. Des ponts fortifiés, tel celui de Pont-de-l'Arche sur la Seine, barraient la route des fleuves. Le roi carolingien confia de grands commandements militaires aux principaux chefs de l'aristocratie. Robert le Fort devint par exemple marquis de Neustrie et son armée battit les Normands à Brissarthe en 866. « Victoire » toute relative puisque dans ce combat Robert le Fort et Rannoux de Poitiers trouvèrent la mort.

À la fin des années 870, les Scandinaves se jetèrent à nouveau sur le royaume. Ils étaient maintenant plus nombreux et s'organisèrent pour la conquête de territoires. Dans le même temps, la royauté carolingienne vacillait après la mort de Charles le Chauve. Les règnes étaient éphémères : Louis le Bègue régna deux ans (877-879). L'espoir se ralluma quand en 881 le roi Louis III défit une grande armée viking à Saucourt-en-Vimeu, puis en 885 quand le comte Eudes contraignit à empêcher que les Vikings prennent Paris. Mais plus souvent, les Carolingiens se soumirent à leurs adversaires. À plusieurs reprises, ils payèrent le départ des Hommes du Nord. Bien qu'il réussit à reconstituer l'empire de Charlemagne en rassemblant les différents royaumes francs, l'empereur Charles le Gros usa de ce moyen financier pour se débarrasser des Vikings qui assiégeaient toujours Paris. De surcroît, outre les 700 livres de tribut, les Scandinaves reçurent le droit de piller la Bourgogne en amont de la ville.

L'incapacité des Carolingiens ne se démentit pas dans les décennies suivantes. En 911, le roi Charles le Simple, petit-fils de Charles le Chauve, se résolut à négocier avec un chef viking nommé Rollon. Il lui abandonna les territoires autour de Rouen, embryon de la Normandie. Cette décision calma quelque peu les raids scandinaves en Neustrie. Ailleurs, la résistance des populations et des chefs locaux obligea les Hommes du Nord à battre en retraite.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Robert Wernick, L’Épopée Viking, Amsterdam, Time-Life, 1980, p. 67. Il faut en ce qui concerne le nombre, tenir compte des exagérations coutumières des chroniqueurs contemporains
  2. Élisabeth Deniaux, Claude Lorren, Pierre Bauduin, Thomas Jarry, La Normandie avant les Normands, de la conquête romaine à l’arrivée des Vikings, Éditions Ouest-France Université, Rennes, 2002, p.377-378.
  3. Élisabeth Deniaux, Claude Lorren, Pierre Bauduin, Thomas Jarry, opt. cit., p.382-383.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]