Frères Pereire

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Les frères Émile et Isaac Pereire.

Jacob Rodrigue Émile Pereire ( à Bordeaux - à Paris) et Isaac Rodrigue Pereire ( à Bordeaux - à château d'Armainvilliers) sont des banquiers qui ont entre autres participé aux opérations immobilières liées à la modernisation de Paris dirigée par le préfet Haussmann. Ils possédaient aussi de nombreuses entreprises dans, notamment, les chemins de fer et les assurances. Leur nom peut s'écrire soit Pereire, soit Péreire[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Les frères Émile et Isaac étaient les petits-fils de Jacob Rodrigues Pereira, juif portugais séfarade, né à Peniche au Portugal, qui s’installe en France en 1741, francisant dès lors son nom en Pereire et devenant l’interprète de Louis XV. Ce personnage, mathématicien de son état, avait prôné un enseignement oraliste auprès aux sourds et muets. Émile épousa en 1824 sa cousine, Rachel Rodrigues-Henriques (1805-1874), fille d'Isaac Rodrigues-Henriques et sœur d'Olinde Rodrigues. Eugène Pereire est le fils d'Isaac.

Émile Pereire appartenait à un courant de pensée le saint-simonisme jusqu’en 1831. C’est une doctrine socio-économique, à coloration politique et idéologique, dont l’influence au XIXe siècle fut déterminante, et qui peut être considéré comme un courant fondateur de la pensée technocratique moderne[2].

La devise des frères Pereire, empruntée à Saint-Simon : « À chacun selon ses capacités, à chaque capacité selon ses œuvres », montre bien qu’ils ne sont pas pour une société égalitaire, même si par ailleurs, ils continuent à s’opposer à la propriété des moyens de production. Pour eux, pour que les « capacités » s’épanouissent véritablement, il faut que l’économie soit très organisée, notamment par un réseau bancaire très ramifié et contrôlé. Leur système repose sur des spéculations nouvelles se renouvelant sans cesse. L’argent pour prospérer doit donc « couler », s’infiltrer partout, être « le ferment de toute végétation sociale » (ce que dénonce Émile Zola dans La Curée).

Entreprises financières, industrielles et immobilières des frères Pereire[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative sur la place du Maréchal-Juin à l'entrée de la promenade Pereire, Paris 17e.

La Compagnie du Chemin de fer de Paris à Saint-Germain a été fondée en 1835 par les frères Pereire, avec la participations d’autres banquiers dont James de Rothschild.

En 1852, ils fondèrent le Crédit mobilier qui permettait un crédit à long terme aux industriels. Adolphe Georges Guéroult était le chef de bureau du Crédit mobilier.

En 1853, ils acquièrent l’Établissement thermal de Vichy et, en 1854, ils investissent dans la société Autrichienne des chemins de fer. Ils participent aussi à des sociétés d’assurances comme « La Confiance » et « La Paternelle ». Les frères Pereire s'intéressèrent à la concession des houillères de la ville de L'Hôpital en Moselle qui s'étendait sur les communes de L'Hôpital, Saint-Avold, Macheren, Petit­-Ebersviller, Hombourg et Freyming. Elle fut accordée en juillet 1857 à Messieurs Jacob Rodrigue Émile et Isaac Rodrigue Pereire et à Monsieur Stéphane Mony. En 1859, ils créèrent la Société Houillère de Saint-Avold et L'Hôpital.

En 1861, ils créent la Compagnie Générale Maritime, compagnie de transports maritimes de passagers et marchandises qui fut ensuite renommée Compagnie générale transatlantique (en abrégé "CGT", appelée couramment « La Transat » en France et "French Line" à l'étranger) qui fut jusqu'en 1975 une des deux principales compagnies de transports maritimes françaises. La Transat bénéficiait de contrats avec l’Etat pour le transport du courrier ("service postal") sur les Amériques et les Antilles; in fine, elle fusionna en 1975 avec la compagnie des Messageries maritimes ("MM"), à nouveau sous le nom de Compagnie Générale Maritime. En relation avec la Transat, les frères Péreire furent amenés à créer des chantiers navals à Saint-Nazaire, Loire-Atlantique, dits Chantiers de Penhoët, qui fusionnèrent ultérieurement avec les Chantiers et Ateliers de la Loire pour devenir les Chantiers de l’Atlantique, la première entreprise de construction navale civile française.

Ils réalisèrent aussi de nombreuses opérations immobilières avec la création de la Société immobilière. Mais ce sont les difficultés de celle-ci en 1867 qui amenèrent la faillite et la liquidation du Crédit mobilier[3].

Interventions dans le sud-ouest de la France[modifier | modifier le code]

Hommage dans la gare de Bordeaux (au sol)

Ils ont construit le chemin de fer de Bordeaux à Bayonne, la ligne de l’ouest de Paris (terminus St-Germain) en 1837, financé un réseau des routes agricoles voulu par la loi de 1857 imposant le boisement systématique de la forêt landaise, ensemencé plus de 10 000 ha de forêts en Pays de Buch et dans la Grande Lande et ils sont à l’origine de la création de la Ville d’Hiver d’Arcachon dans les années 1850, localité nouvelle que Napoléon III visita à deux reprises. Ils furent les propriétaires du château Palmer à Margaux et replantèrent le vignoble de ce grand cru bordelais.

Naissance de la Ville d’hiver d’Arcachon[modifier | modifier le code]

Pratiquement construite d’un seul jet, selon un plan d’urbanisme soigneusement préétabli, une ville nouvelle vit le jour dans les années 1860, grâce à Émile qui se demande comment rentabiliser son petit train douze mois sur douze et, pourquoi pas, monter du même coup une nouvelle opération immobilière. Arcachon est déjà une station balnéaire réputée. Les riches négociants bordelais y ont pignon sur plage. Les trains qui, depuis le rachat de la ligne Bordeaux – La Teste par la Compagnie du Midi, poussent désormais jusqu’à Arcachon même, font le plein tout l’été. Or, les propriétaires de cette compagnie de chemin de fer, les frères Émile et Isaac Pereire, qui viennent de réussir à Paris la superbe opération immobilière du parc Monceau, s’intéressent beaucoup à la région. Leur famille y est fixée depuis un siècle et ils sont propriétaires de milliers d’hectares de pins. Émile, celui qui a les idées, a un coup de génie : la tuberculose, que l’on appelle encore la phtisie, fait à l’époque des ravages. On essaie de mettre les malades dans les meilleures conditions de résistance possible. Une seule prescription : bonne nourriture et, surtout, bon air. D’où la floraison de sanatoriums en montagne et sur la Côte d’Azur. Il n’y en a pas sur la côte atlantique, considérée comme trop venteuse. Mais le corps médical arcachonnais a depuis longtemps remarqué que, malgré des conditions de vie et d’hygiène déplorables, les marins et les résiniers ne contractent jamais la maladie. Un médecin nommé Pereyra, cousin des banquiers, note également qu’en traversant la forêt de pins, les vents marins perdent de leur agressivité et que ce climat océanique atténué serait parfait pour les tuberculeux.

Émile va bientôt acheter les hauteurs d’Arcachon et les lotir. Ce sera la « Ville d’hiver », sorte de gigantesque sanatorium ouvert où les malades pourront séjourner avec leur famille, leurs domestiques, dans des maisons particulières achetées ou louées meublées. Les villas sortent de terre comme des champignons. Toutes sont d’apparences différentes mais en réalité construites pratiquement sur le même plan, à partir d’éléments préfabriqués. Paul Régnauld, neveu d’Émile Pereire, était polytechnicien : c’est lui qui sur le terrain dirige les travaux. Dans un même temps, l’urbanisme va bon train. Un parc à l’anglaise est planté. Rues et allées sont dessinées en courbe, de telle sorte qu’il n’y ait jamais nulle part, de courants d’air. Enfin, une formidable opération de promotion lance la station en présence de l’empereur Napoléon III, de sa femme l’impératrice Eugénie et du Prince impérial, leur fils. Un triomphe. Du monde entier affluent les curistes. La renommée de la Ville d’hiver devient telle que, bientôt, les bien-portants s’y installent aussi. Les hôtels s’ajoutent aux villas, et les riches visiteurs viendront se divertir au Casino Mauresque. Pereire revend ses lots. Mais son idée fera florès jusqu’à la Grande Dépression des années trente. Alors, la clientèle habituelle, désargentée, déserte les fastes de la ville, sonnant le glas de l’âge d’or de la cité.

Financement du premier vol de Clément Ader[modifier | modifier le code]

La personnalité d’Isaac Pereire influença la personnalité de sa femme pour financer le premier vol par Clément Ader à bord de l’appareil baptisé l’Éole, qui s’élève du sol pour la première fois, le 9 octobre 1890, dans les jardins du domaine Pereire du château de Gretz-Armainvilliers, à l’est de Paris, puis rase le sol sur 50 mètres à 20 cm au-dessus de la piste. Cet événement ne sera toutefois pas homologué comme étant le premier vol : la hauteur atteinte était insuffisante pour le qualifier de tel. De fait, la performance de cette génération d’engins ne fera pas se bousculer les entrepreneurs car n’ayant pas assez de maîtrise de son domaine[4].

Politique sous le Second Empire[modifier | modifier le code]

Émile fut candidat officiel au Corps législatif le 1er juin 1863, dans la 3e circonscription de la Gironde, et fut élu député face au comte de Lur-Saluces. Il siégea dans la majorité dynastique jusqu'en 1869.

Conseiller général de Perpignan, Isaac fut élu, le 1er juin 1863, député au Corps législatif par l'unique circonscription des Pyrénées-Orientales. Cette élection ayant été invalidée, Isaac Péreire fut réélu, le 20 décembre suivant. Il siégea également dans la majorité dynastique, et fut réélu, le 24 mai 1869, dans la 3e circonscription de l'Aude, face à Louis de Guiraud. Il fut encore invalidé et, s'étant représenté, échoua, le 6 février 1870.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Isaac Pereire, Leçons sur l’industrie et les finances prononcées à la salle de l’Athénée, suivies d’un projet de banque (1832) (BNF Base Gallica)
  • Isaac Pereire, Rôle de la Banque de France et organisation du crédit en France (1864)
  • Isaac Pereire, Budget de 1877 (1877)
  • Isaac Pereire, Question financière (1877)
  • Isaac Pereire, La réforme de l'impôt (1877)
  • Isaac Pereire, La Question des chemins de fer (1879) (BNF Base Gallica)
  • Isaac Pereire, La question religieuse (1879)
  • Isaac Pereire, Politique financière (1879)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hippolyte Castille, Les Frères Péreire, Volume 28 de Portraits historiques au dix-neuvième siècle, E. Dentu, Paris, 1861.
  2. Source : Industrie et régénération sociale - Les Polytechniciens saint-simoniens.
  3. Pereire.
  4. Clément Ader et ses vols, EADS.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel-Antoine Burnier, « Les Frères Pereire, inventeurs du capitalisme moderne », de la série « La Véritable Histoire des Français », L'Esprit libre, no 1, novembre 1994.
  • Jean Autin, Les Frères Pereire, le bonheur d’entreprendre, Paris, Librairie Académique Perrin, 1984, (ISBN 2-262-00312-2).
  • Sébastien Dufour, Les Trajectoires de l’innovation dans l’action des frères Pereire : de la promotion du service public à la concentration capitalistique, Mémoire de M2 de Bordeaux 3, bibliothèque Élie Vinet de l’université Bordeaux 3.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]