Huns

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Les Huns au combat contre les Alains : illustration de Geiger (1873).

Les Huns sont un ancien peuple nomade originaire de l’Asie centrale, dont la présence en Europe est attestée à partir du IVe siècle et qui y établirent le vaste empire hunnique. L'origine des Huns est disputée : bien que dès le XVIIIe siècle, l'orientaliste français Joseph de Guignes les ait reliés aux Xiongnu voisins septentrionaux des Chinois jusqu'au Ier siècle et que de nombreuses études ultérieures se soient attachées à démontrer ou infirmer cette parenté, aucun consensus n'a encore été établi sur le sujet. Les Huns ont joué un rôle important dans le cadre des grandes invasions qui contribuèrent à l'écroulement de l'Empire romain d'Occident. Sous le règne d'Attila, l'empire est unifié mais ne lui survit pas plus d'un an. Les descendants et successeurs des Huns occupent encore diverses parties de l'Europe de l'Est et d'Asie centrale entre les IVe et VIe siècles, et laissent encore quelques traces dans le Caucase jusqu'au début du VIIIe siècle.

Il semble que les Huns parlaient un langage propre. Cependant, peu de traces en demeurent et sa famille linguistique est encore sujette à débat. Selon les théories dominantes, il s'agirait d'une langue turque, mais d'autres langues étaient parlées dans l'espace hunnique, y compris des langues germaniques orientales.

La puissance militaire était principalement basée sur l'emploi d'archers montés.

Caractères ethnolinguistiques[modifier | modifier le code]

Les Huns occidentaux sont décrits par les Romains et les Goths comme des hommes trapus, de petite taille, avec une tête large, le cou épais et de larges épaules, le torse bombé et un tronc épais sur des jambes courtes. Leurs traits sont décrits comme mongoloïdes, avec leur teint brun, leur nez écrasé et l'absence de barbe.

Toutefois, selon I. Lebedynski, ces descriptions d'époque « confinent à la caricature et, comme toujours, soulignent les types les plus exotiques pour l'œil de l'observateur [1] ». L'analyse des restes humains retrouvés dans les tombes de culture hunnique montre, avec une grande marge d'incertitude, des types variés : mongoloïde, europoïde et métissés, de taille et conformations diverses[1].

Les Huns et les Alains diffusèrent l’usage de la déformation volontaire du crâne[2] parmi les Germains orientaux, surtout chez les femmes. Ces derniers abandonneront cette pratique après la défaite des Huns.

La langue hunnique se retrouverait actuellement dans le hongrois et le finlandais, langues avec très peu de ressemblance avec d'autres groupes linguistiques ; mais cette origine reste discutée[1].

Linguistiquement, d’après l’onomastique, on distingue une couche turque et une couche iranienne, mais aussi gotique, et d’autres d’origine inconnue. En effet, les Huns occidentaux forment une fédération de peuples turco-mongols et indo-européens (germaniques et slaves) par une politique d'assimilation des peuples vaincus tout au long de leur migration jusqu'aux frontières de l'Empire romain (phénomène de l'ethnogenèse) ; ils comprennent dans leurs rangs des Goths et des Alains (iraniens), c'est pourquoi on peut parler de ligue alano-germano-hunnique.

La couche turque ou proto-turque pourrait correspondre au noyau proprement hunnique, ou d'un de ses groupes dirigeants ; la couche iranienne correspondant aux différents groupes iranophones assimilés par les Huns au cours de leur histoire[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'histoire proprement dite des Huns commence vers 370, lorsqu'ils apparaissent en Europe. Selon Jordanès, les Goths croyaient que les Huns était issus de sorcières et d'esprits impurs[1]. La question de leur origine exacte reste discutée.

Origine[modifier | modifier le code]

En 1756, Joseph de Guignes, dans son Histoire générale des Huns, des Turcs, des Mongols et autres Tartares orientaux, suggère que les Huns seraient les descendants des Xiongnu occidentaux établis en Asie centrale vers les années 40 av. J-C. Vaincus par les Chinois, ils auraient migré vers l'ouest, atteignant le Don vers 370 ap. J-C. Cette hypothèse est toujours admise par l'école archéologique russe, laquelle tend à considérer que les Huns sont des Huns d'Europe, et les Xiongnu des Huns d'Asie[1].

Les spécialistes occidentaux modernes contredisent ( notamment Otto John Maenchen-Helfen) ou négligent cette hypothèse, entre autres sur des arguments archéologiques. Par exemple, l'art animalier typique des Xiognu est absent chez les Huns d'Europe. Selon Lebedynsky, si les Huns sont issus d'un groupe xiongnu, ils auraient perdu en route une partie de leur culture d'origine et assimilé d'autres traditions et d'autres composantes ethniques, en particulier iraniennes ; « les preuves d'une éventuelle identité sont bien ténues. La ressemblance des deux noms ne veut évidemment rien dire »[1].

D'autres opposent une démonstration selon laquelle, en 313, un marchand sogdien, décrivant avec précision les pillages des Xiongnu méridionaux en Chine, les appelle Xwn, qu'on doit rapprocher de Huns[3] et de Xiongnu (˓χi̯wong ˓nuo). Ce rapprochement ne pose pas de problème aux spécialistes de phonologie chinoise, ce nom étant toujours donné comme équivalent de celui des Xiongnu dans toutes ses premières occurrences centre-asiatiques : les traductions bouddhiques de Dharmarakṣa (« protection du dharma », en chinois : 竺法护, zhú fǎhù), un Yuezhi de Dunhuang, qui, en 280, traduit le Tathāgataguhya-sūtra (perdu mais dont on a une version tibétaine qui donne Hu-na) du sanskrit en chinois et rend Hūṇa par Xiongnu, puis en 308 fait de même dans sa traduction du Lalitavistara(conservé[4] ). De même, l’onomastique sogdienne des graffitis caravaniers sogdiens du haut Indus utilise fréquemment le prénom ou surnom Xwn, alors qu’il n’existe plus dans les corpus postérieurs (documents chinois de Turfan), ce qui reflète la présence d’envahisseurs Huns en Sogdiane et la fusion des populations[5] durant une période précise.

Une autre hypothèse suggère aussi que les Huns seraient issus d'une ethnie dominée par les Xiongnu dans leur aire d'influence, dont l'ethnie dirigeante a été exterminée par les Chinois, et qui auraient gardé le nom prestigieux des Xiognu[1]. Des passages du Wei Shu parlent de « restes des descendants des Xiongnu », ce qui implique la survie de leur identité loin au nord, très au-delà du champ de vision des sources chinoises. Les Huns d’Asie centrale prennent la suite des Xiongnu et s’affirment leurs héritiers ; si un élément authentiquement Xiongnu est présent en leur sein, il est resté trés minoritaire au sein d’un conglomérat de peuples divers.

Arrivée en Europe[modifier | modifier le code]

Selon l'historien Jordanès, les Huns arrivèrent en Europe, en franchissant la Volga, vers 375, sous la conduite d’un chef appelé Balamber. Ils établirent leur domination sur un peuple nomade vivant au nord du Caucase, les Alains, ainsi que sur les Ostrogoths. L’arrivée des Huns déclencha les « Grandes invasions » par la fuite des Goths d'Ukraine et de Moldavie en territoire romain[1].

Article détaillé : Empire hunnique.

Les Huns se divisèrent par la suite en deux hordes rivales, les Kutrigur et les Uturgur.

Nicolas Poppe et Vassili Barthold ont émis l’hypothèse que les Tchouvaches, peuple de langue turque vivant près de la Volga, seraient les descendants des Huns[réf. nécessaire]. Ils ont un parler assez différent des autres langues turques, ce qui suppose une séparation précoce.

Aspects culturels[modifier | modifier le code]

Ces tribus nomades surpassèrent les autres dans la maîtrise du cheval, grâce à leur promptitude et à leur étonnante mobilité, ainsi qu’à l’adresse de leurs cavaliers, entraînés dès leur plus jeune âge. Cette habileté, associée à l’utilisation de l’arc court pouvant être utilisé depuis le dos de la monture, fut un avantage lors des nombreuses batailles que livrèrent les Huns.

Les Huns sédentarisés sur le territoire hongrois et finlandais d'aujourd'hui furent des éleveurs consommant principalement de la viande (en abondance, qu’ils mangent crue et qu’ils font aussi sécher) et des produits laitiers. La chasse avait également une grande importance dans leur économie, notamment la chasse des grands-rois pour l’alimentation de l’armée (cette chasse royale est une sorte de grande manœuvre préliminaire à la guerre).

Leur bétail fournissait également le cuir, la laine et les os. Le cuir servait à la fabrication des bottes, du harnachement, du carquois ; la laine à celle du feutre des tentes, des capes et peut-être des tapis.

L’archéologie témoigne de l’arrivée et de la progression des Huns en Europe au IVe siècle. D’importants vestiges hunniques ont été découverts dans plusieurs centres : dans la région de Saratov et celle de Volgograd, sur les deux rives d’un gué important de la Volga ; dans la région centrale du Caucase du Nord ; près de la Caspienne, au Daghestan ; de la région du bas Dniepr à la Crimée (Dniepropetrovsk, Zaporojie, Chersonèse).

Les éléments caractéristiques retrouvés sont un type particulier de chaudron, la présence dans les tombes d'une peau de cheval ou d'un cheval empaillé, un modèle de selle en bois à hautes arcades. L'art hunnique est principalement non-figuratif : plaques métalliques (par exemple, diadème en or) ornées d'écailles et de décors colorés le plus souvent rouges (grenat, cornaline, verre)[6].

La religion des Huns est très mal connue. Attila fondait son pouvoir sur la possession d'une épée sacrée, celle du dieu de la guerre. On connait des figurines zoomorphes plaquées d'or, rappelant des chevaux ou des cervidés, qui pourraient avoir une signification religieuse. Les Huns avaient des devins qui lisaient l'avenir dans les entrailles d'animaux, ou par scapulomancie (omoplate de mouton mise au feu, et dont on interprète les craquelures de chauffage)[6].

Art militaire[modifier | modifier le code]

Les Huns à la bataille de Chalons ; illustration de Neuville pour L’Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789 de Guizot, vol. I, p. 135.

Le guerrier Hun était d'abord un archer monté classique, puis au contact d'autres peuples guerriers, l'armée des Huns est devenue plus diversifiée.

Équipement[modifier | modifier le code]

Aspect dominant chez les Huns, leur efficacité militaire était due à l’excellence de leurs archers montés, à la résistance et au nombre de leurs chevaux, et à leurs qualités de cavaliers. Ils n'avaient pas d'étriers, bien que ceux-ci soient déjà connus en Asie. Ils disposaient d'une stabilité suffisante, sur leurs petits chevaux, par des selles rigides à arcades hautes[6].

Leur arme principale était un arc de grande taille, probablement asymétriques avec une branche inférieure plus courte pour le tir à cheval, « reflex » à raidisseurs d’os. Ils utilisaient des carquois en écorce de bouleau ou en cuir et différents types de pointes de flèches : pointes en fer à trois ailettes (les plus utilisées), plates losangiques et massives en forme de clous, et celles en os servant pour la chasse.

Le reste de l'équipement était composé d'un lasso, et d'une épée longue, relativement mince, à double tranchant et souvent munie d’une garde de fer. L'épée longue était l’arme offensive principale, elle pouvait s'accompagner d'un poignard, ou d’un coutelas à un seul tranchant, spécifiquement hunnique. Les pointes de lances sont rarement retrouvées, mais cela ne signifie pas qu'elles n'étaient pas utilisées au combat[6].

Il n’y a pas de trace, écrite ou archéologique, de l’utilisation de bouclier. Des cuirasses à écailles de fer se trouvent déjà dans les tumuli kourganes d’époque hunnique d’Asie centrale de Ketmentöbe-Aktchikarassou ; des fragments de cottes de mailles (à Fiodorovka) et de cuirasse (à Pokrovsk-Voskhod) ont été retrouvés. Le seul casque hunnique oriental connu, de type composite fait de plaques de fer, a été retrouvé dans une tombe de Kichpek.

Tactiques[modifier | modifier le code]

Les récits de bataille (comme celui de la défaite des Wisigoths en 376 par Ammien Marcellin) montrent que les Huns étaient capables de manœuvres subtiles et discrètes, indiquant une chaîne efficace de commandement et une forte discipline.

La cavalerie hunnique était opérationnelle été comme hiver. Sa rapidité lui permettait de prendre ses adversaires par surprise. La tactique des Huns consistait à attaquer en groupes de cinq cents à mille cavaliers, convergeant de diverses directions. Ils ouvraient la bataille de loin par des nuées de flèches au tir précis. Quand leur adversaire ripostait, ils s’écartaient, comme s’ils fuyaient, et l’attiraient à proximité d’autres groupes qui les attendaient embusqués. Dans d’autres cas, les troupes de réserve attaquaient le camp ennemi pendant que son armée poursuivait les autres. L’ennemi ainsi désorganisé, les Huns faisaient volte-face, et attaquaient l’adversaire de plusieurs directions en même temps, les massacrant avec leurs longues épées.

Face à la mobilité et à la rapidité des archers montés Huns, une manœuvre fréquemment employée par l'armée adverse, était de faire poursuivre le tireur par leurs propres troupes montées. Le cavalier Hun usait alors de la technique dite de la fuite simulée, se retirant en entraînant son poursuivant à ses trousses, avant de se retourner en pleine course et de l'abattre d'une flèche, provoquant la panique dans les rangs ennemis[7].

Les Huns employaient la terreur pour briser toute résistance, par l’incendie et le massacre des populations civiles pour l'exemple (« massacres pédagogiques »). Ils entretenaient sciemment une réputation de sauvage sanguinaire, par des cris terribles au combat. Attila affectait ainsi « une attitude impassible, coupée de colères effrayantes sans doute en partie feintes »[6].

Évolution[modifier | modifier le code]

D'abord cavaliers exclusifs des steppes, les Huns incorporent dans leur armée des Germains vassaux formant une infanterie devenant majoritaire vers 450. Ils s'approprient aussi un savoir technique de l'antiquité tardive : Attila disposait d'artisans capables de construire des machines de guerre de siège (siège d'Aquilée de 452). Ce renforcement diversifié s'est accompagné d'une perte de mobilité, de rapidité et de discipline[6].

Chronologie[modifier | modifier le code]

L’empire des Huns s’étendit des steppes de l’Asie centrale jusqu’à l’actuelle Allemagne et du Danube jusqu’à la mer Baltique.

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Article détaillé : Chronologie.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Iaroslav Lebedynsky, Les Nomades, les peuples nomades de la steppe des origines aux invasions mongoles (IXe siècle av. J.-C. - XIIIe siècle apr. J.-C), Errance, (ISBN 978-2-87772-346-6), p. 148-151.
  2. Reconstitution faciale d'une femme hunnique ayant subi une déformation artificielle du crâne (musée historique du Palatinat à Spire).
  3. Henning, 1948, point concédé par Maenchen-Helfen, 1955, p. 101
  4. Daffinà, 1994, p. 10
  5. De la Vaissière, 2002, p. 103-113.
  6. a, b, c, d, e et f I. Lebedynsky 2007, op. cit., p.154-157.
  7. Michel Rouche, Attila, la violence nomade, Fayard, 2009[réf. nécessaire].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • István Bóna, « Les Huns, le grand empire barbare d’Europe. IVe – Ve siècles », Éditions Errance, 2002
  • M. Alram, « Alchon und Nēzak. Zur Geschichte der iranischen Hunnen in Mittelasien », in La Persia e l’Asia Centrale da Alessandro Magno al X secolo, (Atti dei Conveigni Lincei, 127), Roma, 1996, pp. 519-554
  • P. Daffinà, « Chih-chih Shan-Yü », Rivista degli Studi Orientali, 1969, XLIV-3, pp. 199-232
  • P. Daffinà, « Stato presente e prospettive della quetione unnica », in S. Blason Scarel (ed.) Attila. Flagellum dei?, Roma, 1994, pp. 5-17
  • K. Enoki, « Sogdiana and the Hsiungnu », Central Asiatic Journal, 1, 1955, pp. 43-62
  • M. Erdy, « An Overview of the Xiongnu Type Cauldron Finds of Eurasia in Three Media, with Historical Observations », in B. Genito (dir.), Archaeology of the steppes, Napoli, 1994, pp. 379-438
  • R. Göbl, « Dokumente zur Geschichte der iranischen Hunnen » in Baktrien und Indien, 4 vol., Wiesbaden, 1967
  • P. Golden, « An Introduction to the History of the Turkic Peoples », (Turcologica, 9), Wiesbaden, 1992
  • F. Grenet, « Les “Huns” dans les documents sogdiens du mont Mugh » (avec un appendice par N. Sims Williams), Études irano-aryennes offertes à Gilbert Lazard, (Cahier de Studia Iranica, 7), 1989, pp. 165-184
  • W. B. Henning, « The Date of the Sogdian Ancient Letters », Bulletin of the School of Oriental and African Studies, XII3/4, 1948, pp. 601-615
  • E. de La Vaissière, Histoire des marchands sogdiens, (Mémoires de l’IHEC, 32), Paris, 2004
  • E. de La Vaissière, « Huns et Xiongnu », Central Asiatic Journal, 2005
  • O. Maenchen-Helfen, « Pseudo-Huns », Central Asiatic Journal, 1, 1955 pp. 101-106
  • O. Maenchen-Helfen, « Archaistic Names of the Hiung-nu », Central Asiatic Journal, 6, 1961, pp. 249-261
  • O. Maenchen-Helfen, The World of the Huns. Studies in Their History and Culture, Berkeley, 1973
  • Ying-Shih Yü, « The Hsiung-nu », in D. Sinor (ed.), Cambridge History of Early Inner Asia, Cambridge, 1990, pp. 118-149

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