Sahara algérien

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Le Sahara algérien (arabe :الصحراء الجزائرية) est la partie du Sahara faisant partie du territoire algérien. Cet espace s'est structuré progressivement au cours de l'Histoire de l'Algérie[1].

Période médiévale et moderne[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Régence d'Alger et Maghreb central.
Ghardaïa, cité médiévale de la vallée du Mzab qui fut en lien avec les Hammadides.

Les axes transsahariens entre les royaumes médiévaux (Rostémides, Zirides, Hammadides, Zianides...) et les espaces sahéliens (Empire Songhaï, boucle du Niger, pays Haoussa, Waddaï) font que des liens distendus existent, à l'époque, entre le Sahara et ces royaumes au nord. Certaines régions sahariennes basculent alors dans la sphère d’influence de certains royaumes[note 1]. L’intérêt de la région est double, elle occupe une place dans le commerce transsaharien et assure le passage des caravanes de pèlerin. L'espace saharien est alors organisé de manière réticulaire, il n'y a pas de délimitation de territoire, mais un réseau d'axes et de points stratégiques, notamment pour le commerce florissant jusqu'au XVIe siècle[1].

En 1454, El Hadj Slimane Elimer crée le sultanat de Touggourt, qui règne sur la ville et sa région durant quatre siècles, jusqu’à la conquête française (XIXe siècle). Au XVIe siècle, l'établissement de la Régence d'Alger, puissance littorale et maritime, va ouvrir une période d'influence politique faible sur les régions sahariennes et une emprise existante mais assez lâche sur les confédération des Ouled Sidi Cheikh, les nomades des hautes plaines et les principautés guerrières du sud (Touggourt et Aïn Madhi/Laghouat). Et ce, malgré un statut de tributaire de Touggourt et Ouargla depuis l’expédition de Salah Raïs au XVIe siècle. Cependant les liens entre les populations sahariennes et la Régence sont réels ; ainsi les Mozabites et les Biskris fournissent des corporations de métier à la capitale, Alger[1].

Régence d'Alger, dépendances et sultanats locaux.

Si l'époque de la Régence d'Alger ne voit pas de délimitation précise au sud ; cette frontière va se mettre en place durant la période coloniale. Durant le XIXe siècle, la partie septentrionale du Sahara est conquise. Elle bute sur la résistance touarègue, avec l'échec de la mission Flatters et finit par la conquête du Touat, du Tidikelt, du Gourara et du Hoggar au début du XXe siècle, puis la pacification de Tindouf (1934)[1].

À la suite de la victoire du détachement du corps expéditionnaire français commandé par le lieutenant Georges Guillo Lohan sur la confédération touareg Kel Ahaggar en 1902. Les Territoires du Sud créés en 1902 et placés sous administration militaire deviennent les départements français du Sahara en 1957 jusqu'à 1962, année de l'indépendance de l'Algérie. La délimitation du Sahara algérien fut définie avec la convention de Niamey signée le 20 juin 1909[1].

Le commerce transsaharien[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Commerce transsaharien.

Période coloniale et exploration sahariennes[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative du massacre de la mission Flatters par les Touaregs, parc Montsouris à Paris. 2006.
Article connexe : Territoires du Sud.

Dès l'année 1879 la région du Sahara, territoire désertique hostile indépendant de la régence d'Alger et placé sous l'autorité de tribus nomades, constitue un centre d'intérêt majeur pour les autorités parisiennes. Les premières missions d'exploration après la conquête de l'Algérie ont lieu de 1857 à 1861 (Henri Duveyrier), en 1880 et 1881 (Paul Flatters), suivis de deux autres en mai et décembre 1902; date à laquelle le lieutenant Georges Guillo Lohan de la compagnie des Oasis sahariennes parvient à faire reconnaître l'autorité du gouverneur des Territoires du Sud nouvellement créés sur la population indigène[2].

Conquête saharienne[modifier | modifier le code]

Les premières campagnes de conquête (1850-1900)[modifier | modifier le code]

Campagne française du Sahara (1900-1903)[modifier | modifier le code]

Exploitations du Sahara[modifier | modifier le code]

Le lobby des hydrocarbures en Algérie (pétrole et gaz) naît au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et est à l'origine de la renégociation des accords d'Évian, connue sous le nom d'accords d'Alger de 1965. Lors de la tractation des accords d'Évian avec le gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), le président Charles de Gaulle a refusé de reconnaître la souveraineté de la future Algérie sur le Sahara, essayant à la place d'en faire une région autonome, sans succès[3]. L'échec de la treizième réunion, établie dans le cadre de la première conférence d'Évian débutant le 20 mai 1961, entre Krim Belkacem, principal responsable du GPRA et Louis Joxe, ministre des Affaires algériennes, est directement lié à la question du statut du Sahara[3]. Lors de la conférence de presse consécutive, Belkacem déclare alors:

« nous nous sommes trouvés en face d'un gouvernement français qui veut bien décoloniser mais à moitié; c'est-à-dire maintenir l'Algérie sous une domination coloniale à peine déguisée »[3].

Le président de Gaulle avait émis des recommandations à ses délégués[4]. Déjà durant la IVe République un Président du Conseil avait publiquement déclaré :

« La France est et demeure une grande puissance. Elle mobilisera ses forces pour que se réalise le miracle saharien. De grandes richesses, en charbon, en fer, en pétrole, en gaz naturel, des Territoires du Sud, seront mises en valeur. La Métropole apportera sa technique et ses investissements ; l'Algérie apportera sa main d'œuvre de plus en plus qualifiée et demain ses cadres. La mise en valeur du désert c'est la grande tâche de notre génération »[5].

De fait, l'Histoire lui a donné raison en 1956 avec la découverte par la compagnie française des pétroles Algérie d'importants gisements de pétrole et gaz dans le Sahara nommés respectivement Hassi Messaoud et Hassi R'Mel. Plus tard un Ministre de la Ve République ajoute « la France ne pourrait poursuivre son extension sans l'Afrique et les richesses du sous-sol africain ne pourraient être exploitées sans la France »[3].

Pourtant les affaires pétrolières franco-algériennes ont survécu à la guerre d'Algérie (le FLN ne sabotant pas les installations pétrolières à la suite d'accords avec les sociétés pétrolières françaises avec contrepartie financière, cette thèse étant contestée par Benjamin Stora[6]) et à l'Algérie française grâce à la collaboration conflictuelle entre sociétés pétrolières françaises et le jeune État algérien jusqu'en 1971, année de la nationalisation des installations françaises du Sahara par Houari Boumédiène, président de la nouvelle République algérienne[7].

Compagnie Générale Transsaharienne Citroën (1924-1925)[modifier | modifier le code]

En 1924, l'industriel automobile français André Citroën se lance dans une opération de promotion internationale jumelée destinée à promouvoir à la fois sa nouvelle automobile, l'autochenille dont l'inventeur Adolphe Kégresse a cédé les droits d'exploitation, et l'empire colonial français. À cette fin il organise un projet de « services réguliers par automobiles et par avions » devant relier la Méditerranée au golfe de Guinée et passant par la création de la Compagnie générale transafricaine (CEGETAF), puis de la Compagnie Générale Transsaharienne Citroën (CITRACIT), toutes deux à des fins de transport et de tourisme de luxe à travers le Sahara.

Le départ de cette expédition devant relier le sud de l'Algérie française au nord du Soudan français (Afrique-Occidentale française) est fixé au mais est finalement annulé, ce qui constitue un échec financier pour l'entreprise Citroën perdant à hauteur de 15 millions de francs[8] dans l'affaire. Si André Citroën met un terme définitif à sa ligne régulière transsaharienne il en adapte le concept pour créer les fameuses croisières Citroën, de 1924 à 1934, nommées respectivement Croisière noire, Croisière jaune puis Croisière blanche.

Société Nationale de Recherche et d'Exploitation de Pétrole en Algérie (1946-1965)[modifier | modifier le code]

Article principal : SN REPAL.

La Société nationale de recherche et d'exploitation de pétrole en Algérie ou SN REPAL (qui devient par la suite ELF Aquitaine) est créée en 1946 par la IVe République française dans le but de disposer d'un approvisionnement national en pétrole.

Compagnie Française des Pétroles "Algérie" (1949-1971)[modifier | modifier le code]

En 1949, la Compagnie française des pétroles ou C.F.P. (renommée Total en 1985) commence son activité dans le Sahara algérien[7]. Le 21 juin 1951, celle-ci signe un accord préliminaire avec la SN REPAL en prévision du partage des gisements répartis sur un périmètre de 250 000 km2[7]. La Compagnie française des pétroles "Algérie" (C.F.PA.), filiale de la C.F.P., est créée en 1953[7]. Avec 35 % des parts de son capital, l'État français est l'actionnaire majoritaire de la C.F.P.A[7] dont les travaux mettent au jour Hassi Messaoud (« le puits du bonheur ») en 1956. De cette date à 1970, ce seul gisement produit 128 millions de tonnes d'or noir[3].

Complexe militaro-énergétique du Hoggar (1957-1978)[modifier | modifier le code]

En réponse à la crise de Suez de 1956 qui a mis à jour, à la fois, les limites de la coopération entre Alliés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les prétentions internationales des nouvelles superpuissances États-Unis et Union soviétique, ainsi que le passage au second rang des obsolètes Grandes Puissances coloniales britannique et française, le gouvernement français décide la création d'un champ d'expérimentation au Sahara en 1957[9]. La France consacre ainsi à sa défense nationale l'exploitation d'un terrain de 108 000 km2 afin d'y mener des expériences[9].

De cette entreprise d'élaboration d'une force de dissuasion atomique au sein des départements français du Sahara (Territoires du Sud) découle la politique énergétique nucléaire de la France. L'exploitation des quatre installations militaires françaises principales, Colomb-Béchar, Hammaguir, Reggane et In Ekker s'achève en 1967. La dernière, B2-Namous, bénéficie d'une couverture civile la Sodéteg, et poursuit ses activités jusqu'en 1978.

Étude du chemin de fer transsaharien (1879-1881)[modifier | modifier le code]

Homme (touareg) sur un chameau près d'un palmier. Algérie, 1860-1900
Article détaillé : Paul Flatters.

En 1879, les autorités françaises décident de créer une nouvelle route commerciale par l'établissement d'une ligne de voie ferrée (chemin de fer transsaharien) entre l'Algérie française et le Soudan français, une commission d'étude est nommée par Charles de Freycinet, ministre des Travaux publics[10]. Le lieutenant-colonel Paul Flatters mène une première mission d'exploration dans le Sahara en 1880, suivie d'une seconde en 1881 au cours de laquelle il tombe dans un traquenard, son guide indigène le trahit et les guerriers touaregs lui tendent une embuscade le 16 février 1881; il périt avec son équipe dans le massacre qui s'ensuit[11].

Contrat à bail (1962-1978)[modifier | modifier le code]

Cinq installations militaires françaises restent actives au Sahara après l'indépendance de l'Algérie. Quatre d'entre elles sont évacuées en 1967, la dernière, B2-Namous, n'est abandonnée par l'armée française qu'en 1978.

Diplomatie française (1961)[modifier | modifier le code]

« Le pétrole, c'est la France et uniquement la France, le Sahara algérien est une fiction juridique et nationaliste sans fondement historique. On peut accepter beaucoup de choses, on ne peut pas abandonner le Sahara purement et simplement au F.L.N. » Charles de Gaulle, président de la Ve République française, instructions à la délégation française en mai 1961[12],[13],[4].

Cette instruction du président Charles de Gaulle à sa délégation participante à la première conférence d'Évian en mai 1961 peut se comprendre à la lumière de l'analyse contemporaine de la diplomatie française par la Commission de publication des documents diplomatiques français (Documents diplomatiques français, 1961)[14] :

« L'organisation des Territoires du Sud, comme leur conquête, fut graduelle ainsi que l'établiront l'analyse des textes qui les concernent et l'examen de leur évolution. Les richesses du Sahara, dès 1936 mais surtout depuis 1950 et 1951, ont provoqué les convoitises du colonialisme, et d'abord du colonialisme français : de là, la tentative de distraire de l'Algérie sa partie saharienne au moyen de quelques subterfuges juridiques inopérants et à l'aide de slogans tel que celui de « Dunkerque à Tamanrasset ». »

Note[modifier | modifier le code]

  1. La vallée du Touat et du Gourara passe sous l'influence de Tlemcen jusqu'au XVIe siècle (partagée avec Fès et Sijilmassa) et la vallée de l'Oued Righ (Mzab) dépend du royaume Hammadide (Qal'a et Béjaïa) puis des Almohades et des Hafsides basés à Biskra

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Yaël Kouzmine, Jacques Fontaine, Badr-Eddine Yousfi et Tayeb Otmane, « Étapes de la structuration d'un désert : l'espace saharien algérien entre convoitises économiques, projets politiques et aménagement du territoire », Annales de géographie, vol. n° 670,‎ , p. 659-685 (ISSN 0003-4010, lire en ligne)
  2. « Dossier 2009: Campagne au Sahara (1900-1903) - Ministère de la Défense - ECPAD »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?).
  3. a, b, c, d et e La Guerre d'Algérie, Yves Courrière & Philippe Monnier, Reganne Films, 1972.
  4. a et b La Guerre d'Algérie : Des complots du 13 mai à l'indépendance Par Henri Alleg, page 352, Temps actuels, 1981.
  5. SAHARA: Terre de demain, page 248, Par PIERRE CORNET, Nouvelles Éditions Latines, 1956
  6. Hocine Malti, Histoire secrète du pétrole algérien, La Découverte, , 358 p..
  7. a, b, c, d et e Les Accords d'Évian : en conjoncture et en longue durée, Par René Gallissot, Chapitre 6 : Les intérêts pétroliers en Algérie : la Compagnie Française des Pétroles (1953-1965) par Marie-Bénédicte DESJUZEUR, page 59.
  8. Le tourisme Citroën au Sahara (1924-1925), Alison Murray, 2000, Vingtième Siècle, Revue dHistoire, Volume 68, Numéro 68, pages 95-108
  9. a et b [PDF]Délégation à l'Information et à la Communication de la Défense: Dossier de présentation des essais nucléaires et leur suivi au Sahara, Ministère Français de la Défense, janvier 2007.
  10. Mission Flatters
  11. « Campagne de reconnaissance dans le Sahara (1900-1903), Ministère de la Défense »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) - ECPAD
  12. L'honneur de la guerre, Par Déodat Puy-Montbrun, page 255, Albin Michel, 2002.
  13. La guerre d'Algérie Tome IV : Les feux du désespoir, Par Yves Courrière, page 383, Fayard, 1971.
  14. Documents diplomatiques français 1961, Volume 19, Partie 1, Par Commission de publication des documents diplomatiques français, page 831, Imprimerie Nationale, 1997.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Géographie et culture[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Webographie[modifier | modifier le code]