Portulan

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Un portulan de 1541

Un portulan (de l’italien portolano, livre d’instructions nautiques) est une sorte de carte de navigation, utilisée du XIIIe siècle au XVIIIe siècle, servant essentiellement à repérer les ports et connaître les dangers qui peuvent les entourer : courants, hauts-fonds... Les portulans se distinguent par deux caractères graphiques spécifiques : les lignes de vents ou de rhumb qui colorent et quadrillent les surfaces marines, l'alignement perpendiculaire au trait de côte des noms de lieux (havres et ports colorés différemment selon leur importance). Des roses des vents permettent en outre de repérer la route et de déterminer le cap à suivre.

Ils sont grossièrement dessinés, les détails ne s'attachant qu'à ce qui a alors de l'importance pour la navigation. À l'époque des Grandes découvertes, ils sont considérés pour les royaumes du Portugal et d'Espagne comme des secrets d'État, notamment à partir du traité de Tordesillas établi en 1494. Ils disparaissent au XVIIIe siècle qui voit le développement d'innovations techniques, notamment l'horloge de marine permettant l'élaboration de cartes plus détaillées et surtout plus précises.

L'établissement de ces cartes nautiques est basé sur le mode de navigation par cabotage : le bateau se déplace à cette époque à proximité des côtes, ce qui permet d'effectuer une série de mesures visuelles, en fonction du cap, et de les annoter (pour les navigateurs suivants). Un portulan est fondé sur des observations et des relevés faits avec des outils assez élémentaires : la boussole, le sextant et l'alidade.

Pour juger de la pertinence ou de la qualité de ces véritables cartes de navigation, il faut y appliquer la déclinaison magnétique.

Histoire[modifier | modifier le code]

Photographie de la Carta Pisana.

La plus ancienne carte nautique dite « portulan » daterait de 1290 ; il s'agit de la carte pisane (en) tracée à Gênes, conservée au Département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France : elle apparaît en Méditerranée à l'époque des croisades caractérisées par des échanges intenses entre 'l'Orient et l'Occident[1]. Vient en second un portulan de 1296 dans une charte napolitaine. Le cartographe Angelino Dulcert en a réalisé un en 1339[2]. Par simplification, cet héritage cartographique médiéval a été opposé à la cartographie théologique des mappemondes en TO[3].

Aux conventions cartographiques du XIIIe siècle se sont progressivement ajoutées des évocations pittoresques, de la faune, de la flore, des peuples ou des modes d'habitation et de navigation, dues à des artistes (peintres, enlumineurs) qui invitent à la découverte d'un ailleurs et leur confèrent une dimension encyclopédique. À partir de la Renaissance, les portulans sont complétés par des échelles de latitude relatives à la mise au point de la navigation astronomique par des explorateurs portugais[4].

Cartes manuscrites essentiellement d'apparat[5], elles deviennent imprimées à partir du XVIe siècle qui voit leur commercialisation notamment assurée par les Hollandais[4].

Inventaire des portulans en France[modifier | modifier le code]

Un programme national de recherches inauguré en janvier 2010 a pour but de localiser, d'identifier, de signaler et de numériser la centaine de portulans conservés dans les bibliothèques, archives et musées français.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mireille Pastoureau, Voies océanes, Paris, 1990, p. 13
  2. Monique de La Roncière et Michel Mollat du Jourdin, Les portulans, Paris, 1984
  3. Frank Lestringant, Ouverture océane. Du vide au plein : la connaissance du monde par les portulans
  4. a et b Exposition « L’âge d’or des cartes marines - Quand l’Europe découvrait le monde » à la BNF, 23 octobre 2012 au 27 janvier 2013
  5. Les cartes embarquées en mer sont beaucoup plus frustes et très abîmées.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catherine Hofmann, Hélène Richard et Emmanuelle Vagnon, L'Âge d'or des cartes marines. Quand l'Europe découvrait le monde, Coédition Bibliothèque nationale de France / Seuil,‎ 2012, 256 p. (ISBN 978-2-02-108443-6)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :