Premier choc pétrolier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le premier choc pétrolier débute en 1971 à la suite du pic de production de pétrole des États-Unis et l'abandon du système de Bretton Woods ; ses effets se font sentir jusqu'en 1978. L'année 1973 est cependant souvent associée à ce choc à cause de la déclaration d'embargo accélérant encore la hausse de prix du baril. Les 16 et 17 octobre 1973, pendant la guerre du Kippour, les pays arabes membres de l'OPEP, alors réunis au Koweït, annoncent un embargo sur les livraisons de pétrole contre les États « qui soutiennent Israël ». Le 6 octobre 1973, la majorité d’habitants de l’État hébreu célèbre Yom Kippour, le jour le plus sacré du calendrier juif. C’est le moment choisi par une coalition arabe menée par l'Égypte et la Syrie pour lancer une attaque militaire surprise en réponse à la défaite de la guerre des Six Jours qui opposa, du 5 au 10 juin 1967, Israël à l'Égypte, la Jordanie, la Syrie et l'Irak dans l'espoir de récupérer par la force les territoires conquis par Israël, la péninsule du Sinaï et le plateau du Golan en particulier. L'offensive éclair déstabilise dans un premier temps Israël mais Tsahal parvient rapidement à rétablir la situation. L’aide militaire américaine, marquée par des livraisons d’armes par pont aérien à partir du 14 octobre 1973, a permis à l’État hébreu de débloquer une situation critique. La réaction arabe face à l'intervention américaine ne se fait pas attendre. Réunis le 16 octobre à Koweït City, les principaux producteurs du Golfe décident d’augmenter unilatéralement de 70 % le prix du baril de brut. Ils imposeront quelques jours plus tard une réduction mensuelle de 5 % de la production pétrolière et un embargo sur les livraisons de pétrole à destination des États-Unis et de l’Europe occidentale. L’embargo ne sera levé que 5 mois plus tard mais la sanction est là. En un an, le prix du baril passe d’environ 3 dollars à 12 dollars.

Sur cette photo datée de 1974, un passant prend connaissance des nouvelles concernant le rationnement de l'essence dans le journal. Il se situe à proximité d'un panneau de station service indiquant qu'il n'y a plus d'essence en vente (« Sorry. No Gasoline »).

Les revendications des pays arabes portent sur :

  • l'augmentation importante du prix du brut et plus précisément la quote-part de ce prix revenant aux « États producteurs » ;
  • le contrôle absolu des niveaux de la production afin de maintenir un prix « artificiellement » élevé du brut ;
  • la participation croissante, de la part de ces pays, aux opérations de production entraînant la disparition progressive du brut revenant aux sociétés concessionnaires (dit « brut de concession ») au profit du brut qui revient à l'« État hôte » (dit « brut de participation ») ;
  • le financement de la cause arabo-palestinienne et la reconnaissance d'un peuple palestinien jusqu'alors peu populaire en Europe : le ministre du pétrole saoudien déclarait le 26 novembre 1973 à la télévision française dans l'émission Actuel 2 : « si vous ne changez pas votre politique [de soutien à Israël], l’Europe va souffrir »[1].

Contexte et causes[modifier | modifier le code]

Le pic de production des États-Unis[modifier | modifier le code]

Pour les historiens du marché du pétrole et spécialistes de l'industrie, la raison du premier choc pétrolier est tout simplement le fait que les États-Unis, premier producteur de l'époque, ont passé leur pic de production en 1971 (avant l'abandon de Bretton-Woods)[2].

Courbe de production et d'importation des États-Unis. Comme on le voit la croissance des importations commence avec le pic américain, et l'embargo n'a quasiment aucun effet

La fin du système monétaire de Bretton Woods[modifier | modifier le code]

Pour beaucoup d'économistes, le premier choc pétrolier en 1973 est la conséquence directe de la réaction de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) à la forte baisse du dollar après la fin des accords de Bretton Woods. Le 15 août 1971, les États-Unis suspendent la convertibilité du dollar en or permettant au dollar de « flotter ». Le système des taux de change fixes s'écroule définitivement en mars 1973 avec l'adoption du régime de changes flottants. Le résultat en est une dépréciation de la valeur du dollar américain, monnaie dans laquelle les prix du pétrole sont fixés et a pour conséquence pour les producteurs de pétrole un revenu inférieur pour le même prix nominal. Le cartel de l'OPEP publie un communiqué conjoint indiquant que dorénavant, le prix du baril de pétrole serait fixé par rapport à l'or. Après 1971, l'OPEP est lente à rajuster les prix pour tenir compte de cette dépréciation. De 1947 à 1967, le prix du pétrole en dollars américains a augmenté de moins de 2 % par an. Jusqu'au choc pétrolier, le prix est resté relativement stable par rapport aux autres devises et matières premières qui sont soudainement devenues très volatiles par la suite. Les ministres de l'OPEP n'avaient pas élaboré de mécanismes institutionnels permettant de mettre à jour rapidement ces prix pour suivre l'évolution du marché, de sorte que leur revenu réel connut un décalage de plusieurs années par rapport aux autres matières premières. Les hausses de prix substantielles de 1973-74 ont largement rattrapé ces écarts de revenus en comparaison d'autres produits tels que l'or[3].

Déroulement des faits[modifier | modifier le code]

Cette photo datée de 1974, montre des tickets de rationnement d’essence (imprimés, mais non utilisés) aux États-Unis, dus à la crise pétrolière de 1973.

Les États-Unis, premier producteur de l'époque, atteignent leur pic de production pétrolière en 1971, ce qui amène aux premières pénuries aux États-Unis. À la suite de cela, Nixon demande un audit des capacités de production, audit non divulgué à la presse et effectué par James Akins : les résultats sont qu'il n'existe aucune capacité de production supplémentaire[4].

L'Arabie saoudite réalise alors 21 % des exportations mondiales de brut. Le roi Fayçal, pourtant ami des Américains, déplore leur soutien inconditionnel à Israël qui met en danger selon lui les régimes arabes modérés, entre autres celui de Sadate en Égypte. Lors de la guerre du Kippour, Richard Nixon approvisionne en armement l'État hébreu réduit à la défensive, face à l'attaque égypto-syrienne ravitaillée par les Soviétiques. En réponse, les pays du Golfe augmentent unilatéralement, sans l'accord des compagnies, de 70 % le prix affiché du baril de brut. La vérité est qu'une augmentation du prix, en particulier à la suite du pic de production aux États-Unis, était nécessaire aux majors occidentales pour pouvoir démarrer la production de pétrole plus cher, typiquement en off-shore dans le Golfe du Mexique, en Mer du Nord ou en Alaska ; la diplomatie américaine ainsi que les compagnies pétrolières occidentales étaient donc tout à fait favorables à cette augmentation de prix, et l'ont en fait aussi suggérée, à travers James Akins en particulier[5].

Le 17 octobre 1973, les représentants des pays arabes pétroliers (OPAEP), réunis à Koweït, décident une réduction mensuelle de 5 % de la production pétrolière jusqu'à évacuation des territoires occupés et reconnaissance des droits des Palestiniens. Le 20 octobre, Fayçal décide un embargo total sur les livraisons destinées aux États-Unis, puis aux Pays-Bas. Le prix du baril sur le marché libre passe de 3 à 18 dollars en quelques semaines. Fin décembre, les pays de l'OPEP réunifient le prix du baril à 11,65 $. Entre le mois d'octobre 1973 et le mois de janvier 1974, le prix du baril du brut de référence qu'est l'« Arabe léger », est quadruplé, passant de 2,32 $ à 9 $. Dans ce prix, l'« État producteur » prélève, en 1973, 2,09 $/baril et 8,7 $/baril en janvier 1974 soit plus de quatre fois plus.

La pénurie suscite une sorte de panique ; les prix poursuivent leur ascension vertigineuse : ils quadruplent à la suite des augmentations d'octobre et de décembre. Les pays consommateurs réagissent d'une manière désordonnée, cherchant à tirer leur épingle du jeu. L'Agence internationale de l'énergie (AIE), créée à cette occasion, n'est pas en mesure d'établir un certain ordre et ce sont les grandes compagnies elles-mêmes qui sont chargées de répartir le rationnement d'une manière égale en jouant sur les sources d'approvisionnement arabes et non arabes.

Certains pays arabes souhaitent une réduction de la production pour maintenir les prix à la hausse, mais les États-Unis refusent cette perspective. Ils tentent de constituer un cartel international de consommateurs face à l'OPEP mais échouent en raison de l'opposition de la France. Pour s'opposer à toute diminution de la production, les États-Unis sont prêts à intervenir militairement dans la péninsule arabique pour prendre le contrôle des principaux champs pétrolifères. À défaut d'une intervention, ils sont disposés à faire de l'Iran le gendarme du golfe Persique.

Après le VIe sommet arabe d'Alger (26-28 novembre 1973), les États-Unis doivent infléchir leur politique jugée trop favorable à Israël, tout comme l'Europe occidentale et le Japon. Le 18 mars 1974, Sadate obtient la levée de l'embargo.

L'année suivante, le roi Fayçal est assassiné par un neveu, rentré des États-Unis.

Classification des pays[modifier | modifier le code]

Après la réunion de l’OPAEP du 5 novembre 1973, à Koweït, il fut décidé de classer les pays[6] :

  • Pays amis : Tous les pays qui acceptaient de déclarer qu’Israël devait libérer les territoires occupés en 1967 et 1973. C’est-à-dire tous les pays africains (à l’exception de l’Afrique du Sud et de la Rhodésie), les pays asiatiques et d’Amérique du Sud, les pays socialistes, ainsi que la France et l’Espagne.
  • Pays ennemis : Essentiellement les États-Unis et les Pays-Bas.
  • Pays neutres : Les autres pays.

Résultats à long terme[modifier | modifier le code]

Les stations d'essence laissées à l'abandon pendant la crise furent parfois reconverties. C'est le cas de cette station de Potlatch (État de Washington) qui devint un centre prosélyte du réveil religieux.

De fait, l'OPEP ne retrouvera plus avant longtemps, un tel niveau de puissance sur le plan économique et politique et les objectifs affichés de l'embargo ne seront pas atteints. Les politiques d'amélioration du rendement énergétique se mettent en place à partir de ce moment ainsi que la diversification des sources d'énergie : la France, par exemple, se lance dans un programme massif de constructions de centrales nucléaires. Le nucléaire ne modifiera pas la dépendance au pétrole, mais permettra une alternative énergétique à cette dépendance qui trouvera un écho dans le monde entier.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-economique/video/CAF91062132/le-petrole-les-pays-arabes-s-expliquent.fr.html
  2. (en) « La face cachée du pétrole, partie 2, et livre du même titre d'Eric Laurent »
  3. Black Gold, The End of Bretton Woods and the Oil-Price Shocks of the 1970s David Hammes Douglas Wills, The Independent Review, Vol. IX Num. 4, Printemps 2005
  4. Documentaire La face cachée du pétrole, de Patrick Barberis et Éric Laurent, Arte édition
  5. Documentaire La face cachée du pétrole, de P Barberis et E Laurent, Arte éditions
  6. Hocine Malti, Histoire secrète du pétrole algérien, La Découverte 2010, pp 217 - 218

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]