Laurier-rose

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Nerium oleander

Le Laurier-rose (Nerium oleander) est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Apocynacées. Il s'agit de la seule espèce du genre Nerium. C'est un arbuste ou un petit arbre sempervirent. Cette espèce est présente à l'état sauvage en Europe du Sud, en Afrique du Nord et en Asie sud-occidentale à orientale, où il se répartie sous des climats tempérés chauds à hivers très doux : méditerranéen ou subtropical humide. Son aire naturelle s’étend du Maroc et du Portugal jusqu'au Japon en passant par le Moyen Orient et les contreforts méridionaux de l'Himalaya. Cette plante est parfois appelée Oléandre et plus rarement Rosage, Nérion ou Lauraine[1].

Grand arbuste ou petit arbre d'ornement très répandu dans le pourtour méditerranéen, pratique car résistant à la sécheresse et à la taille, il forme haies et taillis dans les jardins des particuliers, dans les parcs ou à proximité des édifices publics. C'est une des plantes sauvages et ornementales les plus visibles et typiques des régions méditerranéennes. Mais on le plante aussi sous climat océanique à hivers doux.

Toutes les parties de la plante contiennent de l'oléandrine, un hétéroside cardiotonique, dont l'ingestion peut s'avérer fatale en fonction de la dose et de la santé de l'individu. Plusieurs feuilles avalées crues donnent des vomissements, puis peuvent donner des bradycardies et des blocs atrio-ventriculaire imposant un entrainement électrosystolique. Une fleur ou une feuille mâchouillée ne donnent pas de signes toxiques chez l'adulte sain. Si les feuilles sont cuites il n'y a pas de toxicité habituellement.

L'intoxication est très résistante aux traitements[2] et est sévère : troubles cardiaques graves, vomissements, douleurs abdominales, et mort par arrêt cardio-circulatoire[3],[4],[5]. D'autres glycosides y sont également présents en petite quantité.

Histoire[modifier | modifier le code]

Théophraste, au IIIe siècle av. J.-C., parle du laurier-rose au Livre IX[6] de son ouvrage Histoire des plantes, pour mettre la couleur du laurier-rose en comparaison avec celle de la rose.

Taxonomie[modifier | modifier le code]

Nerium oleander est la seule espèce actuellement classée dans le genre Nerium . Il appartient (et donne son nom à) la petite tribu Nerieae de la sous-famille des Apocynoideae de la famille des Apocynaceae.

Systématique[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Les origines du nom taxonomique Nerium oleander , attribué pour la première fois par Linné en 1753, sont contestées. Le nom de genre Nerium est la forme latinisée du nom grec ancien de la plante nêrion (νήριον), qui est à son tour dérivé du grec pour l'eau, nêros (νηρός), en raison de l'habitat naturel du laurier-rose le long des rivières et des ruisseaux.

Le mot laurier-rose apparaît dès le premier siècle de notre ère, lorsque le médecin grec Pedanius Dioscorides l'a cité comme l'un des termes utilisés par les Romains pour désigner la plante. Merriam-Webster pense que le mot est une corruption latine médiévale des noms latins tardifs de la plante : arodandrum ou lorandrum , ou plus vraisemblablement rhododendron (un autre nom grec ancien pour la plante), avec l'ajout d'olea en raison de la ressemblance superficielle avec l' olivier ( Olea europea ) Une autre théorie avancée est que le laurier rose est la forme latinisée d'un nom composé grec : οllyo (ὀλλύω) « je tue » et le nom grec pour l'homme, anêr , génitif andros (ἀνήρ, ἀνδρός), attribué à la toxicité du laurier rose pour les humains.

L'association étymologique du laurier-rose avec le laurier s'est poursuivie jusqu'à nos jours : en France, la plante est connue sous le nom de « laurier rose », tandis que le terme espagnol « Adelfa » est le descendant du nom grec ancien d'origine pour à la fois le laurier et le laurier-rose, daphné, qui passèrent par la suite dans l'usage arabe et de là en Espagne[7].

L'ancienne ville de Volubilis au Maroc peut avoir pris son nom du nom berbère alili ou oualilt pour la fleur[8].

Description[modifier | modifier le code]

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

Le laurier-rose est un arbuste d'environ 2 mètres de hauteur mais il peut mesurer plus de 4 mètres de haut si on le forme en arbre. Les feuilles sont persistantes, plutôt coriaces, allongées et fusiformes, les feuilles du laurier-rose sont verticillées (c’est-à-dire insérées au même niveau, par groupe de 3, en cercle autour des tiges) ou opposées sur les rameaux. Longues de 5 à 20 cm, elles sont coriaces, d’un vert foncé brillant sur le dessus et de couleur vert pâle et terne sur le dessous[1].

Appareil reproducteur[modifier | modifier le code]

Les fleurs sont groupées en cymes terminales sur les rameaux et en forme de trompette, les fleurs de laurier-rose se composent de 5 pétales. Elles peuvent être simples (1x5 pétales), doubles (2x5 pétales) ou triples (3x5 pétales). Les formes sauvages sont d'un rose intense. Mais on trouve des cultivars allant du blanc, jaune, orange, saumon, rouge à diverses nuances de rose. Elles dégagent parfois un agréable parfum. La floraison a lieu de la fin du printemps (mai-juin) à l’automne (septembre-octobre)[1].

Variétés[modifier | modifier le code]

Il existe plus de 160 variétés. Selon les cultivars les fleurs peuvent comporter de une à quatre couronnes de pétales. Les variétés à fleurs doubles demandent plus de chaleur pour bien fleurir.

Les cultivars présentent une résistance au froid allant jusqu'en zone de rusticité 8a (-9 à -12 °C) :

Interactions écologiques[modifier | modifier le code]

Laurier-rose attaqué par des pucerons.

Le Sphinx du laurier-rose (Daphnis nerii), papillon de nuit (hétérocère), et le Spilostethus pandurus, une punaise, se nourrissent de Laurier-rose. Le puceron du laurier rose Aphis nerii se nourrit notamment de la sève du Laurier-rose[9].

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

La répartition originelle du laurier-rose est très vaste et s'étend dans le Bassin méditerranéen, au Moyen Orient dans le nord de l'Inde, en Chine et au Japon[10]. En France il est naturellement présent sur la côte d'Azur et en Corse uniquement. Il a été largement introduit ailleurs dans les régions tempérées chaudes du Monde, où il est souvent naturalisé.

Sous climat méditerranéen, cette espèce supporte très bien la sécheresse estivale si les précipitations annuelles sont assez importantes et que le sol conserve suffisamment d'humidité en profondeur. Là où les précipitations annuelles sont plus faibles l'espèce se cantonne naturellement aux plaines alluviales humides et aux fonds des oueds, comme en Afrique du Nord. Sous climat subtropical humide l'espèce peut pousser sur les coteaux rocheux les plus secs, où il y a moins de concurrence avec la végétation plus exubérante et compétitive, comme dans l’Himalaya ou au Japon. C'est une plante surtout héliophile, mais elle habite volontiers les sous-bois clairs.

Statuts de protection et menaces[modifier | modifier le code]

L'espèce est évaluée comme non préoccupante aux échelons mondial, européen et français[11]. Toutefois elle est considérée comme Vulnérable (VU) en Corse.

Utilisation horticole[modifier | modifier le code]

Un laurier-rose taillé en arbre.

Au Sud de l'Europe, les lauriers-roses sont plantés en pleine terre, ou dans de grands pots, pour la décoration d'une terrasse. Dans les villes des régions bordant la Méditerranée, ils sont parfois utilisés comme arbres d'alignement dans les rues. Ils bordent les corniches et les pistes cyclables. Ils s’accommodent des sols sableux[12], et s'adaptent à des sols variés. Ils supportent la chaleur (z.9)[13].

En France, on le range souvent dans la liste des plantes dites d'orangerie (jasmin, bougainvillée, figuier, citrus...) que l'on cultive à l'abri des forts gels, en véranda sauf dans le pourtour méditerranéen.

En Suisse romande, on les cultive en pots qu'on sort au printemps après les saint-de-glace et remet à l'abri en automne pour les protéger du gel.

Culture[modifier | modifier le code]

Les lauriers-roses sont avant tout une plante méditerranéenne et ont impérativement besoin d'une situation ensoleillée et chaude pour prospérer, dans un sol bien drainé et enrichi avec des apports d'engrais riche en potasse (type 20-20-20)[14].

Partout où il y a risque de gel, les lauriers-roses devront être plantés en bac, car il sera nécessaire de les rentrer si les températures approchent de 0 °C, car ils gèlent irrémédiablement à environ -5 °C (sauf pour les variétés rustiques indiquées ci-dessus). Il faut alors les placer au frais, entre 5 et 10 °C, dans un endroit assez lumineux, avec des arrosages réduits et pas d'engrais.

La plantation se fait d'octobre à avril. La taille doit respecter la forme de l'arbuste et consiste à rabattre de moitié les rameaux qui se développent avec trop de vigueur. En cas de gel, mais pas trop rude, il ne faut pas hésiter pour tenter de les sauver, à rabattre très fortement la touffe au ras du sol. L'arbuste repartira peut-être du pied. En été, surtout pour les lauriers en bac, il est nécessaire d'arroser copieusement et de faire des apports d'engrais régulièrement pour entretenir une floraison abondante. Le jaunissement puis la chute des feuilles du bas signale un manque d'engrais (riche en potassium), lequel devra cependant être apporté seulement en période de croissance de mars à septembre[14].

Multiplication[modifier | modifier le code]

Le bouturage est facile en mettant des branches directement dans des pots avec une terre sableuse. Les professionnels ne bouturent pas en bouteille[15].

Les lauriers-roses se multiplient assez facilement en prélevant des boutures herbacées en mars-avril (en climat méditerranéen, plutôt entre décembre et février), à faire raciner dans l'eau avant de les planter dans une terre riche et légère. Le marcottage est aussi réalisable sur les branches retombantes, à séparer du pied à 2 ans[14].

Pharmacopée[modifier | modifier le code]

Composition et toxicité[modifier | modifier le code]

Le laurier-rose est une plante toxique dont toutes les parties sont très toxiques (présence d'hétérosides cardiotoxiques)[16],[17].

Le composé le plus caractéristique du laurier-rose est l'oléandrine, un hétéroside à structure stéroïdique, qui ressemble beaucoup du point de vue chimique et pharmacologique à l'ouabaïne et à la digoxine, deux cardiotoniques très utilisés en cas d'insuffisance cardiaque.

L'action de l'oléandrine est double : interaction avec la pompe à Na+ et K+ des cellules du muscle cardiaque et action directe sur le tonus vagal donc la régulation nerveuse des battements cardiaques[18]. L'absorption des feuilles, fleurs ou fruits provoque d'abord des troubles digestifs, puis altère le fonctionnement cardiaque.

Les cellules cancéreuses ont absolument besoin du bon fonctionnement du système enzymatique pompe à Na+ K+ pour se reproduire, ce système est donc la cible de nouveaux médicaments anticancéreux comme l'oléandrine du laurier-rose, des essais sur l'homme ont déjà lieu avec des résultats prometteurs[19].

L'ingestion d'une simple feuille peut être mortelle pour un adulte et un enfant, en raison des troubles souvent provoqués[20],[21],[14].

Histoire[modifier | modifier le code]

D'après des textes du Moyen Âge, l'utilisation de ses branches comme broche pourrait rendre la viande mortellement toxique.

Aucuns sont mauvais qui font une broche (...) de ceste herbe ou arbre de oléandre. (...) Les chairs là rousties font ceux qui en mangent mourir[22].

En 1808, durant la campagne d'Espagne, lors d'un bivouac, des soldats de Napoléon font rôtir des agneaux sur des broches de laurier-rose. Sur les douze soldats, huit meurent, les quatre autres sont gravement intoxiqués[23],[13],[24].

Toxicité pour le bétail[modifier | modifier le code]

Les animaux herbivores peuvent également s'empoisonner avec les feuilles de laurier-rose. Les feuilles sèches sont généralement en cause car la feuille fraîche est plutôt repoussante, sauf si l'animal est affamé. Une quantité de 30 à 60 g de feuilles fraîches serait potentiellement mortelle pour un bovin adulte, tandis que 4 à 8 g de feuilles suffiraient à provoquer la mort d'un petit ruminant (un mouton par exemple). L'eau dans laquelle ont macéré des feuilles ou des branches de laurier-rose est également toxique pour les animaux[18]. En Afrique du Nord, il faut se méfier de l'eau des ruisseaux dans laquelle ont trempé les racines de lauriers-roses[23]. Même la fumée de la combustion de ses branches est nocive[13].

Réglementation[modifier | modifier le code]

Le 4 septembre 2020, l'Etat fait voter un arrêté rendant obligatoire, pour les distributeurs et vendeurs de végétaux, la mise à disposition d'informations préalables à l'acte d'achat concernant les espèces susceptibles de porter atteinte à la santé humaine[25]. En annexe de cet arrêté est décrite une liste comprenant 58 espèces susceptibles de porter atteinte à la santé humaine, classées en différentes catégories : risques en cas de respiration de leur pollen, d'ingestion ou de contact avec la peau ou les yeux. De par sa toxicité, le laurier rose figure au sein de cette liste. L'Observatoire des espèces à enjeux pour la santé humaine est délégataire de l'Etat pour la gestion de l'information et de la communication grand public relative à cet arrêté[26],[27].

Galerie[modifier | modifier le code]

À ne pas confondre avec[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c « Le laurier-rose : plante toxique », sur equipedia.ifce.fr (consulté le ).
  2. J. Osterloh, S. Herold et S. Pond, « Oleander interference in the digoxin radioimmunoassay in a fatal ingestion », JAMA, vol. 247, no 11,‎ , p. 1596–1597 (ISSN 0098-7484, PMID 7038154, lire en ligne, consulté le )
  3. Işıl Bavunoğlu, Musa Balta et Zeynep Türkmen, « Oleander Poisoning as an Example of Self-Medication Attempt », Balkan Medical Journal, vol. 33, no 5,‎ , p. 559–562 (ISSN 2146-3123, PMID 27761287, PMCID PMC5056662, DOI 10.5152/balkanmedj.2016.150307, lire en ligne, consulté le )
  4. Bors G et al; Toxicology of Nerium oleander; Pharmazie 26 (12) 764 (1971)
  5. Grant, W.M, « », 3rd ed. Springfield, IL: Charles C. Thomas Publisher, 1986, p. 675
  6. Amigues 2010, p. 381.
  7. (es) RAE- ASALE et RAE, « adelfa | Diccionario de la lengua española », sur «Diccionario de la lengua española» - Edición del Tricentenario (consulté le ).
  8. « Archaeological Site of Volubilis « African World Heritage Fund », sur web.archive.org, (consulté le ).
  9. Evelyne Turpeau, Maurice Hullé, Bernard Chaubet, « Aphis nerii Boyer de Fonscolombe, 1841 », sur www6.inrae.fr, .
  10. « Laurier-rose, Nerium oleander », sur lesarbres.fr.
  11. MNHN & OFB [Ed]. 2003-présent. Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), Site web : https://inpn.mnhn.fr, consulté le 18 décembre 2021
  12. Arnaud Maurières, Le jardinier de Provence et des régions méditerranéennes, Aix-en-Provence, Edisud, , 251 p. (ISBN 2-85744-774-4 et 978-2-85744-774-0, OCLC 34633480, lire en ligne)
  13. a b et c Jane, ... Taylor et Danièle Moreau (trad. de l'anglais), Plantes tolérant la sécheresse, Paris, La Maison rustique, , 192 p. (ISBN 2-7066-0825-0 et 978-2-7066-0825-4, OCLC 464973048, lire en ligne)
  14. a b c et d Gerbeaud, « Laurier rose : introduction », sur gerbeaud.com (consulté le ).
  15. Gerd Krussmann et Michel,__-198_? Picard (trad. de l'allemand), La pepiniere : multiplication des arbres, arbustes, coniferes et arbres fruitiers, Paris, Flammarion, , 382 p. (ISBN 2-7066-0112-4 et 978-2-7066-0112-5, OCLC 757236170, lire en ligne)
  16. Debelmas, Anne-Marie., Guide des plantes dangereuses, Paris, Maloine, , 190 p. (ISBN 2-224-00414-1 et 978-2-224-00414-9, OCLC 3791926, lire en ligne)
  17. Walter H. Lewis, Medical botany : plants affecting man's health, Wiley, (ISBN 0-471-53320-3, 978-0-471-53320-7 et 0-471-86134-0, OCLC 2463636, lire en ligne)
  18. a et b « Informations sur la pharmacologie et la toxicité du laurier-rose ».
  19. « [1] ».
  20. « Informations sur l'intoxication: laurier-rose », Système canadien d'information sur la biodiversité.
  21. « http://www2.vet-lyon.fr/ens/toxico/laurier%20rose.html Laurier-rose] », École nationale vétérinaire de Lyon.
  22. Lieutaghi, Pierre, 1939- ..., Jardin des savoirs, jardin d'histoire : suivi d'un Glossaire des plantes médiévales, Mane, Les Alpes de lumière, , 148 p. (ISBN 2-906162-18-3 et 978-2-906162-18-1, OCLC 463771408, lire en ligne)
  23. a et b Professeur Charles Sauvage, cours de Botanique de la Faculté des Sciences de Rabat (1965).
  24. jardins Volpette, « Ces plantes toxiques qui nous entourent », sur Jardins Volpette (consulté le ).
  25. « Arrêté du 4 septembre 2020 relatif à l'information préalable devant être délivrée aux acquéreurs de végétaux susceptibles de porter atteinte à la santé humaine », Journal officiel de la République Française,‎ (lire en ligne)
  26. DGS, « Informations sur les végétaux à risque pour notre santé », sur solidarites-sante.gouv.fr.
  27. Boris Hallier, « Euphorbe, pariétaire, aconit... Un site internet recense les plantes toxiques et parfois méconnues », Radio France,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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