Marie-Thérèse d'Autriche (1638-1683)

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Marie-Thérèse d'Autriche
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Marie-Thérèse, reine de France par Henri et Charles Beaubrun.

Titres

Reine consort de France et de Navarre


(23 ans, 1 mois et 21 jours)

Prédécesseur Anne d'Autriche
Successeur Marie Leszczyńska

Régente du royaume de France


(2 mois et 1 jour)

Biographie
Titulature Infante d'Espagne
Infante du Portugal
Archiduchesse d'Autriche
Reine de France
Reine de Navarre
Dynastie Maison de Habsbourg
Nom de naissance María Teresa de Austria y Borbón
Naissance
Escurial (Castille)
Décès (à 44 ans)
Versailles (France)
Sépulture Nécropole de Saint-Denis
Père Philippe IV d'Espagne
Mère Élisabeth de France
Conjoint Louis XIV de France
Enfants Louis de France
Anne-Élisabeth de France
Marie-Anne de France
Marie-Thérèse de France
Philippe de France
Louis-François de France
Résidence Palais des Tuileries, Palais du Louvre, Château de Versailles
Religion Catholicisme

Signature

Signature de Marie-Thérèse d'Autriche

Description de cette image, également commentée ci-après

Marie-Thérèse d’Autriche[1], née le à l'Escurial et morte le à Versailles, est infante d'Espagne, infante de Portugal et archiduchesse d'Autriche. Par son mariage avec Louis XIV, elle devient reine consort de France et de Navarre.

Elle assure brièvement une régence en 1672 lors de la guerre de Hollande[2].

Famille[modifier | modifier le code]

Elle est la huitième enfant de Philippe IV (1605-1665), roi d'Espagne, et sa première épouse, Élisabeth de France (1602-1644). Elle est la seule qui survivra jusqu'à l'âge adulte.

Son père est le fils de Philippe III (1578-1621), roi d'Espagne, et de Marguerite d'Autriche (1584-1611).

Sa mère est la fille d'Henri IV (1553-1610), roi de France et de Navarre, et de Marie de Médicis (1575-1642).

Elle est la sœur de Baltazar-Charles d'Autriche (1629-1646) et la demi-sœur de Marguerite-Thérèse d'Autriche (1651-1673), future impératrice consort du Saint-Empire ; de Philippe-Prosper d'Autriche (1657-1661) et de Charles II (1661-1700), roi d'Espagne.

Elle est la mère de Louis de France, le Grand Dauphin (1661-1711) ; d'Anne-Élisabeth de France (1662) ; de Marie-Anne de France (1664) ; de Marie-Thérèse de France (1667-1672) ; de Philippe-Charles de France (1668-1671) et de Louis-François de France (1672).

Elle est la grand-mère paternelle de Philippe de France, duc d'Anjou (1683-1746), qui succède à Charles II sur le trône d'Espagne, en 1700, sous le nom de Philippe V, grâce aux droits qu'elle transmet à la Maison de Bourbon.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Née le 10 septembre 1638, Marie-Thérèse est baptisée par le cardinal Gaspar de Borja y Velasco, le , avec pour parrain François Ier, duc de Modène et pour marraine, Isabelle de Bourbon, princesse de Carignan et sœur du comte de Soissons.

Sa mère Élisabeth de France (1602-1644), née princesse de France, souffrant beaucoup d'être éloignée de son pays natal, racontait alors à la jeune infante les beautés de la France et elle lui promit qu'elle se mariera avec son cousin Louis XIV. Le 6 octobre 1644, la reine succomba en couche et laissa un vide immense dans le cœur de Marie-Thérèse[3].

La mort de Balthazar-Charles d'Autriche, le 9 mars 1646, fait de Marie-Thérèse l'héritière présomptive du trône d'Espagne et de ses possessions coloniales. Bien qu'il soit reconnu aux femmes le droit de monter sur le trône, son père, Phillippe IV redoute que l'absence d'un héritier masculin puisse engendrer des troubles profonds susceptibles de déstabiliser la Monarchie catholique. Il se remarie alors en 1649 avec sa nièce, et ancienne fiancée de son fils décédé, Marie-Anne d'Autriche (1634-1696), l'union étant destinée à poursuivre l'alliance matrimoniale et politique entre les Habsbourg d'Autriche et les Habsbourg d'Espagne. La nouvelle souveraine donne quatre enfants à la Couronne, dont deux parviennent à l'âge adulte, dont l'héritier mâle tant attendu. La proximité de l'âge entre Marie-Anne et Marie-Thérèse favorisa affection et amitié profonde entre elles.

Projets de mariage et traité des Pyrénées[modifier | modifier le code]

Pour les mêmes raisons qui ont poussé son père à se remarier au sein de la Maison des Habsbourg, Marie-Thérèse est un temps promise à son cousin (et frère de sa belle-mère), Ferdinand de Habsbourg (1633-1654), archiduc d'Autriche, élu Roi des Romains puis, au décès de celui-ci, à son frère Léopold de Habsbourg (1640-1705), futur Empereur élu du Saint-Empire romain germanique.

Cependant, les aléas de la politique ne font pas aboutir cette union. En effet, le Royaume d'Espagne et le Royaume de France sont en guerre depuis 1635. Bien qu'elle demeure une puissance européenne de premier ordre, la Monarchie catholique ne parvient pas à l'emporter et est conduite à signer le Traité des Pyrénées (1659) avec Louis XIV. Outre les changements territoriaux dont la plus grande partie profite au Roi-Soleil, un projet de mariage est engagé pour sceller la paix.

Marie Thérèse d'Autriche, adolescente par Vélasquez

Le roi d'Espagne tardant à réaliser ce projet, Jules Mazarin (1602-1661), cardinal et principal ministre de Louis XIV, ruse alors : il fait courir le bruit que le roi de France envisage de se marier à une princesse de la Maison de Savoie. Philippe IV se laisse prendre au jeu et précipite alors les fiançailles de sa fille et du souverain français.

Diego Vélasquez (1599-1660), Peintre de la Chambre du roi Philippe IV, fait un portrait de l'infante qui est ensuite envoyé à la Cour de France, sur lequel elle porte une perruque brune. Puisque l'on se demande la couleur naturelle de ses cheveux, une mèche est alors envoyée.

Plus tard, après son mariage, on demanda un jour à Marie-Thérèse si elle avait éprouvé quelque penchant de jeune fille lorsqu'elle était encore en Espagne. « Mais non bien sûr, répondit-elle avec candeur, il n'y avait qu'un seul roi et c'était mon père ! ».

Mariage[modifier | modifier le code]

Mariage de Louis XIV et de Marie-Thérèse d'Autriche par Jacques Laumosnier, musée de Tessé.

Le mariage de Louis XIV et de Marie-Thérèse a lieu le 9 juin 1660, en l'église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz (ville près de la frontière entre l'Espagne et la France où elle demeura à la maison Joanoenia, dite désormais « maison de l'Infante »).

La nouvelle reine a auparavant renoncé à ses droits à la Couronne d'Espagne. Son statut d'héritière est par ailleurs caduc depuis la naissance de son demi-frère Charles, qui devient roi d'Espagne en 1665. Cependant, sa dot de 500 000 écus d'or, « payable en trois versements », est la condition pour rendre définitive la renonciation de ses droits sur la Monarchie catholique. La chose n'étant pas réglée, la France considère donc que Marie-Thérèse demeure dynaste, ce qui provoque la Guerre de Dévolution (1667-1668).

Reine de France[modifier | modifier le code]

La reine Marie-Thérèse et son fils le Dauphin de France, Charles Beaubrun, 1663-1666.
Armes de Marie-Thérèse en tant que reine de France. À son mariage Marie-Thérèse a les mêmes armes personnelles qu'Anne d'Autriche, sa belle-mère et tante paternelle, laquelle est encore vivante. Afin d'éviter les confusions entre les armoiries, elle se voit octroyer l'écu complet de France.

À la Cour de France, l'infante retrouve sa belle-mère (et sa tante paternelle), Anne d'Autriche (1601-1666). Ne parlant pas français, elle apprend avec la reine-mère son métier de reine ainsi que le français, mais conserve un fort accent espagnol.

Marie-Thérèse apparaît comme une femme de petite taille timide, charitable, gourmande et superstitieuse. D'un caractère effacé, elle passe la plupart du temps avec ses dames de compagnie qui l'ont suivie depuis l'Espagne, ses nains, ses petits chiens et son chocolat. Elle chausse des talons très hauts pour compenser sa petite taille mais ils la font souvent tomber, elle persiste pourtant à les porter. Elle a aussi une passion pour le jeu, et y perd des sommes considérables. Lorsque elle joue, il lui arrive même d'oublier d'aller à la messe[4].

La reine craint les esprits. La nuit, même avec le roi à ses côtés, une femme lui raconte des histoires pour l'endormir et lui tient la main toute la nuit. Même lorsque le roi souhaite remplir son devoir conjugal, cette femme reste présente[5]. Marie Thérèse, d'une dévotion toujours plus intense, adonne l'essentiel de son temps aux soins aux malades, aux pauvres et aux déshérités. Elle fréquente l'hôpital de Saint-Germain-en-Laye. Elle soulage même les « pauvres honteux » en accordant des dots aux filles de nobles pauvres.

Elle est également la dernière reine de France à conduire la parade monarchique[4].

Le 17 septembre 1665, Philippe IV d'Espagne meurt, laissant le trône à Charles II, un fils souffreteux âgé de quatre ans ; Louis XIV en profite pour demander une part d'héritage (Guerre de Dévolution).

Marie-Thérèse souffre beaucoup des adultères du roi qui fait de ses favorites les dames de compagnie de son épouse et voyage ouvertement avec sa femme et ses deux maîtresses. Confronté à ce spectacle, on prétend que le peuple murmure, goguenard ou affligé, « Le roi promène les trois reines ». Elle souffre également, à partir de 1667, des légitimations successives des enfants naturels de son mari. La reine fit de nombreux reproches à son mari sur sa conduite et elle lui fait même promettre qu'il ne la trompera plus lorsqu'il aura trente ans. Louis XIV ne respectera cette promesse qu'à l'âge de 41 ans, en 1680[3].

La reine ne touche pas à la politique du royaume, hormis durant la Guerre de HollandeLouis XIV lui confie les rênes du pouvoir. Durant la régence, elle reçoit les courriers du Roi, qui la tient au courant de l'avancée des troupes. Elle transmet ensuite les nouvelles aux ministres. Marie-Thérèse assume la fonction d'ordonnateur suprême des finances de l'état. Elle peut lever des troupes et elle reçoit les ambassadeurs et les correspondances des monarques étrangers. Elle préside également le conseil des ministres. Ces contemporains furent étonnés de l'application de la reine durant la régence. Jacques-Bénigne Bossuet dira " Cette régence dura peu mais servit à prouver la capacité de la reine dans les affaires, et toute la confiance que le Roi avait en elle " . [3] Ce fut d'ailleurs la dernière reine de France à exercer la régence.

En 1674, au grand étonnement de la Cour, la duchesse de La Vallière, première favorite de son mari, convertie et repentante, lui demande publiquement pardon avant de se retirer au couvent des Carmélites du faubourg Saint-Jacques. La reine, miséricordieuse, lui rend souvent visite par la suite.

Le 7 mars 1680, le roi marie en hâte le Dauphin à Marie-Anne de Bavière sans la consulter, car le grand Dauphin était épris d'une autre femme. Marie-Thérèse est bientôt grand-mère d'un petit duc de Bourgogne.

À partir de l'été 1680, sous l'influence de Madame de Maintenon, Louis XIV se rapprocha de son épouse, qu'il avait publiquement délaissée. « La reine est fort bien à la cour », remarquera Madame de Sévigné. Marie-Thérèse, émue par les attentions inattendues de son volage époux dira : « Dieu a suscité Madame de Maintenon pour me rendre le cœur du roi ! Jamais il ne m'a traitée avec autant de tendresse que depuis qu'il l'écoute ! »

Mais Marie-Thérèse ne profita guère de ce regain de faveur. De retour d'une tournée royale des forteresses édifiées par Vauban, elle meurt brusquement, le , à Versailles, des suites d'une tumeur bénigne sous le bras gauche mais mal soignée. L'abcès, violacé et purulent, n'est pas incisé mais combattu vainement par la saignée et des emplâtres humides, et évolue en septicémie[5]. Ses derniers mots sont « Depuis que je suis reine, je n'ai eu qu'un seul jour heureux ». Louis XIV aurait dit de cette mort « voilà le premier chagrin qu'elle me cause »[6].

Marc-Antoine Charpentier compose pour ses funérailles une fresque musicale grandiose (H 409, H 189, H 331). Lully fait entendre son Dies irae et son De profundis, Bossuet prononce son oraison funèbre. Guère plus de deux mois après ces grandes cérémonies, le roi épouse secrètement sa dernière maîtresse qu'il surnommait dans le privé « sainte Françoise » : Madame de Maintenon. Cette dernière affecte de porter le deuil et de montrer une mine déconfite, alors que le roi renoua presque aussitôt avec les divertissements[5].

Ascendance[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

La Rue Thérèse dans le 1er arrondissement de Paris a été nommée en son honneur. De plus la Maison de l'Infante ainsi que la rue de l'infante et le quai de l'infante à Saint-Jean-de-Luz furent nommés en son honneur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D’Autriche car issue de la Maison de Habsbourg en Espagne, ],
  2. « Marie-Thérèse d’Autriche », sur Château de Versailles, (consulté le 25 avril 2020)
  3. a b et c Joëlle Chevé, Marie-Thérèse d'Autriche, épouse de Louis XIV, Paris, Pygmalion, , 560 p., Pages 366-367
  4. a et b Bruno Cortequisse, Madame Louis XIV : Marie-Thérèse d'Autriche, Paris, Perrin, , 195 p. (ISBN 2-262-00876-0)
  5. a b et c Petites histoires des grands de France Jean Pierre Rorive Jourdan Editeur 2005
  6. Marc Lefrançois, Histoires insolites des Rois et Reines de France, City Edition, , p. 33

-femme de Louis XIV, avec pièces et documents inédits, H, Duclos -http://enviedhistoire.canalblog.com/archives/2007/02/02/3881368.html

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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