Bouricos

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Bouricos
Bouricos
Airial de Bouricos
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Nouvelle-Aquitaine
Département Landes
Commune Pontenx-les-Forges
Géographie
Coordonnées 44° 14′ 06″ nord, 1° 04′ 16″ ouest
Superficie 3 ha = 0,03 km2
Localisation

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Bouricos (parfois orthographié Bourricos) est un quartier de la commune de Pontenx-les-Forges, dans le département français des Landes.

Présentation[modifier | modifier le code]

Le quartier de Bouricos se situe à 4,5 km du bourg de Pontenx, sur la route de Labouheyre. Le domaine se présente sous la forme d'un airial de la Haute-Lande, clairière semée de pelouse et plantée de quelques feuillus et de pins parasols, par contraste avec la forêt des Landes environnante qui, elle, est constituée de pins maritimes.

L'église Saint-Jean-Baptiste et une fontaine de dévotion, elle-aussi vouée à saint Jean-Baptiste, occupent le domaine. Quelques bâtiments s'organisent autour du lieu de culte, notamment des maisons landaises et leurs dépendances, qui accueillent de nos jours les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle sur la voie de Soulac[1].


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Malgré la rareté des documents qui en attestent, il est certain que la fréquentation du site est très ancienne. Bouricos est occupé dès l'Antiquité et constitue à partir du Moyen Age une paroisse qui reste indépendante jusqu'à la révolution française[2].

Orthographe[modifier | modifier le code]

Le toponyme est tantôt orthographié avec un ou deux « r » : Bouricos ou Bourricos. Depuis les registres les plus anciens datant de 1077 jusqu'aux actes notariés divers et variés du début des années 1900, il n'existe qu'une seule orthographe : Bouricos, avec un seul « r ». C'est une association d'utilité publique qui introduit en 1907 le deuxième « r », sans doute par attraction au français Bourricot[2]. M Méaule, descendant d'une famille d'anciens propriétaires du domaine, évoque ses souvenirs comme suit : « Les deux « r », c'est quand ils ont mis le panneau pour le syndicat d'initiative, ils se sont trompés, ça c'est toujours écrit avec un seul « r ». C'est une erreur regrettable, qu'une facile association d'idée pourrait rendre désobligeante. Il serait bon d'y remédier en faisant confiance aux autochtones, qui tous écrivent et prononcent Bouricos »[3]. L'orthographe à retenir est donc celle originelle de Bouricos, avec un seul « r »[2].

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Étymologie[modifier | modifier le code]

L'origine du nom « Bouricos » n'est pas attestée et fait l'objet de plusieurs hypothèses :

  • Bénédicte Boyrie-Fénié, docteur en géographie historique et spécialiste de la toponymie gasconne, apporte l'explication suivante : le lieu est une belle pelouse qui porte la chapelle et ses dépendances, dominant un vallon bien marqué, ombragé et fangeux. C'est ce que pourrait signifier le toponyme, émanant peut-être du latin médiéval borra, que le glossaire de Du Cange traduit pas Cavus dumetis plenus, ubi stagnat aqua : vallon plein de broussailles où stagne l'eau. Selon cette explication, Bouricos appartient au champ lexical gascon médiéval et peut se rattacher à la famille des toponymes Bourret (Capbreton), Bourrique (Ychoux) ou Bourruguet (Lesperon), indiquant des bas-fonds humides, à l'instar des patronymes Bourrus et Bourrust. Le suffixe -os, d'origine prélatine, est un marqueur linguistique local encore employé très tardivement dans la formation des noms de lieu avec une valeur de locatif, indiquant simplement l'endroit. Cette analyse repose sur deux critères fondamentaux en onomastique (étude des noms propres) : le premier consiste à considérer l'état des lieux au moment de la création du toponyme, le second assure que la forme actuelle est compatible avec les exigences de la phonétique historique[2].
  • selon l'ouvrage Une monographie de Pontenx-les-Forges, le nom peut provenir du latin bouarica, boué : étable à bœufs, vocable courant dans la région, ou encore de boridèr, gouffre à eau tourbillonnante, qui donne Bourideys ou Bouridé[3].
  • pour frère Léon, un des derniers moines ayant occupé le site avant 2012, l'origine du toponyme est à chercher du côté des dieux guérisseurs gaulois et romains : « On retrouve « bour » dans de nombreuses ville d'eau de cette époque : Bourboule, Barbotan, Borvo. ce qui ramènerait l'origine de Bouricos au temps de Charlemagne »[3].

Historique[modifier | modifier le code]

Antiquité

Le site de Bouricos est fréquenté dès l'Antiquité, dans ce qui est alors la Gaule aquitaine. L'historien Eugène Dufourcet indique qu'une voie romaine passe par Pontenx et par l'emporium de Bouricos. Les foires antiques appelées « emporium » (comptoir commercial romain en pays étranger) sont presque toujours installées dans des secteurs inhabités, au voisinage d'une source sacrée. Localement, ces foires deviendront des « assemblades »[3]. L'historien Élie Menaut voit dans Bouricos un lieu de rencontre pacifique à la limite de deux peuplades antiques (Tarbelles et Boïates), puis ultérieurement du diocèse de Dax et de l'archidiocèse de Bordeaux[3].

Moyen Age

Au Moyen Age, une basilique de Bordeaux a des droits sur « Boricos » ; c'est à ce titre et sous cette forme que l'on trouve la première trace écrite de la paroisse, en 1077. Un acte notarié de 1241 mentionnant Bouricos comme « castrum nostrum de Boricos » nous apprend que le site est devenu un camp fortifié, rattaché à la baronnie de « l'Herbe Faverie », c'est-à-dire Labouheyre. Ce camp est la propriété personnelle d'Henri III, roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine de 1216 à 1272, et bénéficie à ce titre d'un statut particulier. Le souverain fait renforcer les défenses de son camp de Bouricos et en confie le commandement à un de ses seigneurs vassaux[3], tandis qu'il structure à la même époque la place-forte de Labouheyre et édifie le château de Labrit, dans un contexte de resserrement de son domaine sur le sud-ouest de la France, après la perte du Poitou et de la Saintonge[4].

Temps modernes

En 1550, Bouricos relève du duché d'Albret, au sein de la baronnie de Labouheyre. Le dernier seigneur connu et propriétaire en 1739 jusqu'à la Révolution française se nomme Forest de Saint Clair. Le domaine fait alors 2000 ha[2]. Un bail de 1740 indique que « des marguilliers de la paroisse Saint-Jean-de-Bouricos y habitant ont baillé à titre de ferme le cabaret de Bouricos pour 5 ans ». Ce document laisse supposer un nombre relativement important d'habitants, justifiant à Bouricos l'appellation de « Petit Bourg ». Entre 1789 et 1790, Bouricos est confisqué, devient un bien national, perd son statut de paroisse et intègre la commune de Pontenx[a]. Un certain Antoine Dupouy parvient à en faire racheter une partie à la famille Forest de Saint Clair et conserve le reste du domaine tel que nous le connaissons aujourd'hui : l'airial de 3 ha comportant la chapelle, la fontaine et les maisons[2]. Au décès de M. Dupouy, ses héritiers Méaule protègent l'intégrité des lieux et le transmettent à leurs descendants, la famille Coloubie[3].

XXe siècle et vie monastique

En 1905, avec la loi de séparation de l'Église et de l'État, la chapelle, la fontaine et les chemins d'accès deviennent la propriété de la Commune, qui restaure la chapelle. Dans le milieu des années 1950, le père Hermin, bénédictin belge, recherche d'un endroit tranquille et retiré pour y fonder une communauté. Il prend contact avec monseigneur Mathieu, évêque d'Aire et de Dax, qui a étudié à Louvain. Les deux hommes d'église tombent d'accord sur Bouricos, que le diocèse d'Aire et Dax loue à partir de . Le propriétaire, M. Coloubie, dont une des sœurs est religieuse, accueille très favorablement le projet et les cinq premiers moines, parmi lesquels se trouve Daniel-Ange de Maupeou d'Ableiges, s'installent pour établir la Fraternité de la Vierge des Pauvres. Les moines partagent leur temps entre leur vie religieuse à Bouricos et leur emploi dans le civil, loin de l'image des moines cloîtrés observant le vœu de silence ou priant toute la journée. Ils s'ouvrent au contraire sur le monde en occupant des emplois à l'extérieur et en accueillant des visiteurs. Au départ, les moines sont sylviculteurs à la Compagnie des Landes. Puis ils se mettent à chercher du travail ailleurs : l'un devient chauffeur routier (ramassage scolaire, bus Euroline, transport international), l'autre est charpentier au CAT de Moustey, un autre encore distille un hydromel. La journée commence par le récit des matines, se poursuit par le travail de chacun et se termine par le dîner, que les moines partagent avec des invités (routards ou gens effectuant une retraite) et au cours duquel on prie avant de lire les chroniques des croisades. Les habitants de la communes viennent sur les lieux essentiellement pour la messe de Noël ou la kermesse de la saint-Jean-Baptiste. Au fil des ans, le profil des moines se diversifie avec l’accueil d'un frère ougandais et d'un autre, britannique. L'histoire de ce dernier, nommé Christopher Batley, est singulière : pendant la Seconde Guerre mondiale, il est officier dans la Royal Navy. Torpillé au large de Southampton, cet anglican fiancé fait vœu de conversion au catholicisme et à la vie monacale s'il en réchappe. Après son sauvetage, il tient son engagement et rejoint les rangs de la communauté de Bouricos[2].

De nos jours[modifier | modifier le code]

Au départ des derniers moines en , la communauté est dissoute et le site mis en vente par sa propriétaire[5]. La commune de Pontenx-les-Forges, consciente du caractère exceptionnel du lieu d'un point de vue historique et patrimonial, en fait l'acquisition en . Une charte est rédigée et votée par le conseil municipal, qui vise à permettre que soit garantis en ce lieu l'ouverture au public, l'accueil de pèlerins, la tenue de l'assemblée villageoise de la saint Jean chaque , la conservation de l'environnement naturel (airial, zone humide, etc.) et du patrimoine bâti, la vie spirituelle et culturelle[5].

Pèlerinage[modifier | modifier le code]

Enseigne de pèlerin

Pour les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle, Bouricos se situe sur une voie transversale reliant la voie de Tours (via Turonensis) à la voie de Soulac longeant le littoral aquitain. Les pèlerins descendant par la voie de Tours peuvent bifurquer à Labouheyre vers Lüe, Bouricos, Saint-Paul-en-Born et Mimizan. Une œuvre au pied du clocher-porche de Mimizan matérialise les mille kilomètres restant à parcourir jusqu'à destination[5].

Fête de la Saint-Jean[modifier | modifier le code]

Les Amis de Bouricos est une association laïque loi 1901, déclarée au journal officiel à la Préfecture des Landes le . Son but essentiel initial est la préservation de la fête de la Saint-Jean à Bouricos chaque 24 juin. L'association et la commune sont liées par une convention d'occupation des lieux[2].

Cette fête, organisée chaque année en commémoration de la naissance de saint-Jean-Baptiste, est la subsistance d'une « assemblade », évoquée dès la période médiévale. Ce terme local (issu du gascon assemblada) désigne une foire réunissant jusque dans la première moitié du XXe siècle maquignons, pèlerins, forains, bergers landais et leurs troupeaux sur un lieu de dévotion. La foule se rassemblait à Bouricos au solstice d'été dans un mélange de profane et de sacré : la messe était célébrée autour d'une foire commerciale[2]. On y échangeait non seulement des marchandises, mais aussi des informations, de la main-d'œuvre, des renseignements. On pratiquait à cette occasion des ablutions dans la fontaine Saint Jean-Baptiste dans l'espoir de soigner des maladies de peau[5]. Des amusements et un bal animaient l'événement. L'airial était alors envahi d'une foule considérable, déversée « à pleines charrettes »[2].

Si l'on consulte l'indicateur de la Société des chemins de fer d'intérêt local du département des Landes des années 1910, on constate que « Trottoir de Bourricos » figure comme station de la ligne reliant Labouheyre à Mimizan-les-Bains et qu'un train s'y arrêtait une fois par an, le [2].

Bâtiments[modifier | modifier le code]

  • Grande Maison ou Espitaou (du gascon : hospice, refuge) : établissement où l'on recevait jadis les personnes nécessiteuses pour les soigner et les entretenir. Il ne faut cependant pas donner à espitaou le sens moderne d'hôpital. Était-ce primitivement le siège d'une commanderie des chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, avec hôpital et chapelle constituant une halte pour les pèlerins vers Saint-Jacques de Compostelle ? Aucun document n'en atteste. Toutefois, une tradition orale locale ferment ancrée et l'existence d'autres propriétés de l'ordre sur le littoral gascon orientent vers cette hypothèse. Bouricos est cité dans les Recogniciones feodorum in Aquitania (recueil d'actes de l'administration anglaise de la Gascogne), pour son castelnau, mais l'espitaou n'y est pas mentionné. La Grande Maison a ensuite été occupée par les frères de la Vierge des Pauvres jusqu'au départ de ces derniers fin 2012[2]. De nos jours, le lieu accueille des colloques, séminaires, ateliers et une bibliothèque est à la disposition du public[5].
  • Accueil : maison mise par la municipalité à la disposition de l'association Les Amis de Bouricos et servant aux activités de cette dernière, au repas des pèlerins et aux autres personnes de passage[5].
  • Hôtellerie : maison accueillant pour une ou deux nuits routards, voyageurs et pèlerins[5].
  • Miellerie : maison où vit le gardien du site de Bouricos[5].

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Équipements[modifier | modifier le code]

  • fontaine Saint Jean-Baptiste : source et fontaine prennent dans les Landes un sens proche. Saint-Jean est invoqué pour les maladies de peau ou l'eczéma. Son lien avec le culte de l'eau est un rappel du baptême du Christ qu'il réalisa dans les eaux du Jourdain. Le , Berthomide du Bois, de Saint-Paul-de-Frontignac, décède à Bouricos où elle s'était rendue en raison de son infirmité pour faire une neuvaine[2].
  • four à pain : four traditionnel landais restauré par l'association des Amis de Bouricos avec l'aide du charpentier de l'écomusée de Marquèze. Il est allumé à de nombreuses occasions festives et sert notamment à confectionner des « coques », petits pains fourrés traditionnels[5].
  • rucher : durant les 56 ans de leur présence sur le site, certains moines de la communauté ont pratiqué l'apiculture. L'association des Amis de Bouricos relance cette activité à partir de 2015 en partenariat avec les Ruchers du Born de Pontenx. La première récolte permet la production de 315 kg et remporte une médaille au « concours des miels de Nouvelle-Aquitaine ». Quinze pollens différents entrent dans la composition des miels, à dominante châtaignier et bruyère[5].

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  • rampeau : (du gascon : lou rampèu) : jeu de quilles traditionnel du sud-ouest de la France. Ses origines sont lointaines et il était pratiqué essentiellement à l'occasion de concours populaires de villages. Il se joue avec une boule et trois quilles. L'objectif est de faire tomber les quilles. Pour cela, le lanceur a un lancer sur chacun des trois « pites ». La boule doit obligatoirement tomber après la barre. Les quilles sont relevées après chaque lancer. La quille la plus proche vaut trois points, celle du milieu deux points, la plus éloignée un point. Le score maximum sur les trois lancers est donc de dix-huit points[5].
  • poulailler : les poulaillers des Landes de Gascogne étaient montés sur pilotis afin de permettre aux volailles de se mettre à l'abri des prédateurs. Les poules grimpaient ainsi au poulailler par une échelle à un seul montant. Le Parc naturel régional des Landes de Gascogne a repris le thème de la poule perchée et du renard sur son logo, en s'inspirant d'une gravure figurant sur la poutre d'une maison de Luxey datée du [1].
  • treille : la vigne cultivée en façade de l'Hôtellerie et de la Miellerie permet de produire une cinquantaine de bouteilles de vin rouge et une vingtaine de bouteilles de vin blanc par an. Le vin de Bouricos, produit naturellement, est servi par l'association des Amis de Bouricos lors d'événements festifs[5].

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-Jacques et Bénédicte Fénié, Dictionnaire des Landes, Éditions Sud Ouest, , 349 p. (ISBN 978-2-87901-958-1)
  2. a b c d e f g h i j k l et m Fond documentaire de l'association Les Amis de Bouricos, consulté sur site le 9 juillet 2019
  3. a b c d e f et g Une monographie de Pontenx-les-Forges, ouvrage réalisé par la Mairie de Pontenx-les-Forges sur la base de travaux de recherches et d'enquêtes menées entre 2008 et 2010
  4. Marquette (J.-B.) et Laborie (Y.) L'Ascension d'un lignage gascon : Les Albret, dans L'Aquitaine Ducale, Histoire Médiévale n°7, août-oct. 2004.
  5. a b c d e f g h i j k et l Bouricos, panneau de présentation du site réalisé par la Commune de Pontenx-les-Forges, consulté le 9 juillet 2019

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]