Garbaye

Garbaye (du gascon garbalha, dérivé de garba : gerbe, faisceau, botte[1]) ou garbach, ou encore grépin dans le Bassin d'Arcachon, désignent le tapis d'aiguilles de pins du sous-bois de la forêt des Landes. L'ethnographe Félix Arnaudin consigne le mot dans son dictionnaire français-gascon sous l'entrée « Aiguilles (de pin sèches tombées au sol) »[2], ce qui atteste l'ancrage du terme dans le parler de la Grande-Lande dès la fin du XIXe siècle. Il ne faut pas confondre la garbaye avec la garre ou le garralh, qui désignent en gascon landais non le tapis d'aiguilles mais les branches basses et mortes du pin, restées accrochées au tronc ou tombées à son pied[2].
Description et phénologie
[modifier | modifier le code]Les aiguilles du pin maritime (Pinus pinaster), groupées par deux, persistent en moyenne de deux à quatre ans avant de tomber[3]. Elles jaunissent puis prennent une teinte fauve ou rousse avant de se détacher, la chute se concentrant surtout à l'automne[4]. Au sol, elles couvrent la lande d'une couche régulière que percent les ajoncs (jauguas), les fougères ou les bruyères à balai (brandas). Une cuticule cireuse protège les aiguilles mortes de la flore microbienne et ralentit fortement leur décomposition[5], ce qui explique l'épaisseur et la persistance du tapis qu'elles forment.
Paillage des chemins
[modifier | modifier le code]Lorsque les résiniers (les gemmeurs) exploitaient la forêt landaise (le pinhadar), l'hiver, période creuse du gemmage, était consacré aux travaux d'entretien des chemins. Ceux-ci étaient alors tapissés d'aiguilles de pin, ou parfois de coquilles d'huîtres, afin de constituer un support plus favorable que le sable meuble : c'est ce qu'on appelait le « paillage des chemins ». Ce revêtement précaire devait être renouvelé très régulièrement en raison de sa décomposition, certes lente à l'échelle d'une aiguille isolée, mais rapide dès lors que le passage répété des charrettes et des bêtes le tassait et le mêlait au sable[5]. Sur le cordon dunaire, la microfaune du sol finit par incorporer les aiguilles décomposées à la partie supérieure du sable : les acides organiques solubles qui s'en dégagent forment une pellicule autour des grains de sable, action qui favorise la naissance de l'alios[5].
Ski sur aiguilles de pins
[modifier | modifier le code]L'usage le plus connu de la garbaye aujourd'hui reste sa mise en piste pour le ski sur dune. À Arcachon, une première piste destinée à la luge est ouverte vers 1900 pour les enfants envoyés dans la ville pour sa fonction climatique. En 1938, Monsieur Harlé, polytechnicien et président du Ski-Club bordelais, a l'idée de recouvrir le sable d'une dune boisée d'une couche d'aiguilles de pin de 5 à 10 centimètres d'épaisseur, appelée localement le greppin ou grépin, pour y pratiquer le ski alpin[6]. Longue de 200 à 250 mètres pour environ 50 à 60 mètres de dénivelé, la piste sert à l'entraînement au slalom, à la descente et même au saut à ski. De 1947 à 1970, elle accueille chaque année la dernière épreuve du calendrier officiel de la Fédération française de ski, au même titre que Chamonix ou Megève ; une remontée mécanique y est installée en 1963[7]. La pratique essaime hors du Bassin d'Arcachon : le 11 juillet 1959, le maire René Dubois inaugure une piste de ski sur aiguilles de pin sur la dune de la Sablière de Jô, dans la forêt d'Escoublac, à La Baule, où l'activité se poursuit jusqu'en 1975[8]. Une association, les « Amis de la piste de ski sur aiguilles de pins d'Arcachon », œuvre depuis 2007 à la réhabilitation du site girondin[7].
- Ski sur aiguilles de pins à Arcachon.
- Sous-bois de la plage de la Paloumère à Soorts-Hossegor tapissé de garbayes.
Anthroponymie
[modifier | modifier le code]Garbaye et Garbay sont par ailleurs des patronymes courants dans les Landes de Gascogne[1].
Usages comparables ailleurs
[modifier | modifier le code]Aucune source ne documente, à ce jour, l'emploi d'un terme équivalent à la garbaye pour désigner le tapis d'aiguilles de pin dans d'autres régions françaises de pinède (Sologne, forêt de Fontainebleau, littoral vendéen), même si le pin sylvestre ou le pin maritime y forment aussi une litière abondante. Un usage comparable, quoique distinct par son échelle et son organisation, existe cependant dans le sud des États-Unis : la couche d'aiguilles fraîchement tombées, récoltée, mise en balles et commercialisée sous le nom de pine straw, y est employée depuis les années 1980 comme paillis de jardin et d'allées, principalement à partir des aiguilles du pin à encens (Pinus taeda), du pin des marais (Pinus palustris) et du pin d'Elliott (Pinus elliottii)[9].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 L'invention de la Côte d'Argent, Jean-Jacques Fénié, Éditions Confluences
- 1 2 Félix Arnaudin, Dictionnaire français-gascon, Escole Gastou Febus
- ↑ Fiche botanique Pin maritime, Conservation Nature
- ↑ Conifères à longues aiguilles : pin maritime et pin Laricio de Corse, Futura-Sciences
- 1 2 3 Dictionnaire de la Landes Française, Éditions Loubatières
- ↑ Éphéméride : c'était en 1938, on skiait sur des aiguilles de pin, article d'Isabelle Antonutti, Société Historique et Archéologique d'Arcachon et du Pays de Buch, TVBA
- 1 2 Ski sur aiguilles de pins à Arcachon, AquitaineOnLine
- ↑ La Baule, Stations de ski « fantômes »
- ↑ Pine Straw Raking and Growth of Southern Pine: Review and Recommendations, Forests, MDPI
