Résistance juive en France

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Article principal : Shoah en France.
Centre national de la résistance et de la déportation : rappel des persécutions antisémites

La Résistance juive en France pendant la Seconde Guerre mondiale regroupe les différentes actions organisées par des Juifs de France pour s'opposer à la politique d'extermination dont ils étaient l'objet de la part des nazis et dont le résultat est souvent désigné par le nom de Shoah.

Le sens du mot « résistance » dépend de la politique à laquelle on est supposé résister[1]. Les Juifs devaient faire face à une politique d'extermination qui n'était pas appliquée aux autres habitants des pays occupés. Cette situation particulière des Juifs a induit une résistance particulière. La Résistance juive se distingue donc de la Résistance intérieure française à laquelle participe par ailleurs un nombre de Juifs au-delà de leur proportion dans la population[1],[2].

On peut distinguer deux catégories d'action parmi les mouvements de résistance juive des différents pays d'Europe : celles qui sont armées comme la révolte du ghetto de Varsovie en avril 1943, et celles qui se concentrent surtout sur des activités de sauvetage[3]. En France, les deux activités existent, mais le sauvetage est de loin le plus important[3].

Naissance de la Résistance juive[modifier | modifier le code]

À la fin de l'année 1942, plusieurs conditions nécessaires au développement de la Résistance juive sont réunies : la prise de conscience des objectifs de la politique allemande concernant les Juifs, l'existence d'organisations pouvant fonctionner, et enfin la possibilité d'aide d'une partie de la population environnante[3]. C'est la rafle du Vel' d'Hiv, son caractère brutal et l'absence de toute discrimination logique dans la déportation qui provoque la première prise de conscience de la réalité de la Shoah.

La résistance juive a tout au long de la guerre deux objectifs : celui de préserver les Juifs des persécutions et celui de contribuer à la libération du sol français[4].

Difficultés de la résistance juive[modifier | modifier le code]

Selon Marc Jarblum, la résistance juive s'est heurtée à quatre difficultés qui ont retardé son apparition :

  • la passivité de la population non-juive,
  • l'indifférence du monde,
  • les mensonges des Allemands pour dissimuler les massacres massifs,
  • les représailles allemandes contre les familles[5].

Formes de la Résistance juive[modifier | modifier le code]

Les spécificités de la menace qui planait sur tous les Juifs ont incité certains d'entre eux à se regrouper pour secourir les internés dans les camps français (Beaune-la-Rolande, le camp des Milles, etc.), favoriser les filières d'évasion, la confection de faux papiers et lutter pour la libération. Les premiers réseaux clandestins se sont formés autour des Éclaireurs Israélites de France dès 1941 avec Robert Gamzon[6] dit Castor et de l'Œuvre de secours aux enfants (OSE) avec le docteur Joseph Weill[7] et Georges Loinger[8].

Une résistance militaire s'organise aussi avec Jacques Lazarus[9] autour de l'Armée juive (qui deviendra à la Libération l'Organisation Juive de Combat ou OJC) qui prend le maquis dans la Montagne Noire près de Castres[10]. L'OJC participe au combat de la Libération notamment à Castres et au Puy-en-Velay et sera intégrée aux FFI. Un de ses dirigeants, Maurice Loebenberg dit Maurice Cachoud[11],[12], responsable de la confection des faux-papiers dans la région de Nice est appelé par le MLN à Paris pour y centraliser le service des faux papiers. À la suite d'une trahison menée par Karl Rehbein dit Charles Porel, celui-là même qui sera aussi responsable du massacre des jeunes résistants fusillés à la cascade du bois de Boulogne, il y est arrêté par la Gestapo française et torturé à mort en . Des membres de l'OJC seront encore parmi les dernières victimes d'Aloïs Brunner qui les fait déporter le de Drancy. Ce sera le « dernier wagon »[13] ou encore le convoi des 51 otages. 27 prisonniers de ce dernier transport, dont Jacques Lazarus, parviendront à s'évader en sautant du train.

Les réseaux juifs[modifier | modifier le code]

Les Éclaireurs israélites de France et la Sixième[modifier | modifier le code]

Les Éclaireurs israélites de France (EIF) sont les scouts juifs. Le mouvement a été fondé par Robert Gamzon[14] dit Castor en 1923. Lorsque l'UGIF est créée sur ordre du gouvernement de Vichy, en 1941, les EIF en deviennent la sixième section qui donne son nom au réseau de résistance fondé par les ÉI. Dès novembre 1941, les EIF sont dissous par le gouvernement de Vichy mais peuvent continuer leurs activités sous le contrôle du Scoutisme Français. C'est en décembre 1943 que la Sixième commence à monter un maquis, dans les fermes de la Malquière puis de Lacado dans le Tarn. Il regroupe 60 hommes sous le commandement de Robert Gamzon, qui se donnent le nom de compagnie Marc Haguenau, du nom d'un résistant abattu par les Allemands[15],[16]. Ce maquis s'intègre aux Maquis de Vabre, commandés par Guy de Rouville/Pol Roux et Pierre Dunoyer de Segonzac, fondateur de l'école d'Uriage qui devint chef de la zone A du Tarn et sous les ordres duquel la compagnie Marc Haguenau contribue à la libération de Castres et de Mazamet[17], puis est intégrée à la première armée française et participe aux campagnes de France et d'Allemagne[18].

L'Armée juive ou Organisation Juive de Combat (OJC)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Armée juive.

Le Mouvement de Jeunesse Sioniste (MJS)[modifier | modifier le code]

Fondé par Simon Levitte[19], établi surtout à Montpellier, il s'est spécialisé dans les filières d'évasion, sorties des camps d'internement, planques et établissements de faux-papiers puis convoyage aussi bien vers l'Espagne que la Suisse[16].

L’Œuvre de Secours aux Enfants - Réseau Georges Garel[modifier | modifier le code]

L’Œuvre de secours aux enfants est établie depuis 1933 à Paris où elle vient au secours des Juifs pauvres, souvent réfugiés d'Europe orientale. Dès 1940, elle étend ses activités et en 1942, elle accueille plus de 1600 enfants dans 20 homes qui se révèlent une proie facile pour les Nazis. L'OSE, sous la direction de Georges Garel[20] crée quatre réseaux distincts qui dispersent alors les enfants chez des particuliers et dans des institutions non juifs, aidés particulièrement par Mgr Saliège, archevêque de Toulouse. Les plus menacés des enfants sont évacués vers la Suisse grâce au dévouement de Georges Loinger aidés de quelques jeunes femmes comme Marianne Cohn qui assurent le convoyage. Si seuls, quatre enfants sont arrêtés et au moins 1 600 sauvés, une trentaine de membres du réseau sont assassinés ou déportés[16],[21].

Le comité Amelot[modifier | modifier le code]

Le comité Amelot[22], du nom de la rue de Paris (rue Amelot) où il se réunissait, rassemble des membres de diverses organisations juives qui se donnent pour tâche de secourir les Juifs immigrés en France, particulièrement victimes des nazis. Il leur fournit nourriture et fausses cartes d'identité ou de ravitaillement ; il participe au sauvetage des enfants ou encore essaye de les faire passer en zone libre. Il est décimé en 1943. Parmi ses dirigeants, David Rapoport meurt à Auschwitz[23] tandis que Henry Bulawko[24] survit à la déportation[16].

Le réseau André[modifier | modifier le code]

Joseph Bass[25] dit Monsieur André, en liaison avec des pasteurs protestants et des prêtres catholiques dont le père Marie-Benoît[26],[27] ainsi qu'avec Léon Poliakov et le rabbin Zalman Schneersohn, finance sur ses fonds personnels puis avec l'aide du Joint une filière de sauvetage, le réseau ou le service André, qui permet à de nombreux Juifs de se réfugier au Chambon-sur-Lignon où ils trouvent le secours du pasteur André Trocmé et de toute sa communauté. Avec l'Armée juive, il crée un maquis, celui du Vivarais Lignon et participe à la libération du Puy-en-Velay le 22 août 1944[28],[16].

Autres réseaux[modifier | modifier le code]

D'autres réseaux contribuent au sauvetage des Juifs et particulièrement des enfants. Le réseau Marcel ou encore réseau Abadi, du nom de Moussa et Odette Abadi, sauve plus de 500 enfants dans la région de Nice[29]. La ville de Paris a honoré leur mémoire par le nom d'une place. Le réseau Westerweel, du nom d'un pacifiste hollandais non-juif, permit l'évacuation de centaines de jeunes Juifs, des Pays-Bas en France puis en Espagne, avec le soutien de l'Armée juive. Les aumoniers juifs, derrière le grand rabbin de Strasbourg René Hirschler, qui est déporté en 1943, René Kapel[30], Georges Vadnaï et Henri Schilli organisent aussi la fourniture de nourriture et de faux-papiers pour ceux qui se cachent[16].

À Paris, c'est sous le couvert de l'UGIF que Juliette Stern, présidente locale de la WIZO assure le sauvetage d'un millier d'enfants. Une assistante sociale de l'hôpital Rothschild, Claire Heyman[31], sauve, elle, les enfants trop malades pour être déportés et placés là par la police parisienne en attendant leur transfert au camp de Drancy. Elle les fait échapper à travers la porte de la morgue de l'hôpital…

Les institutions juives[modifier | modifier le code]

Les organisations juives comme les Éclaireurs Israélites de France et l'OSE réussissent à sauver de nombreux enfants en organisant leur évasion vers la Suisse. Le Consistoire central de France, sous l'impulsion de son président Jacques Helbronner et du grand-rabbin Isaïe Schwartz avec son adjoint Jacob Kaplan crée des caisses de secours et multiplie les démarches auprès des autorités de Vichy et de l'Église de France pour obtenir des soutiens. Pour éviter le désastre total, il est nécessaire de coordonner les efforts de tous. En juillet 1943, des négociations permettent de créer le Comité Général de Défense juive. Un accord conclu avec le Consistoire central aboutit à la création clandestine du Conseil représentatif des israélites de France (CRIF) dont la charte est définitivement élaborée en 1944. Sa première tâche est d'unifier les actions de sauvetage[32].

La résistance communiste juive[modifier | modifier le code]

Dès l'automne 1940, des intellectuels communistes d'origine juive ont participé à la résistance intérieure, notamment dans l'équipe de La Pensée libre clandestine, dont les promoteurs étaient Georges Politzer, Jacques Solomon ou encore Valentin Feldman. Tous trois seront fusillés en 1942.

Les communistes juifs jouent également un rôle prépondérant dans les actions de la MOI (Main-d'œuvre immigrée), même si cette organisation n'est pas constituée uniquement de Juifs. À sa tête, en septembre 1941, se trouve Adam Rayski[33], qui, en 1943, participe à la fondation du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif)[34], alors dénommé Comité général de défense juive - CGD - organisation clandestine dont la mission est d'aider les Juifs.

En 1943, la section juive des FTP-MOI s'élargit aux Juifs français et forme l'Union des juifs pour la résistance et l'entraide.

L'Union de la jeunesse juive, apparaît en 1943 comme le mouvement de jeunesse de la MOI, très proche du PCF. Elle fusionnera avec la jeunesse communiste, alors appelée Union de la jeunesse républicaine de France, en juillet 1945[35].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Asher Cohen, Persécutions et sauvetages, Juifs et Français sous l'occupation et sous Vichy, Éditions du Cerf, 1993, p. 363-364
  2. Parmi les plus illustres Juifs résistants, membre de la France libre, citons René Cassin et Pierre Mendès France. En France même, le groupe de Manouchian, la Main-d'œuvre immigrée, est principalement composé de Juifs
  3. a, b et c Asher Cohen, op. cit., p. 365
  4. Loinger 2006, p. 19-20
  5. Marc Jarblum, op. cit dans la bibliographie, p. 6 à 9. L'auteur y ajoute la brisure physique et morale des Juifs dans les ghettos, qui ne concerne pas la France.
  6. Marc Fineltin, « Robert Gamzon », « Mémoire et espoirs de la Résistance » (consulté le 25 septembre 2007)
  7. Marc Fineltin, « [[Joseph Weill]] », « Mémoire et espoirs de la Résistance » (consulté le 25 septembre 2007).
  8. Marc Fineltin, « Georges Loinger », « Mémoire et espoirs de la Résistance » (consulté le 25 septembre 2007)
  9. Marc Fineltin, « Jacques Lazarus », « Mémoire et espoirs de la Résistance » (consulté le 2 août 2007)
  10. Maurice Wiener, « Organisation Juive de Combat », sur Mémoire et espoirs de la Résistance (consulté le 2 août 2007)
  11. David Diamant, « 250 combattants de la Résistance témoignent », L'Harmattan, (ISBN 2-7384-0691-2)
  12. Marc Fineltin, « Maurice Loebenberg », « Mémoire et espoirs de la Résistance » (consulté le 2 août 2007)
  13. Jean-François Chaigneau : Le dernier wagon, Éditions Julliard, 1981
  14. Pour la vie de Robert Gamzon, on peut se reporter au site du Scoutisme Français (« Robert Gamzon dit Castor soucieux »)
  15. Marc Fineltin, « Marc Haguenau », sur Mémoire et Espoirs de la Résistance (consulté le 16 juillet 2010)
  16. a, b, c, d, e et f « Une vocation communautaire - Les réseaux de résistance juifs », sur Akadem (consulté le 16 juillet 2010)
  17. (en) Renée Poznanski, « Jews in France during World War II », sur Google Books, Brandeis University Press publié originellement en France : Poznanski, Les Juifs en France durant la Seconde Guerre Mondiale, Hachette,
  18. « Organisation militaire du C.F.L 10 », sur Maquis de Vabre
  19. Marc Fineltin, « Simon Lévitte », sur Mémoire et Espoirs de la Résistance (consulté le 16 juillet 2010)
  20. Marc Fineltin, « Georges Garel », sur Mémoire et Espoirs de la Résistance (consulté le 16 juillet 2010)
  21. Céline Marrot-Fellag Ariouet, « Les enfants cachés pendant la seconde guerre mondiale aux sources d'une histoire clandestine », sur La maison de Sèvres, (consulté le 17 juillet 2010)
  22. J. Jacoubovitch, « Rue Amelot », sur La maison de Sèvres, (consulté le 18 juillet 2010)
  23. Marc Fineltin, « David Rapoport », sur Mémoire et Espoirs de la Résistance (consulté le 16 juillet 2010)
  24. Marc Fineltin, « Henri Bulawko », sur Mémoire et Espoirs de la Résistance (consulté le 16 juillet 2010)
  25. Marc Fineltin, « Joseph Bass », sur Mémoire et Espoirs de la Résistance (consulté le 17 juillet 2010)
  26. « Le Père Marie-Benoît à Marseille 1940 - 1943 », sur Père Marie-Benoît (consulté le 18 juillet 2010)
  27. Lîmôr Yāgîl, « Chrétiens et Juifs sous Vichy, 1940-1944: sauvetage et désobéissance civile », sur Google Books, Éditions du Cerf, (ISBN 2-204-07585-X)
  28. Denise Siekierski, « Midor Ledor: de génération en génération », sur Google Books, L'Harmattan, (ISBN 2-7475-7641-8)
  29. Céline Marrot-Fellag Ariouet, « Le réseau Marcel : Sauvetage des enfants juifs dans la région de Nice », sur La maison de Sèvres, (consulté le 17 juillet 2010)
  30. Marc Fineltin, « Rabbin René Samuel Kapel », sur Mémoire et Espoirs de la Résistance (consulté le 17 juillet 2010)
  31. Marc Fineltin, « Claire Heyman », sur Mémoire et Espoirs de la Résistance (consulté le 17 juillet 2010)
  32. « La création du CRIF », CRIF (consulté le 26 avril 2008)
  33. Adam Rayski, site de l'APHG, Caen
  34. Discours d'Adam Rayski pour le 60e anniversaire du Crif, le 22 mai 2003
  35. Guillaume Quashie-Vauclin et Michel Dreyfus, L'Union de la jeunesse républicaine de France, 1945-1956 : entre organisation de masse de jeunesse et mouvement d'avant-garde communiste, L'Harmattan, 2009. (ISBN 2296092063)