Raphaël Delpard

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Raphaël Delpard
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Raphael Delpard en dédicace à la Comédie du Livre de Montpellier en 2010.
Naissance (75 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession cinéaste et romancier

Raphaël Delpard est un cinéaste et romancier français, né le 26 janvier 1942 à Paris (11e).

Sa carrière reflète l'autonomie d'esprit d'un créatif qui ne peut rester fixé à un seul genre, et pour lequel tout peut servir plus tard, dans un contexte qu'il n'imagine pas encore. Brièvement marionnettiste et comédien, puis scénariste de cinéma, il passe lui-même à la réalisation: films de série B, comique et gore, téléfilms ("Le Marionnettiste" remporte le Clap d'Or de France3), et le film documentaire sur des sujets contemporains où il défriche des territoires inexplorés. Enfin, en tant qu'écrivain, il développe un panel tout aussi large: le livre-document sur des sujets sensibles, gardés secrets, et le roman. Au-delà du seul intérêt romanesque, ses personnages vivent, évoluent dans des contextes particuliers du 20ème siècle. Il met en évidence -  magistralement dans le livre-document précurseur "La Conférence de la Honte" Evian 1938, ainsi que dans le roman "Pour l'Amour de ma Terre" où le lecteur accompagne un paysan des années soixante luttant pour survivre malgré le premier PAC (politique agricole commune) et la mainmise des banques - la réalité des motivations derrière les agissements des politiques et leurs conséquences pour les populations. En un mot, comment l'Histoire impacte l'existence et l'histoire des individus. Ceux qui comptent pour lui.

Sommaire

Biographie et œuvres

Se destinant d'abord au théâtre, - où il a travaillé avec des noms tels que Jean-Louis Barrault, Jean Anouilh, - il suit simultanément une formation de marionnettiste avec Jean-Loup Temporal, et réalise quelques tournées scolaires avec sa propre compagnie et un spectacle de sa création, "Pierrot au Pays des Poissons". Une rencontre avec Claude Sautet et il entre dans le monde du cinéma, d'abord comme scénariste pour des réalisateurs tels Jean-Pierre Mocky, Sam Peckinpah et Robert Enrico, puis réalisateur de sujets divers. L'une de ses premières réalisations, un film de commande s'inscrivant dans la tradition française du comique troupier Les Bidasses aux grandes manœuvres, lui apportera des ouvertures vers le genre qui lui tenait à cœur: le cinéma fantastique. Comme il le disait, tout sert.

Ainsi Raphaël Delpard tournera en 1980, La Nuit de la mort (ressorti en vidéo sous le titre Les Griffes de la Mort), l'une des rares incursions françaises dans le domaine du film gore. Peu remarqué par le public français (du fait de sa sortie au même moment que le Shining de Stanley Kubrick), il connaîtra un certain succès aux États-Unis, recevant, pour l'occasion, un télégramme d'encouragement de la part de Tobe Hooper. Il mettra en chantier un film fantastique, Clash, sélectionné en 1984 au Festival d'Avoriaz, puis une comédie en 1985, Vive le fric, avant de délaisser le cinéma pour se consacrer à l'Histoire.

Depuis 1993, son œuvre littéraire prend de plus en plus d’importance. Elle est d’abord à la frontière de l’histoire et du journalisme, c’est-à-dire que Raphaël Delpard s’inspire d’une riche documentation puisée dans des archives peu connues et de reportages sur les lieux de conflit, ce qui l’amène parfois à prendre les risques des grands reporters.

Sous couvert de  documentation et de témoignages, transparaît une ferme volonté de regarder en face des vérités difficiles et des souffrances insupportables, exprimées dans un style sobre et maîtrisé, parfois poétique, qui les rend abordables.

La polémique suscitée par la plupart de ses livres-documents cache souvent aux yeux des critiques la qualité littéraire de ces œuvres, dans lesquelles le sens du rythme et de l'image rappellent l'homme de cinéma.

Son premier livre-document, "Les Enfants Cachés" choisi dès sa parution par Bernard Pivot pour son émission Apostrophes sur Antenne 2 en 1993, est un succès immédiat. Sa voie est confirmée, prenant la forme d'un travail de mémoire avec des livres-documents sur l'Occupation, la guerre d'Indochine et la guerre d'Algérie. L'écrivain, déjà manifeste dans ces œuvres, s'exprimera par le roman, où l'écriture riche, simple et fluide contribue à la joie de lire au-delà de l'intérêt des intrigues, situées à des moments dramatiques du 20ème siècle. Son avant-dernier ouvrage, sorti dans une collection "Le Roman d'Amour de..." en octobre 2016, réhabilite Lucrèce Borgia, et représente sa première incursion dans l'histoire romancée.

Raphaël Delpard est revenu au cinéma en réalisant deux films documentaires tirés de ses livres éponymes : "Les Enfants Cachés" (1998) et "Les Convois de la Honte" (mars 2010). Inspiré par l'écriture cinématographique des documentaires britanniques, il incorpore des évocations entre les témoignages et les documents. Sans se départir de la sobriété d'un reportage, ces scènes jouées renforcent la vérité historique en  illustrant ce qui serait autrement intraduisible.  Ainsi, "Les Convois de la Honte" est essentiellement constitué par des témoignages; par l'insertion des évocations, la présence du fantastique porte la souffrance à une dimension métaphysique. Le documentaire devient œuvre d'art.

C’est cette dimension littéraire qui peu à peu l’emporte. La révolte se fait moins heurtée, moins criante mais s’exprime tout de même dans le fondu des romans et fait partie de la trame.

Le fantastique n’est jamais loin. Dans son roman "Pour l’amour de ma terre", le personnage de Léonce est à la fois réaliste au point qu’on peut souvent y retrouver un membre de sa famille ou de son village, mais il possède aussi une aura fantastique dont le lecteur n’est peut-être pas conscient mais qui l’envoûte.

Dans "L’enfant qui parlait avec les nuages", le passage de  l’approche du loup fond dans une seule évocation quasi magique le rythme, le fantastique, et une pure poésie qui en font un morceau d’anthologie.

"Le courage de Louise" affirme un style abouti,  sobre, qui tient le roman dans un seul souffle et donne au lecteur un sentiment de force.

Ces romans se situent dans la Sarthe. La substance est celle de la paysannerie au siècle dernier. Elle est si juste que les agriculteurs locaux croient que Raphaël Delpard est l’un des leurs. Mais cette vérité locale, comme celle des auteurs du XIXème siècle s’inspirant de la société parisienne de l’époque, rejoint les vérités universelles.

Filmographie (scénario et réalisation)[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 1993 : Les Enfants cachés, Jean-Claude Lattès (Prix littéraire de la Wizo 1993)
  • 1995 : Les Justes de l’ombre 1940-1944, Jean-Claude Lattès
  • 2000 : La minute où l'on tombe amoureux, Page après Page
  • 2001 : 20 ans pendant la guerre d’Algérie. Générations sacrifiées, Michel Lafon
  • 2002 : L’Histoire des pieds-noirs d’Algérie, 1830-1962, Michel Lafon
  • 2003 : Les Oubliés de la guerre d’Algérie, Michel Lafon (Prix NORBERT CEPI de la ville d'Antibes 2003)
  • 2003 : L’Armée juive clandestine en France 1940-1945, Page après Page
  • 2003 : Pour t’écrire que je t’aime, Page après Page
  • 2004 : Les Rizières de la souffrance 1945-1954. Combattants français en Indochine, Michel Lafon
  • 2005 : Les Convois de la honte. Enquête sur la SNCF et la déportation, Michel Lafon
  • 2006 : Aux ordres de Vichy. Enquête sur la police française et la déportation, Michel Lafon
  • 2007 : Les Souffrances secrètes des Français d’Algérie, Michel Lafon (Prix VERITAS 2007)
  • 2009 : La Persécution des chrétiens aujourd’hui dans le monde, Michel Lafon
  • 2009 : La Résistance de la jeunesse française 1940-1944, Pygmalion
  • 2010 : L’Enfant sans étoile, Calmann-Lévy (Prix littéraire de la ville d'Aumale 2013)
  • 2012 : La Fabuleuse Histoire du drapeau français, Quai de Seine
  • 2012 : Pour l’amour de ma terre, Calmann-Lévy (Citoyen d'honneur de la ville d'Ecommoy)
  • 2012 : Ils ont vécu dans l’Algérie en Guerre, Archipel
  • 2013 : L’Enfant qui parlait avec les nuages, Calmann-Lévy
  • 2014 : La minute où l'on tombe amoureux, La librairie de l'histoire
  • 2014 : Courrier de Guerre (La Poste aux Armées) 1914-1918, l'Archipel
  • 2015 : Le Courage de Louise, Calmann-Lévy
  • 2015 : La conférence de la honte Évian, juillet 1938, Michalon
  • 2016 : Lucrèce Borgia - Collection Le roman d'amour de... Éditions De Borée
  • 2017 : La Guerre des six jours. La Victoire et le Poison, Éditions Marie B - (ISBN 1093576111)

Théâtre[modifier | modifier le code]

Avis de deux lecteurs[modifier | modifier le code]

5,0 sur 5 étoiles Un très beau roman

Par Gerard Müller 100 PREMIERS REDACTEURS D'AVIS MEMBRE DU CLUB DES TESTEURS le 11 octobre 2013 (sur Amazon.fr)

L’enfant sans étoile/Raphaël Delpard

L’histoire commence à l’aube du 15 mai 1943 : dans le petit village sarthois de Parigné-l’Évèque, Louise Leblanc se voit confié par un réseau un petit garçon de 6 ans environ rescapé du camp de Gurs (Pyrénées atlantiques) où le régime de Vichy associé à la Gestapo enferme les indésirables, juifs, résistants, étrangers et opposants.

Les persécutions nazies se déchainent durant toute l’année 1943 et l’angoisse qui règne partout à travers les villes et les campagnes crée un climat de suspicion et de méfiance entre les habitants : certains collaborent et d’autres résistent. Cette période est bien relatée dans le livre d’Alain Decaux « Morts pour Vichy » que j’ai par ailleurs commenté. Le rôle des collabos restera à jamais la honte de la France durant cette période.

Il faut rendre hommage, et R.D. le fait à merveille dans ce livre, à tous ces français qui prirent le risque mortel de sauver des enfants juifs en péril.

Jean aime sa mémé Louise qui va prendre tous les risques pour lui :

« Il s’accrochait à elle, lui parlait à l’oreille, couvrant ses mains de baisers ; ces baisers étaient des mots d’amour que la douleur l’empêchait de prononcer. »

Par certains côtés et notamment par le thème, cette histoire rappelle un peu « L’enfant de Noé » de Eric E. Schmitt.

Dans un style sobre, simple, poétique, bien rythmé, très imagé, Raphaël Delpard nous offre une peinture magnifique de la campagne sarthoise et de ses paysans.

Une ambiance bucolique prévaut malgré la détresse et l’anxiété qui habitent les personnages. Les moissons d’autrefois dans cette campagne paisible à l’écart des combats sont un passage somptueux. Que la campagne était belle autrefois, telle un paradis !

R.D est un homme de cinéma et cela se ressent dans sa faculté d’évocation des situations. De plus sa parfaite connaissance de la région et sa documentation très complète rendent le récit très intéressant en plus d’être passionnant et émouvant.

L’amour est conjugué à tous les temps au fil des pages de ce très beau roman.

Le souvenir diffus et imprécis de ses parents hante les rêves de Jean qui va s’efforcer de survivre à tous les pièges avec l’aide de son entourage pour tenter de les retrouver à la fin de la guerre.

À lire sans restriction.

 09 mai 2016 - PF - lettre à l'auteur

"L'enfant qui parlait avec les nuages", que j'ai dévoré, et adoré (en tant que lecteur de romans, je suis admiratif d'une forme de littérature que je ne pratique pas, ou plus ; et c'est tant mieux, je crois... Je retrouve d'ailleurs un vrai plaisir à lire, depuis que j'ai abandonné l'écriture de romans).

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur votre livre, qui m'a d'abord beaucoup ému par son contenu, par l'authenticité et l'humanité de ses personnages (même ceux qui apparaissent plutôt comme des "antagonistes"). Parmi les auteurs français contemporains, il y en a deux que je place au-dessus de tout : Jean Vautrin (hélas décédé) et Pierre Pelot. Vautrin avait tendance à laisser le styliste prendre le pas sur le conteur, au fil des ans ; Pelot a toujours su maintenir un équilibre miraculeux entre les deux. Avec ce livre, vous intégrez mon panthéon, avec cet art que vous avez de conjuguer un style narratif a priori assez classique -- mais qui, à y regarder de près, est très élaboré par ses ellipses qui font image, par ses non-dits, etc... un peu comme chez un Pierre Benoît (excusez-moi de comparaisons qui peuvent être fastidieuses...) --, conjuguer ce style, donc, avec un sens du récit qui tient en haleine jusqu'au bout.

Votre réflexion sur la différence, la tolérance -- et votre sens très précis de l'atmosphère, qui nous plonge dans un temps révolu sans jamais tomber dans le chromo, mais au contraire en révélant sous la patine tout ce qui continue de faire notre quotidien -- est passionnante et JUSTE, parce que jamais appuyée, jamais circonstancielle. C'est un livre d'une grande élégance de style et de pensée, qui ne tombe à aucun moment dans le registre "roman du terroir", avec ses images d'Epinal et ses raccourcis piochés dans les encyclopédies (bien qu'il soit parfois qualifié de tel sur internet, ce qui me sidère).

Je vais peut-être tomber à côté de la plaque, mais j'ai aussi pensé à Helen Keller et à "Miracle en Alabama", par moments...

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