Histoire des Juifs à Vesoul

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L'existence de la communauté juive à Vesoul est attestée depuis le XIIIe siècle. C'est à cette époque que l'histoire de cette communauté de la ville débute quand d'importants commerçants juifs s'installent dans la ville, telle la famille Héliot de Vesoul, qui tient une banque et fait crédit à de nombreux nobles, bourgeois mais aussi à des pauvres. Plus tard, une épidémie de peste noire tue de nombreux habitants de Vesoul et il s'ensuit une accusation d'empoisonnement contre les Juifs.

À la suite de la guerre franco-prussienne de 1870, de nombreux juifs émigrent dans toutes les villes de l'est de la France, dont Vesoul. Sa proximité avec l'Alsace fait de la ville de Vesoul l'une des principales terres d'accueil pour les juifs. Une communauté s'installe et s'agrandit de plus en plus. En 1872, la ville est le siège du Consistoire de l’Est de la France et accueille ainsi des rabbins reconnus tels que Moïse Schuhl et Isaac Lévy.

Des monuments juifs subsistent tels un cimetière juif, aménagé durant le XIXe siècle et une synagogue d'architecture mauresque, construite en 1875 et inscrite à l'inventaire des monuments historiques.

Histoire[modifier | modifier le code]

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Famille Héliot de Vesoul.

La communauté juive de la ville est la plus ancienne et la plus importante du Comté de Bourgogne. Elle comptait, au XIVe siècle, près d’une centaine de membres. Les commerçants et changeurs juifs de Vesoul ont une réputation nationale. Au début du XIVe siècle, une célèbre famille de banquiers, la maison Héliot de Vesoul, propose de faire crédit aux pauvres, pour des prêts de quelques sols. La famille fait également crédit aux riches pour plusieurs centaines de livres. Mais la fortune des Héliot provient surtout du commerce en gros. Les Héliot se joignaient à des chrétiens pour transporter leurs productions et particulièrement les vins de leurs vignobles. La banque d'Héliot de Vesoul conduit des opérations considérables de 1216 à 1318[1].

En 1324, la comtesse Jeanne renvoie les juifs de la ville et garde leurs biens. Elle donne, par ailleurs, à une de ses filles d’honneur, Mademoiselle de Lambrey, la maison du juif Elias (Héliot). Cette maison était située près de la synagogue de Vesoul. Certains Juifs échappent à l’ordre de quitter le territoire de la comtesse et restent dans le comté tout en payant une caution au seigneur. Les grands barons ont désapprouvé ces accusations aveugles contre les Juifs, mais à cette époque, à la suite de la trop grande importance de leurs dettes envers les Juifs, les barons ont fermé les yeux sur cette expulsion[2].

Les Juifs résidaient à Vesoul depuis déjà quelques siècles. Les Juifs de la ville étaient très riches car ils possédaient plusieurs commerces, cependant le peuple de Vesoul les haïssait car ils attiraient l’attention. Tous les juifs du Comté détenaient leur chef principal à Vesoul. Un temple était anciennement situé dans la Grande-Rue (actuellement rue Alsace-Lorraine), non loin de l’impasse de la Charité, où on pouvait apercevoir sur l’édifice des caractères hébraïques.

En 1348, la communauté juive dont la plus influente famille était la famille Héliot[3] comptait 86 personnes. Cette même année, une terrible épidémie, la peste noire, se répandit sur le comté et y tua presque la moitié de la population de la ville. Certains habitants y dénonçaient les Juifs pour avoir empoisonné l’eau des fontaines bue par les habitants. À la suite de ces dénonciations, tout le peuple se révolta contre les Juifs. Dans la ville, on arrêta pas moins de 80 juifs et juives pour les torturer et les tuer. Ces Juifs venaient de plusieurs bourgs de la région[4].

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1808, le Consistoire central israélite de France, une organisation centralisée, est créée par Napoléon Ier. Les différentes communautés juives françaises locales ont l'obligation d'en faire partie.

Le grand-rabbin Moïse Schuhl

Après la guerre franco-prussienne de 1870, beaucoup de Juifs émigrent d'Alsace vers l'Est de la France pour garder la nationalité française et certains choisissent Vesoul. En 1871, la ville accueille un grand-rabbin, Isaac Lévy, qui avait quitté l’Alsace à cause de l’annexion. Le gouvernement français accepte la proposition du consistoire central de remplacer les rabbinats de Colmar par Vesoul. C’est alors qu’est créé un nouveau consistoire dans l'Est, en 1872, dont le siège est à Vesoul et auquel sont adjointes les communautés des régions alentour (vosgienne, franc-comtoise, bourguignonne...). En 1875, la synagogue de Vesoul est élevée rue du Moulin-des-Prés, proche du centre-ville.

Le , le grand-rabbin Moïse Schuhl est nommé à Vesoul. C'est en mai 1896, que le grand-rabbin Moïse Schuhl part à Épinal car le siège du Consistoire de l'Est y est déplacé. Ce consistoire aura tout de même siégé pendant 24 ans à Vesoul[5].

En 1903, Justin Schuhl, frère du grand-rabbin Moïse Schuhl, est élu rabbin de Vesoul. En 1908, il quitte son poste de rabbinat à Vesoul[6].

À la fin du XIXe siècle, des mouvements antisémites surviennent à Vesoul. Dès janvier 1898, des vitres d'un magasin appartenant à un commerçant juif sont cassées[7].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

En juin 1940, les Allemands occupent Vesoul. Le maire de la ville de Vesoul est de confession juive : il s'agit de René Weil qui dirige la ville depuis 1934. Le conseil municipal de Vesoul lui propose de quitter son poste de maire le . Un recensement de tous les Juifs des communes du département est ordonné par la police allemande à Vesoul, le . Ce recensement départemental est réalisé par le préfet de la Haute-Saône. La police allemande ordonne également de porter sur toutes les façades des entreprises et commerces juifs une affiche jaune avec l'inscription en lettres noires « Judisches Geschäft » (ce qui signifie « Entreprise juive »). À cette époque, de nombreux juifs quittent la zone occupée pour échapper à la menace et se cacher[8]. La 1re arrestation dans la ville d’un Juif a lieu le . Il se nommait Steffens Simmons et résidait 45 rue Gérôme. 107 Juifs seront déportés de Haute-Saône par les Allemands pendant la guerre. En 1944, René Weil retrouve son poste de maire jusqu'à 1945.

Aujourd'hui, la communauté de la ville est toujours présente mais se fait discrète. Vesoul possède, désormais, une communauté israélite reconnue[9]. Créée le , c’est une association déclarée.

Édifices juifs[modifier | modifier le code]

Synagogues[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Synagogue de Vesoul.

Au Moyen Âge, une synagogue se situait dans l'historique Grande-Rue (qui est l'actuelle rue Alsace-Lorraine), non loin de l’impasse de la Charité. On pouvait encore apercevoir au XVIe siècle sur l’édifice des caractères hébraïques[2].

L'actuelle synagogue de Vesoul a été construite en 1875. Elle est située au 11 bis rue du Moulin-des-Prés, dans le centre-ville, proche du quartier du Vieux-Vesoul. En 1945, la synagogue a été désaffectée et est utilisée comme local commercial. Elle fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques par arrêté du . D'architecture mauresque, elle est de forme rectangulaire, avec une abside, à l'arrière de l'entrée. Les deux côtés possèdent des tribunes[10].

Le cimetière juif

Cimetière[modifier | modifier le code]

La ville compte un cimetière juif de petite taille. Situé rue Miroudot Saint-Ferjeux dans le quartier du Grand Grésil, à côté du nouveau cimetière, il a été aménagé durant le XIXe siècle et couvre une surface de 30 mètres2.

Le cimetière est entouré par un muret d'une hauteur allant d'1 mètre 50 à 2 mètres. L'entrée est matérialisée par un portail[11].

Personnalités juives vésuliennes[modifier | modifier le code]

De multiples personnalités juives sont liées à la ville de Vesoul, soit parce qu'elles y sont nées, décédées, ou y ont travaillé.

Parmi les principales figures juives vésuliennes, se trouvent Raymond Aubrac, illustre résistant sous l'Occupation allemande et au régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale. Né le au numéro 29 de la rue d'Alsace-Lorraine[12], dans le quartier historique de Vesoul, il commence sa vie scolaire dans les classes primaires du lycée Gérôme de Vesoul. Fils de commerçants juifs vésuliens aisés et propriétaires d'un magasin de confection à Vesoul[13],[14], il restera jusqu'à l'âge de neuf ans à Vesoul[15]. En 1992, il est nommé citoyen d'honneur de la ville de Vesoul[16]. Il s'est notamment engagé en faveur des droits du peuple palestinien et adhère à l'Union juive française pour la paix[17].

D'autres personnalités juives de la ville sont reconnues, nous pouvons notamment citer Manessier de Vesoul, receveur principal royal pour les Juifs en langue d'oïl[18],[19].

Concernant les célèbres personnalités juives de la ville, nous pouvons citer bien évidemment la famille Héliot de Vesoul, où la famille était, principalement, composée de Héliot et de ses enfants. Le fils d'Héliot était Vivant (Hayim) de Vesoul. Il était à la fois son créancier et son mandataire. Sa fille était Sylvia qui est physiquement et vestimentairement décrite dans les ouvrages qui présentent la famille. Sylvia avait un mari, qui était bourgeois.

La ville de Vesoul a également accueilli de multiples rabbins, dont la plupart ont exercé leur profession dans les plus importantes communautés françaises. Le premier rabbin de Vesoul est Isaac Lévy, élu en 1871, qui a fui l'Alsace. Le grand-rabbin Moïse Schuhl est nommé à Vesoul le . Dans la ville, il vit avec sa femme Julie Lévy, avec qui il a son troisième enfant nommé, Nathaniel René. Julie Lévy n'est autre que la fille de l'ancien grand-rabbin de la ville en 1871, Isaac Lévy. C'est en 1896, que le grand-rabbin Moïse Schuhl part à Épinal car le siège du Consistoire de l'Est y est déplacé. Ce consistoire aura tout de même siégé pendant 24 ans à Vesoul[5]. Élu rabbin de Vesoul de 1903 à 1908, Justin Schuhl reste cinq années dans la préfecture haut-saônoise et y épouse Camille Samuel, fille du président de la commission administrative, et anecdotiquement tante du futur résistant Raymond Aubrac[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Banque Héliot de Vesoul », sur https://archive.org/ (consulté le 12 novembre 2012).
  2. a et b Gevrey 1865, p. 65
  3. « Judaïsme », sur http://www.franche-comte.culture.gouv.fr/ (consulté le 12 novembre 2012).
  4. Histoire de Vesoul, Partie 1, Livre II, Chapitre Ier, p. 64 : de Alfred Gevrey, 1865
  5. a et b « Passage du grand-rabbin Moïse Schuhl à Vesoul », sur http://judaisme.sdv.fr/ (consulté le 12 novembre 2012).
  6. a et b « Justin Schuhl : 1903-1908 », sur http://judaisme.sdv.fr/ (consulté le 12 novembre 2012).
  7. Le moment antisémite: Un tour de la France en 1898 Lire en ligne
  8. « Les Juifs de Vesoul durant la Seconde Guerre mondiale », sur http://missiontice.ac-besancon.fr/ (consulté le 12 novembre 2012).
  9. « L’Association israelite de Vesoul », sur http://www.verif.com/societe/COMMUNAUTE-ISRAELITE-DE-VESOUL-339078750/ (consulté le 12 novembre 2012).
  10. « Synagogue de Vesoul », notice no PA00102293, base Mérimée, ministère français de la Culture
  11. Entrée du cimetière juif.
  12. « Naissance de Raymond Aubrac », sur https://www.estrepublicain.fr/ (consulté le 18 novembre 2012).
  13. « Plus qu’un nom dans une liste : Albert et Hélène Samuel », site jewishtraces.org.
  14. Laurent Douzou, article « Raymond Aubrac », dans François Marcot (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont 2006 (ISBN 2-221-09997-4), p. 354-355.
  15. Raymond Aubrac, Où la mémoire s'attarde, Paris, Odile Jacob, coll. « Le grand livre du mois », , 373 p. (ISBN 978-2738103697, lire en ligne), p. 16 et 18.
  16. « Citoyen d'honneur de la Ville de Vesoul », sur lapressedevesoul.com (consulté le 13 juillet 2013).
  17. L'UJFP revendique Raymond Aubrac comme l'un de ses adhérents fidèles : « Communiqués de l'UJFP – En hommage à Lucie Aubrac », 17 mars 2007.
  18. Danielle Chadych, Le Marais, Parigramme, 2005.
  19. « Manessier de Vesoul, personnalité juive de la ville », sur http://www.bloy.geometre-expert.fr/ (consulté le 12 novembre 2012)

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alfred Gevrey, Histoire de Vesoul, 1re partie, Alphone Picard et Fils, (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]