Archevêque

Dans plusieurs dénominations chrétiennes, un archevêque ⓘ est un ministre ecclésiastique appartenant à l'ordre épiscopal et bénéficiant d'une primauté d'honneur sur les évêques suffragants. Il est souvent à la tête d'une province ecclésiastique.
Fonction
[modifier | modifier le code]La charge de l'archevêque est désignée par le terme archiépiscopat (le « ch » étant parfois prononcé comme le son « k »)[1]. Ce terme masculin du VIIIe siècle, emprunté au latin médiéval archiepiscopatus, représente la dignité et la fonction d’archevêque[1],[2],[3]. Par métonymie, il s'agit également de la période d'exercice fonction du dignitaire ecclésiastique[4],[2],[3]. L'archiépiscopat trouve son synonyme avec le mot archevêché, ce terme pouvant recouvrir à la fois les sens de fonction et de siège du dignitaire ainsi que de la province ecclésiastique[5],[1].
Dans l'Église catholique
[modifier | modifier le code]Dans l'Église latine
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Dans l'Église latine, régie par le code de droit canonique, l'archevêque est un prélat qui bénéficie, en vertu d'anciens privilèges attachés à son diocèse ou d'une décision pontificale, d'une dignité supérieure à celle d'un évêque.
Archevêque et archidiocèse
[modifier | modifier le code]En principe, l'archevêque est l'ordinaire d'une Église particulière appelée archidiocèse. L'ordinaire d'un archidiocèse est dit archevêque ex officio, titre qu'il conserve après son départ.
Un archevêque peut aussi être l'ordinaire d'un simple diocèse ou d'une autre Église particulière. Un tel archevêque est dit archevêque ad personam.
Un archevêque peut ne pas être l'ordinaire d'une Église particulière. Un tel archevêque est dit archevêque titulaire.
Archevêque métropolitain
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En principe, l'office de métropolitain est joint au siège archiépiscopal de sorte que l'archevêque qui est l'ordinaire d'un archidiocèse est le métropolitain d'une province ecclésiastique.
La grande majorité des archevêques catholiques sont aussi métropolitains, c'est-à-dire à la tête d'une province ecclésiastique.
L'archevêque détient, d'une part la juridiction spirituelle de son diocèse appelé un archidiocèse, et d'autre part, un certain droit de regard sur les évêques de sa province. Son rôle est essentiellement d'organiser la coopération entre les diocèses, il n'a pas d'autorité à proprement parler sur les diocèses de sa province autres que le sien (appelés diocèses suffragants).
Les archevêques métropolitains portent le pallium.
Archevêque primat
[modifier | modifier le code]Certains archevêques métropolitains jouissent également du titre de primat, qui leur donnait historiquement une juridiction sur plusieurs provinces ecclésiastiques mais n'est habituellement au xxie siècle plus qu'un titre purement honorifique (cf. canon 438[6] du Code de droit canonique). C'est notamment le cas des titres suivants :
- primat des Gaules, attribué aux archevêques de Lyon.
- primat des Espagnes, attribué aux archevêques de Tolède.
- primat de Corse et de Sardaigne, attribué aux archevêques de Pise.
- primat d'Argentine, attribué aux archevêques de Santiago del Estero.
- primat du Pérou, attribué aux archevêques de Lima.
- primat de Bohême, attribué aux archevêques de Prague.
- primat du Canada, attribué aux archevêques de Québec.
- primat de Belgique, attribué aux archevêques de Malines-Bruxelles
Plusieurs autres titres de primat ne sont pas, ou plus, reconnus par Rome.
Archevêque patriarche
[modifier | modifier le code]Deux archevêques métropolitains jouissent encore du titre de patriarche, purement honorifique (cf. canon 438[6] du Code de droit canonique) :
- celui de Venise, en Italie. Le titre patriarcal de l'évêque d'Aquilée (patriarcat depuis ) passe en , lors d'un schisme, au siège épiscopal de Grado, avant d'être attribué définitivement à celui de Venise le . Venise était également le siège de l'archevêque patriarche latin de Constantinople de à ;
- et celui de Lisbonne, au Portugal. Fondé au IVe siècle, le diocèse a été élevé au rang d'archidiocèse le , puis à celui de patriarcat le .
Archevêque non métropolitain
[modifier | modifier le code]Il existe des archidiocèses auquel l'office de métropolitain n'est pas joint. Au , leur nombre était de quarante-huit[7]. Un tel archidiocèse est dit archidiocèse non métropolitain et l'archevêque qui en est l'ordinaire est dit archevêque non métropolitain.
Un archidiocèse non métropolitain peut être rattaché à un archidiocèse métropolitain et être dit « suffragant », ou bien être rattaché directement au Saint-Siège et être dit « exempt ».
Archevêque non métropolitain suffragant
[modifier | modifier le code]Certains archidiocèses non métropolitains sont suffragants d'un archidiocèse métropolitain ; l'archevêque d'un tel archidiocèse est dit archevêque suffragant. Il s'agit en général de sièges autrefois métropolitains ayant perdu ce privilège au profit d'une autre ville voisine devenue plus importante, laquelle conserve la dignité archiépiscopale.
En France, huit archidiocèses sont dans ce cas :
- ceux d'Aix et d'Avignon, qui sont suffragants de l'archidiocèse de Marseille ;
- celui d'Albi et celui d'Auch qui sont suffragants de l'archidiocèse de Toulouse ;
- celui de Bourges, qui est suffragant de l'archidiocèse de Tours ;
- celui de Cambrai, qui est suffragant de l'archidiocèse de Lille ;
- celui de Chambéry, qui est suffragant de l'archidiocèse de Lyon ;
- et celui de Sens, qui est suffragant de l'archidiocèse de Dijon.
En Italie, il existe plusieurs archidiocèses dans ce cas, dont ceux de Capoue, de Camerino-San Severino Marche, de Brindisi-Ostuni.
En Slovaquie, l'archidiocèse de Trnava est suffragant de l'archidiocèse de Bratislava.
Archevêque non métropolitain exempt
[modifier | modifier le code]D'autres archidiocèses non métropolitains ne sont suffragants d'aucun métropolitain ; l'archevêque qui est l'ordinaire d'un tel archidiocèse est dit archevêque exempt ou sujet immédiat du Saint-Siège. Cette situation résulte toujours d'une particularité historique ; c'est le cas, par exemple, de :
- l'archidiocèse d'Alba Iulia, en Roumanie. La langue de ses fidèles est essentiellement le hongrois.
- l'archidiocèse d'Athènes et celui de Rhodes, en Grèce.
- l'archidiocèse de Bagdad, en Irak.
- l'archidiocèse de Bar, au Monténégro.
- l'archidiocèse de Canberra et Goulburn, et celui de Hobart, en Australie.
- l'archidiocèse de Gaète, celui de Lucques et celui de Spolète-Norcia, en Italie.
- l'archidiocèse de Luxembourg.
- l'archidiocèse de Monaco. La Sacrée Congrégation consistoriale érige l'abbaye territoriale des Saints-Nicolas-et-Benoît, avec juridiction sur toute la principauté de Monaco, par le décret Pastoris aeterni du . Vingt ans plus tard, Léon XIII érige l'abbaye en évêché dépendant directement de Rome, par la bulle pontificale Quemadmodum Sollicitus Pastor du . Enfin, par la bulle Apostolica haec du — dont la forme est celle d'un traité international —, le pape Jean-Paul II élève le siège épiscopal de Monaco à la dignité d'archevêché en compensation de la renonciation du Prince au droit de patronat et de collation. L'archevêque de Monaco siège à la Conférence des évêques de France.
- l'archidiocèse de Rabat et celui de Tanger, au Maroc.
- l'archidiocèse de Singapour.
- l'archidiocèse de Strasbourg. L'Alsace-Moselle étant régie depuis par le concordat comme le reste de la France, le siège épiscopal de Strasbourg était suffragant de Besançon. Le diocèse de Strasbourg sortit du territoire français à la suite de son annexion à l'Allemagne par le traité de Francfort () à l'issue de la guerre franco-allemande de 1870 ; aussi la Sacrée Congrégation consistoriale fit-elle du diocèse un sujet immédiat du Saint-Siège, par le décret Rem in ecclesiastica du . Le pape Jean-Paul II éleva par la suite le diocèse au rang d'archidiocèse, par la constitution apostolique Antiquissima ipsa du .
- l’archidiocèse de Téhéran-Ispahan, en Iran.
- l'archidiocèse de Tunis.
- l'archidiocèse de Vaduz, au Liechtenstein. Il est créé par le pape Jean-Paul II par le bref Ad satius consulendum du pour régler un conflit interne au diocèse de Coire en Suisse. Son territoire correspond désormais à celui de la principauté. L'archevêque de Vaduz siège à la Conférence des évêques de Suisse.
- l'archidiocèse de Winnipeg, au Canada.
- l'archidiocèse de Zadar, en Croatie.
Monaco, Luxembourg, Singapour, ou le Liechtenstein peuvent aussi être jugés trop petits (malgré leur caractère souverain) pour justifier la création d'une province ecclésiastique, tout en voyant ainsi reconnaître au siège de leur capitale un caractère national. D'autres comme l'Iran, l'Irak ou la Tunisie peuvent être considérés comme ayant trop peu de catholiques pour comprendre plusieurs diocèses.
Archevêque titulaire
[modifier | modifier le code]Enfin, les archevêques ou évêques titulaires sont des prélats pourvus de la dignité épiscopale, mais n'ayant aucune juridiction diocésaine. Cette dignité est toujours accordée aux nonces apostoliques, ainsi qu'à des membres de la Curie romaine, qui jouissent ainsi d'une plus grande stabilité en cas de changement de pape.
Archevêque-évêque
[modifier | modifier le code]L'on appelle « archevêque-évêque » :
- un archevêque ex officio ou titulaire déplacé ensuite à un siège seulement épiscopal :
- Marcel Lefebvre, archevêque de Dakar () puis archevêque-évêque de Tulle () ;
- Philippe Ballot, archevêque de Chambéry () puis archevêque-évêque de Metz ().
- un évêque promu archevêque ad personam :
- Joan-Enric Vives i Sicília, évêque d'Urgell et coprince d'Andorre () puis archevêque-évêque d'Urgell () à titre personnel.
- un évêque pressenti vainement pour un siège archiépiscopal, pour l'en dédommager :
- Étienne Antoine Boulogne, évêque de Troyes (), pressenti pour Vienne () puis archevêque-évêque de Troyes (-).
Dans les Églises catholiques orientales
[modifier | modifier le code]Le code des canons des Églises orientales, qui régit les Églises catholiques orientales, reconnaît le titre d'archevêque majeur à certains primats, à la tête d’Églises autonomes et membres de la Congrégation pour les Églises orientales. Le titre, créé en pour le chef de l'Église grecque-catholique ukrainienne, correspond au titre patriarcal de Catholicos des Églises orthodoxes. Il en existe actuellement quatre :
- l'archevêque majeur de Ernakulam-Angamaly (Inde), syro-malabare ;
- l'archevêque majeur de Făgăraş et Alba Iulia (Roumanie), grec-catholique roumain ;
- l'archevêque majeur de Kiev et toute la Galicie (Ukraine), grec-catholique ukrainien ;
- L'archevêque majeur de Trivandrum (Inde), syro-malankare.
Dans l'Église anglicane
[modifier | modifier le code]La communion anglicane compte quarante provinces ecclésiastiques, la plupart comptant un ou plusieurs archevêques, et six petites églises rattachées différemment. Chacune de ces provinces ou églises est autonome. Les sièges les plus connus sont ceux de l'Église d'Angleterre, Canterbury (chef spirituel de l'Église d'Angleterre et de la communion anglicane) et York. Ces deux archevêques sont des « pairs spirituels » (spiritual peers) et donc membres de la Chambre des lords britannique.
Dans les églises luthériennes
[modifier | modifier le code]Relevant généralement du système presbytérien synodal, les églises luthériennes ont conservé certaines des formes héritées du système épiscopalien et certaines ont des archevêques. C'est le cas en Suède, en Finlande, en Lituanie et en Allemagne où l'église luthérienne est non seulement l'héritière directe des structures catholiques d'avant la Réforme mais aussi suffisamment nombreuse pour avoir deux niveaux hiérarchiques.
Un archevêque suédois célèbre est Lars Olof Jonathan Söderblom, qui s'est illustré dans le domaine de l’œcuménisme. C'est à Uppsala que se trouve le siège du seul archevêque de l'Église de Suède.
Dans l'Église orthodoxe
[modifier | modifier le code]Dans les Églises orthodoxes, à l’origine, l'archevêque était l'évêque qui présidait les conciles de sa province, synonyme de métropolitain. Dans la pratique orthodoxe actuelle, le mot a plusieurs usages distincts :
- Usage grec : titre porté par un évêque qui est aussi primat (Chypre, Grèce, Crète). Les patriarches sont aussi appelés archevêques de la ville où est situé leur siège épiscopal, tandis que tous les autres évêques titulaires sont métropolites.
- Usage russe : titre porté par un évêque titulaire qui a reçu une distinction honorifique intermédiaire entre le rang des simples évêques et celui des métropolites.
- Usage roumain : il se conforme à la signification originelle du mot.
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Archiépiscopat » (voir la liste des auteurs).
Références
[modifier | modifier le code]- « archiépiscopat (sens A) », Centre national de ressources textuelles et lexicales.
- « archiépiscopat », sur Littré (consulté le ).
- Armelle Le Huërou, « L’archiepiscopus Dolensis au début du XIIe siècle. Esquisse d’un catalogue des actes de l’archevêque Baudri (1107-1130) », dans Sylvain Soleil et Joëlle Quaghebeur (dirs.), Le pouvoir et la foi au Moyen Âge, Presses universitaires de Rennes, (DOI 10.4000/books.pur.141407).
- ↑ « archiépiscopat (sens B) », Centre national de ressources textuelles et lexicales.
- ↑ « archevêché », Centre national de ressources textuelles et lexicales.
- « Canon 438 », sur droitcanonique.fr, .
- ↑ (en) Liste des archidiocèses non métropolitains (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Liens externes
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- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Liste de tous les métropolitains et les archevêques GCatholic.org