Histoire de la culture des céréales

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Différentes céréales

L'histoire de la culture des céréales fut marquée par d'amples modifications climatiques, de nombreuses innovations techniques successives, des mouvements de population et des famines particulièrement sévères dans les régions enclavées.

Sommaire

La Préhistoire[modifier | modifier le code]

L’ancêtre sauvage du blé, l’égilope[modifier | modifier le code]

L’ancêtre du blé est l'égilope, grande céréale à un rang de grains, diploïde à 14 chromosomes, particulièrement rustique mais peu productive ; elle se rencontre encore au Moyen-Orient. Le blé est quant à lui une plante hexaploïde à 42 chromosomes, caractéristique génétique extraordinaire qui indique un long travail de sélection de la part des agriculteurs.

Du sorgho en Afrique à l'âge de pierre[modifier | modifier le code]

On a trouvé dans une grotte au Niassa (nord-ouest du Mozambique) des traces de céréales (sorgho sauvage), sur des grattoirs de pierre datant de l'âge de la pierre (-100 000 ans). Il pourrait s'agir des premières traces connues de transformation de grains en farine ou gruau, alors que nombre des préhistoriens pensaient que les débuts de l'agriculture dataient seulement d'il y a 11 000 ans.

Cette farine dont les grains écrasés étaient sans doute consommés avec des fruits ou des tubercules ou peut-être déjà en bouillie fermentée. D'autres experts, interrogés par les revues scientifiques Nature et Science se montrent encore sceptiques, car avant cette découverte, la preuve la plus ancienne (blé et orge) datait de seulement 23 000 ans (dans l'actuel Israël)[1].

Le croissant fertile de la révolution néolithique[modifier | modifier le code]

C'est par le blé qu'a commencé l’agriculture, lors de la transition entre la période paléolithique et la période néolithique. La « révolution néolithique » s'est produite dans ce qu'on appelle le « Noyau levantin », région qui va de la vallée du Jourdain à l'Euphrate formant un large arc de cercle ou « Croissant fertile » (actuels Liban, Syrie, Sud de la Turquie où subsistent à ce jour des blés sauvages).

À l'ouest, vers l'Europe, il n'y avait pas d'espèces de blé ou d'orge spontanées. Le blé a d'abord été récolté à l'état sauvage puis cultivé. L'invention de la poterie (8 000 à 7 000 ans av. J.-C) a permis de cuire les grains, sous forme de bouillies et de galettes non levées[2]. Les céréales deviennent plus faciles à digérer. Gélifié par la température et moins dense, l'amidon des grains devient facilement attaquable par les enzymes salivaires et intestinales. Cette action libère des sucres, absorbables par le tube digestif[3].

Un peu partout, on constate aussi la culture de formes de blé plus rustiques et moins nutritives, qui vont être régulièrement croisées et améliorées progressivement, comme l'épeautre. Au XIIe siècle, Hildegarde de Bingen consacre un chapitre de son important traité sur la physique à l'épeautre, appelé aussi « blé des Gaulois », qu'elle appelle « le meilleur des grains » et qu'elle trouve plus doux que les autres. Proche du blé, mais avec un grain qui reste couvert de sa balle lors de la récolte, l'épeautre n'offre pas les mêmes rendements.

Article détaillé : Habermus.

Le Monde antique[modifier | modifier le code]

L'orge des Grecs, solide et rustique, et le millet des zones arides[modifier | modifier le code]

L'orge est la plus ancienne céréale cultivée. Résistante aux contraintes climatiques (sècheresse, froid, chaud), mais dotée d'un apport calorique plus modeste que le blé, l'orge pousse aussi bien sous les tropiques qu’à 4 500 m d’altitude au Tibet. Bien adaptée au climat méditerranéen du fait de sa rusticité, elle était consommée sous forme de galette ou de bouillie (maza).

L'Agriculture en Grèce antique est fondée sur la culture des céréales, marqueur de civilisation, voire d'humanité : Homère note à propos du cyclope Polyphème que « c'était un monstrueux géant : il ne ressemblait même pas à un homme mangeur de grain (σιτοφάγος / sitophagos) »[4]. Les botanistes grecs comme Théophraste, décrivent l'avoine comme une mauvaise herbe et ignorent le seigle[5]: 90 % des terres céréalières sont consacrées à l'orge, qui constitue l'alimentation de base. Un peu de blé dur (πύρος / pýros), Triticum durum, ou de millet est aussi cultivé mais à titre complémentaire.

L'orge fut également cultivée par les Numides dans la région de Carthage, qui a servi à ravitailler l'empire grec[6], puis par les romains, en alternance avec le blé. L'assolement biennal oblige à laisser reposer la terre une année sur deux, affaiblissant le rendement, même si celui de l'orge est réputé plus élevé que celui du blé. Le millet, considéré par les Grecs comme barbare[7], est cultivé en Thrace, en Bithynie et sur les rives de la mer Noire. Il se distingue par sa capacité à croître rapidement sur des sols encore plus secs que ceux adaptés à l'orge.

L'’orge, toujours cultivée sur les hauts-plateaux d'Afrique du Nord, y a fait l'objet de programmes d’amélioration récents. L’introduction en 1950 des variétés « Martin » et « Cérès » dans le nord, qui n'a pas réussi à déloger les variétés locale dans le centre et le sud. La première tentative sérieuse d’amélioration a été faite par le « projet blé » en 1973 sous forme de croisements pour les zones semi-arides, ce qui a permis l’identification de deux lignées actuellement en cours d’évaluation. Les chercheurs ont aussi introduit et testé une série de variétés d’orge de diverses origines arides, dont l'Australie[8].

Carthage et Dougga, grenier à blé de l'Empire romain[modifier | modifier le code]

Chez les Romains, Cérès, fille de Saturne, apprit aux hommes à cultiver la terre, semer, récolter le blé, et en faire du pain, ce qui en a fait la déesse de l'agriculture.

À partir de 814 av. J.-C., Carthage, fondée par des colons phéniciens, conduits par la Reine Didon, se développe rapidement devenant l'une des deux grandes puissances de la Méditerranée. De 264 à 146 av. J.-C., les trois guerres puniques successives contre Rome débouchent sur l'établissement de la première colonie romaine Africa. Sous les Gracques, en -122, une tentative de fondation de Colonia Junonia est un échec. Pour le plein développement des champs de blé au service du ravitaillement de l'Empire romain, appelé l’annone, qui coïncide avec son expansion, il faut attendre l'année -47 : Jules César fonde la colonia Julia Carthago, œuvre poursuivie par Auguste, dont témoigne le colisée de Thysdrus, aujourd'hui El Jem. La prospérité céréalière bat son plein, puis survivra au sac de Rome Page d'aide sur l'homonymie.

L’Afrique fut avec l’Égypte, la Sicile et la Sardaigne, un des greniers à blé de Rome, après avoir exporté aussi sa production vers la Numidie et l’Orient hellénistique. Les routes aboutissaient aux grands ports : Carthage, Utique et pour la Numidie, Hippone. Syracuse, la vallée de la Medjerda et la région de Dougga étaient particulièrement prospères, grâce à une culture mixte : blé et orge, assortis de légumes cultivés sous les oliviers, qui offraient l’avantage de fixer les sols fertiles en pente[9]. La région est riche en vestiges de meules, de petits moulins constitués d’une base conique sur laquelle tournait un tambour (catillus en latin), ainsi que de multiples petites meules à rotation manuelle qui à servaient à moudre de petites quantités de grain[6]. De multiples inscriptions attestent de l’active céréaliculture, telles que la Lex Hadrianea de grands domaines impériaux et les inscriptions de Numlili (site voisin de Dougga) et de Teboursouk (Thubursicu Bure)[6]. Les villes étaient alimentées en eau par des aqueducs. Celui de Dougga, bien conservé, serpente entre les collines sur onze kilomètres.

La production de céréales de l'Antiquité était pénalisée par l'absence de traction hippique, d'assolement triennal et de charrue lourde à versoir, qui émergeront au Moyen Âge. La traction hippique manquait, faute de technique pour ferrer les chevaux et les atteler[10]. Associée à l'assolement triennal, qui diminue les temps de jachère au profit d'une deuxième culture, l'avoine, elle favorisera l'élevage.

Le Moyen-âge[modifier | modifier le code]

Le réchauffement climatique, entamé en 800, culmine en 1215[modifier | modifier le code]

Le climat se réchauffant jusqu'au XIIe siècle, la culture du blé a pu remonter vers le Nord, en particulier vers les riches terres fertiles de la Beauce, en région parisienne, ou de l'Ukraine, au détriment de l'Afrique du Nord et du reste du bassin méditerranéen.

La phénologie développée par l'historien Emmanuel Leroy-Ladurie par l'analyse, année après année, de la date de maturité des fruits et céréales, puis l'étude par une équipe de chercheurs américains d'un glacier du Groenland en 1966, sur une profondeur de 1 390 mètres, ont permis d'affiner la connaissance de l'évolution climatique au cours des siècles.

De 300 av. J.-C.. à 400 apr. J.-C., le climat se réchauffa, facilitant la culture des céréales pour les peuples qui maîtrisaient l'irrigation. Ensuite, jusqu'en 800 apr. J.-C., apparaît une période de refroidissement, suivi d'un réchauffement prononcé entre 800 et 1215, correspondant, vers la fin à la première révolution agricole du Moyen Âge. Cette période plus sèche et plus chaude a joué un rôle déterminant dans le retrait des forêts qui couvraient jusque-là une grande partie du continent européen, selon l'historien des techniques Jean Gimpel. Ce radoucissement a permis de défricher, d'utiliser la charrue, et d'augmenter les rendements céréaliers.

La révolution agricole des XIe, XIIe et XIIIe siècles[modifier | modifier le code]

Au cours de la deuxième partie du Moyen Âge, les outils simples ont fait place à du matériel plus perfectionné. La charrue lourde à versoir a remplacé l'araire, à partir du XIe siècle, et permit de réaliser des semences plus profondes, en retournant mieux la terre, en particulier les terres riches et grasses de l'Europe du Nord. Elle était inconnue des Romains et ne connut qu'un développement progressif en Europe du Sud, où la terre est plus sèche.

La charrue, armée d'un coutre pénétrant verticalement le sol, d'un soc cassant les tiges et d'un versoir recourbé qui rejette la terre sur le côté après l'avoir fendue profondément, jusque-là tirée par l'homme, l'est alors par les animaux[11], ameublit et retourne la terre, avant le semis, alors effectué à la main. La faucille est remplacée par la faux à la fin du Moyen Âge[12].

Les charrues peuvent alors retourner beaucoup plus de terre que dans l'Antiquité, qui avait connu un collier d'attelage défectueux. Le « collier au garrot » antique rendait les gros transports impossibles, d'où le recours au travail manuel, par l'esclavage, selon l'officier français et historien des techniques Richard Lefebvre des Noëttes (1856 – 1936), qui a publié 1924 un ouvrage qui fit date La Force animale à travers les âges (Paris, Berger-Levrault), puis développa ses thèses dans une série d'articles parus dans le Mercure de France[13].

La traction hippique a permis d'augmenter les rendements agricoles même si les deux animaux ont la même force de traction, le cheval pouvant travailler deux heures de plus et avancer à une vitesse supérieure de 50 %, soit 1,10 mètre par seconde en moyenne contre 0,73 mètre par seconde pour le bœuf[14]. En France, notamment dans le Sud-Est, les bœufs furent utilisés encore longtemps, sans doute parce qu'il est difficile d'obtenir une bonne récolte d'avoine sur les sols secs et légers du midi, a cependant tempéré l'historien Jean Gimpel. Par ailleurs, le recours au cheval aboutit à une augmentation de la taille des exploitations agricoles, plus grandes et plus rentables, sur des exploitations à champs ouverts.

La « grande Beauce » des abbayes, de 1130 à 1230[modifier | modifier le code]

Les riches terres de la Beauce, issues de l’assèchement d’un grand lac il y a vingt millions d’années, qui laissa place à une croûte calcaire recouvertes d'un limon fertiles peuvent être valorisées grâces à la révolution agricole du IIe millénaire. À partir du Xe siècle, le domaine royal des Capétiens se compose d'un ensemble de châteaux, terres, moulins, sur un grand axe Paris-Orléans, de la Seine à la Loire, entouré par des terres fertiles qui connaissent un défrichement énergique et une forte poussée démographique[15]. Le chapitre de Chartres et les abbayes bâtissent d’immenses domaines isolés sur lesquels vient se fixer une population dessinant alors la base des villages et hameaux, des églises et des châteaux[16].

L'accumulation du capital foncier par des abbayes urbaines est redistribué à des établissements ecclésiastiques. Ces derniers participent à la vie économique et s'enrichissent alors en accroissant leur patrimoine. La conquête de la périphérie du plateau entre 1130 et 1230 se fait sous forme de contrats de pariage : un seigneur laïc qui a des terres s'adresse à une abbaye urbaine à laquelle il propose de partager des terres. Elle en recevra la moitié, il gardera l'autre, l'abbaye se chargeant en échange de la mise en valeur du sol[15].

L'abbaye du Bois de Nottonville, sur la "Route du Blé en Beauce", proche de Châteaudun, succède ainsi à une résidence d'époque carolingienne, établie à 400 mètres d'une villa gallo-romaine, un ensemble fortifié de terre et de bois, vers le milieu du XIIe siècle. Les moines y installent un prieuré dès le début du XIIe siècle, qui reste un centre de pouvoir politique et militaire sous la domination des vicomtes de Chartres jusqu'au début du XIIIe siècle[17].

Le seigle permet de gagner des cultures en montagne[modifier | modifier le code]

Le seigle apparaît dans l'histoire des céréales plus tard que le blé, grâce au réchauffement climatique, qui permet de le cultiver dans des régions d'agriculture difficile. Au Moyen Âge, il a été beaucoup plus répandu en Europe qu'aujourd'hui. En Suisse, le seigle est cultivé dans les vallées de montagne à 1 400 m d’altitude, en Valais et dans la vallée de la Reuss. Le seigle résiste au gel jusqu’à -25 degrés[18]. Les vallées bien ensoleillées et bien irriguées des Alpes du Sud, en particulier le Queyras et autres vallées du Dauphiné verront des cultures de seigle à plus de 2 000 mètres d'altitude, grâce à des systèmes de canaux dérivant l'eau des torrents, dont les plus anciens remontent au XIIIe siècle.

Cette agriculture de montagne, sur des terrasses ou des pentes assez fortes, est favorisée par une répartition des travaux exigeante, à l'échelle de la commune, qui est organisée sous la surveillance de consuls, ou procureurs, élus tous les ans, en particulier dans la République des Escartons de Briançon, ensemble de territoires montagnards du département des Hautes-Alpes, de la province de Turin et de la province de Coni qui ont joui d'un statut fiscal et politique privilégié à partir du . Les communes ont alors racheté les droits seigneuriaux, plus difficiles à percevoir en région de montagne.

Le seigle a aussi été largement cultivé au Moyen Âge en Europe centrale et orientale et il a été la principale céréale panifiable dans la plupart des régions à l'est de la frontière franco-allemande et au nord de la Hongrie. L'agriculture de montagne, plus diversifiée qu'en plaine vise à l'autonomie, parfois même l'autarcie, lors des conflits religieux qui marquent la fin du Moyen Âge et la renaissance.

L'Epoque moderne[modifier | modifier le code]

Venu du Nouveau-Monde, le maïs se diffuse en Europe[modifier | modifier le code]

Lorsque les Européens découvrirent l’Amérique, le maïs était déjà cultivé des rives du Saint-Laurent (Canada) à celles du Rio de la Plata (Argentine). Le maïs a été vu pour la première fois par Christophe Colomb en 1492 à Cuba[19]. Magellan le trouva à Rio de Janeiro en 1520 et Jacques Cartier rapporta en 1535 que Hochelaga, la future Montréal se trouvait au milieu de champs de maïs, qu’il comparait à du « millet du Brésil ».

Les Méso-Amérindiens (Olmèques, Mayas, Aztèques), peuples du centre de l’Amérique, en étaient très dépendants. L'introduction du maïs en Europe est effectuée par Christophe Colomb[20]. Du sud de l’Espagne, il s’est diffusé dans toutes les régions d’Europe méridionale au climat suffisamment chaud et humide, grâce à sa facilité de culture et à son rendement supérieur à celui du blé ou des céréales secondaires, comme le millet (dont il a pris le nom en portugais, milho) et le sorgho: le Portugal (1515), le Pays basque espagnol (1576), la Galice, le Sud-Ouest de la France et la Bresse (1612), la Franche-Comté alors possession espagnole, et où il est nommé « blé d'Espagne », le reste de la France, longtemps réticent à sa culture, la Vénétie (1554), puis la plaine du Pô.

Le maïs ne sera cependant jamais cultivé à très grande échelle en Europe. Les États-Unis contrôlaient en 2007 environ 41 % de la production et 61 % des exportations mondiales, contre respectivement 26 % et 9 % pour le blé. Les États-Unis opéraient aussi 43 % des exportations de soja et 82 % des ventes de sorgho[21].

En Afrique, le maïs fut introduit en Égypte vers 1540, par la Turquie et la Syrie, puis dans le golfe de Guinée par les Portugais vers 1550. Le premier dessin du maïs en Europe est dû au botaniste allemand Fuchs en 1542. En Chine, le premier dessin du maïs est daté de 1637, mais sa culture y était déjà répandue.

Fin du XVIIe siècle, les grandes famines en Écosse et en France[modifier | modifier le code]

L’Écosse connut des famines très sévères au moment de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, en 1695, 1696, 1698 et 1699, selon l'historien Fernand Braudel. L'Écosse augmenta alors sa dépendance envers la pomme de terre, sans échapper un siècle et demi plus tard à la famine de la pomme de terre dans les Highlands, provoquée par le mildiou de la pomme de terre, qui a frappé dans les années 1840, avec un taux de mortalité cependant inférieur à celui de la famine écossaise récurrente des années 1690. La famine de la pomme de terre des Highlands poussera plus de 1,7 million de personnes à quitter l'Écosse entre 1846 et 1852[22], l'Irlande connaissant un phénomène identique.

En France, la grande famine de 1693-1694 est due à un hiver très rigoureux en 1692, suivi en 1693 d'une récolte très médiocre, causée par un printemps et un été trop pluvieux, causant une flambée des prix des céréales et une sous-alimentation qui favorise les épidémies comme le typhus, jusqu'en 1694. La France, qui avait alors 20 millions d’habitants, eut 1 300 000 morts en plus de la mortalité normale, selon Emmanuel Leroy-Ladurie, qui chiffre à 600 000 morts la catastrophe suivante, la Grande famine de 1709 causée aussi par un hiver très rigoureux, même s'il est moins humide, causant une flambée des prix des céréales. L'État décide alors d'interdire en 1692 l'exportation des blés. La famine de 1693-1694 a cependant épargné la région méditerranéenne dont l'agriculture a même profité un peu d'une meilleure pluviosité. La France a connu 13 famines générales au XVIe siècle, 11 au XVIIe siècle et 16 au XVIIIe siècle[23].

Lors des mauvaises récoltes, le prix des différentes céréales diverge: les habitués au pain de froment se rabattent sur le pain de seigle, dont les plus pauvres ne peuvent se passer. C'est le prix du seigle qui flambe alors[24], flambée que les spéculateurs propagent d'une région à l'autre. Le poids des ruraux dans la population fait que la crise économique se répercutent aux artisans et petits industriels des villes, selon le mécanisme des crises économiques généralisées dites « d'Ancien Régime », analysées par Ernest Labrousse.

Ces famines n'entraînent pourtant qu'un développement assez lent des capacités de transport et de stockage des céréales, techniquement difficile, et des efforts pour les moderniser: on en reste aux « poires d’Ardres[25], silos souterrains réalisés sous Charles Quint par Dominique de Cortone et il faut attendre le Traité de la conservation des grains et en particulier du froment, de Duhamel du Monceau (1700-1782) en 1753. Fernand Braudel souligne cependant les « énormes investissements » dans les Aménagements de rivière en Angleterre, qui portent ses voies navigables à 1160 miles dès le premier quart du XVIIIe siècle, plus aucun lieu n'étant alors situé à plus de 15 miles d'un transport par eau, selon la carte de l’historien anglais Tony Stuart Willan[26].

Le concept de révolution agricole anglaise au XVIIIe siècle est aujourd'hui relativisé par les historiens, car dès la fin du Moyen Âge, les Flandres pratiquaient une agriculture intensive, pour nourrir une population massée sur un petit territoire, des rotations complexes entre grains, herbes, fourrages et cultures industrielles permettant d'éviter la jachère[27]. L'Angleterre a aussi eu accès à ces techniques, lors de la publication en 1645, en pleine guerre civile anglaise, de "Husbandry Used in Brabant and Flanders"[28], de Sir Richard Weston[29].

Le XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

L'agronomie et les voies navigables au secours des pénuries[modifier | modifier le code]

Les Aménagements de rivière en Angleterre, complétés après 1760 par une multitude de canaux, s’ajoutent à l’intense cabotage permis par la profondeur des estuaires anglais. Les céréales circulent mieux, phénomène également constaté dans les zones littorales du continent. À Londres, vers le milieu du siècle, le marché du blé est dominé par une quinzaine de sociétés qui n'hésitent pas à stocker à Amsterdam, où le magasinage, qui varie avec le prix de l'argent, est moins coûteux. Le blé touche la prime à l'exportation, établie par le gouvernement anglais. En cas de pénurie, son retour est exonéré de droits de douane[30], observe Fernand Braudel, qui reprend les conclusions de N. Gras : « Londres a sur Paris un bon siècle d'avance en matière de ravitaillement »[31].

En France, la "Nouvelle maison rustique" de Louis Liger, publié en 1700, reste la référence pendant cinq décennies[32]. Apparaissent alors des « élites rurales à l'affût de l'innovation »[33]. S'y distinguent les maîtres de poste, dont la nombreuse cavalerie nécessite d'abondants fourrages. Cultivateurs, ils suivent les nouveautés et les diffusent, comme Cretté de Paluel[32], médaille d’or 1785 de la Société d’agriculture de Paris. Les manuels d'agronomie se multiplient après 1750. Celui de Duhamel du Monceau, premier grand ouvrage français sur l'agriculture depuis l'autodidacte Olivier de Serres, est entièrement consacré à la culture du blé. Duhamel du Monceau reprend les conseils de l'Anglais Jethro Tull sur le tallage des céréales, pour augmenter les rendements. Il teste à Pithiviers les modalités d’une diminution de la densité de semis, en ligne, de façon à pouvoir désherber l’interrang. Pour cela, il met au point semoirs et charrues étroites. Le Traité de la culture des terres devient une sorte de revue, qui publie les résultats des essais agricoles que des correspondants adressent à Duhamel du Monceau. Dans son Traité de la conservation des grains et en particulier du froment, paru en 1753, il fait progresser le stockage des céréales par la conception d’un « grenier de conservation » : une grande caisse en bois, dont le fond est muni d’un grillage recouvert d’un canevas, qui ne laisse pénétrer que les conduits d'une soufflerie, destinée à faire passer un courant d'air à travers la masse du blé.

Une Société d'agriculture de Bretagne est fondée en 1757 et son succès amène le gouvernement à demander aux intendants en 1760 d'en créer dans d'autres régions[32]. Le chaulage et de nouvelles variétés de blé accroissent le rendement. Au XVIIIe siècle, le Soissonnais, le Cambrésis, le Hainaut et le Pays de Caux produisent plus de grain et surtout plus de froment. La Bretagne exporte du blé et du seigle, cultures aux rendements inférieurs, mais plus rémunératrice depuis que des taxes frappent les autres.

L’Irlande nourrit l’Angleterre[modifier | modifier le code]

L’Angleterre de la première moitié du XVIIIe siècle devient progressivement exportatrice de céréales, même si un quart du territoire est toujours en friche au début du siècle. L’accroissement démographique du XVIIIe siècle l'a rapidement transformé d’exportatrice en importatrice de blé. L'Irlande décida d'en profiter: « Avec les dernières décennies du siècle, la viande salée d’Irlande est concurrencée par les exportations russes via Arkhangelsk et plus encore par les arrivages des colonies du Nouveau Monde. C’est alors que s’amorce un « cycle du blé » en Irlande, qui succède au « cycle du bœuf salé » et se maintiendra jusqu’au « Corn laws » de 1846 », selon Fernand Braudel[34]. Blé, pêches et lin, qui occupent près d’un Irlandais sur quatre, procurent un solde commercial positif d’un million de livres à l’Irlande, soit 20 % de son revenu, et à peu près le montant annuel qu’elle verse aux propriétaires terriens anglais, installés depuis les Plantations en Irlande. Le blé sera ensuite chassé par un « cycle du lin » irlandais[34].

La production anglaise de céréales passa de 15 millions de "quarters" en 1700 à 17 millions de "quarters" en 1770. L'invention en 1701 du semoir, par l'agronome anglais Jethro Tull, permit d'améliorer considérablement la technique de semailles, en traitant trois rangées à la fois. Le résultat immédiat fut une augmentation du taux de germination, et une récolte accrue. Partisan de la traction hippique, Tull inventa une machine tractée par un cheval qui fut le sujet de son livre New Horse Hoeing Husbandry en 1731.

Après 1770 et jusqu'en 1840, les rendements céréaliers anglais ne firent plus de progrès. Les prix du blé se maintinrent élevés, stimulant l'arrivée de nouveaux pays producteurs: ce n’est qu’en 1815 que s'opéra la baisse des prix du grain, une fois terminées les guerres napoléoniennes[27]. La population anglaise avait entre-temps doublé. La disette anglaise de 1800 à 1801 aboutit à étendre la culture du blé dans les terrains les moins fertiles, introduisant dans la loi anglaise des complications « néfastes aux consommateurs », « reproduction analogue des faits subis » en France, écrivit un lobbyiste céréalier de l'époque, de l'Académie d'agriculture[35]. L'année 1813, calamiteuse pour l'Angleterre, fut l'équivalent selon lui de l'année 1817 en France et le chancelier de l'échiquier fit en 1826 ce que Paris exécuta en 1831 : autoriser « l'admission des blés exotiques » dans des « circonstances qui, rigoureusement et aux termes écrits, ne pouvaient s'effectuer ». La loi de 1828, avec l'introduction du système de l'échelle mobile des droits mis en place par William Huskisson, responsable du Board of Trade de 1823 à 1827, consacra le système d'admission permanente des blés étrangers, copiée quatre ans plus tard en France. Mais le marché ne sera vraiment libéralisé qu'avec les Corn Laws de 1848.

Le XIXe siècle[modifier | modifier le code]

L'enrichissement des pays les plus industrialisés permet l’élévation du niveau de la consommation au milieu du XIXe siècle dans la plupart des pays. En France, la consommation annuelle de froment per capita passe de 1,76 quintal en 1841-1850 à 2,45 quintaux en 1891-1900 [36]. S'y ajoute la croissance démographique des vieux pays et l'irruption de nouveaux géants, Canada, Australie, Etats-Pays.

Les cultivateurs allemands au nord des grandes plaines[modifier | modifier le code]

Les immigrants allemands se concentrent tout d'abord dans trois états, Ohio, Indiana et Illinois. En 1825, la construction du canal Érié fait de la région des Grands Lacs une vaste zone agricole et industrielle, presque aussi grande que la Méditerranée. L'Histoire de l'émigration allemande en Amérique s'accélère après le livre de Gottfried Duden, Voyage dans les États de l'Ouest de l'Amérique, écrit en 1829 sur le Missouri, qui devient un best-seller en Allemagne[37], tandis que la Giessener Emigration Society créé en 1833 facilite les démarches[38].

Après l'agitation révolutionnaire de 1830 puis l'échec de la révolution de mars 1848, les classes moyennes rejoignent les paysans allemands immigrés, dont les correspondances montrent l'intérêt pour les prix du blé et ce "Nouveau Monde" jugé moins injuste. Beaucoup se fixent à Milwaukee, dans le Wisconsin[39]. Entre 1830 et 1840, les Allemands sont 152 000 à entrer aux États-Unis, contre 46 000 pour les français puis 435 000 dans les années 1840, s'installant dans le Midwest, où ils cultivent le blé, créant trois nouveaux états : Iowa, Wisconsin et Minnesota. En 1847 se créé la "Milwaukee and Waukesha Railroad", rebaptisée ensuite "Milwaukee and Mississippi", qui essaime[40]. Dès 1850, le Wisconsin comptait 305 000 habitants. Seulement un sur quinze vit dans la capitale Milwaukee[41], qui héberge déjà six usines à blé.

Les colonies Amana[42] fondées par allemands attachés au piétisme s'installent dans l'Iowa, en 1855, après un départ d'Allemagne en 1843 et un premier passage par Buffalo.

1846: les Grands Lacs face à la Grande famine irlandaise[modifier | modifier le code]

Production de pommes de terre pendant la Grande Famine[43].

Au printemps 1846 se créé la New-York State Associated Press, réunissant huit quotidiens le long du Canal Érié, jusqu'à Buffalo[44], au bord des Grands Lacs. Ces huit quotidiens, parmi lesquels aucun new yorkais, partagent ainsi les coût d'un télégraphe en construction, qui amène, via Boston et New York, les nouvelles d'Europe. En 1846, avant la ligne de télégraphe, les prix des céréales à Buffalo étaient en retard de quatre jours sur ceux de New York[45]. L'actualité européenne est alors très suivie dans cette région agricole américaine en pleine émergence. Dès septembre 1845, les cultivateurs peuvent lire dans leur American Farmer un pronostic de forte hausse des prix du blé, en raison d'une production britannique déficitaire[46]. La maladie de la pomme de terre en Irlande est aussi évoquée par le journal, qui cite un European Times arrivé par le dernier paquebot. La Grande famine en Irlande vient de démarrer. Dès juin 1846, le premier ministre britannique Robert Peel doit abroger les lois protectionnistes sur les céréales. Quelques mois plus tôt, le 9 novembre 1845, il a fait acheter discrètement 100000 sterling de maïs américain par la banque Barings[47]. L'idée vient de Randolph Routh, fonctionnaire anglais à Cork. Lors d'un précédent poste au Canada, il s'est intéressé à l'Indian Corn[48], le "mais des amérindiens". En 1847, The Genesee Farmer, Journal de l'agriculture et de l'horticulture de Rochester (New York)[49] centralise des conseils pour sa culture. Son importation en Angleterre avait été proposée dès 1842 par un mémoire du journaliste John S. Bartlett[50].

En janvier 1846, Randolph Routh a pris la tête de la commission de lutte contre la famine, à Dublin[51]. Une centaine de comités locaux sont créés dans toute l'Irlande, pour mesurer les besoins, mobiliser un maximum d'importations américaines et les distribuer. L'information circule lentement car le télégraphe reliant l'Irlande à l'Angleterre ne sera déployé qu'en 1852. Et l'arrivée de l'Indian Corn à Cork, la dernière semaine de janvier 1846, se fait dans la douleurː beaucoup d'irlandais tombent malades en mangeant le "repas jaune", faute de savoir le cuisiner[48].

La spéculation s'en mèle. Peu après l'arrivée du paquebot Britannia à Boston, le 7 novembre 1846, les éditorialistes du New York Herald et du New York Tribune se plaignent d'être privés de nouvelles européennes à cause de la coupure du câble télégraphique menant à New York, par des spéculateurs qui profitent de la détresse de "millions d'européens affamés"[52]. En juin, d'autres coupures avaient coïncidé avec l'arrivée de paquebots européens à Boston. Intrigué, le président de la Magnetic Telegraph company constate le 16 novembre que Jacob Little, le plus célèbre investisseur de Wall Street, a reçu un télégramme d'Helena Craig, la femme de Daniel H. Craig[53], un journaliste spécialisé dans la livraison de nouvelles spéculatives, via de pigeons voyageurs s'envolant des navires peu avant leur arrivée dans ports. Fin octobre justement, le prix des céréales a bondi de 50̥ pour cent à Cork[54], peu après les violentes crûes de la Loire, les 21, 22 et 23 octobre, qui ont rompu une digue à Orléans et menacent d'aggraver la pénurie alimentaire européenne. Les cultivateurs américains répondent par un bond des exportations de maïs des Grands Lacsː 4,5 millions de boisseaux en moyenne par an sur 1847-1849, trois fois le niveau de 1846[55]. Ils investissent massivement dans de nouvelles technologies, la moissonneuse-batteuse de Cyrus McCormick et le silo élévateur à grains de Joseph Dart, conçu pour le verrou de Buffalo (les cargaisons des Grands Lacs doivent y être transférées sur les péniches du Canal Érié). Les ventes de ces deux produits, mis au point dans la région, peu de temps avant, ne décollent qu'en 1846-1847 et entraînent une explosion de la production de céréales sur tout le pourtour des Grands Lacs.

L'abrogation des Corn Laws protectionnistes anglaises n'a pas fait baisser les prix en raison d'une demande soutenue par la croissance économique mondiale des années 1850. Elle a aussi créé un appel d'air pour les blés d'Ukraine, via la Mer Noire[56]. Chaque port peut approvisionner un arrière-pays plus vaste, et plus rapidement, grâce au chemin de fer. Les pénuries ou excédents, et écarts des prix des céréales d'une ville à l'autre, peuvent être connus plus vites, par le maillage télégraphique international. L'agence de presse anglaise Reuters se créé, pour offrir de nombreuses cotations locales pour les céréales[57]. Les prix des céréales, calculés en moyennes quinquennales, malgré des fluctuations importantes à court terme, se maintinrent, sur la période 1845-1874, entre 49 et 55 shillings/quarter, à peine plus bas que celui de la période 1820-1846[58].

Silos modernes, « stockage roulant » et marchés à terme[modifier | modifier le code]

Dans un contexte favorable à l'augmentation des échanges internationaux, les techniques de stockage des céréales profitent d'une vague d’innovation :

« Il se posait alors des problèmes de transport, de stockage, de sécurité qui étaient extraordinairement variés. L’un des premiers résolus, et sur lequel on n’insiste guère, avait été le stockage des céréales, c’est-à-dire la possibilité d’étendre les bonnes récoltes sur les mauvaises années. On sait que le grain entassé fermente et devient impropre à la consommation. C’est entre 1850 et 1860 que furent imaginés les silos modernes, qui, en remuant continuellement ce grain, l’empêchaient de chauffer. L’adaptation de l’électricité facilita beaucoup les choses »

— Histoire des techniques - Bertrand Gille

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Dès 1842, sans attendre l’électricité, Joseph Dart et l'ingénieur écossais Robert Dunbar[59] construisent à Buffalo le premier « élévateur à grain » à vapeur, via des godets[60], perfectionnant une invention d'Oliver Evans[61]. Le mouvement a débuté une décennie plus tôt: en 1833, onze bateaux à vapeur relient Buffalo à Chicago[62] et débute le percement de l'Evans Ship Canal, achevé en 1834, pour compléter le Canal Érié, dont l'extrémité souffre de congestion, en reliant le Lac et la rivière Buffalo. En trois ans, la population de la ville augmente de 50%, atteignant 15000 habitants. Entre 1835 et 1836, le trafic de blé passe de quasiment rien à un demi-million de boisseaux[63], puis deux millions en 1841. Dart et Dunbar veulent accélérer le transbordement du grain entre les navires du Lac Erié et les péniches du Canal Érié, qui le relie à New York, auquel 500 irlandais s'épuisent à Buffalo. Par sa hauteur, leur silo rappelle aussi les techniques utilisées par les marchands de la Hanse, dans la Mer Baltique, au Moyen Âge[64], mais il se distingue surtout par un "bras" écoulant directement le grain sur les navire[64].

La cargaison d'un schooner de l'époque, soit 5000 boisseaux de blé, peut être stockée entièrement. Chaque vendeur ou acheteur peut louer une part de silo pour stocker son blé séparément[65]. Les aller-retours entre Buffalo et l'Ohio deviennent deux fois plus rapides[66]. Dès 1843, 70 navires l'utilisent[67]. En 1845, Joseph Dart fonde le "Buffalo Board of Trade", avec d'autres marchands. L'année suivante 4 millions de boisseaux de blé transite à Buffalo, contre une moyenne d'un a deux millions les huit années précédentes. En 1847, des silos identiques sont installés à Brooklyn et Toledo puis en 1848 à Chicago, en 1851 à Oswedo, Fort Wayne et Detroit, et à Milwaukee en 1853[68]. Il faudra cependant attendre encore vingt ans pour le voir à la Nouvelle-Orléans[68]. Robert Dunbar installe très vite la machine aussi à Liverpool et Hull, et à Odessa, en Russie.

L'émergence du chemin de fer, dans les années 1840, puis sa croissance permet un « stockage roulant » sur les voies ferrées, complémentaire des silos et des premiers marchés à terme, qui permettent de sécuriser à l'avance l'approvisionnement, sous forme de « blé papier », avec des contrats négociés dès 1864 sur le Chicago Board of Trade créé en 1848 et suivi par le Chicago Produce Exchange, ouvert en 1874 et rebaptisé Chicago Mercantile Exchange en 1919. La carte du réseau ferroviaire en 1860 montre un développement spectaculaire au sud-ouest des Grands Lacs, permettant le "stockage roulant" des grains sur les voies ferrées[69], avec une forte capillarité au-dessous de Chicago, qui devra cependant attendre 1890 pour devenir la deuxième ville américaine car le peuplement est avant tout rural.

L'Amérique teste les blés d'hiver venus d'Ukraine et de Russie[modifier | modifier le code]

Le blé de printemps est le contrat-vedette, lancé dès 1883, sur le marché à terme de Minneapolis (photo de 1939).

Les immigrants scandinaves, russes et ukrainiens du pourtour des Grands Lacs, en particulier au canada (Manitoba, Saskatchewan et Alberta) mais aussi dans le Minnesota et le Dakota du Nord, tentent d'y faire pousser des blés de printemps, plus résistants aux rudes hivers. Ils les importent d'Ukraine et de Russie.

Dès 1812, une vingtaine d' écossais menés par Thomas Douglas (5e comte de Selkirk) sèment du blé d'hiver sur 160 000 milles carrés de la Compagnie de la baie d'Hudson, au confluent de la Rivière Rouge (Manitoba) et de l'Assiniboine (rivière) mais trop tard dans la saison pour réussir[70]. Dave Fife, un autre écossais, commence à cultiver en 1842 le "Red Fife", première variété panifiable, à Peterborough (Ontario). Un chargement de blé d'Ukraine, arrivé de Gdansk, se trouvait sur le même bateau, à Glasgow, qu'un ami de Dave Fife, qui lui en donne[70]. Ce blé d'Ukraine remplace le "Siberian", mal adapté. Dans les années 1860, le "Red Fife" est cultivé à travers tout le Canada. Il se fait un nom chez les boulangers des États-Unis[71]. Son descendant, le "Marquis", le remplace en 1900, grâce à un croisement avec le "Hard Red Calcutta", introduit en 1880 en même temps que le "Preston", le "Stanley" et surtout le "Ladoga", venu du lac Ladoga, au nord de Saint-Pétersbourg[72], où l'on cultivait aussi de l'orge noire[73].

En 1882, le professeur Charles Gibb, d'Abbotsford (Québec), voyage en Russie pour étudier les caractères et la résistance au froid de blés et légumes cultivés au nord, avec le professeur J.L. Bud, de l'Iowa[74]. Mais sans succès. En 1886, le ministre de l'Agriculture canadien écrivit à Goegginger, un négociant en blé de Riga, expert en céréales russes, qui lui expédia 100 boisseaux de "Ladoga", ensuite semés dans des parcelles expérimentales, au Manitoba et dans le Territoire du Nord-Ouest[74]. Le Ladoga y mûrit huit à dix jours plus tôt que le Red Fife, se plaçant à l'abri des gels précoces. Les cultivateurs confirmèrent alors dans des lettres qu’ils préféraient ce blé, malgré sa moindre qualité et malgré l'opposition des chambres de commerce tenues par les cultivateurs du Sud du Canada[70]. Le premier contrat à terme sur le blé dur rouge de printemps fut lancé avec beaucoup de succès, en 1883, sur le Minneapolis Grain Exchange créé en 1881 à Minneapolis, l'année où la ville dépasse pour la première fois Saint-Louis (Missouri) pour le tonnage de farine produite[75].

Cadwallader Washburn a en particulier créé en 1866 à Minneapolis, sur les rives du Mississipi, un moulin qui deviendra la multinationale General Mills, tandis qu'en 1869, Charles Pillsbury prend des parts dans un autre moulin de Minneapolis, apposant quatre « X » sur ses sacs de farine, pour souligner leur qualité. Sa société deviendra un autre géant mondial du grain, la Pillsbury Company.

En 1900, Minneapolis devient la capitale mondiale du blé[76]. Le Minneapolis Grain Exchange sera le premier marché à terme au monde à proposer un système de compensation, permettant d'augmenter les volumes échangés, à bien moindre coût et avec une plus grande sécurité de transaction. Grâce aux géants du rail basés sur les ports du Lac Michigan, qui desservent le Minnesota, le Wisconsin et le pourtour des Grands Lacs, la production de blé à l'ouest du Mississippi assure 65% de l'offre américaine dès 1899 et 90% dès 1909. Le complexe agro-alimentaire disposé le long des grands ports du Lac Michigan (Chicago, Milwaukee) a bénéficié aussi d'une concentration de la production de maïs au sein d'un "pack" de sept nouveaux Etats américains (Iowa, Kansas, Minnesota, Missouri, Nebraska, Dakota du Nord et du Sud) qui en 1899 produisaient 40% du maïs américain[77].

La France, premier producteur mondial de blé jusqu'en 1872[modifier | modifier le code]

Sous le Second Empire, la France était encore le premier pays producteur de blé du monde. Elle l'a été pour la dernière fois en 1872[78] avant d'être dépassée par l'Empire russe et surtout par les États-Unis qui conquièrent la première place en 1873 et la conservent presque sans interruption de 1875 à 1899[78], grâce à un taux de croissance deux fois plus élevé que celui de la production mondiale : 3,4 % par an entre 1860 et 1900, au lieu de 1,6 %, malgré une baisse du prix mondial. La révolution des transports particulièrement efficace aux États-Unis[78].

Les guerres, la Russie et l'Amérique créent un marché mondial[modifier | modifier le code]

Au cours de la 1re moitié du XIXe siècle, l'Amérique augmente sa production mais aussi sa consommation de céréales, en particulier pour nourrir les esclaves des plantations de coton du Sud, dont le nombre augmente jusqu'en 1860, et les nombreux immigrants européens. Elle est globalement importatrice. Le blé américain n'est alors qu'un "petit vassal" du "Roi Coton".

L'Amérique devient légèrement exportatrice lors de la sévère disette en Europe en 1847, puis au moment de la guerre de Crimée (1854), mais pour des périodes très courtes et des quantités assez modestes. Entre 1858 et 1860, par exemple, la moyenne des exportations de blé et de farine-équivalent en blé s'élève seulement à 400 000 tonnes. Elles sont expédiées principalement vers le Canada (34 %) et l'Amérique du Centre et du Sud (27 %). L'Europe, en fait le Royaume-Uni, n'absorbe que 22 % des exportations de céréales des Etats-Unis et ne tire d'Amérique du Nord que 13,6 % de ses approvisionnements en blé et en farine, contre 43,2 % venant des régions limitrophes de la Baltique et de la mer Noire, 30,7 % de la France et 8,2% de l'Egypte. Ensuite, dans les années 1860, la Grande-Bretagne devient un gros importateur permanent. Il lui faut importer du blé de Russie, car la culture du blé américain a été perturbée par la Guerre de Sécession, tandis qu'une série de guerres en Europe a décimé les paysans-fantassins.

Lorsque la guerre de Sécession américaine s'achève, le Midwest américain se couvre d’un réseau de silos du marchand de grains américain Cargill, créé dans l'Iowa par Will Cargill. La firme s'installe à Minneapolis et dans le Wisconsin, sur les nœuds ferroviaires, pour accompagner la croissance du chemin de fer, dont les lignes transcontinentales viennent d'être lancées[79]. Cargill rachète systématiquement les aires de stockage au bord des Grands Lacs, laissées par les petites firmes en faillite, et se dote d’une flotte de barges remontant le Mississippi[80]. Bunge, créé par Charles Bunge fait de même. Grâce à ces stocks massifs et à la création à Chicago du CBOT et du CME, le blé américain devient alors disponible à tout moment, par l'eau ou par le rail, pour alimenter le marché mondial.

L'Angleterre, premier importateur mondial de blé, décide en 1870 de remplacer l'Europe centrale et la Russie par l'Amérique, déclenchant une panique sur les marchés européens. En France, les crises économiques d'origine céréalière se perpétuent jusqu'en 1866-1867. Le développement du système ferroviaire les élimine, en rendant accessibles rapidement les stocks. Le chemin de fer ne suffit cependant pas toujours: lors de la pénurie de 1867, les français n'arrivent pas à se faire livrer par les négociants de Hongrie, seule zone d'Europe exportatrice de céréales, car ils donnent la priorité à l'Allemagne du Nord et son nouveau maître, la Prusse, qui vient de gagner la guerre austro-prussienne. Fin 1867, plusieurs grands négociants français en grains font le voyage de Pest. Ils déplorent l'absence de diplomate français pour les soutenir, comme le raconte une lettre du Duc de Grammont s'inquiétant de cette situation[81].

Le négociant américain Bunge, créé par Charles Bunge, futur « géant du grain »[82], s'implante aussi en Argentine à partir de 1884, pour y développer le blé. Les cargos de blé argentin arriveront à point nommé en 1917, lorsque la Révolution russe privera l'Europe des blés de Russie et d'Ukraine, qui conquiert alors son indépendance[83]. Plus tard, l'Argentine volera au secours de la Russie, menacée d'embargo par les États-Unis en 1980.

Le XXe siècle[modifier | modifier le code]

Après 1936, la régulation des excédents[modifier | modifier le code]

Le 15 août 1936, le Front populaire créé l'ONIC (Office national interprofessionnel des céréales), devenu en 2006 l'Office national interprofessionnel des grandes cultures. Dans une France encore à 50 % rurale, il faut garantir des revenus stables aux producteurs, par une politique dirigiste de prix. Placé sous contrôle ministériel, l'ONIC a le monopole de l'exportation et de l'importation du blé comme de la farine, afin de prévenir les colères paysannes.

Fermiers, coopératives, minotiers, intermédiaires et consommateurs doivent s'y concerter, pour trouver un « juste prix ». Faute d'accord, le gouvernement décide, les deux premières années, amenant un sénateur de droite à dénoncer « le plus beau monument d'organisation marxiste que l'on connaisse ». La deuxième Guerre mondiale puis la Libération rendent incontournable l'ONIC, qui fixera le prix du blé jusqu'en 1953[84]. L'ONIC accompagne ensuite la mise en place de la politique agricole commune, finalisée en 1962 par des mécanismes d'intervention sur le marché, qui coûtent cher mais offrent une visibilité aux grandes exploitations céréalières de Beauce et de Brie, modernes, compétitives et largement exportatrices, à une époque où la France veut des devises, car le système monétaire mondial explose dès 1971.

À partir de 1975, les États-Unis ont commencé à vendre du blé en grande quantité à la Russie, sous forme d'accords quinquennaux. Mais le 4 janvier 1980, le président américain Jimmy Carter a décidé de bloquer les livraisons, pour protester contre l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS. Les pays exportateurs européens l'ont soutenu, mais la dictature militaire du général argentin Jorge Rafael Videla, alors proche de Moscou vendit 7,5 millions de tonnes de blé à la Russie, à 25 % au-dessus du prix mondial, contribuant à la perte de crédibilité de Jimmy Carter et à l'élection quelques mois plus tard de Ronald Reagan[85]. Les États-Unis compensèrent la perte de ce marché par un programme d'aide aux agriculteurs qui a coûté 2,5 à 3 milliards de dollars[86].

En France, l'ONIC accompagne ensuite les réformes successives de la PAC: le paiement à la surface en 1992 et le gel des terres en 2003. Dès 1992, les prix garantis se rapprochent du niveau des cours mondiaux, la Politique agricole commune n'ayant plus besoin de financer l'écart. Une première réforme l'oriente vers des mesures agro-environnementales, par un soutien au développement rural. Un cadre financier prépare ensuite l'arrivée de dix nouveaux pays membres et doit rendre la PAC compatible avec les règles de l'OMC. En 2003, les « accords de Luxembourg », menés par le commissaire Franz Fischler, décident que les primes perçues ne sont plus liées au volume produit mais à une référence historique, la moyenne des primes perçues sur trois années de référence.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  2. Du blé au pain, par Michèle Mosiniak, Roger Prat et Jean-Claude Roland. Adaptation et mise en ligne Gilles Camus
  3. « Du blé au pain », sur www.snv.jussieu.fr (consulté le 19 janvier 2011).
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  6. a, b et c « Les ressources agricoles », sur www.dougga.rnrt.tn (consulté le 19 janvier 2011).
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  8. [PDF]« Recherches Agronomiques Sur Les Céréales En Tunisie : Situation Actuelle Et Perspectives », sur ressources.ciheam.org (consulté le 19 janvier 2011).
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  11. Beauce : grenier à blé de la France, par Claire König, enseignante sciences naturelles
  12. « Beauce : grenier à blé de la France », sur www.futura-sciences.com,‎ (consulté le 19 janvier 2011).
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  14. La Révolution industrielle du Moyen Âge, par Jean Gimpel, page 56
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  30. Civilisation matérielle, économie et capitalisme, par Fernand Braudel, page 454
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  34. a et b Civilisation matérielle, économie et capitalisme, par Fernand Braudel, page 463
  35. Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique, par l'Académie d'agriculture de France, page 175
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  39. Le pain amer de l’exil", L’émigration des Allemands révolutionnaires (1848-1850) vers les États-Unis, par Marianne Walle
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Claire Amouretti, Le Pain et l'huile dans la Grèce antique : De l'araire au moulin, Paris, Belles Lettres, coll. « Annales littéraires de l'Université de Besançon », , 322 p. (ISBN 2-251-60328-X)
  • (en) Norman E. Borlaug, Lost Crops of Africa : volume I Grains, Washington DC, National Academies Press, , 408 p. (ISBN 0-309-04990-3, lire en ligne)
  • M. & E. Théodore, Les céréales, histoire et travail, Liège, H. Desoer éditeur, , 384 p.
  • (en) Donald Read, The power of news: the history of Reuters, Oxford University Press, (ISBN 0-1982-1776-5). 
  • (en) Richard Schwarzlose, The Nation's Newsbrokers: : The formative years, from pretelegraph to 1865, vol. 1, Evanston, IL, Northwestern University Press, (ISBN 0-8101-0818-6). 
  • (en) Menahem Blondeim, News Over the Wires: The Telegraph and the Flow of Public Information in America, 1844-1897, Harvard University Press, (lire en ligne). 
  • (en) Archie Brown, The Rise and fall of communism, Vintage Books, (ISBN 978-1845950675). 

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Autres articles sur l’histoire des matières premières[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]