Combustible fossile

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Un morceau d’anthracite, composé essentiellement de carbone. Les éléments suivants y sont également présents : soufre, hydrogène, oxygène, azote.

On appelle combustible fossile tous les combustibles riches en carbone — essentiellement des hydrocarbures — issus de la méthanisation d'êtres vivants morts et enfouis dans le sol depuis plusieurs millions d’années, jusqu’à parfois 650 millions d’années[1]. Il s’agit du pétrole, du charbon, de la tourbe et du gaz naturel. Parmi ces derniers, le méthane (CH4) présente le rapport H/C le plus élevé, tandis que l’anthracite et certaines houilles sont composés de carbone presque pur. Ces sources d'énergie ne sont pas renouvelables car elles demandent des millions d'années pour se constituer et parce qu'elles sont utilisées beaucoup plus vite que le temps nécessaire pour recréer des réserves.

Impacts environnementaux[modifier | modifier le code]

Ce sont des énergies non renouvelables, au même titre que l’énergie nucléaire, car leur reconstitution naturelle demanderait des millions d’années pour être achevée[2]. Outre leur épuisement inéluctable, l’exploitation de ces combustibles est à l’origine de problèmes environnementaux relatifs aux dégâts écologiques liés à leur extraction (celle des sables bitumineux de l’Athabasca a été particulièrement médiatisée) et à leur utilisation (réchauffement climatique dont seraient en grande partie responsables les gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone massivement émis par leur combustion et le méthane émis lors de l'extraction et du transport du gaz naturel).

Selon la revue « Nature » (janvier 2015), un tiers des réserves de pétrole, la moitié de celles de gaz, et 80  % de celles de charbon devraient rester sous terre pour que soit respecté l’objectif de hausse des températures de °C d’ici à 2050[3].

De nombreuses conférences sur le climat ont eu lieu depuis des décennies pour essayer de contenir le réchauffement climatique. La plus médiatisée a été la Conférence de Paris de 2015 sur le climat (COP21). Malgré ces mises en garde répétées, le quasi-consensus scientifique sur l'impact de l'exploitation des combustibles fossiles sur le climat, sans parler des risques d'accident sur les plateformes en mer, les grandes entreprises des secteurs pétrolier et gazier, profitant d'une certaine absence de réglementation internationale sur l'exploitation en mer des hydrocarbures, ont organisé un sommet international à Pau entre le 5 et le 7 avril 2016, nommé MCE Deepwater Development (MCEDD) pour « réussir une baisse significative des coûts pour que l’industrie opérant en mer profonde puisse rester compétitive »[4].

Impacts sanitaires[modifier | modifier le code]

L'ONU rappelait en 2007 dans son rapport GEO-4[5] que la « combustion des carburants fossiles dans les centrales électriques et dans les véhicules est la principale source d’émissions de CO2, de SO2 et de NOx », précisant que « les liens entre l’exposition aux polluants atmosphériques et les problèmes sanitaires humains ne font aucun doute. Dans les premières années de notre décennie, on estime que la pollution de l’air a été à l’origine de 70 000 morts prématurées par an aux États-Unis et de 5 900 au Canada. On sait qu’elle favorise l’asthme, dont l’augmentation du nombre de cas est importante, en particulier chez les enfants. Le mercure émis lors de la combustion du charbon dans les centrales électriques entre dans la chaîne alimentaire, affectant les peuples indigènes du Nord de l'Amérique plus que tout autre Nord Américain (voir Chapitre 2 et la section de ce chapitre consacrée aux régions polaires). Ses effets sur la santé peuvent être très graves ».

Réserves[modifier | modifier le code]

Les réserves prouvées de combustibles fossiles dans le monde au 1er janvier 2013 sont les suivantes (entre parenthèses, les 3 premiers pays du monde en termes de réserves pour chaque catégorie) :

  • pétrole brut : 1 638 milliards de barils (Venezuela : 297,8 milliards de barils, Arabie saoudite : 265,4 milliards de barils et Canada : 173,1 milliards de barils)[6] ;
  • gaz naturel : 192,3 billions de mètres cubes (6 793 billions de cubic feet) (Russie : 47,8 billions de mètres cubes, Iran : 33,6 billions de mètres cubes et Qatar : 25,2 billions de mètres cubes)[7] ;
  • charbon (au 1er janvier 2009) : 858,3 milliards de tonnes (946,1 milliards de short tons) (États-Unis : 234,5 milliards de tonnes, Russie : 157,3 milliards de tonnes et Chine : 114,5 milliards de tonnes)[8].

Les ressources sont inégalement réparties à l'échelle planétaire. Pour le pétrole, les 3 pays les mieux dotés possèdent 45 % des réserves mondiales totales, et les 20 premiers pays plus de 95 %[6]. En ce qui concerne le gaz, les 20 premiers pays détiennent plus de 91 % des réserves prouvées[7]. Finalement, environ 60 % des réserves de charbon sont détenues par 3 pays[8].

Avenir[modifier | modifier le code]

Émissions globales de carbone fossile par type de combustible, de 1800 à 2000. Remarque: Le carbone ne représente que 27 % de la masse de CO2.

Aujourd'hui (année 2015), l’utilisation par l’humanité de quantités considérables de combustibles fossiles est à l’origine d’un déséquilibre important du cycle du carbone, ce qui provoque une augmentation de la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre et, par voie de conséquence, entraîne des changements climatiques.

Les réserves de combustibles fossiles de la planète se renouvellent bien plus lentement que leur vitesse de consommation actuelle, ce qui a laissé présager leur épuisement au cours des prochaines décennies. Pour donner un ordre de grandeur de la vitesse d’utilisation des combustibles fossiles, on considère que, au rythme actuel, l’humanité aura épuisé en moins de 200 ans les réserves accumulées pendant plusieurs centaines de millions d’années (pour fixer les idées, on prendra 200 millions d’années, sachant que le carbonifère dura environ 60 millions d’années[pourquoi ?]). On constate ainsi que l’humanité épuise les réserves de combustibles fossiles environ un million de fois plus vite que ce que la nature a mis pour les constituer.

La théorie du pic pétrolier (ou de pic de Hubbert), popularisée au début des années 2000, prédisait la survenue sous quelques années du moment où la production mondiale de pétrole plafonnerait et commencerait à décliner en raison d'un épuisement des ressources disponibles. Ces prédictions ont cependant été rendues caduques à la suite de la crise économique de 2008, qui a entraîné un affaiblissement de la demande mondiale. L'entrée en exploitation du pétrole de schiste aux États-Unis et dans d'autres pays à partir de 2010 a quant à elle contribué à étendre les réserves exploitables, repoussant d'autant la perspective d'un épuisement du pétrole. En 2014, l'Agence internationale de l'énergie prévoyait une hausse de 15 % de la production mondiale de pétrole d'ici 2040, en fonction d'arbitrages opérés par les pays de l'OPEP[9].

La part des énergies fossiles dans le mix énergétique mondial devrait passer de 82% en 2014 à 75% en 2040, au profit d'une progression des énergies renouvelables[10].

Classification[modifier | modifier le code]

Les combustibles fossiles représentaient en 2002 environ 80 % des 10 078 MTep (MégaTonne équivalent pétrole) d'énergie consommée dans le monde. Ils sont généralement classés en deux grandes catégories :

Conventionnels[modifier | modifier le code]

Les combustibles fossiles conventionnels représentent la quasi-totalité de la consommation actuelle d’énergies fossiles.

  • Le pétrole : environ 35 % de l’énergie consommée dans le monde en 2005[11]
  • Le charbon : environ 25 % de l’énergie consommée dans le monde en 2005[11]
  • Le gaz naturel : environ 20 % de l’énergie consommée dans le monde en 2005[11]
  • Le lignite : principalement consommé en Allemagne.

Non conventionnels[modifier | modifier le code]

Parmi les combustibles fossiles non conventionnels, on peut citer :

Fiscalité noire[modifier | modifier le code]

La Chine et quelques pays continuent à fortement soutenir le développement du charbon.

Le gaz de schiste a connu un fort développement aux États-Unis, mais pourrait connaitre un ralentissement en raison des impacts environnementaux des techniques de fracturation hydraulique et des fluides de fracturation nécessaires pour extraire ce gaz des couches de schiste compact.

En 2013 l'OCDE publie un premier inventaire de la « fiscalité noire », c'est-à-dire des soutiens aux énergies fossiles accordés par les 34 pays-membres de cette institution ; de même qu'un inventaire des « effets des taux légaux des taxes sur divers carburants et combustibles, lorsque ces taux sont exprimés par unité d’énergie ou par unité d’émission de dioxyde de carbone (CO2) »[12]. Les conclusions de cette étude et le communiqué qui l'accompagne encouragent les États-membres de l’OCDE à accélérer de développement de leur fiscalité écologique (« fiscalité verte ») pour notamment favoriser l’efficacité énergétique et la transition énergétique (afin de sortir de la dépendance aux énergies fossiles en particulier) en développant les énergies propres et sûres, tout en diminuant la pollution. En France, Pascal Saint-Amans (Directeur du Centre de politique et d'administration fiscales), rappelant que la fiscalité relève de la souveraineté des États, a encouragé le sénat à soutenir l'action politique en faveur de l'écotaxe en France, lors d’une audition par la commission des finances du Sénat (20 février 2013)[13].
L'OCDE dénonce à cette occasion la persistance et l'importance de cette « fiscalité noire » et encourage à la supprimer (les subventions à la production et consommation d’énergies fossiles ont représenté de 55 à 90 Md$ (de 41 à 67 Md€) par an de 2005 à 2011 pour les 34 États de l’OCDE, les 2/3 de ces subventions ayant été touchés par l’industrie pétrolière, le 1/3 restant ayant été équitable partagé par l'Industrie du charbon et la filière gaz naturel. L'OCDE note aussi une «distorsion inquiétante», de la fiscalité du diesel (carburant très polluant et affectant le plus la santé en termes de mortalité), surfavorisé par une moindre taxation (- 37 % par rapport à l’essence).
Le Danemark est félicité pour ses écotaxes. L'Allemagne est encouragée à poursuivre une réforme qui a déjà (en 2012) divisé par 2 les soutiens à la production de combustibles fossiles (2 Md€ en 2011, soit environ 0,1 % du PIB) tout en soutenant le développement du solaire et de l’éolien. la France fait encore figure de mauvaise élève avec de nombreuses exonérations (carburants de navires, taxis, pour certains usages agricole, pour des droits d'accises offertes producteurs de gaz naturel, l'industrie du raffinage, avec également des exonérations de TVA pour les équipements de forage en mer, des aide aux stations-service des régions isolées, des soutiens au diesel, etc.)[13]. En 2013, l’OCDE liste une trentaine de subventions encourageant les énergies fossiles et polluantes, sur la base de données fournies par la France (qui a oublié la détaxation du kérosène utilisé par les vols intérieurs)[13].

En septembre 2015, l'OCDE publie un nouvel Inventaire des mesures de soutien pour les combustibles fossiles : le soutien public (affiché dans les budgets nationaux) à la production et à la consommation de combustibles fossiles dans les pays de l’OCDE et les grandes économies émergentes y est évalué à environ 160-200 milliards USD par an, ce qui entrave l'effort mondial de réduction des émissions et de lutter contre le changement climatique. Près de 800 programmes de dépenses et d'allégements fiscaux ont été mis en œuvre dans les 34 pays de l’OCDE et six grandes économies émergentes du G20 (Brésil, Chine, Inde, Indonésie, Russie et Afrique du Sud), qui incitent encore à produire ou consommer des combustibles fossiles, notamment en réduisant les prix pour les consommateurs ainsi que les coûts d’exploration et d’exploitation pour les compagnies pétrolières et gazières. Au sein de l'OCDE, le montant de ces mesures a chuté d'un tiers en 6 ans (2008-2014) mais principalement grâce aux efforts du Mexique et de l'Inde, et en ne décroissant que depuis 2013 dans les pays émergents[14]. La France continue à soutenir des énergies fossiles en encourageant le diesel, et en subventionnant certains outils de cogénération, le secteur agricoles, les raffineries. Ce travail n'inclut pas les subventions existantes dans les pays pétroliers hors OCDE, ni les soutiens transnationaux comme les crédits à l'export de charbon ; il ne présente qu'une partie de la fiscalité noire dans le monde[14].

L'Agence internationale de l'énergie, avec une méthodologie différente et un champ plus large, évalue à 548 Mds $ (milliards de dollars) en 2013 les subventions à la consommation mondiale de combustibles fossiles, dont plus de la moitié pour les produits pétroliers ; c'est quatre fois le montant de celles attribuées aux énergies renouvelables et plus de quatre fois supérieures aux investissements dans l'amélioration de l'efficacité énergétique[15]. Les pays pétroliers (Moyen-Orient, Afrique du Nord) ne sont pas repris dans les statistiques de l'OCDE (ci-dessus), or ce sont ceux qui subventionnent le plus le carbone fossile : Iran 84 Mds $, Arabie Saoudite 62 Mds $, Russie 47 Mds $, Venezuela 38 Mds $, Egypte 30 Mds $, Indonésie 29 Mds $, etc ; L'AIE note aussi que les deux pays les plus peuplés ont aussi des subventions importantes : Inde 47 Mds $ et Chine 21 Mds $[16].

Des initiatives courageuses ont été prises récemment : le président indonésien Joko Widodo, à peine intronisé en 2014, a d'emblée imposé une hausse de 30 % du prix de l'essence, afin de récupérer le coût des subventions à l'énergie, estimé à plus de 20 milliards de dollars par an, pour dégager des marges suffisantes en vue de moderniser les infrastructures et investir dans l'éducation[17].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Consonéo, « Combustible fossile (définition) », sur energies-renouvelables.consoneo.com (consulté le 4 novembre 2014).
  2. Consonéo, « Qu’est-ce qu’une énergie fossile ? », sur www.connaissancedesenergies.org (consulté le 4 novembre 2014).
  3. Exploration du pétrole en Arctique : les défis du climat et de l’environnement, Les Échos, 22 janvier 2015.
  4. France Nature Environnement, « Sommet de Pau : l'obstination de l'industrie pétrolière doit cesser », 4 avril 2016, lire en ligne
  5. PNUE ; Rapport GEO4 2007, voir p 289/574 de la version française du rapport
  6. a et b EIA 2013, p. 37.
  7. a et b EIA 2013, p. 62-63.
  8. a et b EIA 2013, p. 85.
  9. « World Energy Outlook 2014 »
  10. « L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié son rapport 2014 sur les perspectives énergétiques mondiales - Ministère du Développement durable », sur www.developpement-durable.gouv.fr (consulté le 19 août 2015)
  11. a, b et c Yearbook - Bilan énergétique Enerdata.net
  12. OCDE, L’OCDE préconise le rapprochement de la politique énergétique, des finances publiques et des objectifs d’environnement, (communiqué daté du 28/01/13, consulté le 21 février 2013)
  13. a, b et c Stéphanie Senet (2013), L'OCDE appelle à réformer la fiscalité écologique, Journal de l'environnement ; Article daté du 20 février 2013, consulté : 20 février 2013
  14. a et b Le soutien aux combustibles fossiles est encore considérable et le temps du changement est arrivé, OCDE, 21 septembre 2015.
  15. (en)Energy Subsidies, AIE.
  16. (en)Fossil Fuel Subsidy Database, AIE.
  17. Le président indonésien à la recherche d'investisseurs, Les Échos, 26 novembre 2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Visualisation de l’énergie Visualisations d’ensemble de la production et l’évolution de la consommation des nations sur la base de statistiques de BP