Odessa

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Odessa (homonymie).
Odessa
Одеса
Blason de Odessa
Héraldique
Drapeau de Odessa
Drapeau
Odessa : L'escalier Potemkine.
Odessa : L'escalier Potemkine.
Administration
Pays Drapeau de l'Ukraine Ukraine
Subdivision Flag of Odesa Oblast.svg Oblast d'Odessa
Maire Alexeï Kostoussev
Code postal 65000 — 65480
Indicatif tél. +380 48
Démographie
Gentilé Odessite
Population 993 185 hab. (2016)
Densité 4 192 hab./km2
Géographie
Coordonnées 46° 28′ nord, 30° 44′ est
Altitude 40 m
Superficie 23 690 ha = 236,9 km2
Divers
Fondation 1794
Première mention 1795
Statut Ville depuis 1794
Localisation

Géolocalisation sur la carte : Oblast d'Odessa

Voir sur la carte administrative de l'Oblast d'Odessa
City locator 14.svg
Odessa

Géolocalisation sur la carte : Ukraine

Voir la carte administrative d'Ukraine
City locator 14.svg
Odessa

Géolocalisation sur la carte : Ukraine

Voir la carte topographique d'Ukraine
City locator 14.svg
Odessa
Liens
Site web www.odessa.ua
Sources
Liste des villes d'Ukraine

Odessa (ukrainien : Одеса ; russe : Одесса) est une ville portuaire d'Ukraine, sur la mer Noire, et la capitale administrative de l'oblast d'Odessa. Sa population s'élevait à 993 185 habitants en 2016[1]. Elle a été fondée en 1794 ex nihilo par Catherine II et de fait a attiré dès le début un nombre considérable d'immigrés de tout l'Empire et des pays avoisinants.

De 1819 à 1859, Odessa était un port franc. Sous la période soviétique, c'était une base navale et depuis le , le port d'Odessa est déclaré port franc et zone franche pour vingt-cinq ans.

Odessa possède un important centre portuaire commercial qui fournit en marchandises et matières premières une bonne partie du pays. En fait, Odessa comprend deux ports : Odessa et Youjne (ce qui signifie « au Sud »), un important terminal pétrolier dans la banlieue. Illitchivsk, autre port important, se trouve dans la même oblast, au sud-ouest d'Odessa. Ensemble, ils forment un nœud de communication ferroviaire important. Les industries pétrolières et chimiques d'Odessa sont reliées par des oléoducs stratégiques à la Russie et à l'Union européenne.

La ville est un des pôles économiques les plus importants d'Ukraine, doté d'industries agroalimentaire, textile et manufacturière. De plus, Odessa abrite un nombre considérable de marchés en plein air qui fournissent tout le pays en biens de consommation. Ses taux de croissance annuels dépassent souvent les 10 %.

Avec près d'un million d'habitants, Odessa est la 3e plus grande ville d'Ukraine et l'une des plus riches du pays. Au XIXe siècle, c'était la 4e ville de l'Empire russe, après Moscou, Saint-Pétersbourg et Varsovie. Traditionnellement, son architecture est plus méditerranéenne que russe, très influencée par les styles français et italien. Odessa a toujours possédé un esprit de liberté et d'ironie, en raison de sa situation géographique d'ouverture aux étrangers. Elle est souvent dénommée la « Marseille d'Ukraine ».

La ville est une destination touristique de premier ordre, avec de nombreux cafés et discothèques, des kilomètres de plages de sable fin et une certaine atmosphère méridionale.

Géographie[modifier | modifier le code]

Localisation[modifier | modifier le code]

Odessa est bâtie au bord de la mer Noire, à une trentaine de kilomètres au nord-est du liman du Dniestr, sur des collines en terrasses donnant sur le golfe d'Odessa. Elle est située à 440 km au sud de Kiev.

Communes limitrophes[modifier | modifier le code]

Communes limitrophes de Odessa
Nerubais'ke Krasnosilka Usatove
Velykyi Dal'nyk Odessa
Velykodolyns'ke Illitchivsk

Climat[modifier | modifier le code]

Une rue d'Odessa en hiver

Le climat d'Odessa est doux et sec avec des températures moyennes en janvier de −2 °C et 22 °C en juillet. Il est de type continental humide ou Dfb selon la classification de Koppen. Odessa reçoit seulement 440 mm de précipitations annuelles. La neige recouvre le sol en moyenne 24 jours par an.

  • Température record la plus froide : −28,0 °C (février 1929)
  • Température record la plus chaude : 39,3 °C (juillet 2007)
  • Nombre moyen de jours avec de la neige dans l'année : 40
  • Nombre moyen de jours de pluie dans l'année : 113
  • Nombre moyen de jours avec de l'orage dans l'année : 24
  • Nombre moyen de jours avec du blizzard dans l'année : 4
Relevé météorologique d'Odessa
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) −3,6 −3,1 0,4 6,2 11,7 15,6 17,4 17,2 13,1 8,1 3 −1 7,1
Température moyenne (°C) −1,1 −0,5 2,9 9,2 15,2 19,6 21,7 21,4 16,8 11,2 5,6 1,4 10,3
Température maximale moyenne (°C) 1,6 2,4 6,1 12,8 19 23,6 26 25,7 20,9 14,7 8,4 4 13,8
Précipitations (mm) 31 31 31 34 34 49 49 34 37 30 45 35 440
Source : Le climat à Odessa (en °C et mm, moyennes mensuelles) Pogoda.ru.net


Urbanisme[modifier | modifier le code]

Morphologie urbaine[modifier | modifier le code]

Quartiers[modifier | modifier le code]

  • Moldavanka : ancien quartier (du roumain Moldoveanca), nom qui signifie « Moldave (au féminin) » : C'est le quartier de la vie bohème, du « milieu », des nouveaux et anciens riches, où vivaient des populations juives et roumaines, décrit par l'écrivain Isaac Babel dans ses Contes d'Odessa.

Transports[modifier | modifier le code]

Gare ferroviaire
Gare ferroviaire 
Gare routière 
  • Odessa est très bien reliée aux plus grandes villes du pays par des liaisons en autocar.
Aéroport international d'Odessa 
Port maritime
  • Odessa est reliée à plusieurs villes de la mer Noire et de la Méditerranée par liaisons maritimes. Odessa est une étape importante des croisières touristiques en mer Noire.
  • Le port maritime est accessible depuis les fameux escaliers Potemkine, et est un lieu de promenade fort apprécié des habitants d'Odessa.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Odessa fut officiellement fondée en 1794 comme forteresse russe sur les territoires annexés à l'Empire ottoman après le traité d'Iași en 1792. La ville fut nommée d'après le nom d'Ulysse, en grec Odysseos, féminisé selon le vœu de Catherine II en « Odessa »[2]. En effet les villes de Nouvelle Russie à cette époque portaient fréquemment des noms grecs selon la volonté de l'impératrice.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Article connexe : Yedisan.

Dans l'Antiquité, la région d'Odessa était peuplée par les Daces et les Scythes, et colonisée par les Grecs comme toute cette partie des côtes de la mer Noire. Des peuples migrateurs sont arrivés à partir du IIIe siècle (Huns, Avars, Gépides, Petchenègues, Sarmates, Goths, Slaves). Odessa a été temporairement sous l'influence polonaise et lituanienne. Après la grande invasion de 1241, la région devient un territoire des Tatars (khanat du Boug). Ces Tatars furent combattus durant des siècles par la Moldavie et la Pologne. Les Ottomans inclurent la région et les Tatars islamisés dans leur Empire vers le XVIe siècle.

Conflit russo-ottoman[modifier | modifier le code]

Durant la Guerre russo-ottomane, de 1787 à 1791, les Cosaques conquirent les positions tatares de Khadjibeï (Hacıbey) et la forteresse ottomane d'Eni-Dounia (Yeni Dünya), à proximité de l'emplacement actuel. L'amiral napolitain Ribas, au service des Russes, aida à mener cette conquête. Il choisit son emplacement dans une baie facile d'accès et l'on fit construire une centaine de maisons en pierre.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Portrait du duc de Richelieu.

De 1803 à 1814, Armand du Plessis, duc de Richelieu, fut gouverneur d'Odessa et de Nouvelle Russie. Ayant fui la Révolution française, il servit dans l'armée russe contre les Ottomans. On lui attribue le tracé de la ville et l'organisation de ses aménagements et de ses infrastructures. Il organisa une quarantaine courageuse pendant une épidémie de choléra qui contribua à sa renommée. Il est considéré comme l'un des pères fondateurs de la ville et avait l'amitié d'Alexandre Ier. Il fut ensuite premier ministre de France, au retour de Louis XVIII[2]. Les nouveaux colons venus de Russie intérieure, de Galicie, de Moldavie, de Valachie, de Petite Russie (partie de l'actuelle Ukraine) étaient attirés par l'exemption de taxes les années suivant leur installation. Le duc fit agrandir le port par lequel s'effectuait l'exportation de blé vers Marseille. C'est à son initiative, mais après son départ, que fut fondé le lycée Richelieu, établissement d'élite de la Russie impériale, en 1817. Le comte de Langeron, émigré français est à l'époque maire de la ville. Il crée Le Messager de la Russie méridionale, journal en français lu par l'élite de l'époque.

De 1823 à 1824, le poète russe Alexandre Pouchkine y fut envoyé en exil. Dans ses lettres, il écrivit qu'Odessa était une ville où « On peut sentir l'Europe. On y parle français et il y a des journaux et des magazines européens à lire ».

Au cours de la guerre de Crimée, de 1853 à 1856, Odessa fut bombardée par les marines britannique, ottomane et française. L'aspirant de 2e classe Henri Rieunier (1833-1918), qui fit la guerre d'Orient et le siège de Sébastopol en entier, raconte dans ses écrits exceptionnels, au jour le jour, sa participation à bord du Charlemagne au bombardement d'Odessa, comme suit :

« ... Le samedi , l'escadre fait feu contre les batteries du port de guerre d'Odessa et incendie les bâtiments de ce port. L'Aréthuse va tirer quelques bordées sur la batterie située au sud de la ville... Le Descartes, grand vapeur de 540 CV armé de 20 canons, s'embrase, deux bâtiments britanniques ont fait de même. Les vapeurs tirent tous à obus à grande distance de 8 à 12 encablures. La canonnade continue entre la terre et les bâtiments à vapeur. A midi 49 minutes, le fort qui se trouve sur le môle impérial prend feu et saute, à 1 heure, la canonnade cesse un peu, à 3 heures, recommence, à 3 h 35 minutes, un fort au fond de la rade prend feu... Les bâtiments qui se trouvent le long du môle impérial brûlent. On en voit plusieurs qui s'inclinent, et coulent. Le feu dure toute la nuit. Le Sans Pareil et deux autres corvettes britanniques se sont tenues à l'écart et signalent que tous les obus tombent dans la bonne direction. Au commencement du feu, trois navires marchands et quelques Britanniques s'échappent du port de la quarantaine. Le fort du môle impérial leur tire dessus. Le dimanche 23 avril, le feu brûle encore à terre... La citadelle et le port d'Odessa bombardés, la flotte franco-britannique eut soin d'épargner la ville... »

L'augmentation du commerce entraîna la croissance d'Odessa, qui devint le port d'exportation de céréales le plus important de l'Empire Russe. La ville fut reliée par rail à Kiev et Kharkov ainsi qu'à Iași en actuelle Roumanie, en 1866.

La famille Tolstoï possédait un hôtel particulier en ville qui peut encore être visité.

La plupart des maisons urbaines du XIXe siècle sont construites en pierre calcaire extraite des carrières des environs. Des carrières abandonnées furent utilisées et agrandies par les contrebandiers, ce qui créa un labyrinthe de tunnels sous Odessa, appelés « catacombes ». Aujourd'hui, elles attirent les touristes, mais ces visites peuvent être dangereuses, car il n'existe pas de carte exacte de ce réseau.

Au cours du XIXe siècle, une grande migration venant de Pologne en a fait la ville la plus juive des grandes villes de l'Empire russe.

La Révolution russe de 1905[modifier | modifier le code]

Avant la Première Guerre mondiale se développe une activité cinématographique à Odessa. Ainsi, le Studio d'Odessa est fondé en 1907 et devient par la suite un des plus importants du cinéma muet russe et du cinéma ukrainien.

En 1905, Odessa fut le théâtre d'événements révolutionnaires et d'un soulèvement d'ouvriers soutenus par l'équipage du cuirassé Potemkine pendant la Révolution russe de 1905. Cette mutinerie donna lieu au Le Cuirassé Potemkine, un film tourné en 1925 par Sergueï Eisenstein.

La Révolution russe de 1917[modifier | modifier le code]

Plan d'Odessa en 1919 : le nord est à gauche.

Dans la foulée de la Révolution de Février 1917, se constitue le une Rada (un conseil) autonome, présidée par l'historien Mykhaïlo Hrouchevsky. La Rada centrale manifeste son opposition au coup d'état bolchévik en Octobre en proclamant le 19 novembre la République populaire ukrainienne, non séparée de la République russe. Les bolcheviks refusent de reconnaître la Rada centrale et fondent une série de républiques : la République populaire ukrainienne des soviets (dans l’est), la République soviétique de Donetsk-Krivoï-Rog, la République socialiste soviétique de Tauride, devenue ensuite la république socialiste soviétique de Crimée et, à Odessa, la République soviétique d’Odessa. Néanmoins en 1917, le parti bolchevik reste assez peu implanté en Ukraine, exception faite dans les régions industrielles de l'Est et du Sud. La République soviétique d’Odessa y déchaîne la terreur rouge : quatre cents officiers sont exécutés à bord du croiseur Almaz[3], transformés en bloc de glace sur le pont à force de jets d'eau, ou jetés vivants dans la chaudière ; en ville, quatre cent familles accusées d'être « bourgeoises » sont massacrées par une foule en colère rassemblée par les nouvelles autorités[4]. Ensuite, la République soviétique d’Odessa prend le contrôle du Yedisan et attaque la Bessarabie, contrôlée par la République démocratique moldave qui appelle à l’aide les troupes franco-roumaines[5].

Mais, ne parvenant pas à maintenir son contrôle au-delà des environs immédiats de la ville, la République soviétique d’Odessa est contrainte de composer avec la Rada centrale, alors même que celle-ci poursuit parallèlement avec la Russie bolchévique des négociations préliminaires au traité de Brest-Litovsk[6]. Ce traité, signé entre les Puissances centrales et la Russie bolchévique livre à l’Empire allemand les pays baltes, la Biélorussie et la République populaire ukrainienne que Lénine ne parvenait pas à contrôler. De ce fait, le gouvernement, l’état-major et une partie des troupes de la République soviétique d’Odessa quittent la ville, livrée aux l’Allemands, à bord de l’Almaz et par train sur Nikolaïev et Sébastopol, et de là, à Ieïsk, sur la rive orientale de la Mer d'Azov, non loin de Rostov-sur-le-Don[7]. Pour finir, les Républiques bolcheviques d’Ukraine, dont la République soviétique d’Odessa, s’unirent les 17- pour former la République soviétique ukrainienne avec, initialement, Kharkov pour capitale.

En 1919, la ville est occupée par les forces navales françaises de l’amiral Amet venues y soutenir les armées blanches, mais les marins communistes se mutinent et l’intervention est un échec. La guerre civile y reprend de plus belle entre, chacun pour soi, les Ukrainiens nationalistes, les Russes « blancs » tzaristes, les Ukrainiens anarchistes, et l’« Armée rouge » bolchévique qui, en 1920, prend définitivement le contrôle d’Odessa, désormais intégrée à la République socialiste soviétique d'Ukraine, membre en 1922 de l’URSS[8].

L’entre-deux guerres[modifier | modifier le code]

Le Cuirassé Potemkine, film réalisé à Odessa par Eisenstein en 1925, comporte la fameuse scène où des centaines de personnes sont tuées sur le monumental escalier de pierre, appelé à l’époque « escalier Richelieu » et aujourd’hui connu sous le nom d’escalier du Potemkine. En haut des marches qui descendent vers le port se dresse la statue du duc de Richelieu. Le massacre réel se déroula dans les rues proches, pas sur les marches elles-mêmes, mais le film a transformé cet escalier en attraction touristique.

Durant les années 1920 et les années 1930, la population d’Odessa souffrit des famines soviétiques : famine de 1921-22 et surtout Holodomor dont la responsabilité incombe au régime communiste stalinien d'après les survivants et la plupart des historiens[9],[10].

Les Massacres d’Odessa[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Siège d'Odessa et Massacres d'Odessa.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, de 1941 à 1944, Odessa fut occupée par les forces armées roumaines alors alliées de l’Allemagne nazie et souffrit d’importants dommages. Avant guerre, la plus importante communauté juive d’Union soviétique, soit 133 000 personnes d’après le recensement de 1926 y vivait[11]. Après l’attaque des forces de l’Axe contre l’URSS le , environ 45 % de cette communauté put s’enfuir vers l’intérieur de l’Union soviétique, mais quatre mois plus tard, plus de 75 000 Juifs se trouvaient encore en ville lorsqu’elle fut occupée. Le , six jours après l’entrée des troupes roumaines dans la ville, un attentat tua le général Glogojanu, commandant d’Odessa, ainsi qu’une grande partie de son état-major, faisant une quarantaine de morts[12]. Le soir même, le gouvernement roumain accusa l’ensemble des Juifs odessites d’en être les instigateurs et ordonna des « représailles implacables ». Vingt minutes plus tard, le nouveau commandant d’Odessa, le général Trestioreanu annonça qu’il allait pendre les Juifs et les communistes sur les places publiques. Pendant la nuit, 5 000 personnes furent exécutées. Le 23 octobre, 19 000 Juifs furent exécutés et leurs cadavres arrosés d’essence et brûlés[13].

Le maréchal Antonescu, dictateur et premier-ministre roumain 1941-1944[14], donna l'ordre de tuer 200 communistes pour chaque officier victime de la bombe et 100 pour chaque soldat. À ce titre, tous les communistes et un membre de chaque famille juive durent être emprisonnés comme otages. Antonescu ordonna encore des représailles : il demanda que les otages encore en vie « connaissent les mêmes souffrances que les officiers morts dans l’explosion ». Le 24 octobre au soir, les Juifs emprisonnés furent transportés en dehors de la ville et fusillés devant des fossés anti-chars par groupe de quarante ou cinquante. L’opération se révélant trop lente, les 5 000 juifs restants furent enfermés dans trois entrepôts et mitraillés. Puis les entrepôts furent incendiés le 25 octobre, jour de l’enterrement des militaires victimes de l’attentat du 22 octobre. La plupart des hommes juifs d’Odessa furent ainsi massacrés[15].

Le 1er novembre, la ville ne comptait plus que 33 885 Juifs, essentiellement des femmes et des enfants qui vivaient terrorisés dans le ghetto de Moldoveanca[16]. Les Juifs d’Odessa et de sa région furent ensuite déportés vers la Podolie sous occupation roumaine, dans les anciens kolkhozes de Bogdanovka, Domanevka et Ahmetetchka. Ils furent logés dans des conditions déplorables, entassés dans des ruines, des étables ou des porcheries. Ils souffrirent de nombreuses maladies dont la dysenterie et le typhus, et la Croix-Rouge roumaine de Viorica Agarici, ainsi que l’association Aliya d’Eugen Meissner et Samuel Leibovici basée à Bucarest, ne furent autorisées à leur venir en aide qu’au compte-gouttes et contre d’importantes taxes ou pots-de-vin. Un grand nombre furent massacrés à partir du mois de décembre[17]. Ceux qui n’avaient pas encore été déportés le furent par train à partir de janvier 1942. Le , il ne restait plus à Odessa que 703 Juifs[18].

Selon les rapports officiels, les militaires roumains, aidés par les autorités collaborationnistes locales, avaientt abattu entre le et le , jusqu’à 25 000 Juifs et en avaient déporté plus de 35 000, dont une bonne part trouvèrent ensuite la mort[19]. Le rapport fait aussi état de 5 000 Juifs tués à Bogdanovka, et plusieurs milliers d’autres à Golta et dans la région voisine. La Jewish Virtual Library retient le nombre de 34 000 victimes entre le 22 et le 25 octobre, et le musée américain sur la Shoah soutient que « les forces roumaines et allemandes ont tué presque 100 000 Juifs à Odessa pendant l’occupation de la cité ». D’autres sources estiment le nombre de personnes tuées dans la Podolie sous occupation roumaine à 115 000 dont 100 000 Juifs (en majorité odessites) et 15 000 Tziganes[20].

Odessa fut finalement libérée par l’Armée rouge en lors de l’offensive Dniepr-Carpates. Ce fut l’une des quatre premières villes à recevoir le titre de ville héros en 1945[21],[22].

Odessa depuis 1945[modifier | modifier le code]

Rue d’Odessa en automne

Après la guerre, la ville en partie ruinée et dépeuplée, souffre à nouveau d’une famine, celle de 1946-47, et la terreur rouge stalinienne n'y cesse qu'à partir de 1956, après la déstalinisation. La situation une fois normalisée, la ville se développa énormément pendant les années 1960 et 1970.

Au cours des années 1970 puis 1990, la majorité des Juifs odessites, revenus des autres régions d’URSS où ils avaient pu échapper à la Shoah, émigrèrent vers Israël, vers les États-Unis et vers l’Europe de l’Ouest. L’émigration vers Moscou et Léningrad fut aussi très importante, formant de vraies communautés. Regroupés à New York, d’autres Juifs odessites ont valu à leur quartier le surnom de « Little Odessa ». Après leur départ, la population recensée de la ville se déclara aux deux-tiers ukrainienne, et russe pour un tiers[23].

En mai 2014, la ville est en proie à de graves troubles entre Ukrainiens partisans du gouvernement central intérimaire de Kiev, et pro-russes partisans de la « Nouvelle-Russie »; une quarantaine de morts pro-russes, brûlés vifs à l’intérieur de la Maison des Syndicats, abattus ou en sautant des fenêtres, la nuit du [24],[25],[26].

Politique et administration[modifier | modifier le code]

Liste des maires[modifier | modifier le code]

Jumelages[modifier | modifier le code]

La ville d'Odessa est jumelée avec [27]:

La ville d'Odessa entretient des partenariats avec [28]:

Population et société[modifier | modifier le code]

Nationalités[modifier | modifier le code]

Statue de Pouchkine à Odessa. Pouchkine qui a passé treize mois en ville en 1823-1824.

Les habitants de nationalité (ethnie) ukrainienne constituent la majorité (62 %) des habitants d'Odessa, qui compte également une forte minorité russe (29 %). La ville abrite également un certain nombre de minorités : Albanais, Arméniens, Azéris, Tatars de Crimée, Bulgares, Géorgiens, des Grecs, Juifs, Moldaves, Turcs et autres.

Démographie[modifier | modifier le code]

En 2012, le taux de natalité était de 10,0 pour mille avec 10 170 naissances (contre un taux de natalité de 9,8 pour mille en 2011 pour 9 875 naissances) ; le taux de mortalité était de 11,9 pour mille avec 12 032 décès (contre un taux de mortalité de 12,2 pour mille en 2011 avec 12 293 décès). Le solde naturel était donc négatif (-1,9 pour mille). En 2015 la ville est passée sous la barre du million d'habitant et a enregistrr 10 111 naissances (pour un taux de natalité de 10,2 pour mille) contre 12 992 décès (avec un taux de mortalité de 13,3 pour mille).

Recensements (*) ou estimations de la population[29] :

Évolution démographique
1799 1814 1850 1873 1897* 1910 1923*
4 117 20 000 100 000 180 922 403 815 506 000 314 840
1926* 1939* 1959* 1970* 1979* 1989* 2001*
411 416 601 651 667 182 891 546 1 046 133 1 115 371 1 029 049
2009 2010 2011 2012 2013 2015 2016
1 008 627 1 010 326 1 009 145 1 008 162 1 014 852 998 852 993 185

Structure par âge[modifier | modifier le code]

0-14 ans : 13,5 % en augmentation (hommes 68 777/femmes 65 303)
15-64 ans : 69,6 % en diminution (hommes 335 759/femmes 335 759)
65 ans et plus : 16,9 % en augmentation (hommes 60 133/femmes 107 231) (2016 officiel)

Éducation[modifier | modifier le code]

Vue de l'école des cadets au début du XXe siècle

Personnalités liées à Odessa[modifier | modifier le code]

Voir les catégories : Naissance à Odessa et Décès à Odessa.
Vue de l'église luthérienne allemande d'Odessa vers 1910

Depuis les années 1970, Odessa est reconnue comme capitale de l'humour soviétique. Depuis, des festivals d'humour ont lieu dans la ville.

Économie[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, Odessa est une ville de 1,1 million d'habitants, sans tenir compte des migrants non enregistrés. Les industries de la ville sont la construction navale, le raffinage, la chimie, la métallurgie et l'agroalimentaire. Odessa est aussi une base navale et le port d'attache d'une flotte de pêche. Les mouvements socio-économiques récents ont conduit à l'établissement du « 7e Kilomètre » – le plus grand marché européen non couvert de gros situé dans la banlieue. Les gens de toute l'Ukraine y viennent pour acheter et revendre des biens de consommation – principalement fabriqués en Chine.

Le port d'Odessa est le principal site d'exportation des blés ukrainiens. L'importance de l'« origine mer Noire » dans le marché mondial est de premier plan.

Culture locale et patrimoine[modifier | modifier le code]

Vue de l'opéra d'Odessa.

Odessa est célèbre pour son opéra et pour son Escalier du Potemkine immortalisé par Sergueï Eisenstein qui y tourna une scène clef de son film Le Cuirassé Potemkine en 1925. C'est aussi à Odessa que le Studio d'Odessa, un des principaux studios ukrainiens, s'est développé à partir de 1907. La statue du duc de Richelieu est l'un des symboles de la ville.

Théâtres et musique[modifier | modifier le code]

Odessa dispose de nombreux théâtres de qualité dont:

  • Théâtre académique d'Odessa d'opéra et de ballet, construit en 1884-1887
  • Théâtre académique d'Odessa de comédie musicale Vodiany
  • Théâtre académique dramatique russe Ivanov
  • Théâtre académique musical et dramatique ukrainien Vassilko
  • Orchestre philharmonique régional d'Odessa
  • Théâtre national d'Odessa des Jeunes Spectateurs Ostrovski
  • Théâtre régional d'Odessa de marionnettes
  • Cirque national d'Odessa
  • Théâtre municipal d'Odessa de musique spirituelle Salik
  • Maison des clowns d'Odessa
  • Théâtre Sur la Tchaïna

Musées[modifier | modifier le code]

Façade du musée Pouchkine
Façade du musée d'art d'Odessa

Les Odessites peuvent profiter d'une vingtaine de musées :

  • Musée archéologique d'Odessa, 4 rue Lanjeronovskaïa (de Langeron).
  • Musée d'art occidental et oriental, 9 rue Pouchkine.
  • Musée littéraire d'Odessa, 2 rue Lanjeronovskaïa.
  • Musée de la Flotte, 6 rue Lanjeronovskaïa.
  • Musée populaire de l'histoire de la milice de la région d'Odessa, 14 rue Evreïskaïa (des Juifs), tél. : +38-048-7794051
  • Port maritime d'Odessa F. de Wollant, 2 montée Lanjeronovski.
  • Musée d'art d'Odessa, 5a rue Sofievskaïa (de Sainte-Sophie).
  • Musée d'art contemporain, 8 boulevard Frantsouzski (des Français).
  • Musée Pouchkine, 13 rue Pouchkine.
  • Musée de numismatique, 33 rue Gretcheskaïa (des Grecs).
  • Musée d'histoire, 4 rue Gavannaïa (du Port).
  • Musée «Philiki Eteria» (Φιλική Εταιρεία) du fond grec de la culture, 20 Krasny pereoulok (ruelle Rouge).
  • Musée « Vieille Odessa»
  • Défense héroïque d'Odessa «411e batterie de la défense côtière», 150 rue Datcha Kovalevskovo.
  • Musée d'histoire militaire (avec un panoramique des ouvrages de défense de la ville), 4 rue Pirogovskaïa.
  • Musée municipal de la collection Blechtchounov, 19 rue Polskaïa (des Polonais).
  • Musée des Personnages de cire «Chez Baba Outa», 4 rue Richelievskaïa (Richelieu).
  • Ceinture de Gloire (Seconde Guerre mondiale).
  • Société littéraire, musée Paoustovski, 6 rue Tchernomorskaïa (de la Mer Noire).
  • Musée d'histoire des juifs d'Odessa «Migdal-Chorachim», 66 rue Nejinskaïa.
  • Musée Roerich, 47 rue Bolchaïa Arnaoutskaïa, bur. 2.
  • Musée anatomique de l'université nationale de médecine d'Odessa, 2 Valikhovski pereoulok.
  • Musée paléontologique de l'université nationale d'Odessa, 2 rue Dvorianskaïa (de la Noblesse).
  • Musée du Son « Pintchouk »
  • Musée zoologique, 2 Champanski pereoulok (de Champagne).
  • Musée du Football, 1/20 rue Marazlievskaïa (stade «Tchernomriets»).
  • Musée de l'histoire du parti communiste d'Odessa, 1/2 rue Vodoprovodnaïa.

Festivals[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (uk) « Office des statistiques d'Ukraine : population au 1er janvier 2010, 2011 et 2012 », sur database.ukrcensus.gov.ua« Office des statistiques d'Ukraine : population au 1er janvier 2011, 2012 et 2013 », sur database.ukrcensus.gov.ua
  2. a et b Emmanuel de Waresquiel, Le Duc de Richelieu, Paris, Perrin, 2009.
  3. (ru) S. Volkoff (ru), Трагедия русского офицерства: Офицерский корпус России в революции, Гражданской войне и на чужбине, p. 60, Centrepolygraphe (ru), Moscou, 2002 (ISBN 5-227-01562-7).
  4. (ru) М. А. Elizarov, Левый экстремизм на флоте в период революции 1917 года и гражданской войны: февраль 1917 — март 1921 гг. - thèse de doctorat, Faculté d’histoire de l’université d’État, Saint-Pétersbourg, 2007.
  5. Ion Nistor, Istoria Basarabiei, éd. Humanitas, Bucarest 1991, (ISBN 973-28-0283-9), p. 278-285.
  6. Elizarov, Op. cit.
  7. V. P. Malakhoff & B. A. Stépanenko, ‘’Одесса, 1900 - 1920 / Люди, События, Факты ‘’p. 311-361, Optimum, Odessa, 2004, ISBN 966-8072-85-5 ; Jean-Jacques Marie, La guerre civile russe (1917-1922) : armées paysannes, rouges, blanches et vertes, Paris, Editions Autrement, coll. « Mémoires » (no 112), , 276 p. (ISBN 978-2-746-70624-8, OCLC 58537386) ; Sergueï P. Melgounov, ‘’La terreur rouge en Russie 1918-1924’’, Payot 1927 ; Anthony Babel, ‘’La Bessarabie’’, éd. Felix Alcan, Genève et Paris, 1932 ; Nicolas Werth, Histoire de l'Union soviétique : de l'empire russe à la Communauté des Etats Indépendants, 1900-1991, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Thémis, Histoire », , 558 p. (ISBN 978-2-130-44726-9, OCLC 833556468) et Charles Upson Clark - Anarchy in Bessarabia.
  8. Jean-Jacques Marie, ‘’La Guerre civile russe, 1917-1922 : armées paysannes, rouges, blanches et vertes’’, Paris, éd. Autrement, coll. « Mémoires », 2005, 276 p., (ISBN 2746706245).
  9. (uk)(en) http://www.holodomor.org/
  10. (fr) Benoît Hopquin, « Le Tabou de l'"Holodomor" ukrainien », Le Monde, 25 novembre 2006. [1]
  11. Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, t. 1, Foliohistoire, 2006, p. 518.
  12. Raul Hilberg, t. 1, p. 545.
  13. Raul Hilberg, t. 1, p. 546.
  14. Il fut déclaré criminel de guerre par le Tribunal roumain du Peuple et exécuté en 1946, avec le professeur Grigore Alexianu, gouverneur de Transnistrie et d’Odessa 1941-1943.
  15. Raul Hilberg, t. 1, p. 547.
  16. Raul Hilberg, t. 1, p. 549.
  17. Raul Hilberg, t. 1, p. 676.
  18. Raul Hilberg, t. 1, p. 678.
  19. Tanya Richardson, Kaleidoscopic Odessa: History and Place in Contemporary Ukraine, University of Toronto Press, 2008, p. 33.
  20. Gyemant Ladislau, The Romanian Jewry - Historical Destiny, Tolerance, Integration, Marginalisation sur [2]
  21. (ro) Rotaru, J., Burcin, O., Zodian, V., Moise, L., Mareşalul Antonescu la Odessa, Editura Paideia, 1999.
  22. (ro) C. Giurescu, România în al doilea război mondial
  23. (ru) Recensements de 1959, 1970 et 1979 sur www.webgeo.ru
  24. A Odessa un cortège de supporters à l'origine du drame sur www.liberation.fr (consulté le 10 octobre 2015)
  25. « Pourquoi le massacre d’Odessa a-t-il si peu d’écho dans les médias ? », Marianne,‎ (lire en ligne)
  26. Benoît Vitkine (Odessa, envoyé spécial), « Odessa, un an après le drame du 2 mai », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  27. Sister cities
  28. Partner cities
  29. (ru) Recensements de 1959, 1970 et 1979 sur www.webgeo.ru(en) City Population [3](en) Population Statistics [4](uk) Office des statistiques d'Ukraine : Статистичний збірник «Чисельність наявного населення України на 1 січня 2010 року» [Manuel statistique « Nombre d'habitants de l'Ukraine au  »]. [5] ; Статистичний збірник «Чисельність наявного населення України на 1 січня 2011 року» [Manuel statistique « Nombre d'habitants de l'Ukraine au  »]. [6] ; Статистичний збірник «Чисельність наявного населення України на 1 січня 2012 року» [Manuel statistique « Nombre d'habitants de l'Ukraine au  »] [7]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Albert van Dievoet, « Monographies industrielles - Les tramways d'Odessa », dans, L'Expansion belge, revue mensuelle illustrée, Bruxelles, octobre 1908, no IX, pp. 379-383.
  • Stella Ghervas, « Odessa et les confins de l'Europe : un éclairage historique », in Stella Ghervas ; et François Rosset (dir.), Lieux d'Europe. Mythes et limites, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l'homme, 2008. (ISBN 978-2-7351-1182-4)
  • Stella Ghervas, Réinventer la tradition. Alexandre Stourdza et l'Europe de la Sainte-Alliance, Paris, Honoré Champion, 2008. (ISBN 978-2-7453-1669-1)
  • Textes présentés par Sandrine Treiner, Le Goût d'Odessa, 2005. Mercure de France
  • Michel Gurfinkel, Le Roman d'Odessa, Éditions du Rocher, 2005. (ISBN 2-268-05309-1)
  • Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, t. 1, Foliohistoire, 2006.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]