Yves Farge

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Yves Farge
Image illustrative de l'article Yves Farge
Fonctions
Ministre du Ravitaillement
Premier ministre Georges Bidault
Gouvernement Bidault I
Prédécesseur Henri Longchambon
Successeur Poste supprimé
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône)
Date de décès (à 53 ans)
Lieu de décès Tbilissi (Géorgie, URSS)
Nationalité Française
Profession Journaliste

Yves Farge est un journaliste, résistant et homme politique français, né le à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) et mort le dans un accident d’automobile à Tbilissi (Géorgie, URSS).

Biographie[modifier | modifier le code]

Le journaliste[modifier | modifier le code]

Yves Farge quitta l'école à quinze ans pour devenir dessinateur industriel ; parallèlement, il adhéra aux Jeunesses socialistes. Pendant la Grande Guerre, il fut mobilisé comme aide-infirmier.

Après la guerre, il devint journaliste et travailla au Maroc jusqu'en 1931. Ensuite, il vécut à Paris où il travailla pour les journaux Le Monde d'Henri Barbusse et La Lumière, puis à Grenoble où il entra à La Dépêche dauphinoise dont il devint rédacteur en chef l'année suivante. Après les Accords de Munich, devenu pacifiste[réf. nécessaire], il quitta la S.F.I.O. et entra au Progrès de Lyon pour y diriger les services de politique étrangère. C'est là que commence son action son action de résistant à travers des contacts avec Emmanuel d'Astier de la Vigerie, Georges Bidault, Eugène Claudius-Petit puis Jean Moulin et le général Delestraint. En 1942, après le sabordage de la flotte, il se rend à Toulon et en tire un reportage publié en 1943.

Le résistant[modifier | modifier le code]

Il poursuivit ses activités de journaliste au Progrès jusqu'en novembre 1942, mais son collègue Georges Altman l'avait mis en contact avec le mouvement de résistance Franc-tireur dés 1941, il devint alors tour à tour : Grégoire, Bessonneau, Pétrequin, Dumaine Lévy, Bonaventure. Il continua son activité journalistique dans la clandestinité et rédigea avec Altman, la plupart des éditoriaux du Père Duchesne, journal satirique de Franc-Tireur. Parallèlement, à la même époque, le dirigeant communiste Georges Marrane l'avait fait rentrer au comité directeur du Front national[1].

Yves Farge fut impliqué dans l'histoire du Maquis du Vercors, mais l'affirmation trouvée sur le site de l'Ordre de la Libération selon laquelle Jean Moulin lui aurait donné en 1942 la mission, d’organiser militairement le Maquis du Vercors [2] n'est pas reprise par les historiens. Ces derniers retiennent que Farge a transmis à Jean Moulin fin janvier 1943 une note écrite par Pierre Dalloz sur les possibilités militaires du Vercors. Moulin entérina le projet connu sous le nom de code « Montagnards » après une rencontre entre Farge, Dalloz et le général Delestraint le 10 février 1943 [1],[3]. Devenu commissaire de la République, il sera présent dans le Vercors en juillet 1944 lors de l'épisode de la « République libre du Vercors »[4].

Il fut aussi membre de l’état-major de l’Armée secrète dirigée par le général Delestraint. Après les arrestations de ces deux grands résistants, il fut recherché par la Gestapo et se rendit à Paris où il présida le Comité d'action contre la déportation. Dans ce cadre, il rencontre les chefs d'entreprise membres de l'Union des cadres industriels de la France combattante (UCICF, devenue UCIF puis UNITEC), dont Léon Blanchard, directeur de l'Energie électrique du Rhône et du Jura, chargé d'organiser le sabotage des usines du Creusot et futur préfet de l'Ain, ainsi qu'Eugène Roy, avec qui Farge travaille sur la conception de clous tétraédriques capables de percer les pneus des véhicules allemands.

Suite au refus d'Alban Vistel d'occuper ce poste, le général de Gaulle nomme, en avril 1944, Yves Farge commissaire de la République pour les départements de la région rhodanienne : l'Ain, l'Ardèche, la Drôme, la Savoie, la Haute-Savoie, l'Isère, la Loire et le Rhône. Il rencontre à Paris Michel Debré qui lui remet son ordre de nomination signé par le général de Gaulle ainsi qu'un document lui donnant le pouvoir de nommer les préfets des huit départements.

Sous le nom de Grégoire, Yves Farge part alors pour Lyon avec son épouse et quelques collaborateurs dont Josèphte Condamin, sa secrétaire. Il s'installe clandestinement dans un appartement mis à sa disposition par son ancienne patronne, Hélène Brémond, copropriétaire du Progrès, au 137 rue Bugeaud, près de la gare des Brotteaux et de la Préfecture. Soutenu par les Mouvements unis de résistance et notamment Alban Vistel, il s'attache d'abord à prendre contact avec les résistants de la région, visitant notamment, durant l'été, le maquis du Vercors ainsi que les groupes résistant de l'Ardèche. Dans le Vercors, il organisa les secours après l'invasion du plateau et de Vassieux-en-Vercors par les parachutistes allemands le 21 juillet 1944.

Le 21 août 1944, douze jours avant la libération de Lyon, il parvint à se faire remettre les clés de la Prison Montluc par le général allemand qui commandait la garnison de la ville. Il sauva ainsi, 800 otages risquant d'être fusillés. Il dut négocier durement avec le commandement allemand menaçant de faire exécuter plus de 700 prisonniers allemands détenus par la Résistance. Il avait fait par ailleurs exécuter 80 Allemands, détenus en Haute-Savoie, en réponse au massacre de 120 internés du fort de Côte-Lorette à Saint-Genis-Laval le )[5].

Le 3 septembre 1944, Yves Farge sort de la clandestinité et salue le drapeau à la croix de Lorraine hissé dans la cour de la Préfecture. Il se fait reconnaître à ses fonctions de commissaire de la République par le général Diego Brosset, commandant la 1re Division de la France libre qui avait investi la ville. Farge met en place immédiatement le nouveau Conseil municipal, dirigé par Justin Godart.

Le même jour, il signe 25 arrêtés qui sont publiés le lendemain dans le premier numéro du Journal officiel du Commissariat de la République de la région Rhône-Alpes. Ces textes, qui initient le rétablissement de la République en Rhône-Alpes, nomment les responsables des services du Commissariat de la République ainsi que des préfets, suppriment l'impôt-métal et les lois raciales, prévoient la suspension de plusieurs corps constitués suspectés de collaboration (magistrature, Chambre de commerce, ordre des avocats, municipalité).

Comme tous ses collègues, Yves Farge détient, de début septembre jusqu'au 13 octobre 1944, le droit de grâce délégué par le président du Gouvernement provisoire, le général de Gaulle. Or, c'est durant cette période que les tribunaux d'exception chargés de juger les crimes de collaboration (Cour martial créée le 3 septembre, remplacées par trois cours de justice à Lyon, Grenoble et Chambéry, auxquels s'ajoutent des tribunaux militaires), tournent à plein régime. Farge reçoit les demandes de grâce adressées par les condamnés à mort sur lesquelles il doit statuer en quelques heures. Il raconte, dans ses mémoires, l'émotion que lui procure une telle responsabilité.

Pendant ses quinze mois de présence à Lyon comme commissaire de la République, Yves Farge est énormément mobilisé par les problèmes de ravitaillement, cruciaux du fait de l'importance de la population lyonnaise. Cette compétence l'amène à prendre le poste de ministre du Ravitaillement en janvier 1946.

L'homme politique[modifier | modifier le code]

Homme de gauche sans appartenance politique précise, il est ministre du Ravitaillement, poste très difficile, dans le gouvernement provisoire de Georges Bidault, du 8 janvier au . Il dénonce le trafic des vins et procède à l'épuration des services les plus compromis de son ministère. Ce combat contre le marché noir débouche sur la plus grosse affaire politique du début de la IVe République dite « le scandale du vin ». L'affaire devient politique du fait des personnalités impliquées et de leurs liens avec le Parti socialiste[6]. Yves Farge met en cause Félix Gouin (SFIO) alors vice-président du Conseil du gouvernement.

Ce progressiste, proche des communistes[7], participe à la fondation du Mouvement de la Paix en 1947. Il en devient le président jusqu'à sa mort. Il était également membre du Conseil mondial de la paix.

Selon l'essayiste et historien russe Arkadi Vaksberg, son accident de voiture serait un assassinat déguisé, ordonné par les autorités soviétiques[8].

Hommage et distinctions[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dominique Veillon, article Yves Farge dans dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, p. 416
  2. Notice biographique Yves Farge sur le site de l'Ordre de la Libération
  3. Dominique Veillon, article Maquis du Vercors dans dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, p. 767
  4. Gilles Vergnon, Le Vercors, histoire et mémoire d'un maquis, éditions de l'Atelier, 2002, p. 83-106
  5. Roger Debiève, La Guerre en héritage, ou, Une autre jeunesse, p. 131.
  6. LES SCANDALES DU RAVITAILLEMENT. DÉTOURNEMENTS, CORRUPTION, AFFAIRES ÉTOUFFÉES EN FRANCE, DE L’OCCUPATION À LA GUERRE FROIDE, clio-cr.clionautes.org, par Joël Drogland, 2 avril 2012
  7. Renaud de Rochebrune et Jean-Claude Hazera, Les patrons sous l'Occupation, p. 25.
  8. Arkadi Vaksberg, Staline et les Juifs, Paris, Robert Laffont, 2003.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Dominique Veillon, article "Yves Farge" tiré de Dictionnaire historique de la résistance sous la direction de François Marcot, Robert Laffont, 2006

Filmographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

On lui doit de nombreux ouvrages :

  • Toulon, Éditions de Minuit, Paris 1943
  • Sauvons nos gosses. À Megève, premier village d'enfants, Lyon, 1945
  • Vent des fous, Paris 1946
  • Rebelles, soldats et citoyens. Souvenirs d'un Commissaire de la République, Paris 1946
  • Lettre au Président Truman, Paris 1949
  • La République est en danger, Paris 1950
  • La Guerre d'Hitler continue, Paris 1950
  • Le sang de la corruption, Paris 1951
  • Témoignage sur la Chine et la Corée, Paris 1952
  • Un simple mot, Paris 1953
  • Histoire vécue de la Résistance. Rebelle soldat et citoyen, carnet d'un Commissaire de la République, Genève 1971

Voir aussi[modifier | modifier le code]