Agence Continentale

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L'Agence de presse Continentale, appelée longtemps aussi Agence Wolff, puis aussi "Compagnie télégraphique continentale Wimmel et Wenzel"[1], est une agence de presse allemande qui faisait partie des quatre grandes Agence de presse mondiale et généraliste au XIXe siècle et au début du siècle suivant, avant de disparaître. L'agence de presse allemande depuis la Seconde Guerre mondiale est la Deutsche Presse-Agentur (DPA).

Histoire[modifier | modifier le code]

De 1849 à 1965, l'agence s'est appelée "Bureau télégraphique Wolff", du nom du fondateur, le journaliste Bernhard Wolff, cousin de l'ingénieur allemand Werner von Siemens (1816-1892), qui avait fondé en 1847 Siemens. Après avoir travaillé pour le Vossische Zeitung, Bernhard Wolff fonde le National Zeitung, qui deviendra e quotidien le plus lu à Berlin. Après la Révolution de 1848, il effectue un court séjour à Paris chez Charles-Louis Havas, fondateur de l'Agence Havas, pour qui il est journaliste, aux côtés de Paul Julius Reuter. Puis il fonde le Bureau télégraphique Wolff, de nouveau à Berlin. Le 28 novembre 1849, le National Zeitung annonce qu'elle publiera des informations à destination des autres journaux, à Paris, Londres, Francfort et Amsterdam[2].

Pendant ses six premières années, jusqu'en 1855, le BTF ne transmit que les cours de la bourse et les nouvelles commerciales. Il passe aux nouvelles politiques en 1855 et se crée une zone d'influence en Europe de l'est[3], puis signant avec Reuters et l'Agence Havas un traité officialisation leur entente en 1859: le Cartel des agences de presse. Fin 1865, le chancelier allemand Bismarck décide de s'opposer à l'expansion de Reuters en Allemagne du Nord, peu avant de mettre met sous séquestre les fonds de la Couronne de Hannovre lors de la guerre austro-prussienne de juin-juillet 1866, qui fait suite à la Guerre des Duchés de 1864. Un de ses conseillers, Richard Wentzel, convainc le roi de Prusse de lui accorder un prêt de 300000 thalers[4], dont 200000 thalers[4] à une nouvelle société en commandite, la "Continental Telegraphen Compagnie", dotée de différents privilèges, via des accords secrets, comme la priorité dans l’accès au télégraphe. Bismarck est alors aidé par le banquier Gerson von Bleichröder (1822-1893).

En échange de l'abandon du très lucratif marché de l'Allemagne du Nord par Reuters, l'Agence Continentale verse 25% de ses bénéfices à Reuters et Havas. En 1870, l'Agence continentale a pour territoire l'Allemagne, la Scandinavie, Saint-Pétersbourg et Moscou, tandis que Reuters obtient les Pays-Bas[5].

Le 30 juin 1876, lorsque éclate la guerre de la Serbie et du Monténégro contre la Turquie, Havas veut en savoir plus sur ce conflit puis se dit mécontente que l'Agence Continentale ait sous-traité la couverture des opérations à une agence officieuse russe, appelée tantôt Agence générale russe, tantôt Agence internationale, qui n'assure pas un service satisfaisant. Après l'ultimatum russe à la Turquie, d'octobre 1876, les reporters d'Havas arrivent à Saint-Pétersbourg en novembre, à Bucarest et Constantinople en décembre, puis à Roustchouk en avril 1877. Un contrat est signé par Havas à Saint-Pétersbourg avec l'agence russe officielle le 2 juin 1877. Puis c'est avec la Roumanie en juillet 1877 et avec la Bulgarie en 1879.

En février 1887, Reuters et l'Agence Continentale concluent une alliance "offensive" pour étendre leur couverture européenne des grandes capitales[6], en prévoyant l'opération commune des bureaux à Rome et Paris. L'agence Continentale s'est vue reprocher sa couverture de la campagne électorale allemande de 1887, jugée trop favorable au gouvernement de Bismarck, par deux quotidiens français, Le Soleil et Le Temps, qui ont recouru à des correspondants à Berlin. Selon l'Agence Havas, ils fournissent un service plus fiable que celui de l'Agence Continentale[7]. Les urnes allemandes ont donné ainsi une confortable majorité favorable au projet de loi militaire de Bismarck, ce qui préoccupe le général Boulanger. Deux mois après, éclata l'Affaire Schnaebelé, incident diplomatique entre la France et l'Allemagne, du, une crise qui va envenimer les relations entre deux agences de presse en principe alliées et affaiblir le cartel les unissant à l'agence de presse Reuters.

Bismarck et le premier ministre italien Crispi militent alors pour la création d'une "Triple alliance télégraphique", réplique de la "Triple alliance" diplomatique" les liant, car ils estiment que les autres agences les desservent. Ce projet inclut l'Agence Continentale, le Telegraphen Korrespondantz Bureau, agence officieuse de l'Empire austro-hongrois, et l'Agence Stefani italienne mais ne se concrétise pas.

L'invention en 1909 de la "mention Tractatus" donne le droit de communiquer directement des dépêches aux journaux étrangers, sans passer par l'agence partenaire couvrant le pays: l'agence expéditrice les envoie "dans un but exclusivement politique". Seule limite, ne pas dépasser 20% du volume de diffusion de l'agence partenaire. À partir de 1912, les journaux de Buenos Aires et Rio de Janeiro reçoivent de l'Agence continentale des services gratuits ou quasiment gratuits, selon l'historien Michaël Palmer[8]. Cette pratique va bouleverser l'histoire des agences de presse en Amérique du Sud.

Havas comprend alors qu'avec la mention Tractatus, la propagande prend le dessus sur l'information, estime l'historien Michaël Palmer[8]. Mais cette propagande "devait avoir raison de notre résistance": "plutôt que de rompre (car la rupture était inévitable), nous apposames notre signature" à l'accord de 1909 avec l'Agence continentale, écrit alors le directeur d'Havas à Elie Mercadier, le responsable du bureau de Londres, qui desservait l'Amérique du Sud.

Pendant la Première Guerre mondiale, l'Agence Continentale subit à partir de 1913 la concurrence de la Telegraphen Union allemande, l'agence du Trust Hugenberg, qui contrôle un quart de la presse allemande au début de la guerre, directement ou indirectement. Puis en 1914, fut créée la Transozean Gesellschaft, une agence officielle allemande, appelée aussi "Agence de presse Transocean".

L'Empire allemand tombe lors de la Révolution de Novembre, la Révolution allemande de 1918-1919 mais la République, à peine proclamée, est fragilisé par le climat insurrectionnel en Allemagne. Heinrich Mantler chassé du siège de l'Agence Continentale à Berlin, successivement "pris et repris" par les insurgés et l'armée. Il " doit se réfugier à Francfort avec les débris de son personnel"[9]. Le correspondant d'Havas à Vienne s'installe à Berlin avec pour consigne d'ignorer entièrement" l'agence allemande. Heinrich Mantler prend contact avec Melville Stone, patron d'AP, qui ne lui répond pas vraiment[10]. Il signe un traité le 20 décembre 1919 avec les autres agences[11]. Conséquence de la défaite, l'Agence Continentale, qui "pendant quatre années sanglantes de guerre venait de jouer un rôle important contre les alliés" est quasiment déchue de son rang d'agence mondiale et doit "abandonner toute autre sphère d'influence que l'Allemagne", un traitement également réservé au Telegraphen Korrespondantz Bureau de l'Empire austro-hongrois, démantelé aussi. Heinrich Mantler obtint cependant un compromis, en faisant valoir les réactions de la presse allemande: il conserve le droit de diffuser ses nouvelles à AP et de distribuer celles d'AP en Allemagne[11].

Dans l'après-guerre, l'Agence de presse Transocean prend le relais, s'installe en Chine dans les années 1920, où elle commencera à jouer un rôle important dans le pays au moment de l'occupation japonaise à la fin des années 1930. En Argentine, elle opère directement des émissions radio à grande écoute et subventionne la presse locale[12]. Le 27 juin 1933, le magnat des médias Alfred Hugenberg, bras droit des industriels de la Ruhr et figure de la République de Weimar, doit céder ses portefeuilles ministériels et son parti est dissout. Fin 1933, les nazis l'obligent à leur céder aussi ses entreprises de médias, en particulier la Telegraphen Union, agence de presse du Trust Hugenberg[13]. Elle est fusionnée de force, à la fin de novembre 1934, avec l'Agence Continentale, dont le codirecteur a été mis à la retraite d'office en août, l'autre codirecteur, Arthur Rawitzski, étant arrêté à son retour de Hollande. Résultat de la fusion, le Deutsches Nachrichten Büro (DNB), d'inspiration national-socialiste, doté de moyens considérables pour l'époque et du monopole de l'information en Allemagne, qui démarre le 1er janvier 1934, jour de l'entrée en vigueur de la loi sur les rédacteurs en chef (Schriftleiter-Gesetdzu) du gouvernement nazi[14].

Patrons successifs[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. "Revue générale", Volume 21 Comptoir universel d'imprimerie et de librairie, Bruxelles, 1875 [1]
  2. "News agencies from pigeon to internet", par K. M. Shrivastava, page 3
  3. « Un siècle de chasse aux nouvelles: de l'Agence d'information Havas », par Pierre Frédérix – 1959
  4. a et b "International news and the press: an annotated bibliography", par Ralph O. Nafziger, page XXV
  5. "Trafic de nouvelles" par Oliver Boyd-Barrett, Michael Palmer - 1981- page 259
  6. "Des petits journaux aux grandes agences", par Michael B. Palmer, page 217
  7. "Des petits journaux aux grandes agences", par Michaël Palmer, page 124
  8. a et b "Des petits journaux au grandes agences", par Michaël Palmer, page 245
  9. "Un siècle de chasse aux nouvelles: de l'Agence d'information Havas à l'Agence France-presse (1835-1957)", par Pierre Frédérix – 1959, page 330
  10. "Un siècle de chasse aux nouvelles: de l'Agence d'information Havas à l'Agence France-presse (1835-1957)", par Pierre Frédérix – 1959, page 332
  11. a et b "Un siècle de chasse aux nouvelles: de l'Agence d'information Havas à l'Agence France-presse (1835-1957)", par Pierre Frédérix – 1959, page 334
  12. "Les États-Unis et la neutralite de 1939 à 1941", par Pierre Monniot, 1946
  13. "Trafic de nouvelles", par Oliver Boyd-Barrett et Michael Palmer, Éditions A. Moreau, 1981, page 253
  14. "Léconomie et les finances dans la presse magazine en France et en Allemagne : étude comparative Thèse de I'Université de Metz en études germaniques d'Isabelle Courbot, sous la direction d'Helga ALBRET, professeur en études germaniques [2]
  15. a et b "The information process: world news reporting to the twentieth century" par Robert William Desmond, University of Iowa Press, 1978
  16. "Tucholsky and France", par Stephanie Burrows, Modern Humanities Research Association, University of London. Institute of Germanic Studies, page 180 [3]
  17. "Deutsche Pressegeschichte: von den Anfängen bis zur Gegenwart", par Rudolf Stöber, page 133 [4]

Voir aussi[modifier | modifier le code]