Histoire de la caféiculture

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Fleur de caféier robusta.
Cerises de café en Colombie.

Le caféier est probablement originaire d'Éthiopie, de la province de Kaffa. La légende la plus répandue veut qu'un berger d'Abyssinie ait remarqué l'effet tonifiant de cet arbuste sur les chèvres qui en avaient consommé. Sa culture se répand dans l'Arabie voisine, où sa popularité a profité de la prohibition de l'alcool par l'islam. Il est alors appelé K'hawah, qui signifie revigorant.

La rareté du café l'a rendu très cher en Europe jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, quand sa culture s'est développée dans les possessions hollandaises puis françaises, auxquelles ont succédé l'avènement des grands producteurs cubain et brésilien au XIXe siècle. La culture du café fut la cause de l'importation massive d'esclaves dans les quatre zones qui ont successivement dominé le marché mondial, La Réunion de 1725 à 1760, Saint-Domingue de 1760 à 1795, Cuba de 1800 à 1830 et le Brésil depuis. En Amérique du Sud, les périodes de crise ont vu s’accroître la part des exploitations paysannes aux dépens des grandes exploitations[1]. Cultivé en montagne, loin des ports, sensible aux changements de températures et aux engrais qu'on lui apporte, le café exige un énorme travail d'acheminement, pour un prix imprévisible, capable de tripler en quelques mois, qui à permis à d'énormes fortunes de s'ériger en quelques années chez les négociants des grands ports américains et européens.

En 1825, la production mondiale était de 100 000 tonnes. Elle est passée à 8,9 millions de tonnes en 2013[2], multipliée par 89 en moins de deux siècles. Au XXIe siècle, le café est la seconde marchandise plus échangée dans le monde, derrière le pétrole[3][4], afin d'approvisionner les 400 milliards de tasses de café bues par an, soit environ 12 000 tasses par seconde. La caféiculture fait vivre 125 millions de personnes[4] sur la planète, dans plus de 50 pays tropicaux et 5 millions d'exploitations[4], incluant 25 millions[4] de petits producteurs indépendants[5].

Sommaire

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Un essor dans tout le monde arabe, puis en Europe[modifier | modifier le code]

Zone d'origine du café.
Femme récoltant le café en Éthiopie.

L'usage du café était très ancien en Abyssinie. Shehabeddin Ben[6] dit qu'on l'employait depuis un temps immémorial. L'usage ne s'est pas propagé lors des croisades, car les croisés n'en eurent pas connaissance. Le célèbre médecin Ebn Baithar, qui parcourut le nord de l'Afrique et la Syrie au début de l'ère chrétienne, n'en dit pas un mot[7].

Les musulmans introduisent le café en Perse, Égypte, Afrique du Nord et en Turquie, où le premier café, Kiva Han, ouvre en 1475 à Istanbul. La consommation prend alors son essor dans tout le monde arabe. On dénombre un millier de cafés au Caire en 1630.

XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

La mode du café arrive en Europe[modifier | modifier le code]

Le café arrive en Europe aux alentours de 1600, via les marchands vénitiens. On conseille à Clément VIII de l'interdire, car il représente une menace d'infidèles. Après en avoir goûté, le pape baptise au contraire la nouvelle boisson, déclarant que la laisser aux seuls infidèles serait dommage[8]. Son usage pénètre l'Europe occidentale seulement au dernier quart du XVIIe siècle. Jugées chères, les fèves d'Arabie reçoivent le nom de café de Moka, port de la mer Rouge qui les exporte, via Suez et Alexandrie. Des navires de Venise, Gênes ou Marseille les distribuent dans toute l'Europe.

Marchand de café dans les rues de Paris dans la première moitié du XVIIIe siècle.

En 1614, le marchand anversois Pieter Van den Broecke (1585-1640), découvre un breuvage "noir et chaud" dans le port de Moka, sur la côte sud-est du Yémen, en naviguant pour le compte de la Compagnie hollandaise des Indes orientales[4]. En 1615, des navires vénitiens rapportent un sac de grains de café d'Istanbul, puis en 1660 près de 20 000 quintaux en provenance de Turquie arrivent à Marseille [4].

Le Café Procope, tel qu'il peut être imaginé au XVIIIe siècle (cette scène précise se passe à Ferney) :
au second plan, de gauche à droite : Condorcet, La Harpe, Voltaire et Diderot.

Dans les années 1650, des « cafés » ouvrent à Oxford et à Londres. Les philosophes et lettrés s'y retrouvent, autour de pamphlets et libelles. Les idées libérales s'y épanouissent. En 1676, ils sont brièvement interdits pour cause de crime de lèse-majesté contre le roi Charles II. Les réactions sont vives, l'édit de fermeture doit être révoqué. D'autres villes suivent:

Au café Procope, Jean de Thévenot invente une nouvelle manière de le préparer : en faisant percoler de l'eau chaude dans le café retenu par un filtre. On compte plus de deux mille cafés en 1700 au Royaume-Uni, en pleine Révolution financière britannique. La célèbre compagnie d'assurances Lloyd's of London[9] est à l'origine un café fondé en 1688 : le Lloyd's Coffee House. La Bourse de Londres, dans sa version moderne, naît aussi dans un café, le célèbre Jonathan's Coffee-House, où se retrouvent les courtiers hollandais. Le huguenot John Castaing y publie la première liste d'actions de l'histoire des bourses de valeurs.

Les hollandais diffusent le moka dans les plantations d'Asie[modifier | modifier le code]

Nicolas Witsen, directeur de la Compagnie des Indes et fondateur du jardin botanique d'Amsterdam.

En 1669, l'ambassadeur de Turquie à Paris offre du café à Louis XIV[4], qui accorde un monopole en 1692 à maître François Damame, bourgeois de Paris. Le café reste cher, même si la culture du moka est étendue par les Hollandais à Ceylan en 1658 et à Java en 1696[10]. Nicolas Witsen[11], directeur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales et fondateur du jardin botanique d'Amsterdam[12], acclimate le café d'Éthiopie en Indonésie, à Batavia en 1690[13], démarche qui est poursuivie en 1718 au Suriname.

Marseille l'orientale a le monopole de ce négoce en France, qui donne les plus beaux bénéfices. Mais au siècle suivant surviendra la concurrence redoutable d'une Compagnie de commerce de Saint-Malo, partie chercher directement les cafés d'Arabie en mer Rouge, en doublant le cap de Bonne-Espérance[14].

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Le XVIIIe siècle est marqué par l'explosion des Traites négrières au départ des grands ports français, qui remplacent en cours de siècle le sucre par le café, au fur et à mesure de son succès en Europe, grâce à des colonies plus montagneuses et plus proches de l'Europe que celle des hollandais: La Réunion bat l'Indonésie et Saint-Domingue devance le Suriname, tandis que les colonies anglaises, comme pour le sucre mais un peu moins, sont défavorisées par une sévère fiscalité.

Les expéditions de Moka et l'implantation réussie à la Réunion[modifier | modifier le code]

Les corsaires malouins organisent, entre 1708 et 1715, trois « expéditions de Moka », en contournant l'Afrique. La première leur permit de ramener 1 500 tonnes de café à Saint-Malo. En 1712, la France et la Hollande préparent la paix qui sera signée lors des Traités d'Utrecht (1713). Le bourgmestre d'Amsterdam De Brancas, successeur de Nicolas Witsen, offre à Louis XIV un pied de café, qui meurt rapidement[15]. Les Hollandais lui en envoient un second en 1714. Le roi de France le fait soigner dans son jardin de Marly-le-Roi. Il demande à Guillaume Dufresne d'Arsel de participer à la deuxième des expéditions de Moka, pour lui en ramener d'autres[16]. Antoine de Jussieu[7], professeur aux serres du "Jardin du Roi", futur Jardin des plantes de Paris, publie en 1713 une description intéressante de la plante dans les Mémoires de l'Académie des sciences. Avant de mourir, Louis XIV multiplie les pieds de caféier dans ses serres.

Le Jardin des plantes de Paris en 1730, appelé "jardin du Roi". Jussieu y a publié en 1713 une description du café dans les Mémoires de l'Académie des sciences

La Cour de Paris ayant apprécié le goût du café, la Compagnie des Indes orientales charge Guillaume Dufresne d'Arsel d’implanter à La Réunion des plants de moka, via la troisième des expéditions de Moka. Il reçoit l'ordre royal par le navire L'Auguste de M. de la Boissière, le 27 juin 1715[17],[18]. Dès septembre 1715, six plants de Moka, offerts cette fois par le sultan du Yémen, sont ensemencés à Saint-Paul de la Réunion, sous l'autorité du gouverneur de La Réunion Antoine Desforges-Boucher. La Compagnie des Indes orientales organise la production, l'achat de graines, construit des greniers et des routes. Elle offre des concessions gratuites à tout colon de 15 à 60 ans acceptant d'entretenir 100 plants de café.

L'île de La Réunion manque en effet de la main-d'œuvre suffisante. En 1704, elle ne compte que 734 habitants et il faut attendre 1754 pour atteindre 17 000, après le recours à la traite négrière. Le café n'est cultivé en quantités importante qu'à partir de 1726. Dans une lettre au ministre de la Marine du 27 avril 1728, le gouverneur de La Réunion Pierre-Benoît Dumas s'enthousiasme : « On ne peut rien voir de plus beau que les plantations de café qui se multiplient à l'infini. Cette île sera dans peu capable d'en fournir au-delà de la consommation du royaume ».

En 1735, un an avant l'abolition du monopole de l'importation du café, détenu par la Compagnie générale des Indes[19], le flux de café Bourbon atteint 100 000 livres annuelles, puis passe à 2,5 millions de livres en 1744. En plus d'inonder l'Europe, il offre désormais sa « variété Bourbon », ou Bourbon pointu, jugée la meilleure au monde. L'île « accueille » parallèlement 1 500 esclaves par an.

Surinam en 1718, Martinique en 1721 et Guyane en 1725, trois échecs[modifier | modifier le code]

La salle de souscription de la Lloyd's Coffee House au début du XIXe siècle, l'un des 2000 cafés existant en Angleterre dès le siècle précédent.

Les premiers caféiers d'Amérique furent introduits au Suriname par les Hollandais, en 1718. En 1720, le capitaine d'infanterie Gabriel de Clieu est autorisé à revenir dans son île de la Martinique avec deux des quatre plants d'Amsterdam[20]. Après un voyage épouvantable, un seul plant arrive à destination. Dix-huit mois plus tard, un kilogramme de cerises est récolté, puis replanté à la Guadeloupe et à Saint-Domingue. Cependant, l'île n'en compte toujours que 200 pieds en 1726, selon les écrits du père Labat[21]. Le 7 novembre 1727, une terrible tempête détruit les cacaoyers, ce qui donne des terres disponibles pour les caféiers, qui n'auront cependant pas la même expansion que sur l'île de La Réunion.

Le succès n'est pas non plus au rendez-vous en Guyane. François de La Motte-Aigron, lieutenant du roi et gouverneur de Cayenne par intérim entre 1720 et 1722 se rend pourtant au Suriname en 1725, où il obtient des pieds de café en cachette[7], puis en plante mille à douze cents pieds dans ses habitations[21]. La culture du café s'étend ainsi à la Guyane, puis à la Guadeloupe et à Saint-Domingue. Elle gagne les colonies espagnoles, dont Cuba le Mexique et l'Amérique centrale, entre 1748 et 1790, période au cours de laquelle la révolution du café de Saint-Domingue laisse cependant peu de place aux autres pays sur le marché mondial.

Saint-Domingue contrôle la moitié de l'offre mondiale en 1789[modifier | modifier le code]

Saint Domingue en 1780, vue du mole Saint-Nicolas. (Pierre Ozanne)

L'empire colonial français vécut une « révolution du café de Saint-Domingue » entre 1755 et 1789, trois décennies qui virent sa production multipliée par onze, passant de 7 à 77 millions de livres[22], soit environ de 3 400 tonnes à 37 700 tonnes, certaines sources donnant 40 000 tonnes[4]. Au cours de la seule année 1789, la production augmente de 15 %[23], pour atteindre la moitié de l'offre mondiale de café. L'explosion de la production s'effectue entièrement grâce aux défrichements successifs de nouvelles terres, car au cours de la même période, de 1763 à 1789, la production sucrière de Saint-Domingue a doublé, pour atteindre 40 % de l'offre mondiale[22]. Dans la partie plus centrale de Saint-Domingue, proche de la frontière de l'empire espagnol, les colons français vendent leurs plantations de sucre aux Espagnols après la guerre de Sept Ans. L'argent est recyclé pour acheter de nouvelles terres, moins chères car plus escarpées[24]. Ils défrichent le sommet des montagnes pour planter massivement des caféiers, ce qui appauvrit progressivement les sols et favorise le ruissellement[25].

L'engouement pour le café fait exploser les chiffres de la traite négrière, dont une partie est masquée pour des raisons fiscales. Saint-Domingue déporte d'Afrique 28 000 esclaves par an, au cours des cinq années précédant la Révolution française, deux fois plus que pendant la période 1766-1771[26]. L'exportation de coton de Saint-Domingue augmente également d'un tiers[24]. Pour faire face à la demande, Saint-Domingue asservit de nombreux prisonniers de guerre du Congo, même s'ils sont réputés plus difficiles à maîtriser.

En 1789, sur 39 000 tonnes de café importé en France, les 5/6, soit 34 000 viennent de Saint-Domingue, dont la production caféière rapporte presque autant que celle du sucre[22]. Elle est majoritairement réexportée, en Europe mais aussi en Orient. À Marseille, 90 % du café réexporté part en Turquie[26].

Le trafic de café au Havre, venu souvent de la Martinique passe de 2 600 tonnes en 1966 à 6 605 tonnes en 1777, et 15 000 tonnes à la fin du XVIIIe siècle, plus d'un tiers des importations françaises[19].

Les grands négociants allemands tirent profit de la Révolution haïtienne[modifier | modifier le code]

Acte écrit de Toussaint Louverture contre l'insurrection de 1801.

Conséquence immédiate de la Révolution haïtienne des années 1790, les négociants français ne peuvent plus approvisionner leurs clients européens en café, culture dont la moitié de l'offre mondiale venait de leur colonie de Saint-Domingue, qui produisait près de 40 000 tonnes par an. La marchandise, dont les prix s'envolent, est livrée par des navires américains et le trafic capté par les grands ports du nord de l'Allemagne, Hambourg, Lübeck et Brème, pour une valeur multipliée par 40 en dix ans, grâce à la combinaison de tonnages bien plus importants et de prix de vente qui ont flambé dans tous les ports, le total approchant les 18 millions de dollars en 1799[27]. Les négociants français, comme l'armateur nantais Louis Drouin, qui profitait surtout d'excellents contacts commerciaux avec des planteurs de la partie sud de Saint-Domingue[28], ne peuvent faire face, car la Révolution haïtienne les a destabilisés[28]. Le dernier navire que Louis Drouin envoie à la mer part le 31 décembre 1792[28].

Au cours de la décennie des années 1790, le nombre annuel de navires entrant à Hambourg augmente de 43%, et les tonnages progressent de 42% pour le coton, de 98% pour le sucre et de 111% pour le café. Une partie de ces navires américains étaient sous pavillon britannique jusqu'à la fin de la Guerre d'indépendance des États-Unis, en 1784, et l'autre issue d'un profond effort de construction navale de la jeune république américaine, financé par la dette publique.

Les négociants allemands attirent ces navires en acceptant de payer un tiers ou même deux, dès la livraison[27], et prennent l'habitude d'acheter la marchandise pour leur propre compte[27], afin de profiter de l'explosion de sa valeur. Ils se rémunéraient jusque là essentiellement par des commissions. L'intense spéculation sur le sucre, le café et le coton créé un excès d'offre en 1799, qui fait chuter les spéculateurs les moins solides et favorise les négociants les plus importants. La maison de commerce de Caspar Voght et son partenaire d'affaires et ami Georg Heinrich Sieveking, bâtit en particulier une énorme fortune[27].

La variation du nombre de navires arrivés dans le port de Hambourg, en Allemagne du nord, au cours des années 1790, en fonction de la marchandise importée[27]:

L'occupation française de la Hollande en 1795[modifier | modifier le code]

Même s'il commence avant l'occupation française de la Hollande en 1795, qui ferme le Rhin et déplace le commerce vers l'Allemagne, il est amplifié après. Entre 1795 et 1866, 39 marchands britanniques indépendants et 80 maisons de commerce anglaises deviennent bourgeois de Hambourg. Le port de Hambourg s'était spécialisé dans les cafés d'origine française dès le XVIIIe siècle, en important entre 1763 et 1776 environ 25 millions de livres pesant de café et de 22,5 millions de livres pesant de sucre, grâce au traité de commerce entre la France et les villes hanséatiques. Dès 1789, Hambourg avait absorbé 45% des réexportations françaises de café, dont les deux-cinquièmes ont transité par Bordeaux, et 20% des réexportations françaises de sucre. La même année, les tonnages de ces deux marchandises venues de l'empire britannique vers Hambourg ne sont que respectivement 6% et 2% le flux essentiellement venant de l'empire français[29]. À partir de 1791, la Révolution haïtienne incite Hambourg à trouver de nouveaux fournisseurs pour alimenter ses clients. Entre 1790 et 1795, le café venu de France dans le port allemand passe de 6 949 tonnes à 439 tonnes (15 fois moins), tandis que celui venu d'Angleterre passe de 121 tonnes à 8 912 tonnes: le café jamaïcain vient de s'ouvrir le grand marché allemand d'où il était absent.

Pays d'origine France Angleterre
Cafés importés à Hambourg en 1790 6 949 tonnes 121 tonnes
Cafés importés à Hambourg en 1795 439 tonnes 8 912 tonnes

Cette évolution et le boom du commerce américain des années 1790 amène Toussaint Louverture, leader de la Révolution haïtienne à signer le 13 juin 1799, avec la jeune république américaine et l'Angleterre, sous les auspices du consul des États-Unis dans l'île, le docteur Edward Stevens, la Convention commerciale tripartite de 1799, pour l'ouverture au commerce des ports de l'île. Il exige en contrepartie que les anglais et américains fassent que la Piraterie des années 1800 dans la Caraïbe n'ait plus la possibilité d'accoster à Haïti. Les haïtiens n'ont plus de navires mais les américains s'endettent pour reconstituer rapidement leur flotte, qui avait été rapatriée par les anglais après l'indépendance.

Les allemands s'implantent au Havre[modifier | modifier le code]

Les négociants en café, des familles protestantes, venues pour la plupart d’Allemagne et d’Europe centrale[30], font ensuite, à partir de 1815 du Havre le principal importateur de café en France. Parmi eux, le bavarois Ferdinand Kronheimer, fondateur en 1840 de la Société commerciale interocéanique et arrière grand-père d'Antoine Rufenacht, maire du Havre[31]. Les années 1830-40 voient Le Havre décoller, pour vivre son apogée de 1850 à 1914[32], comme 2e port européen pour le café, grâce à ses « hirondelles de Rio », navires légers spécialisés dans le transport du café[32]. À partir de 1860, le café brésilien représente la moitié des arrivages havrais, grâce à un traité de commerce qui permet au Havre de confirmer son leadership européen pour l'importation de café. « La route du café », deux à trois mois, se raccourcit grâce à des bateaux plus rapides construits par l'Union des chargeurs, un groupement de négociants havrais: le 17 novembre 1866, le « Reine-du-Monde » accoste avec 10 000 sacs de café, acheminés depuis Rio en trente-sept jours, nouveau record[19].

Sur le chemin de l’exil aux États-Unis[30], ces familles allemandes se sont installés définitivement dans le plus actif des ports caféiers français. En 1900, Le Havre compte entre 170[19]et 359 négociants en café[30]. En 1980, il y en a encore 35[32]. En 1900, 600 femmes sont employées comme trieuses de café, surnommées les "dactylos du café", payées en 1900 de 4 à 6 francs par 100 kilos de café trié[19]. Parmi ces grands noms du café, les Egloff, Rufenacht, Foerster puis Raoul-Duval, Loevenbruck, Langlois, Traumann, Jobin, Louis Delamare (café).

Le déclin prononcé du port du Havre XXe siècle[modifier | modifier le code]

Le port du Havre au XIXe siècle, BNF
Le Havre, quai de Southampton, quartier des négociants

Le déclin vient de fiscalité élevée: entre 1900 et 1910, les droits fiscaux d'importation du café en France s'élèvent à 128,5% et pénalisent le marché français mais aussi la place de négoce du port du Havre[33]. Le port n'a que de médiocres relations maritimes avec l'Empire colonial français[34]: les courtiers de la marché à terme international du Havre jouent un rôle mondial avant 1914[34], quand les réexportations de café brésilien vers l'étranger atteignent les deux tiers des importations destinées au marché français[34]. Mais à la faveur de la Première Guerre mondiale, les financiers new-yorkais ont supplanté les courtiers français dans l'ouverture de crédits aux exportateurs brésiliens[34] et les réexpéditions havraises tombent au-dessous de 10 000 tonnes par an, quart du montant de 1913[34]. Le déclin est aggravé par la disparition, dans la première moitié du XXe siècle, de ce marché à terme international du Havre, alors le plus important d’Europe, seul au XIXe siècle à pouvoir rivaliser avec New York[30], capables de fixer les cours mondiaux des différentes variétés de cafés, avec une chambre arbitrale spécialisée[19]. La Société commerciale interocéanique vend son département café en 1985[31] aux havrais Raoul-Duval. En 1992, les actionnaires familiaux de Delamare, créé en 1897, cèdent leurs parts aux salariés qui créent le holding Delcafé et réorientent l'activité vers d'autres marchés à terme que celui du café[35]. À la fin des années 1990, la faillite d'Unidaf, grand négociant dirigé par la famille de Vigan est causé par la chute des cours en Côte d'Ivoire[19].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le XIXe siècle voit l'esclavage perdurer à Cuba et au Brésil, les deux producteurs qui montent, alors qu'il disparait dans les colonies anglaises et françaises. Après avoir profité de cours dopés par les guerres et révolutions du premier quart du siècle, Cuba et la Jamaïque sont disqualifiés par le recyclage des colons brésiliens, du sucre vers le café, mais l'expansion brésilienne, tout comme celle de la Colombie, ne sera réelle que dans le dernier quart du siècle. Entre ces deux périodes, la partie centrale du siècle est dominée par les progrès spectaculaires de l'Amérique centrale, qui s'équipe avant tous les autres de voies de communications plus moderne et mobilise, le plus souvent à cette fin, les sociétés d'émigrations européennes, puis les négociants allemands, qui investissent le Guatemala, d'où ils partiront ensuite vers le Mexique, voire la Colombie et le Burundi. Dès 1855, le Chemin de fer du Panama permet d'éviter le contournement du Cap Horn à l'Amérique centrale, dont les plantations accèdent plus souvent plus facilement au Pacifique, sur des terres volcaniques favorables à une caféiculture d'arabica doux et lavés, très recherchés, qui stabilise les populations indiennes.

Le café haïtien soumis au chantage à l'indemnisation des ex-esclavagistes[modifier | modifier le code]

Carte topographique d'Haïti

Dès 1801, le café supplante brutalement le sucre dans les exportations d'Haïti, en représentant un tonnage trois plus élevé[36]. Avec 0,65 million de livres, le sucre disparaît quasiment d'Haïti[37] dès 1822. La France ne représente plus qu’un quart des exportations haïtiennes. La consommation de café par habitant y est 2,5 à 4 fois moindre en Angleterre, à un coût moindre[38]. Moins exigeante en capitaux en main d'œuvre que celle du sucre, la caféiculture se poursuit après la succession de conflits militaires qui a suivi le départ des français d'Haïti, mais les machines ont commencé à rouiller et les compétences ont été perdues. Privé de l'encadrement par l'irrigation des plantations, le café haïtien a changé de mode de culture, passant de l'intensif à l'extensif[39][39]. Sauf exceptions comme Thiotte, le café est cultivé sous ombrage. Le Morne Puilboreau, à 798 mètres d'altitude, a une pluviométrie supérieure à un mètre par an et un versant nord aux sols profonds et riches, encourageant la caféiculture, qui reste cependant soumise aux variations de cours, bien plus fortes que pour les autres cultures d'Haïti[39]. Prix en francs du quintal de café à Haïti:

Années 1821 1822 1824 183 1843 1858 1861
Prix du quintal en francs 291,2 263,7 160,6 83,7 75,4 116 à 135 160 à 162

Le cours de la livre de café haïtien à Philadelphie perd 75 % de sa valeur en vingt ans, passant de 26 cents en 1822 à 6 cents en 1843[40]. Le prix d'achat tombe à seulement 75 francs le quintal en 1843[39], l'année de la Révolution de 1843, le grand soulèvement contre le président Jean-Pierre Boyer. Celui-ci avait rétabli le travail obligatoire. En 1825, Charles X reconnaît la République d'Haïti sous condition d'une indemnisation des colons de Saint-Domingue pour 150 millions de francs-or. Boyer négocia la somme à 90 millions, mais dut instaurer de lourds impôts et restaurer la corvée dans l'économie agricole. Il facilita même la migration de 6000 Noirs américains libres, sur des plantations caféières[41]. Ces mesures suscitèrent une hostilité populaire et un un mouvement insurrectionnel mené par Charles Rivière Hérard à partir du Manifeste de Praslin du 1er septembre 1842. Ce dernier est lui aussi renversé par des révolutionnaires le 3 mai 1844 et doit à son tour s'exiler en Jamaïque.

Dans l'espoir que l'indemnisation des colons soit versée, la France encourage la production haïtienne: 82 navires français assurent son importation dès 1821 contre 39 en 1817. En 1824, la moitié des 10 millions de tonnes de café importées par la France viennent d'Haïti, 45 % que les 3,86 millions de tonnes 1821. Ce n'est pourtant qu'un tiers de la production haïtienne. L'Angleterre importe elle 35,1 millions de livres de café d'Haïti en 1822, deux fois plus qu'en provenance de Cuba.

Les prix ont ensuite rebondi et les exportations haïtiennes sont passées de 15 000 tonnes à 30 000 tonnes entre 1824 et 1880, dont les deux tiers vendus en France[36]. En 1974, le café fournit environ la moitié des recettes d'exportation du pays. Ensuite, les recettes de la caféiculture ne cessent de chuter à cause du déboisement, certains Haïtiens préférant faire du charbon de bois, en espérant que cela permettrait de faire face à la crise économique[42], obligeant à des opérations de opérations de correction des ravines et de conservation de sols. Haïti a du mal, dès le début des annnées 1980, à remplir son quota de 22 000 tonnes de café prévu par l'Accord international sur le café. La part de de la population travaillant dans l'agriculture chuté de 66% sur la décennie[43],[44]. Le terrible Séisme de 2010 à Haïti a ensuite laissé le pays dans la désolation.

Cuba et l'épopée des réfugiés français[modifier | modifier le code]

Portrait anonyme du début du XIXe siècle traditionnellement considéré comme représentant Jean Lafitte ; Rosenberg Library, Galveston
Les deux robusta (sur la photo) et de l'arabica sont produites à Cuba.

Cuba vit à son tour aussi une "révolution caféière: les exportations de café y sont passées de zéro en 1789 à 10 000 tonnes en 1810, puis 20 000 dans les années 1820, le Brésil ne lui prenant sa place de leader mondial qu'en profitant de la très forte croissance économique mondiale des années 1830[45].

Juan Bautista Vaillant Berthier régisseur espagnol de Santiago de Cuba à la fin du XVIIIe siècle organise l'arrivée des réfugiés français de Saint-Domingue à Cuba dans la partie orientale de l'île, alors peu habitée. La culture du café est fortement développée. Prudencio Casamayor fonde en 1800 la plus importante maison de négoce de café de la ville à Santiago de Cuba, qui devient un grand port d'exportation caféière, ainsi qu'une capitale de la piraterie des années 1800 dans la Caraïbe. Le recensement de 1800 dénombre 250 noms français de marins portant un prénom espagnol, dont un « Pedro Lafitta », alias Pierre Lafitte, frère du pirate français Jean Lafitte[46].

Les réfugiés français contribuent à une révolution du café à Cuba, sur les hauteurs de Santiago de Cuba, dans la Sierra Maestra. Une estimation de 1807, fait état de 192 exploitations caféières, qui emploient 1676 esclaves pour 4,3 millions de pieds de café[47]. Les plantations de café françaises essaiment aussi vers la côte ouest, entre 1808 et 1810[48]. Beaucoup d'immigrés français viennent alors du Sud-Ouest de la France, en particulier de Bordeaux. Ils s'implantent alors dans le secteur baptisé "Vuelta Abajo", dans la partie occidentale de Cuba, selon l'historien Bernard Lavallé[49]. Ce succès est tellement éclatant qu'il déclenche les émeutes anti-françaises de mars 1809 à Cuba.

Quinquennats 1804-1805 1806-1810 1811-1815 1816-1820 1821-1825 1826-1830 1831-1835 1836-1840 1841-1845 1846-1850 1851-1855 1856-1859
Millions de livres 1,5 4,8 11,5 16 21,7 40 50,1 47 42,2 19,2 13,7 5,1

La Jamaïque et Ceylan, les deux relatifs échecs britanniques[modifier | modifier le code]

Jamaica Blue Mountain café.

Les quinze premières années du XIXe siècle ont vu la production jamaïcaine, qui avait échoué au XVIIIe siècle, multipliée par trente, avant d'être divisée par deux face à la montée de Cuba, du Brésil et du Costa Rica. En 1789, les Antilles françaises sont à leur apogée. Elles rapportent 8 millions de sterling par an à la France, soit la moitié de ses exportations totales et 25 % de plus que ce que les Antilles anglaises exporteront dix ans plus tard, en comblant une partie du vide causé par la Révolution haïtienne. La plupart des planteurs de Saint-Domingue fuient les massacres et expropriations pour s'installer en Louisiane, à Cuba et à la Jamaïque. Cette dernière connaît le café depuis 1728, l'année où son gouverneur anglais Nicholas Lawes (1652-1731) l'a acclimaté dans l'île. Le gouvernement anglais cherchait alors à activer la production de café, à l'aide d'avantages fiscaux, tout en taxant la culture du sucre, via le Sugar and Molasses Act, car cette dernière a tendance à donner trop de pouvoir aux distilleurs de Rhum la capricieuse Nouvelle-Angleterre. Mais ces avantages fiscaux, relatifs, n'ont pas suffi à concurrencer le café de Saint-Domingue.

Dopée par l'arrivée de planteurs français, la Jamaïque voit sa production de café passer d'un million de livres en 1789 à 34 millions en 1814, avant de revenir à 17 millions en 1834, en raison de la concurrence cubaine et brésilienne et des dégâts causés par la déforestation massive des zones montagneuses[50].

Localisation du pays Cockpit en Jamaïque.

L'expansion caféière de la Jamaïque est aussi freinée, à partir de 1806, par l'interdiction de la traite négrière sur les territoires anglais. Le prix des esclave flambe, d'autant que beaucoup sont revendus aux planteurs de coton américain, dont l'activité est alors en pleine expansion après le Transfert de la cour portugaise au Brésil, qui déclenche l'envolée des cours du coton. Le café de Jamaïque se raréfie progressivement. Il restera cependant une appellation recherchée. Situées sur les flancs du Mont-bleu à 2 000 mètres d'altitude, dans la région du "pays Cockpit", les plantations donnent des cafés d'une qualité exquise, le célèbre Blue Mountain.

Pour faire face aux difficultés de la Jamaïque après 1806, la culture du café fut encouragée dans d'autres colonies anglaises, en particulier à Ceylan. Les caféiers de Ceylan et ceux des Nilgherries[51] appartiennent à ces excellentes variété montagnardes, tout comme ceux de la majeure partie de ceux du Yémen qui, dans leurs vallons élevés, essuient parfois des nuits très froides. Mais ils ne perceront jamais sur le marché mondial. Les caféiers de Ceylan sont en effet ravagés par une maladie et remplacés par des plantations de thé.

La consommation fait rebondir les prix dans les années 1850[modifier | modifier le code]

Grains de café torréfiés.

La très forte croissance économique mondiale des années 1850 dope les cours du café car la consommation commence à augmenter en flèche dans deux pays, l'Allemagne et les États-Unis, qui ont su privilégier leur approvisionnement au Brésil et en Amérique centrale. Les importations de café en Angleterre se sont élevées à 51 millions en 1850, contre 1 million de livres en 1805, à l'époque du Blocus continental.

Alors que les cours du café avaient été divisés par quatre entre 1822 et 1843, sous l'effet de la première vague de défrichages au Brésil et de montée en puissance d'autres nouveaux pays producteurs (Amérique centrale, Jamaïque, Cuba), ces deux derniers voient leur production refluer dans les années 1840. En 1858, les cours ont déjà rebondi de 50% en quinze ans[39] et en 1861, ils ont encore repris 18% en trois ans[39]. Une nouvelle vague de hausse aura lieu dans les années 1870, et en 1876, les prix ont doublé (de 12 à 23 cents la livre) en six ans, puis ils retombent à 11 cents dès 1883, après la crise de surproduction de 1882[52]. Ce contexte favorable permet à la production d'Amérique centrale et de Colombie émerger et à celle du Brésil de connaitre de nouvelles vagues de hausse.

Plantation à São João do Manhuaçu City, Minas Gerais, Brésil.

L'essor rapide de la consommation mondiale de café va favoriser la politique de dons de terre du Brésil, modifiée en 1850[53]. À partir de 1865, la vente au client d'un café déjà torréfié augmente la consommation mais en 1868 la production diminue en Amérique centrale et au Brésil alors que la consommation continue à progresser[36], la spéculation venant ensuite s'emparer de la vague de gels qui déciment les plantations de la région de Sao Paulo en 1870, tandis qu'une maladie a éteint celles de Ceylan[54]. L'économiste brésilien Antônio Delfim Netto, ex-ministre de l'agriculture, cité par Frederic Mauro, dans son "Histoire du café", distingue trois cycles au XIXe siècle (1857-1868, 1869-1895 et 1896-1906) et observe qu'au siècle suivant, les cycles sont plus longs.

L'Amérique centrale pionnière des voies de communication et des sociétés d'immigration[modifier | modifier le code]

Entre 1840 et 1880, l'Amérique centrale s'équipe avant les autres pays caféiculteurs de voies de communications modernes et mobilise, le plus souvent à cette fin, les sociétés d'émigrations européennes, puis les négociants allemands, qui investissent le Guatemala, d'où ils partiront ensuite vers le Mexique. Des belges, français argentins et colombiens ont aussi contribué fortement aux progrès de la caféiculture au Costa Rica et au Guatemala, les deux pays précurseurs, sur des terres volcaniques favorables à une caféiculture d'arabica doux et lavés, très recherchés en Europe, qui stabilisent les populations indiennes.

Les premiers gouvernements costaricains manient le fisc et les cadeaux[modifier | modifier le code]

Statue à l’effigie de Juan Mora Fernández, à San José

En 1821, le Costa Rica obtient son indépendance et fonde la République fédérale d'Amérique centrale. Juan Mora Fernández, premier président du Costa Rica, de 1825 à 1833 encourage la caféiculture par des exemptions fiscales[55]. On distribue gratuitement des terres aux personnes qui s'engageaient à cultiver du café, les autorités de certaines communes obligeant même à posséder au moins un certain nombre de caféiers[55]. Dès 1826-1827, l'inventeur gallois Richard Trevithick proposa la construction d'une voie ferrée entre Limon, sur la côte caraïbe, et le port de Puntarenas, sur l'autre versant, en passant par San José, ainsi que des embranchements vers des sites miniers[55][56].

Dans les années 1830, le roi de la Côte des Mosquitos, Robert Charles Frederic, successeur de George Frédéric Augustus Ier, donne concession[57] aux négociants jamaïcains William Hodgson et Samuel Shepherd[58], avec mandat pour les exploiter au-delà de la région. Ce dernier se lie avec Don George Stiepel, un ancien soldat, qui développe en 1832 le commerce du café avec l'Angleterre, via les ports du Chili. Dès 1839, il contrôle 11,5% des des exportations du port de Puntarenas[59]. Des étrangers, en particulier des Espagnols, acquièrent de nombreuses plantations. En 1839, le pays exporte déjà 9 000 tonnes. La production caféicole du Costa Rica passe de 50000 livres en 1832 à 8 millions en 1853 et 20,7 millions en 1868, quand les commerçants britanniques commencèrent à s'intéresser à l'excellent café suave de la vallée centrale, aux conditions écologiques propices: altitude allant de 700 à 1 500 m, sols fertiles et bien drainés. En 1843, le navigateur guernesiais William Le Lacheur met en place une route commerciale régulière et directe pour les producteurs de café du Costa Rica vers l’Europe[60], contribuant ainsi à créer des débouchés commerciaux pour le café, sous la marque "Café de Valparaiso"[60], le port chilien servant pour la réexpédition. C'est l'année où les producteurs de café du Costa Rica détenant un patrimoine de plus de mille pesos sont déjà au nombre de 101, plus nombreux que ceux qui ont moins de ce montant, et presque aussi nombreux que les 160 possédants détenant ce capital mais exerçant dans d'autres domaines[61].

Les chars à bœufs pour remplacer les sentiers muletiers[modifier | modifier le code]

Braulio Carrillo a ordonné de construire la "route de l'Atlantique" vers les ports britanniques. La "Sociedad Econômica Itinérante" est créée en novembre 1843 par des caféiculteurs qui bâtissent entre 1844 et 1846 une nouvelle route jusqu'au port de Puntarenas, cette fois sur le Pacifique, grâce à une taxe spéciale perçue sur le café d'exportation: les mulets furent remplacés par des chars à bœufs qui pouvaient transporter quelque 300 kg de café chacun à l'aller, pour une durée du transport de 5 à 6 jours, et de produits alimentaires importés au retour[55]. Mais au cours de la saison des pluies (du mois de mai au mois de novembre) la route disparaissait[55] sous la boue: le rêve d'une route directe à l'océan Atlantique demeurait et les projets se succédèrent, pour la plupart ferroviaires[55].

Les sociétés d'immigration belges et allemandes[modifier | modifier le code]

Le caféiculteur Juan Rafael Mora Porras assure 8% des exportations de café du Costa Rica et 16% de la transformation du café en 1849, l'année où il est élu président du Costa Rica. Depuis la Révolution de 1848 en Europe, qui génère des exilés, de liens diplomatiques ont été établis entre l'Allemagne et le Costa Rica. Juan Rafael Mora Porras les renforce. Plusieurs colonies allemandes sont fondées:

Image satellite du golfe de Nicoya, vers lequel les 37 familles allemandes de la colonie de Míravalles arrivées en 1851 doivent construire une route, pour désenclaver l'exploitation caféière de l'argentin Crisanto Medina.
  • Dans la province de Cartago, s'installent en 1853 une centaine de familles de Brême[64], menées par le baron Alexander von Bülow, créater en 1849 la "Berlin Colonial Association", qui coopère avec sa rivale l'"Hamburg Association for Colonisation in Central America". Ils fondent la colonie d'Angostura (Costa Rica), à une altitude moyenne de 1 000 mètres, sur les flancs du Turrialba. L'ingénieur Franz Kurtze tente de tracer une route vers la côte atlantique, pour le transport des produits de la colonie vers l'Allemagne. Mais il a trop tôt épuisé la quasi-totalité du prêt destiné à la construction de routes, ruinant la colonie, qui doit exporter alors vers le Pacifique, par le chemin existant.
Vue aérienne du sommet du Volcan Turrialba. La colonie allemande d'Angostura s'est installée sur ses flancs.
La colonie de Santo Tomás de Castilla, sur la côte nord-ouest du Guatemala avait pour mission de tracer une route jusqu'à l'Océan

Sur la côte atlantique du Guatemala, la Compagnie belge de colonisation, achète en 1843 la colonie de Santo Tomás de Castilla, avec l'aide de Léopold Ier de Belgique, pour "ouvrir un chemin", "mettre le port en communication avec l'intérieur", mais les maladies ont "décimé ces hommes, qui ne peuvent supporter un climat aussi rigoureux"[65]. La colonie abandonne en 1854[66]. La colonie disparaît rapidement mais 144 belges acceptent de rester dans le pays, en prenant sa nationalité[67], dont plusieurs dans la caféiculture et le négoce, tandis que 33 autres s'établissent dans d'autres pays d'Amérique centrale. Deux français colons de Santo Tomás de Castilla restent au Guatemala:

  • son directeur scientifique le professeur de biologie Jules Rossignon, qui créé une grande ferme à "Las Victorias", site de la future ville de Cobán, dans le Département d'Alta Verapaz et publie en 1861 un rapport encourageant sur la culture du café, puis représente le café guatemaltèque à l'Exposition universelle de 1867 à Paris.
  • le baron Oscar du Teil s'installe en 1854 et plante 110000 caféiers de 1856 à 1859, avec son frère Javier, à Escuintla (Guatemala), sur la plaine côtière du Pacifique, puis fonde en 1867 la première compagnie de télégraphe du pays. L'amélioration des routes vers la côte Pacifique permet à ce versant de représenter plus des trois-quarts des exportations guatemaltèques sur la période 1859-1864, au lieu d'un tiers sur la période 1853-1858[68]. Du coup, le rôle des anglais dans les exportations par Belize diminue fortement[68].
Ancienne voie ferrée du Guatemala reliant les deux océans (interactive version)

Les chemins de fer, pour éviter le contournement du Cap Horn[modifier | modifier le code]

À la même époque, le Chemin de fer du Panama permet d'éviter le contournement du Cap Horn, les plantations d'Amérique centrale accédant en général plus facilement au Pacifique. Dès qu'il est achevé, en 1855, la firme de négoce allemande Hockmeyer & Rittscher s'implante au Guatemala pour organiser les exportations vers Hambourg[68]. En 1858, elle représente la "Panama Railroad Company" dans ses opérations au Guatemala, tout comme Hapag, la compagnie de Hambourg opérant entre le port de Colon, sur l'Atlantique, et des ports européens[68]. Le café guatemaltèque transite par la côte Pacifique puis traverse l'isthme du Panama par le train, avant de naviguer cette fois vers l'Europe. Il est aussi exporté par des compagnies maritimes anglaises[68]. Une autre maison de négoce allemande s'implante, "Rieper Augener". Venue de Brème, cette dernière est agent du North German Lloyd[69], fondée en 1857, à Brême, par le négociant Eduard Crüsemann

La colonisation allemande se tourne ensuite vers les terres vierges du Guatemala, facilitée par les lettres de Rodolfo Dieseldorff, installé en 1862 dans l'Alta Verapaz et le Quetzaltenango, pour la culture du café. En 1876, la construction du premier Chemin de fer du Guatemala a commencé[70]. La première section connecte en 1880 San José (Guatemala), sur la côte pacifique, et Escuintla, où le français Oscar du Teil avait planté 110000 caféiers de 1856 à 1859[68][71]. Elle est prolongée jusqu'à Guatemala City en 1884. Le capital national s'étant asséché, le diplomate allemand Von Erckert a rapporté que le nouveau gouvernement a préféré que le capital allemand complète. Dans l'Alta Verapaz, dès 1890, deux tiers de la production de café seront entre les mains des Allemands[52]. En 1900, ils sont 1 000 personnes et 3 000 en 1930, principalement à Cobán et dans les montagnes à la frontière avec le Chiapas (Mexique). Suite aux pressions des États-Unis, la plupart des colons se verront expulsés par le gouvernement guatémaltèque dans les années 1940.

Au Salvador voisin, l'introduction du café date des années 1860, sur fond de guerre contre les autres pays centre-américains quasi permanente: une « république caféière » s'installe, favorisant les intérêts des propriétaires terriens et de l'oligarchie des « 14 familles ». Au Nicaragua, les allemands s'établissent à Matagalpa, Estelí et Jinotega où subsistent de nombreux les Nicaraguayens d'origine allemande.

Les plantations allemandes du Soconusco, au sud-ouest du Chiapas[modifier | modifier le code]

En bleu foncé, le Soconusco, au sud-ouest du Chiapas

Au Guatemala, la politique libérale lancée dans les années 1870 fait qu'en 1885 les négociants étrangers contrôlent 83,5% du commerce d'importation et réinvestissent une partie de leurs bénéfices dans les plantations de café[72]. Ainsi, les négociants allemands se "ruralisent", s'érigent en secteur dominant de l'économie guatémaltèque et consolident leur suprématie politique, au détriment de la formation d'une bourgeoisie nationale[72].

La culture du café s'étend dans les années 1880 depuis la côte nord-ouest du Guatemala vers le Soconusco, au sud-ouest du Mexique. Le Mexique avait annexé le Chiapas en 1824 et revendiqué le Soconusco dès 1825, ce qui n'a pas été accepté par le Guatemala ni l'élite dirigeante à Soconusco. Lors des conflits des décennies suivantes, la population favorise à l'intégration au Guatemala[73]. Suite aux négociations de 1877 et en 1879, un traité est signé en 1882 pour formaliser une frontière, qui a divisé la région de Soconusco, la majeure partie allant au Mexique, converti lui aussi à une politique libérale qui favorise la colonisation des terres vierges. Les allemands investissent capitaux et technologie et contrôlent l'exportation. Ils arrivent dans les années 1870 et 1880[72], directement d'Allemagne ou en provenance du Guatemala, où ils possèdent déjà des "fincas". Les maisons d'importation de Hambourg, Brême ou Lübeck cherchent un plus grand contrôle de leur approvisionnement en monopolisant l'exportation du café[72]. Parmi elles[72]:

Porfirio Díaz, autocrate qui a pris le pouvoir en 1876, instaure le « Porfiriat » pour faire du Mexique un pays « développé », aligné sur le modèle capitaliste occidental[74][75], via, s'il le faut, l’écrasement de rébellions paysannes et indigènes[74]. Les flancs du volcan Tacaná, à une demi-heure de la frontière avec le Guatemala[75], outre leur extrême fertilité[74], sont inexploités et la main d’œuvre, majoritairement indigène, mais aussi constituée de Kanaks importés par les colons[74][75].

En 1890, Porfirio Díaz et Bismarck ont collaboré pour envoyer 450 familles allemandes au Soconusco, près de Tapachula. Les fermes ont été érigées dans la jungle de Chiapaneco et ont donné des noms allemands tels que Hamburgo, Brême, Lübeck, Agrovia, Bismarck, Prusse et Hanovre. Entre 1895 et 1900, 11,5 millions de kg de café ont été récoltés dans le Soconusco. En moins de 20 ans, entre 1890 et 1910, la région est devenue le principal producteur de café du Mexique[76].

Lors de la Révolution mexicaine de 1910, les propriétaires de plantations résistent mieux au pillage des différentes factions, car le café, vendu à l'étranger, était plus difficile à convertir en argent comptant que le bétail.

Le café de Colombie surmonte les guerres civiles à partir de 1880[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Caféiculture en Colombie.
Cultures de café dans les Llanos : croquis d'Édouard André (1869).

Le café colombien a pris son essor dans la province de Santander vers 1860: le café ne représent que 7 % des exportations totales dans les années 1870 puis atteint 39 % entre 1905 et 1909, grâce au chemin de fer (620 km de voies seulement en 1906), et 74 % entre 1920 et 1924[77].

La caféiculture gagne la province de Santander depuis le Venezuela voisin, en réponse à la crise de l'artisanat local[M 1], supplantant les cultures de cacao et de coton, puis gagne le Cundinamarca et le Tolima vers 1870, mais lentement: le Santander fournit encore 90% de la production nationale (soit 10 000 tonnes par an, vers 1875[M 2]). Ensuite, la croissance vient d'exilés au Guatemala qui vont revenir en 1881 et contribuer à la colonisation des régions les plus fertiles, dans l'Antioquia, dont ils sont originaires, en utilisant leur expérience technique acquise au Guatemala.

Toutes les Cordillères au Sud de Medellín ont été progressivement colonisées dans un mouvement qui a duré plus d’un siècle[1]. En Colombie, les cultures de café vont peu à peu se répartir sur les trois ramifications de la Cordillère des Andes, entre 1 300 et 1 900 m d'altitude par rapport au niveau de la mer, dans des zones de versants à climat tempéré[T 1]. Au niveau de la cordillère centrale, et plus précisément dans la région comprise entre le sud de la vallée d'Aburrá (es), où se trouve Medellín, et le nord de la vallée du Cauca, les sols sont plus fertiles et moins sujets à l'érosion que ceux des cordillères occidentale et orientale car ils sont composés d'épaisses couches de cendres volcaniques[T 1].

Zones de culture du café en Colombie.

Au XXe siècle, la colonisation colombienne résulte de "la symbiose des efforts privés de planification de la part d’entrepreneurs capitalistes très puissants" et du "caractère spontané des migrations paysannes à la recherche de terres et de travail, avec un arrière plan de relative passivité étatique"[1]. Les caféiers sont cultivés par des petits paysans indépendants ou dans de grands domaines appelés haciendas. Mal payés, leurs salariés ne prennent pas bien soin des plants et les rendements sont médiocres. C'est colonisation de l'Antioquia, commencée à partir de 1890, qui permet à la culture du café de devenir réellement un important produit d'exportation[78], travaillé par des paysans propriétaires.

Héritage colonial, les haciendas de café permettent de réinvestir les liquidités commerciales issues des exploitations de mines et du tabac, en augmentant les surfaces plantées. Les familles regroupées dans la société de négoce Ospina, Vasquez, and Jaramillo, dirigée par Julián Vásquez Calle, un ex-leader politiques et commercial de l'Antioquia, possèdent ainsi des mines d'or en Colombie, mais doivent fuir au Guatemala face à Guerre civile colombienne (1860-1862), rejoindre l'agronome et avocat Mariano Ospina Rodríguez, président de la Colombie entre 1857 et 1861. Installés à Cuajiniquilapa puis à Flores Costa Cuca, ils achètent la propriété "Las Mercedes", première exploitation à grande échelle du Guatemala sous la direction de Leon Ospina Rodríguez, à 20 miles de San Martin Zapotitlan. Ils obtiennent des autorités l'autorisation de construire leur propre route pour éviter le détour par Retalhuleu, qui fait rallonger le trajet en mules pour le transport du café, de 39 à 66 kilomètres, et importent des machines d'Angleterre avant de tout revendre en 1881 pour repartir en Colombie

La société détient six plantations de café[79]. Ospina Rodríguez et Eduardo Vásquez développent la Caféiculture en Colombie, dans l'Antioquia, où ils créent les plus grandes plantations et se montrent très actifs dans les prémices de la fondation de la Federación Nacional de Cafeteros de Colombia. Entre 1888 et 1896, elle plante plus d'un demi-million d'arbres à café sur ses plantations de Fredonia, Amagá et Titiribí[79]. Auparavant, à partir de 1875, le café de Colombie a traverseéune grave crise qui devient catastrophique à partir de 1890 : les cours mondiaux du café chutent et les guerres civiles des débuts de la Regeneración dévastent les régions productrices en désorganisant les grandes haciendas qui fournissent alors l'essentiel de la production[M 2].

Les propriétaires terriens, qui bien souvent associent le traitement du café aux produits complémentaires d'une économie relativement autosuffisante, dépendent d'entreprises importatrices européennes et américaines qui facilitent les lignes de crédit afin de contourner certaines conditions du marché intérieur.

Les aides mises en place par les gouvernements de Rafael Núñez et de ses successeurs (crédits aux taux très favorables) restent sans grands effets: vers 1910, le café n'occupe plus qu'une place secondaire dans l'agriculture de ces régions[M 2]. Cependant, l'ouest du pays a moins souffert de ces guerres civiles, en particulier l'Antioquia qui offre de bonnes conditions climatiques et compte déjà une classe d'entrepreneurs dynamiques ayant prospéré grâce à l'extraction minière[M 3] et qui sont disposés à prendre des risques. La culture du café s'implante donc dans cette région et fait sa fortune[M 4].

L'avènement du géant brésilien[modifier | modifier le code]

Les zones productrices de café au Brésil (orange foncé) sont situées dans le sud du pays.

L'engouement des pays occidentaux pour le café provoque un développement rapide des plantations caféières dans la région de Rio et l'organisation d'une économie originale où des « fazendas » assurent la culture, la cueillette, la torréfaction et l'expédition vers les ports du Havre, de Bordeaux[80].

Dès 1831, le Brésil devient le premier producteur mondial de café, fruit qu'il exporte pour la première fois en plus grande quantité que le sucre[81]. Un demi-siècle plus tôt, le premier caféier du Brésil avait grandi non loin de Rio de Janeiro, dans un couvent franciscain, qui le présenta en 1774 au vice-roi portugais. Les petites plantations caféières se multiplient après 1813 et l'abolition du blocus continental organisé par Napoléon en Europe. En 1817 la première fazenda de café est fondée dans la vallée du Paraíba, où le café enrichit rapidement l'oligarchie rurale et les cités comme Guaratinguetá, Bananal et Pindamonhangaba. La production est écoulée par des convois de mulets vers Rio de Janeiro.

Les arrivées d'esclaves noirs au Brésil culminent à 43 000 par an dans les années 1820. La culture du café en est la principale raison, selon l'étude détaillée de l'historien Herbert S. Klein[81]. De larges exploitations de 300 à 400 esclaves pouvant compter 400 000 à 500 000 pieds de café, avec des coûts de production très bas, qui font baisser les cours mondiaux.

Les défrichages à partir de 1830[modifier | modifier le code]

La mésorégion de la vallée du Paraíba Paulista et la microrégion de la Vallée de la Paraíba Fluminense, où ont lieu les premiers grands défrichements brésiliens liés à la caféiculture.

La très forte croissance économique mondiale des années 1830 accélère la spéculation foncière. Les défrichages se multiplient. Les années 1840 voient arriver encore 400 000 esclaves au Brésil[82]. Si la vallée du Paraíba est partie la première, 100 000 esclaves y travaillant dans le café en 1860, chiffre qui culmine à 129 000 dans la décennie suivante, la région de São Paulo se joint à cette expansion dès les années 1840, lorsqu'elle emploie déjà 25 000 esclaves noirs[81].

Les liens avec l'Europe sont renforcés quand le jeune Théodore Wille (1818-1892) est venu au Brésil en 1838, où il a fondé les entreprises de négoce allemandes Wille, Schimillinski and Co à Rio de Janeiro et Theodor Wille & Co, dans le grand port de Santos,

À partir de 1860, une répression plus sévère de la Traite négrière et l'appauvrissement des sols affectent la caféiculture, qui se déplace vers les régions d'Itu et Campinas, près de Jundiaí, jusque-là consacrées à la canne à sucre[83]. La production du Brésil fait alors des mouvements d'accordéon : 1,5 million de sacs (le sac de café de 60 kg est l'unité de référence) en 1846[84], puis 2,25 millions en 1854, avant un retour à 1,48 million de sacs en 1864.

Le décollage de la période 1867-1896[modifier | modifier le code]

La culture du café dans l'État de São Paulo, vers 1900.

Puis c'est l'envolée en 1867, l'année de l'ouverture du chemin de fer de la São Paulo Railway, avec 2,65 millions de sacs rien que pour l'exportation, dont 1,43 million en Europe et 1,2 million aux États-Unis. Construit avec des capitaux anglais, ce chemin de fer permit d'écouler le café vers le port de Santos, via Jundiaí, São Paulo, et la ville de Paranapiacaba, bâtie pour l'occasion en pleine montagne, avec une reproduction de Big Ben importée d'Angleterre.

Un peu avant 1870, la caféiculture atteint les terres rouges et fertiles du Nord-est de São Paulo, près de Ribeirão Preto, où apparaîtront les plus grandes et plus productives fermes de café du monde. Pour y travailler, le gouvernement encourage l'immigration d'italiens, portugais, espagnols et arabes. La production de cette nouvelle région caféière dépasse celle de Rio de Janeiro dès la fin des années 1870[85] Elle bénéficie ensuite de la « politique du café au lait ». En Europe, dès 1882-1883, l'idée d'un marché à terme du café s'impose car les énormes récoltes brésiliennes de café, dans cet État de São Paulo, ont destabilisé les cours mondiaux[86]. En 1888, la libération de 70000 esclaves au Brésil fait chuter la production, le cours mondial passe en cinq ans de 18 à 31 cents[52], puis la production brésilienne se réorganise et repart de plus belle. Les années 1890 voient la population de l'État de São Paulo doubler. On y construit la seconde gare de la Luz et les grands édifices de l'avenue Paulista en 1891.

Le Brésil contrôlé par les grands groupes de négoce étrangers[modifier | modifier le code]

Grâce à l'avancée de la colonisation et la création de grandes plantations dans l'État de São Paulo, le Brésil double sa production en trente ans. Au début du XXe siècle, il fournit 75% de la production mondiale de café dont la moitié par l'État de São Paulo[72]. Ce sont les bonds de la production brésilienne dans les années 1890 et les années 1910 qui représenteront l'essentiel de la variation de l'offre mondiale. Dès 1880, les fluctuations des prix mondiaux deviennent esclaves des aléas climatiques de la production brésilienne (gelées, au Sao Paulo et Parana, sécheresses, plus au Nord). Les maisons de négoce suivent de très près toutes les informations locales. Le contrôle des stocks leur permet, en plus, d'influencer les prix internationaux[72] et de tirer profit de leurs variations.

Chemin de fer menant le café de São Paulo au port de Santos (Harper's Weekly, Vol. 12, nº 623, 1868).

Alors que c'est un banquier du Brésil[87], Barão de Mauá, qui avait convaincu le gouvernement brésilien de réaliser la ligne ferroviaire de 79 kilomètres reliant São Paulo au Port de Santos pour transporter le café, les capitaux étrangers dans la commercialisation du café de São Paulo ont augmenté dans les années 1880, ainsi que dans d'autres secteurs de l'économie brésilienne L'essor du café dans l'État de São Paulo entraîne ainsi celui du port de Santos, son débouché maritime, où s'installent au milieu du XIXe siècle les grands groupes de courtage et de négoce étrangers[72]. C'est le port d'embarquement spécialement outillé pour la manutention du café[72]. La plupart des dix premiers exportateurs de café brésilien sont allemands et anglais et neuf d'entre eux sont arrivés après 1870 dans le café, étant d'abord dans le coton et le sucre[33]. La plus importante, l'allemande Théodore Wille, en concentre 18,5%, ce qui représente 13,5% des échanges mondiaux ; les cinq premières firmes contrôlent 53% des exportations brésiliennes (39,75% des exportations mondiales); les dix premières, 71% (53,25%)[33]. Les 19 sociétés brésiliennes existantes exportent seulement 6.6% du café produit dans le pays[33]. Le présence des anglais s'illustre par la reproduction de Big Ben, Paranapiacaba, petite ville dédiée à la culture du café et à l'activité ferroviaire à 40 kilomètres au sud-est de São Paulo, en pleine Serra do Mar.Ils sont présent au palmarès des exportateurs de café brésilien sur une quinzaine d'années à la Belle Époque (1895-1909), en millions de sacs cumulés[33]:

  • Théodore Wille (Hambourg) installé au Brésil depuis 1844, fait 16,08 millions de sacs;
  • Neumann Kaffee Gruppe (Hambourg) fait 13,3 millions de sacs;
  • E. Johnson (Angleterre) fait 7,03 millions de sacs;
  • Hard, Rand (USA) fait 5,17 400 millions de sacs;
  • Carl Hellwig (Allemagne) fait 3,99 millions de sacs;
  • Prado Chaves fait 3,37 millions de sacs;
  • Goetz, Hayn fait 3,17 millions de sacs;
  • Zerrener, Bulow fait 2,88 millions de sacs;
  • J.W. Doane fait 2,4 millions de sacs.
Vue de Paranapiacaba dédiée à la culture du café et à l'activité ferroviaire à 40 kilomètres au sud-est de Sao Paulo, en pleine Serra do Mar.

Le Groupe Lacerda, importante maison de négoce créée au Brésil dans les années 1860 était encore le plus important exportateur de café dans le port de Santos en 1885-1886[88], avec 0,48 millions de sacs, devant deux maisons allemandes, Zerrener Bülow (0,45 millions de sacs) et Berla Cotrim (0,24 millions de sacs)[88], mais il est ensuite dépassé par d'autres groupes de négoce étrangers. La banque française De Neuflize participe au financement des opérations commerciales au Brésil des grands négociants de Hambourg. Ces opérations s'étendent à la couverture des achats à terme de café par le négoce redistributeur[33], mais les banques françaises sont peu présentes. Les courtiers du marché à terme international du Havre, peu liés à l'Empire colonial français[34], sont assez peu présents non plus au Brésil. Ils jouent pourtant un rôle [34] de plaque tournante: ils réexportent en Europe le café brésilien presque autant qu'ils l'importent en France[34]. Mais à la faveur de la Première Guerre mondiale, les financiers new-yorkais les supplantéent dans l'ouverture de crédits aux exportateurs brésiliens[34]: les réexpéditions havraises tombent au-dessous de 10 000 tonnes par an, quart du montant de 1913[34]. Le Havre est aussi handicapé par une fiscalité élevée: entre 1900 et 1910, les droits fiscaux d'importation du café en France s'élèvent à 128,5%[33].

L'aventure calédonienne[modifier | modifier le code]

Le café en Nouvelle-Calédonie au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1856, les père Maristes introduisent le café arabica à La Conception (Mont-Dore).

En 1862, l'ingénieur agronome Adolphe Boutan installe une ferme modèle au Pont-des-Français, avec une pépinière de caféiers. En 1864, il en distribue 60 000 pieds aux colons, prévoyant de s'installer du côte de Canala. En 1877, 50 ha sont plantés.

En 1890, suite aux problèmes climatiques qui atteignent les plantations du Brésil et de la Colombie, le cours du café est élevé. En 1894, le gouverneur Paul Feillet lance un plan ambitieux ː 47 000 hectares, 90 000 tonnes. De 1894 à 1905, seulement 6 000 ha ont été effectivement plantés. En 1912, l'inspecteur Revel constate l'échec ː abandon des concessions et de la colonie pour la moitié des colons du café.

En 1896, en raison de la rouille orangée et de la disparition du Café Leroy, l'arabica cède la place au robusta, provenant de Java, accompagné par une main-d'œuvre javanaise, dans l'euphorie des colons et de l'administration.

Le café en Nouvelle-Calédonie au XXe siècle[modifier | modifier le code]

La qualité du café calédonien est reconnue, sa quantité reste négligeable. En 1911, Paul Jobin découvre qu'un excellent café d'origine néo-calédonienne, est vendu à Paris par un commerçant antillais, M. Armogun, et il fonde la société Havraise Calédonienne pour développer cette importation.

De 1920 à 1945, l'administration vise à rééquilibrer la filière, en développant la culture du café en milieu mélanésien. La production kanak passe de 224 tonnes en 1932 à 541 tonnes en 1939. La production totale de 1939 est de 2 350 tonnes, dont plus de 2 000 exportées.

Dendroctonus ponderosae, ou Scolyte, parasite qui ravage les plantations néo-calédoniennes.

La Seconde Guerre Mondiale perturbe la filière. La présence américaine signifie accaparement des terres et de la main-d'œuvre. Le régime de l'indigénat est supprimé. En 1948, un insecte coléoptère parasite, le scolyte, ravage les plants, et exige des traitements chimiques. Le boom du nickel et du salariat provoque l'exode rural des anciens colons; et l'absentéisme sur plantation.

La production européenne s'effondre, la production mélanésienne augmente sur petites surfaces, avec la plantation de 2 000 ha, et s'exporte bien. Apr̠ès 1965, la caféiculture kanak recule.

Pendant la période 1978-1988, la Caisse Café promeut une Opération Café, pour rééquilibrer le pays, victime de la crise du nickel. le plan Dijoud prévoit de planter 2 000 nouveaux hectares ː un tiers est réalisé, en production intensive, sur la côte est, au soleil, sans ombrage. L'échec du café soleil est entérinée par les événements de 1987-1988 ː la production passe de 270 tonnes en 1988 à 60 tonnes en 1994.

Le café en Nouvelle-Calédonie au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

La relance de la caféiculture concerne 180 producteurs sur 72 ha, dont 49 ha en Province Nord ː producteur majoritairement kanak, d'environ 55 ans, en milieu tribal, en polyculture, sur une surface de 0,3 ha, en caférie sous ombrage, avec un rendement de 200 kg/ha[89].

Feuilles du café Bourbon, originaire de La Réunion, la variété cultivée en Nouvelle-Calédonie.

En 2003, plus de 90̤% des plantations sont en robusta, sur la côte est (au vent), sur les communes de Poindimié et Ponerihouen. Le coffea canephora a été introduit de Java en 1910. La variété Kouilou provient du Jardin Colonial de Nogent-sur-Marne.

Le reste se compose principalement d'arabica, cultivé sur la côte ouest (sous le vent), sur les communes de Poyé, Poya, Sarraméa, La Foa, Mont-Dore, généralement à l'abri des acacias ou des mandariniers . Le coffea laurina a été introduit par les pères maristes dans les années 1860-1880. Le Bourbon rouge provient de La Réunion.

Des hybrides sont également cultivés, dont la variété Catimor. Le congusta (faux arabica) a été introduit en 1967, de l'IRCC de Madagascar.

Diverses variétés de très haute qualité sont élevées (Café Leroy, Bourbon jaune, Bourbon rouge, Farino Blue) par quelques producteurs ː Domaine Ida-Marc (Belhomme, 18 000 pieds à Farino), Domaine de la Baie Inaccessible, Domaine Célénie en Haute-Ouengli à Boulouparis... (cafe-caledonien.com).

Le krach de 1896[modifier | modifier le code]

Le café, qui ne représentait que 40 % des exportations du Brésil dans les années 1830 est passé à 61,6 % dans les années 1880 puis à 64 % dans les années 1890, avant revenir rapidement à 51,3 % dans les années 1900, marquées par une chute des cours dès la seconde moitié de la décennie. L'année 1896 est en effet caractérisée par une grave surproduction caféière du Brésil, à 22 millions de sacs[90]. Le cours mondial chute de 32 cents à 8 cents en deux ans[52] et il stagne à ce niveau ensuite, au cours des deux dernières années du siècle.

La gare de la Luz vers 1900 , bâtie entre 1895 et 1901, pour créer le siège social de la São Paulo Railway.

Le caoutchouc devient plus attractif. Il passe de 15 % des exportations brésiliennes dans les années 1890 à 28 % dans les années 1900[91]. L'investissement étranger au Brésil a été extrêmement utile, mais s'est retourné contre le Brésil lorsqu'une partie des opérateurs étrangers ont fait faillite, après le krach de 1896[92].

Pas moins de 8 négociants du port de Santos font faillite au cours du premier semestre de 1896[92]. En 1897, le Groupe Lacerda accuse les États-Unis conspirer contre les intérêts brésiliens pour faire baisser les prix de vente du café et acheter directement le café aux planteurs sur le terrain[92]. Le facteur Honorio Riberiro organise des auditions devant la chambre de commerce et demande la création d'une instance chargée de défendre les prix de vente, idéalement une agence financée par le gouvernement. Ses arguments sont repris devant le parlement par le ministre des finances Bernardino de Campo[92]. Ce dernier rejette cependant l'idée d'un monopole de l'exportation pour une telle agence, et réclame surtout de meilleurs outils statistiques pour anticiper l'évolution des cours mondiaux. La crise s'aggrave en 1898 et une nouvelle loi autorise les planteurs à s'adresser directement aux exportateurs, qui ouvrent pour eux des entrepôts agrandis dans le port de Santos, en échange de faibles commissions[92]. C'est une menace directe pour l'activité des facteurs, qui jouaient jusque là le rôle d'intermédiaires[92].

Le XXe siècle[modifier | modifier le code]

Le XXe siècle est dominé par le géant brésilien qui contrôle la moitié de la production mondiale dès sa première décennie et apprend à piloter les cours mondiaux par des "plans de rétention", et surtout de destruction des arbres, en 1906, 1917 et 1921 et surtout après le krach de 1929, qui a fait plonger le prix des cerises vertes. C'est l'époque où apparaissent le café soluble, pour résorber les stocks, mais aussi des politiques coloniales ambitieuses pour développer la caféiculture paysanne, réussie à Madagascar, plus délicate dans les colonies belges d'Afrique centrale qui bénéficient pourtant des meilleurs arabicas amenés au début du siècle par les colons allemands. Le soutien au paysan crée des remous chez les colons et les négociants européens mais la production malgache est multipliée par six, ce qui va inspirer l'administration coloniale française en Côte d'Ivoire, où la récolte est multipliée par vingt en dix ans, grâce à des défrichements massifs, dans un contexte de cours mondiaux plus porteurs. Le succès de ces politiques comme celui des actions brésiliennes sur le marché amène à la mise en place en 1962 d'un accord international permettant aux pays producteurs et consommateurs de planifier une stabilité du marché à long terme, solution qui est dévastée par les terribles gelées de 1975, amputant de moitié la production brésilienne et triplant les cours mondiaux. La dernière décennie voit donc le retour en force des grands négociants, sur un marché libéré et diversifié par la montée en puissance du robusta du Viêt Nam et de l'Indonésie.

Les "plans de rétention" brésiliens de 1906, 1917 et 1921[modifier | modifier le code]

Georges Clemenceau, en visite au Brésil observe les résultats des "plans de rétention" brésiliens

La surproduction caféière du Brésil devient manifeste dès 1896, le pays ayant dépassé le seuil de 22 millions de sacs[90]. En 1903, l'État de São Paulo fixe des taxes prohibitives sur les nouvelles exploitations caféières[82]. En février 1906, une nouvelle crise de surproduction se dessine et les partisans d'une intervention énergique de l'État et des professionnels pour la combattre sont renforcés: c'est l'Accord de Taubaté, qui prévoit un effort de stockage, la promotion commerciale dans le monde et la lutte contre les ersatz. Réalisé sous l'égide de l'État de São Paulo, il est financé par une taxe de 3 francs par sac de café et un emprunt de 15 millions de sterling auprès de banques françaises et allemandes, en raison des réticences de la Banque Rothschild, principal créancier du Brésil depuis l'indépendance brésilienne. Le négociant allemand Théodore Wille le soutient, en échange d'un droit de regard sur l'état des stocks. Dans les quatre années qui suivent, 8 millions de sacs de café sont retirés du marché. Deux autres « plans de rétention » sont lancés, en 1917 puis en 1921, financés cette fois par la planche billet. Dans les trois cas, les cours du café se reprennent, à la grande surprise des économistes, comme le constate Georges Clemenceau, en visite au Brésil[82]. L'expansion caféière brésilienne culmine à 26 millions de sacs produits en 1937, soit les deux-tiers de l'offre mondiale. Le pays revient à 14 millions de sacs dès 1951, car de nouveaux pays producteurs émergent, tandis que la consommation mondiale diminue[93].

La rétention du café brésilien a profité au rival colombien, dont le café représente 50 % des exportations dès 1875. L’Orénoque illustré, du jésuite espagnol José Gumilla, missionnaire en Colombie, raconte comment furent semées les premières graines dans la mission de Santa Teresa puis à Popayán en 1736. Le café s’est ensuite étendu aux versants colombiens des cordillères des Andes, entre 2 000 et 3 000 mètres d'altitude, dans les départements d’Antioquia, Caldas, Risaralda, Quindío, Tolima et Valle del Cauca. De 9,3 % de la surface cultivée en 1915, il passe à 21,9 % en 1937, employant un million de planteurs sur 150 000 exploitations colombiennes, dont la moitié dans l’Antioquia. La Colombie relève ses tarifs douaniers de 70 % en 1907[94] et passe de 1 480 km de voies ferrées en 1922 à 3 362 km en 1934. Dès 1920, la Colombie pèse 11,3 % de l'offre mondiale, au deuxième rang après le Brésil.

Le Venezuela rayé des grands producteurs avant et après le krach de 1929[modifier | modifier le code]

Carte du bassin du Lac Maracaibo, une des zones de caféiculture du Venezuela, proche de la Colombie.

Au XVIIIe siècle, la caéficulture au Venezuela stagne et reste confinée à l'État de Táchira[80]. Au début du XIXe siècle, le Venezuela voit ses producteurs de café dépasser ceux de cacao et devenir les premiers exportateurs du pays, grâce à un cycle d'expansion sur la période 1810 à 1830[80], concentrée sur la partie centrale du pays. Mais les 17 années suivantes en paient le prix[80], la surproduction mondiale pèse sur les cours et entraîne une vaste dépression. Les cafés du pays, des fèves lavées, d'un vert bleuâtre très clair, généralement de bonne qualité[95], portent alors les noms des principales villes maritimes de la république, Porto-Cabello, le Guayra (ou Caracas) et Maracaibo[95] À partir de 1830, la culture du café est en voie de prendre d'année en année un développement plus considérable ; mais il est aussi affecté par les guerres civiles sans cesse renaissantes[95]. En 1868, la production caféière vénézuélienne a stagné depuis quinze ans, à environ 7 millions de kilo par an[95], avant de retrouver un cycle d'expansion entre 1872 et 1893[80], avec en particulier des cultures en progression dans les trois états andins, Tachira, Trujillo et Merida, qui représenteront à eux trois 45% de la production du pays dans les années 1920, à leur apogée[80].

Au début du XXe siècle, le Venezuela figure encore parmi les premiers producteurs de café et de cacao, puis découvre d’immenses réserves d’or noir… En dix ans seulement, de 1920 à 1930, le secteur pétrolier passe de 2,5 % du produit intérieur brut à près de 40 %, l’agriculture dévissant de 39 % à 12,2 %[96]. La crise des années 1930 provoque la chute des cours du café, incitant la plupart des pays de la région dévaluer leur monnaie pour maintenir la compétitivité de leurs exportations[96]. Le Venezuela cède au contraire à la pression du lobby commercial et organise l’importation de tout ce que le pays consomme: entre 1929 et 1938, Caracas élève la valeur du bolivar de 64 %, fermant les portes du commerce international au secteur agricole[96].

Les conséquences du "grand krach"[modifier | modifier le code]

Les stocks brésiliens brûlés et l'appel au café lyophilisé[modifier | modifier le code]

Le scolyte des cerises de café, un minuscule coléoptère parasite.

Malgré les "plans de rétention" brésiliens de 1906, 1917 et 1921, le pays recommence à produire massivement dans la seconde partie des années 1920. Le krach de 1929 et le profond ralentissement économique mondiale qui le suit déclenchent un "krach de 1930" sur le marché du café, dont les effets s'ajoutent à ceux de l'invasion, au Brésil, du scolyte des cerises de café, un minuscule coléoptère parasite de la taille d'une tête d'épingle, de couleur brun foncé, appelé aussi "Stephanoderes"[97], qui avait freiné la production à partir de 1928 au Brésil[97].

Café instantané

Pour maintenir les prix de vente et empêcher l'effondrement du marché, le Brésil est contraint de non seulement détruire des plantations mais de jeter à la mer ou brûler des stocks considérables de café, de la qualité la plus faible[97]. Sur la période comprise entre avril 1931 et juillet 1944, il détruit 78 214 253 sacs de café, soit près de 5 millions de tonnes, ce qui eut suffi à ravitailler l'Europe en café[97].D'autres récoltes sont volontairement diminuées dans d'autres pays.

Dans les années 1930, l'office brésilien du café demande aussi à Nestlé, dirigé par Auguste Roussy, de développer des « cubes de café », qui par simple adjonction d'eau chaude devraient permettre d'avoir instantanément un café. Un moyen d'écouler les stocks de café brut. L'invention du café soluble par le Néo-Zélandais David Strang ou l'Américain Satori Kato, en 1901[4], n'avait jusqu'ici guère réussi. En Suisse, une équipe est créée avec le professeur Paul Dutoit et le chimiste Max Morgenthaler (1901-1980). Les premiers essais ne sont pas concluants et la direction générale demande de les cesser. Mais Max Morgenthaler poursuit ses recherches dans sa maison. Il trouve enfin la formule : le grain est torréfié, moulu et passé dans de grosses cafetières, puis déshydraté. On ajoute ensuite des hydrates de carbone sans goût pour faciliter le séchage. Nescafé, qui perfectionna le procédé, fut créée en 1938. Les procédés de lyophilisation mis au point par le National Research Corp (NRC) lors de la Seconde Guerre mondiale ont indirectement contribué au perfectionnement du café instantané. À l'origine conçus pour la préparation de la pénicilline, du plasma sanguin et de la streptomycine pour l’armée américaine, ces procédés sont recyclés par le NRC.

Contradictions entre colons et administration au Rwanda-Burundi entre 1930 et 1938[modifier | modifier le code]

Créée dans les années 1880, l'Afrique orientale allemande (actuels Burundi, Rwanda et partie continentale de la Tanzanie), introduit dans les années 1900 la culture d'un arabica parmi les plus doux du monde, qui s’est développée vers les années 1930 sous la colonisation belge au Ruanda-Urundi. Cette zone d'une altitude moyenne suffisante, a été donnée à la Belgique, voisine au Congo, lors du Traité de Versailles de 1919 partageant la colonie allemande. L'extension de la caféiculture, pour laquelle toutes les autorités européennes sont mobilisées dès 1930, via des agronomes et moniteurs-café « indigènes »[98], a été effective en 1950. Tous les textes parlant du café, à commencer par une fameuse brochure élaborée en automne 19301, devaient être disponibles dans les écoles. Comme à Madagascar, l’essor du caféier, entre 1930 et 1938 créé un climat de contradiction majeure entre colons et administration[98], y compris dans la région voisine et non-caféière du Congo, dont les enjeux sont successivement la concurrence économique entre Blancs et Noirs et la question de la rémunération du travail des producteurs africains[98].

Les mille collines du Rwanda dans la région de Gitarama.

Le programme-café, soutenu par le vicaire apostolique, Mgr Julien Gorju, qui espère que que l’argent stabilise des populations enclines à émigrer vers des pays protestants[98], est donc arrêté en 1938[98]. La cartographie du courant migratoire défavorise les régions à grande densité caféicole (Ngozi et Kitega)[98], du moins avant les années 1950, le caféier devenant ensuite un facteur plus efficace de stabilisation des populations[98]. Dans les années 1940, le traitement des populations africaines change: la Belgique remplace les jeunes techniciens européens par des Africains formés à l’occidentale[98], les lauréats de l’école d’Astrida (Butare), créée en 1932 au Rwanda[98]. Le cercle des jeunes « Astridiens » acquiert les principes de liberté et d’égalité, mis au service du mouvement d’émancipation politique, au Rwanda ou au Burundi, devenant un foyer de nationalisme moderne[98].

Madagascar, première pierre de l'empire caféier français[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1930, les apports coloniaux ne comptent guère dans les importations françaises de café: en 1913, sur 115200 tonnes importées, le Brésil en fournit plus de la moitié, 61447 tonnes, et l'empire colonial seulement 945 tonnes (1%), de qualités très décriées, dont seulement 65 tonnes pour Madagascar. En 1922, le gouverneur général de Madagascar, Hubert Auguste Garbit, prône la «standarisation» dans le domaine de la commercialisation et lance une enquête en France auprès des chambres de commerce des grands ports (Le Havre, Bordeaux, Nantes) et grands centres de consommation (Lyon, Lille) en vue de définir les meilleurs types des trois variétés de café de Madagascar proposées, Libéria, Congo et Arabica[34]: «la plus prisée jusqu'ici est la sorte Congo, vendue plus communément sous le nom de Kouilou de Madagascar ou Bourbon de Madagascar» répondent les questionnés, qui formulent une condamnation sans appel de la variété "Libéria"[34].

Carte Postale d'Antananarivo en 1905

La politique de prix élevés du Brésil jointe à la sous-évaluation du franc vers 1926 permettent d'écouler les cafés coloniaux en 1926-1928[34], même ceux de qualité modeste, «à des prix très rémunérateurs»[34]. En 1930, le Brésil est toujours loin en tête (116000 tonnes sur 179000 tonnes, mais Madagascar exporte 6 671 tonnes et l'ensemble des autres colonies française 1720 tonnes, près de 4 fois moins: au total, les exportations coloniales représentent que 4,6% des importations françaises de café[34]. Le Cameroun, qui veut se lancer dans la culture caféière, consulte les autorités de Madagascar[34].

Dans les années 1920 et 1930, les colons français tentent de faire interdire les plantations de café opérées par des indigènes sur la côte est de Madagascar[99]. Une pétition est transmise en octobre 1930 au gouverneur général Léon Cayla, arrivé en mai 1930, évoquant le «danger d'un prolétariat européen, dans une masse indigène qui va se retrouver elle-même réduite à la misère, à la famine et déçue pour avoir voulu imiter l'exemple des Européens». Mais l'administration prend parti pour les indigènes en constatant que leurs cultures sont plus efficaces[99]. En passant de 12 000 à 25 000 km, la longueur du réseau routier double en neuf ans, sous le mandat de Léon Cayla, le "gouverneur du café".

Après le premier effort de plantation des années 1924-1929, le krach de 1929, et la forte baisse des prix se traduit pour les planteurs par des chiffres-chocs[34] : 20 francs le kilo de café à l'âge d'or (juillet 1926), 9 à 10 francs en 1928, considéré comme le juste prix, équivalent à celui de 1915, 5 francs fin 1929, prix qu'ils affirment être le coût de production, et 3,5 à 3 francs fin 1930, prix qui, assurent-ils, les réduit à la ruine, les plantations devant être abandonnées. Léon Cayla demande à Paris des mesures d'exception. Mais le ministère du Commerce[34], qui veut ménager le Brésil et Haïti, refuse l'incorporation aux droits de douane des taxes de consommation et d'importation réclamée par Cayla. En échange, les colonies obtiennent le système des primes au café institué par la loi du 31 mars 1931 et les décrets du 31 mai 1931, fondé sur la redistribution, aux exportateurs coloniaux, du produit d'une taxe spéciale de 0,1 francs par kilos sur tous les cafés entrant en France[34].

Léon Cayla s'engage à fond en 1931 dans l'aide aux planteurs, allant jusqu'à prélever sur la caisse de réserve de Madagascar, au point de la vider, les fonds prévus[34]. Le soutien à un niveau élevé des prix du café en 1931-1932, donne un coup de fouet décisif à la production paysanne. D'une année à l'autre, les plantations indigènes passent de 32 000 à 49 000 hectares, alors que celles des colons stagnent autour de 20 000 hectares pendant toute la décennie[34]. Le rapport entre le prix du café vendu et le prix du riz acheté, jugé intéressant par les communautés dès lors qu'il est supérieur à 3, évolue à la faveur de la baisse profonde et continue des cours du riz de 1926 à 1937[34].

Résultat, dans les années 1930, Madagascar est le principal exportateur de café dans l'ensemble francophone africain avec 83% du total, dépassant les autres pays d'Afrique [99], qui la rattraperont en deux temps, à la fin des années 1840 puis des années 1860[99]. La vague de plantations massive de 1931-1933 fait monter la production à 30 000 tonnes par an en 1937-1939 (six fois le tonnage d'il y a dix ans)[34], essor exclusivement paysan, celle des colons stagnant autour de 7 000 tonnes[34]. La Côte d'Ivoire complète pour faire passer les colonies françaises de 21000 à 50000 tonnes

Monument malgache commémorant le soulèvement de 1947-1948.

Le Havre conserve deux pratiques très défavorables aux cafés coloniaux, admis seulement en avril 1937 sur le marché à terme[34], faute d'apports en quantités suffisantes correspondant à des types classés et reconnus, tandis que le classement des cafés privilégie les diverses variétés d'Arabica, notamment le Santos brésilien considéré par les torréfacteurs comme base de tous les mélanges[34]. L'ingénieur de l'inspection des stations d'essai et laboratoires écrit dans le Bulletin économique de Madagascar que l'île, avec son Kouilou, ne produit que «des cafés secondaires de goût neutre», utilisables dans des mélanges, et dans la limite de 15 à 20% seulement, arguments repris par Édgar Raoul-Duval et Léon Regray dirigeants du syndicat du commerce des cafés du Havre. Ils dénoncent l'effet pervers des primes et "taux de protection de 80% pour le Libéria de Côte -d'Ivoire et seulement 57% pour l'arabica de Madagascar" (même si les régions où l'on pouvait faire sont fort limitées), puis créent en 1937 le premier marché à terme du monde sur le robusta[100].

Pour mettre en valeur sa "grande réussite", l'administration coloniale lance, elle, un grand plan de développement de l'Arabica[34], qui avait été introduit par les réunionnais mais presque entièremennt détruit par les parasites, et un encadrement des paysans dont l'objectif avoué est la disparition des commerçants asiatiques, tentatives interrompues par la guerre, dont l'issue sera défavorable[34]. Ensuite l'Insurrection malgache de 1947-1948, accompagnée de massacres de colons français et de Malgaches non-indépendantistes, fut suivie d'une terrible répression conduite par l'armée française qui fit plusieurs milliers de morts et d'une baisse de production de café au début des années 1950[99]. Certains négociants français comme la Société commerciale interocéanique se spécialisent dans le café malgache en 1950[101], anticipant la reprise de la production malgache. Elle est implantée à Manakara, tandis que les cafés Ancel, autre maison de négoce du Havre, sont à Tamatave[102].

Les plantations désorganisées par la seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Empire colonial français en 1920

Pendant la Seconde Guerre mondiale la séparation des colonies d'avec la mère-patrie pendant cinq années, les révoltes[97], la crise de la main-d'œuvre qui a suivi[97], et la rareté des transports[97] ont singulièrement entravé l'essor des plantation caféières dans les pays d'Outre-Mer de l'Union française, qui s'est rendue compte que beaucoup de plantations avaient été improvisées, sur fond d'octroi de primes d'État à la production, par des colons ou des indigènes complètement ignorants de la technique de la caféiculture[97].

Quand éclata la guerre, la France prévoyait pour 1940 une production coloniale de 74000 tonnes pour l'Afrique, soit plus du tiers de la consommation française de l'époque[97]. En 1948, l'Europe n'a reçu que 65280 tonnes, soit une baisse d'un cinquième en dix ans[97], et se retrouve distancée par la Belgique qui a reçu 85000 tonnes contre 53540 tonnes en 1938[97], soit une hausse de 60% sur la même période. En 1948, l'Angleterre reçoit 52800 tonnes, plus de deux fois les 22561 tonnes[97] de dix ans auparavant et la Suisse 34740 tonnes contre 19244 en 1938[97], un quasi doublement.

L'expansion en Afrique après la Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

De 1947 à 1956, le cours du café passe de 25 cents à 70%, presque un triplement en dix ans, ce qui favorise la croissance de l'offre dans de nombreux pays[72], mais de manière très différente selon les continents: Le Brésil n'exporte plus en 1962 que 40 % du café dans le monde contre 50 à 60 % avant la Seconde Guerre mondiale alors qu'avant 1914 sa part atteignait 80 % du café consommé[103]. Inversement, les pays africains de la zone franc exportent désormais environ 10 % du café consommé dans le monde, alors que leur part n'était que de 2 % avant la Seconde Guerre mondiale[103].

L'expansion en Afrique après la Seconde guerre mondiale concerne surtout le premier de ses 3 grands bassins de production:

  • l'Afrique de l’Ouest (30 % de la production africaine) qui cultive presque exclusivement le robusta, qui n'est pas amateur d'altitude et préfère les climats chauds et humides de type équatorien, où poussent aussi le cacaoyer et le bananier. Sa prodution est répartie sur deux bassins caféiers : celui centré autour de la Côte d’Ivoire (Guinée, Liberia, Sierra Leone, Ghana, Togo) et celui du Cameroun avec le Nigeria;
  • l'Afrique de l’Est, qui produit essentiellement de l’arabica, exception faite de l’Ouganda et Madagascar;
  • l'Afrique centrale, en déclin. La production en Angola chute brutalement à partir de 1975, celle du Congo à partir de 1992, principalement pour des raisons d’instabilité politique.
Carte (modélisation) de la répartition de la biodiversité sur l'île de Madagascar

Entre la fin de la guerre et 1962, la production de la Côte d'Ivoire est multipliée par 20[103] et celle du Cameroun par 15[103]. Ce bond gigantesque est dû essentiellement à la politique de soutien de la France qui absorbe la majeure partie de la production, alors que l'accession de ces pays à l'indépendance se dessine et risque d'influer sur les débouchés qu'ils peuvent trouver au cours des années qui suivront[103]. Madagascar a comparativement beaucoup moins progressé: seulement 60 % environ[103].

Dans le département d'Adzopé, dans le sud-est de la Côte- d'Ivoire, région la plus riche et la plus prospère du pays[104], d'où est partie l'économie de plantation, la grande culture du café n'a véritablement démarré qu'à partir de 1954: des documents anciens montrent qu'en 1954 le café couvrait 33 % des superficies plantées et le cacao 67 %[104], tandis que des enquêtes faites en 1963 révélent qu'un tiers des superficies plantées en cacaoyers sont antérieures à 1944 contre 5 % seulement pour le café[104]. Les mêmes enquêtes montraient que, toujours en 1963, 32 % des plantations de cacaoyers avaient moins de 10 ans, mais que 66 % des surfaces couvertes par le café étaient postérieures à 1954[104]. Le café a donc profité de cette évolution beaucoup plus que le cacao, qui prendra sa revanche bien plus tard. Le prix de vente du café est privilégié par les autorités, car l'Afrique pèse moins sur le marché mondial que pour le cacao et risque donc moins d'alimenter une surproduction. Encourager le café permet aussi de diversifier les risques agricoles.

Le président ivoirie Félix Houphouët-Boigny et son épouse Marie-Thérèse Houphouët-Boigny avec John F. Kennedy et Jackie Kennedy en 1962

C'est en 1954-1955, lors du déclenchement de la Guerre d'Algérie dans une autre partie de l'Empire colonial français, que le prix d'achat au kilogramme du café a connu une hausse extraordinaire : plus de 200 francs CFA[104]. Il déclenche le « boom café »[104], qui a consisté à défricher le maximum de forêts possible suivant une stratégie bien particulière: à partir d'une piste d'exploitation forestière, en compagnie de parents ou d'amis sûrs[104], le planteur ouvre un layon, afin d'isoler la portion de forêt qu'il veut mettre en valeur. Suit le défrichement de plusieurs parcelles à la fois, situées chacune à chaque coin de l'îlot. Cette marche pionnière a été favorisée par les exploitants forestiers qui avaient ouvert de nombreuses pistes, dans des zones forestières qui ont souvent échappé à l'emprise foncière traditionnelle, la terre appartenant de fait à celui qui le premier la met en valeur, même si de nombreux conflits ont opposé les défricheurs entre eux[104]. Certains défrichements touchent des forêts de l'État, appelées « forêts classées »[104], où se situent à plus de 20 kilomètres des villages, obligeant les planteurs à occupent temporairement un habitat secondaire[104]. Ils recourent à d'une main-d'œuvre complémentaire venue de la Haute-Volta[104].

En 1956 sont créées 11,5 % des parcelles plantées en café en 1963, soit plus de 7 000 hectares[104]. L'ampleur de ces déforestations fait vite craindre une surproduction: dès 1961 des mesures visent à mettre un terme à la création de nouvelles plantations de café[104]. En 1961, les défrichements dans département d'Adzopé n'ont porté que sur 1 % des parcelles plantées, soit 620 hectares[104]. Dès l'indépendance de 1960, le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny a privilégié le secteur primaire, mais en souhaitant défendre les prix de vente, à l'image de ce qui avait été fait un demi-siècle plus tôt au Brésil, mais encore plus vigoureusement, en créant la Caisse de stabilisation et de soutien des prix des productions agricoles (Caistab), garantissant chaque année un prix d’achat minimum aux planteurs. Entre 1960 et 1970, la production ivoirienne de cacao triple, atteignant 312 000 tonnes. Celle de café double, passant de 185 500 à 275 000 tonnes, progressions qui renforcent encore celle d'avant l'Indépendance.

La croissance avant et après la fin de l'Accord international sur le café[modifier | modifier le code]

producteurs de café (milliers de tonnes) en 1974, 1984 et 1994[2] :

1974 1984 1994
Brésil 1 615,3 33,9 % 1 420,3 27,2 % 1 307,3 22,8 %
Viêt-Nam 6,0 - 4,8 - 180,0 3,1 %
Indonésie 149,8 3,1 % 315,5 6 % 450,2 7,9 %
Colombie 470,0 9,9 % 807,8 15,5 % 721,9 12,6 %
Inde 86,4 1,8 % 105,0 2 % 208,0 3,6 %
Honduras 45,3 0,9 % 72,5 1,4 % 126,2 2,2 %
Ethiopie 153,4 3,2 % 145,3 2,8 % 207,0 3,6 %
Pérou 69,9 1,5 % 83,4 1,6 % 91,3 1,6 %
Guatemala 157,4 3,3 % 196,6 3,8 % 213,9 3,7 %
Mexique 220,8 4,6 % 239,9 4,6 % 324,5 5,7 %
Ouganda 199,1 4,2 % 146,0 2,8 % 198,4 3,5 %
Chine 6,0 - 9,0 - 3,2 -
Côte d'Ivoire 195,9 4,1 % 85,2 1,6 % 145,6 2,5 %
Laos 2,1 - 5,8 - 9,0 -
Nicaragua 41,0 0,9 % 51,3 1 % 40,6 0,7 %
Philippines 53,0 1,1 % 116,8 2,2 % 123,6 2,2 %
Venezuela 45,9 1 % 60,9 1,2 % 68,4 1,2 %
Costa Rica 84,3 1,8 % 136,9 2,6 % 148,0 2,6 %
Tanzanie 59,5 1,2 % 56,9 1,1 % 34,2 0,6 %
Madagascar 80,9 1,7 % 81,4 1,6 % 70,0 1,2 %

Des signes de pilotage du marché mondial par les États apparaissent dans les années précédents l'Accord international sur le café, entre les pays producteurs de café et les pays consommateurs de café, signé pour la première fois en 1962, deux ans après l'indépendance de la Côte d'Ivoire. Il est institué pour une période de cinq ans. Plusieurs autres accords internationaux suivent, en 1968, 1976, 1983, 1994, 2001, pour contingenter les exportation, avec des fourchettes de prix révisées annuellement pour chaque type de café et un fonds de diversification à qui l'accord confie la délicate mission de financer la reconversion des cultures en cas de très forte surproduction.

L'accord est le résultat d'un consensus entre les acteurs engagés dans la production, l'exportation, et la transformation du café : il assure aux consommateurs un approvisionnement suffisant et régulier et aux producteurs des débouchés et des prix rémunérateurs[72]. À partir de 1989, l'accord n'est plus que symbolique: sa durée réelle aura été d'un peu plus d'un quart de siècle[72].

La grande gelée de juillet 1975 au Brésil[modifier | modifier le code]

Vue du Río Paraná depuis les hauteurs du Parc Urquiza, dans la ville de Paraná

De nombreux producteurs africains profitent de l'envolée des cours mondiaux de 1976-77, provoquée par la grande gelée qui a décimé la récolte de café du Paraná (État), au Brésil en juillet 1975, pour se développer dans le café : Kenya, Burundi, Ouganda, Cameroun et Côte d'Ivoire, où le chemin de fer arrivant du Burkina Faso permet le stockage et le transport des précieuses cerises.

Avant le gel de 1975, les agriculteurs du Paraná (État) se partageaient entre la production de café et la culture du soja[105]. Après le gel, les caféiculteurs ont tout perdu[105]. Ceux qui ont encore de l’argent se tournent vers le soja, tandis que ceux qui n’en ont plus ont vendu leurs terres migrent vers les centres urbains proches ou vers les autres états du pays[105]. Dans la deuxième moitié des années 1970, le paysage du nord-ouest du Paraná (État) a brusquement changé. Le café a laissé la place aux cultures commerciales, de sorte qu’à la fin des années 1970, le Paraná (État) devient le plus grand producteur de blé et un des plus grands producteurs de soja du Brésil, ce qui a donné une nouvelle impulsion aux centres urbains de ces régions[105]. La canne au sucre commence aussi à occuper le nord-ouest du Paraná (État), dans les régions de sols plus sableux, où le soja et le blé ne réussissent pas bien. La monoculture de la canne au sucre a dès lors pris une importance stratégique, l’augmentation des surfaces étant stimulée par l’État, ce qui explique l’arrivée et l’expansion de la canne au sucre dans le nord-ouest du Paraná[105].

Vue du Río Paraná à hauteur de la ville de Paraná

L’étendue des dégâts provoqués par le gel dans le Paraná, imposant des cours mondiaux très élevés en raison d'énormes ponctions opérées sur les stocks de café pour y faire face, n’est enregistrée que l’année suivante: en 1976, la production de café au Brésil a chuté de 1 380 000 tonnes à environ 558 000 tonnes, plus que divisée par deux. En 1976, le cours mondial du café a ainsi atteint la valeur record de 300 cents par livre, puis en 1994 et 1997 il est encore monté à 160 cents/livre. L’un des cours les plus bas a été atteint en 2002 avec 40 cents/livre.

Quarante après le drame, qui a permis à la Colombie de devenir premier producteur mondial en 1975, le scénario de la vague de gel de 1975 au Brésil reste une menace pour le marché du café. La migration des zones de culture de café vers des zones plus chaudes, effectuée par les petits planteurs, appauvris par les gelées répétées de la période 1975-1985 a modifié les structures du négoce brésilien. En 1994 et 1997, le gel a détruit à nouveau au Brésil de nombreux caféiers arabica.

Le retour au marché libre à la fin des années 1980[modifier | modifier le code]

Café importé par pays en 2005 (USDA). Cette carte détaille les importations brutes, quelle que soit l'utilisation faite du café importé. Certains pays réexportent une grande partie du café importé.

Les bouleversements du marché du café suite à la disparition de l'Accord international sur le café entraînent une réorganisation de toute la filière dans les années 1990: l'effondrement des prix qui suit la suspension du système de quotas entraîne des faillites spectaculaires[72]. Les États qui avaient centralisé l'offre, déplaçant les grandes maisons internationales de négoce, se désengagent. Les négociants tendent à réapparaître, moins nombreux et adossés aux géants de l'agro-alimentaire, tandis que le marché à terme devient le centre de fixation des cours internationaux[72].

Les grand négociants en café jouent à nouveau un rôle central en permettant aux producteurs de se tenir au courant des évolutions du marché mondial et de ses prix de vente, afin de pouvoir anticiper la rentabilité à moyen terme de leurs exploitations[72] et de tirer profit de leurs variations. Ils amassent dans bien des cas des fortunes importantes mais aussi fragiles, car liées aux aléas d'un marché mondial difficile à prévoir en raison du grand nombre de pays producteurs et de la volatilité des récoltes, d'où la montée en puissance des multinationales de l'agro-alimentaire dans le négoce.

Les quotas d'exportation en fonction des volumes de café produits par chaque pays ont encouragé la surproduction[72] et pas stimulé la recherche de qualité. La suppression remet la question de la qualité au premier plan[72] et incite les négociants à diversifier leur offre, avec l'aide de la grande distribution et des multinationales qui dominent la collecte (sept d'entre elles, dont Nestlé, Sara Lee, Mondelēz International, Lavazza, achetant plus de 50 % de l'offre mondiale[4]). Objectif, favoriser la consommation dans les pays où elle est moins forte: environ 5 kilos par personne et par an en France contre 6,5 kilos en Allemagne et 9 à 13 kilos dans les pays nordiques[4]. Les marques mettent en valeur leurs origines à partir du milieu des années 1990. Si le commerce équitable représente moins de 0,1 % du commerce mondial (avec un chiffre d'affaires de 4,5 milliards d'euros, dont 84 % de denrées alimentaires), le café en occupe la première place[4]. En France, parmi les produits labellisés, sa part est de 41 %, devant le coton et le cacao (13 %-14 %), les bananes et le thé (8 %)[4].

Le déclin de l'Afrique à partir de 1984[modifier | modifier le code]

Répartition géographique des différentes cultures :
r : robusta, a : arabica, m : robusta & arabica.

A partir des années 1975, la production brésilienne de robusta croît puis se stabilise au début des années 1990. Le relais est alors pris par l’entrée du Vietnam sur le marché mondial, ce qui entraîne une baisse significative de la part des arabicas dans l’offre mondiale. La forte progression asiatique et sud-américaine s’accompagne d’une relative stagnation, voire d’un déclin, de la production des autres régions du monde, conséquence de coûts de production élevés. Entre 1984 et 2004, la production africaine décline. De 900 000 tonnes au début des années 1960, elle culmine à 1,2 million de tonnes en moyenne sur 1980-84 puis régresse à 865 000 tonnes au début des années 2000, pour ne plus représenter que 12,3 % de la production mondiale contre 23 % dans les années 1960, malgré 26 pays producteurs.

L’arabica a vu sa part diminuer lorsque l'Afrique a été concurrencée par l'Asie et le Brésil. Entre 1964 et 2004, la production mondiale a progressé au rythme de 1,4 % par an, passant de 3,1 à 6,3 millions de tonnes. En progression beaucoup plus faible que le robusta (0,9 % contre 2,7 %), l’arabica voit sa part passer des 4/5 aux 2/3 de la production totale en 40 ans. Le différentiel de prix entre le robusta et l’arabica est relativement faible jusqu’au milieu des années 1980 car la demande de robusta pour l’industrie du soluble reste soutenue. Jusque là, le prix attractif du robusta par rapport aux arabicas naturels incite les pays comme le Brésil et le Vietnam à produire ce type de café avec pour conséquence un impact des crises plus fort dans les pays producteurs de robusta, dont le prix baisse plus que celui de l'arabica.

Consommation de caféine aux États-Unis.

Encore principal exportateur de café africain en 1930[99], Madagascar a subi une grave crise de la caféiculture à la fin des années 1990, avec une division par 4 de sa production, car ses "caféiers sont trop vieux" et ont mal subi la baisse de leur entretien causé par la baisse des prix de vente du café, selon Auguste Paraina, vice-président de l’Assemblée et ancien ministre[106]. Selon lui, en 1994, un agriculteur vendait 1 kg de café pour se procurer 3 kg de riz - qui est la base de l’alimentation malgache, et en 2000 il devait vendre 8 ou 9 kg de café "[106].

L'expansion du Viêt Nam et de l'Indonésie[modifier | modifier le code]

Transport du café en Indochine, vers 1900.
Publicité de Lavazza.

Au Viêt Nam, la culture des caféiers remonte à bien avant 1975, les Français ayant exploité dès le XIXe siècle des plantations de l'Indochine à Buôn Ma Thuột, capitale de la province de Đắk Lắk dans les Hauts Plateaux du Centre. En 1925, la maison de négoce de Georges Ancel, du Havre, achète pour une valeur de 54000 francs des actions de la Compagnie agricole des thés et cafés du Kontum[102]. Mais la production globale de café de cette colonie reste extrêmement faible, comme celle tout l'empire colonial français.

Au Viêt Nam, la caféiculture prend surtout son essor dans les années 1990, en particulier quand les cours remontent brutalement, en 1994, sur fond de nouvelles gelées au Brésil. En 2004, le pays devient le deuxième producteur mondial, avec 0,83 million de tonnes, devant l'Indonésie (0,7 million de tonnes) et la Colombie (0,66 million de tonnes)[107]. Dans le cas du Viêt Nam, la croissance des surfaces plantées résulte entièrement d’une volonté politique, encouragée par la Banque mondiale, qui a amené le pays à devenir le premier producteur mondial de robusta, alors qu’il n’était que le 31e en 1987.

Le café "kopi luwak" d'Indonésie implanté à l'époque de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales[108] sur l'île de Java a connu un nouvel essor dans les années 1980, malgré la baisse des cours mondiaux, via le développement de petites exploitations familiales où il est exploité sans recours aux engrais, en plus de cultures vivrières, sur le « front pionnier » ouvert dans la forêt équatoriale[109].

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

L'évolution des grands producteurs mondiaux sur la décennie 2010[modifier | modifier le code]

Évolution du prix du café sur les marchés internationaux entre 2003 et 2006.

L'évolution des grands producteurs mondiaux de café sur les années 2010 reste dominée par le géant brésilien, et plus largement par les producteurs d'Amérique latine, la Colombie, le Mexique, le Pérou et quatre pays d'Amérique centrale figurant parmi les quinze premières récoltes caféicoles au monde, soit près d'une sur deux[110].

Production mondiale en millions de sacs de 60 kilos[111] 2011 2012 2013 2014 2015 2016
Brésil 39,4 50,8 54,7 52,3 50,3 55
Viêt Nam 17,8 25 27,6 26,5 28,7 25,5
Colombie 8,1 9,9 12,1 13,3 14 14,5
Indonésie 11,4 13 11,2 11,4 12,3 10
Éthiopie 6,9 6,2 6,5 6,6 6,7 6,6
Honduras 3,6 4,5 4,6 5,2 5,8 5,9
Inde 4,8 5,3 5,1 5,4 5,8 5,3
Pérou 3,3 4,4 4,3 2,9 3,3 3,8
Mexique 4,1 4,3 3,9 3,6 2,8 3,1
Guatemala 3,8 3,7 3,2 3,3 3,4 3,5
Ouganda 2,8 3,9 3,6 3,7 3,6 3,8
Nicaragua 1,9 1,9 1,9 1,9 2,1 2,1
Côte d'Ivoire 1,8 2 2,1 1,7 1,9 2
Costa Rica 1,3 1,6 1,4 1,4 1,6 1,5
Salvador 1 1,2 0,5 0,7 0,5 0,6

Grands négociants de l'histoire du café[modifier | modifier le code]

Chronologie simplifiée[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c "Le café en Amérique latine, une durabilité à géométrie variable", par Jean-Christian Tulet [1]
  2. a et b « FAOSTAT », sur faostat3.fao.org (consulté le 28 novembre 2016)
  3. pour un montant de 11,23 milliards d'euros
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p "Le café, de la traite des Noirs au commerce équitable" par Pierre Bezbakh, Maître de conférences à l'université Paris-Dauphine, dans LE MONDE du 27.09.2013 [2]
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  6. auteur d'un manuscrit arabe du XVe siècle, cité dans la dissertation de John Ellis (Historical account of Cojfee, 1774)
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  12. (fr) « Annales du Muséum d'histoire naturelle, volume 9, par Muséum national d'histoire naturelle (France) », sur Google (consulté le 28 avril 2010)
  13. (fr) « L'Amérique Septentrionale et Méridionale: ou Description de cette grande...Par Étienne Ledoux (pub.) », sur books.google.fr (consulté le 26 avril 2010)
  14. (fr) « Essai sur l'histoire du café par Henri Welter », sur books.google.fr (consulté le 26 avril 2010)
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  16. Le colonel d'artillerie de Ressons a ramené aussi en 1712 un autre pied d'Amsterdam
  17. (fr) « Saint-Malo illustré par ses marins, précédé d'une notice historique sur...Par Charles Cunat », sur books.google.fr (consulté le 26 avril 2010)
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  102. a et b "Le Havre colonial de 1880 à 1960", par Claude Malon, page 232
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  111. selon Arcadia, déclinaison africaine du Rapport Cyclope
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  3. Minaudier 1997, p. 171-173
  4. Minaudier 1997, p. 201
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Monographie du café - manuel de l'amateur de café par G.-E. Coubard d'Aulnay, 118 p., aux éditions Durand Peyroles, 2009, (ISBN 978-2-915723-01-4)
  • Le Café et la Santé par Gérard Debry, 560 p., éditeur John Libbey Eurotext, 1993, (ISBN 978-2-7420-0025-8)
  • Les Nouvelles-Frances par Philip P. Boucher, 122 p., éditeur John Carter Brown Library, 1989, (ISBN 0916617327)
  • Les Cafés produits dans le monde, Philippe Jobin - édition française, SAAA, Le Havre 1982,
  • Le Café, Philippe Jobin & Bernard Van Leckwyck - Éditions Nathan, 1986,
  • L’Heure du café, Philippe Jobin - Paris, édit. Gentleman, 1987, 107 pages.
  • Les Cafés produits dans le monde, Philippe Jobin - édition trilingue révisée, SAAA, Le Havre 1990,
  • "Essai sur l'histoire du café", par Henri Welter, aux Éditions C. Reinwald, 1868 [61]

Articles connexes[modifier | modifier le code]