Tracteur agricole

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Tracteur à pétrole Daimler (1912).
Un tracteur New Holland T6070 de 2012.
Un modèle réduit de tracteur Renault D22 de 1957

Un tracteur agricole (du latin trahere) est un véhicule automoteur, équipé de roues ou de chenilles, et qui remplit trois fonctions dans les travaux agricoles, ruraux ou forestiers :

  • la traction de remorques ou de "Machines ou Instruments Agricoles Remorqués" destinés au transport ou à la mise en valeur de l'exploitation, tels que les épandeurs à fumier, les pulvérisateurs traînés, les matériels de récolte, et labourer les terres pour les semis et récoltes ... ;
  • le support d'outils ou de matériels agricoles installés, soit à l'avant (fourches/pelles sur chargeur frontal, rouleaux émotteurs, etc.), soit, le plus souvent, à l'arrière tels que charrues, déchaumeuses, faneuses, herses rotatives, broyeurs, souffleuses, etc. grâce à un système d'attelage qui est le plus souvent de type attelage trois-points pour les matériels portés ;
  • l'animation des pièces rotatives et des vérins de ces matériels agricoles est réalisée grâce à la prise de force généralement située à l'arrière, ou au système hydraulique (ou pneumatique).

Histoire[modifier | modifier le code]

Tracteur à chenilles Henry Bauchet Rethel (Ardennes, France)

Le tout premier tracteur à vapeur et à chenille a été inventé par le Russe Fiodor Blinov en 1881[1].

Le tracteur Froelich, conçu par John Froelich en 1892 dans l'Iowa aux États-Unis, est le tout premier tracteur équipé d’un moteur à explosion fabriqué de manière industrielle.

Tracteur à vapeur Wallis & Steevens

En 1907, Henry Bauchet alors constructeur automobile ardennais à la suite du départ de son associé Charles Schmidt chez Packard[2] (où il allait créer[3] la première Packard modèle G[4]) et son litige avec Renault sur la priorité de la prise directe, cessa de construire des automobiles. La mode était alors aux voitures à chaînes et, ne pouvant se plier à une technique qui ne répondait pas à ses conceptions, l'ingénieur ardennais préféra s'attaquer à la fabrication de moteurs fixes. Cette production trouvant des applications surtout dans le domaine de l'agriculture, il construisit, deux ans plus tard, en 1909, le premier tracteur à roues. À la déclaration de guerre, en 1914, il achevait le premier tracteur à chenilles.

Démonstration de labourage tracté en 1916 en France
Tracteur à chenilles Vigneron ARD24 Bauchet-Tracteurs Rethel (Ardennes)

Ses modèles étaient dotés de « transdirection », invention brevetée Bauchet, leur permettant une importante souplesse car un équilibre automatique et une taille étroite permettant de passer dans les vignes, modèle commercialisé sous le nom de « vitichenille ». Comme il le disait lui-même, « la conduite en était si facile qu'un enfant pouvait le faire ! », arguments repris lors de la photo réalisée pour une publicité ou publication de ses tracteurs agricoles.

Le tracteur s'est développé en France avec la motorisation de l'agriculture après la Première Guerre mondiale, Peugeot, Renault et Citroën y voyant un débouché pour maintenir l'activité de leurs usines d'armement et éviter le chômage. Il prend son essor dans les années 1950. Les fermiers ayant vu leurs animaux de trait réquisitionnés par l'armée pendant la Seconde Guerre mondiale, ils n'avaient plus de chevaux ou de bœufs pour tracter leurs charrettes, si bien que les grandes exploitations agricoles du Bassin parisien se sont tournées vers le tracteur qu'on leur proposait grâce au développement de prêts sous forme de crédit. La loi du remembrement de 1941 (sous le régime de Vichy) visant à agrandir les surfaces cultivées[5] ne commença à voir ses effets que dans les années 1960, en 1946, il y avait 145 millions de parcelle en France, avec une taille moyenne de 0,33 hectares, la taille de ces exploitations rendait l'utilisation des tracteurs difficiles et peu rentables. la somme allouée au remembrement par le ministère de l'agriculture passe de 62,9 millions de nouveaux francs en 1959 à 111,283 en 1960, soit environ le double[6]. L'utilisation de machines. Le tracteur ne s'est véritablement imposé dans toutes les exploitations qu'à partir des années 1960[7].

Apparence[modifier | modifier le code]

Tracteur Fiat 90-90 DT, 4 roues motrices, 2 roues directrices
Tracteur fruitier Renault Fructus 120 de 2003

Le tracteur agricole dans sa forme la plus classique possède quatre roues, les roues arrière sont motrices et de plus grand diamètre que les roues avant directrices. Les tracteurs à deux roues motrices sont de plus en plus rares. En effet, les agriculteurs utilisent des tracteurs de plus en plus puissants, demandant plus d'adhérence[8]. Le poste de conduite du tracteur peut être ouvert ou constitué d'une cabine dans laquelle le conducteur prend place sur un siège unique situé au centre. Les tracteurs modernes sont plus confortables (cabine suspendue, climatisée, siège pneumatique).

Depuis la fin des années 1980, l'apparition de l'électronique embarquée a permis de développer des « aides à la conduite ». Ainsi, un certain nombre d'opérations récurrentes se déclenchant lors des demi-tours au bout des champs par exemple peuvent être programmées par l'utilisateur. La plupart des tracteurs neufs sont vendus avec un ordinateur de bord permettant de surveiller tous les paramètres du tracteur et détecter un éventuel problème.

Il compte en général quatre pédales : à gauche, l'embrayage et à droite du poste de conduite les freins droit et gauche ainsi que l'accélérateur. La pédale d'accélérateur est très souvent reliée à un levier actionné manuellement par le conducteur permettant de stabiliser le régime moteur, utile lors de la réalisation de certains travaux des champs (nécessitant l'utilisation de la prise de force du tracteur), on parle alors d'accélérateur à main.

Certains modèles sont spécialisés (ex. : tracteurs étroits (vergers, orangeraies), tracteurs enjambeurs pour la viticulture).

Autrefois, la plupart des tracteurs recouraient à une transmission mécanique. Depuis les années 1980, les transmissions semi-powershift et powershift (passage des vitesses sous charge) ont été majoritairement adoptées par les agriculteurs. On note depuis les années 2000 la percée des transmissions à variation continue (Fendt en est le précurseur avec sa fameuse « boîte Vario »). Tous les constructeurs proposent désormais cette technologie (John Deere, New Holland, Case IH, Massey Ferguson, etc.).

Engin polyvalent, le tracteur est parfois concurrencé par le développement de machines automotrices conçues pour réaliser un travail spécifique (moissonneuses batteuses, automoteurs de traitements, etc.).

Utilisation des tracteurs agricoles dans le monde[modifier | modifier le code]

En 2002, le nombre total de tracteurs agricoles, tous types, en exploitation dans le monde s'élève à 26,7 millions[9].

Selon les pays, le type de tracteur agricole utilisé peut varier fortement. Ainsi par rapport aux Européens de l'Ouest, les Japonais se servent de tracteurs de puissance plus faible, tandis que les Américains utilisent des engins bien plus puissants (tracteurs articulés) (jusqu'à environ 600 ch). Les pays en voie de développement (Inde par exemple) produisent quant à eux des tracteurs sous licence utilisés par les Européens dans les années 1970.

Tracteur Massey Ferguson 35
Tracteur Austin (circa1930)

Les 12 principaux pays utilisateurs représentent près de 70 % du total :

  1. États-Unis : 4 800 000
  2. Japon : 2 028 000
  3. Russie: 1 749 560
  4. Italie : 1 660 000
  5. Inde : 1 525 000
  6. Pologne : 1 364 579
  7. France : 1 264 000
  8. Turquie : 970 083
  9. Espagne : 946 053
  10. Allemagne : 944 000
  11. Chine : 926 031
  12. Brésil : 806 000

Législation[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

La loi Macron a clarifié la réglementation sur le permis de conduire.

Depuis l'adoption de la loi Macron au début du mois d'août 2015, toute personne disposant d'un permis B peut désormais conduire un tracteur et une machine agricole ou forestière dont la vitesse n'excède pas 40 km/h. Jusqu'alors, seuls les actifs agricoles pouvaient circuler sur les routes sans permis. Les agriculteurs ou salariés agricoles retraités qui aidaient sur l'exploitation disposaient néanmoins d'une dispense. C'est désormais cette dernière règle qui s'applique à toute personne titulaire du permis B. Il n'est donc plus nécessaire d'avoir le permis poids lourd pour circuler sur la voie publique. .

Précisions sur les règles de dispense du permis

La modification du code de la route issue de la loi Macron vient clarifier les bénéficiaires de la dispense du permis B. Dans le cadre de l'activité professionnelle, un conducteur de tracteur et appareil agricole ou forestier, peut conduire sans permis à condition que le véhicule qu'il conduit soit attaché à une exploitation agricole ou forestière, à une entreprise de travaux agricoles ou à une coopérative d'utilisation de matériel agricole. L'article R. 221-20 du code de la route précise que le tracteur agricole s'entend y compris la remorque sans limite de poids total en charge autorisé (PTAC).

Concernant les appareils agricoles, il s'agit des machines agricoles automotrices, des ensembles comprenant un matériel remorqué, des ensembles comprenant un véhicule tracteur et plusieurs remorques ou matériels remorqués ainsi que des ensembles comprenant  une remorque transportant du personnel. Les cotisants au régime agricole qui peuvent conduire sans permis B sont les chefs d'exploitation ou d'entreprise à titre principal ou temporaire, et par extension les conjoints participant aux travaux, les collaborateurs à titre principal ou secondaire et les aides familiaux mineurs (mais plus de 16 ans pour conduire) et majeurs. Sont également concernés les retraités qui poursuivent la mise en valeur d'une surface minimale d'assujettissement, ainsi que les salariés agricoles, qu'ils soient en activité à temps plein ou en contrat à durée déterminée, temporaires, saisonniers, voire les apprentis et stagiaires (sous certaines conditions). Dans l'hypothèse de l'entraide, tous ceux qui ont une activité agricole et qui cotisent à la MSA peuvent donc conduire sans permis.

Si la vitesse dépasse par construction 40 km/h , le permis poids lourd est obligatoire

Il doit être également doté d'un ou deux gyrophare(s) orange permettant sa meilleure signalisation de jour comme de nuit ainsi qu'être mieux visible par les automobilistes.

Au Québec[modifier | modifier le code]

L'âge minimal pour conduire un tracteur est de 16 ans.

Constructeurs actuels[modifier | modifier le code]

Tracteur New Holland
Tracteur IMT (Serbie)
Ancien tracteur John Deere

Anciens constructeurs[modifier | modifier le code]

Ford a disparu (fusion Fiat-Ford) et se retrouve englobé dans le groupe CNH (Case New Holland). Mercedes-Benz a cessé la construction du MB-Trac mais construit toujours l'Unimog.

JCB a plusieurs domaines d'activités (TP, manutention, agriculture). JCB commercialisait jusqu'en 2011 des tracteurs à roues égales. Depuis juillet 2011, le constructeur britannique propose deux modèles de forte puissance à roues inégales : les JCB Fastrac 8280 et 8310.

Volvo a arrêté la production de tracteurs agricoles en 1986, quand la division de construction tracteurs agricoles a été vendue à la société finlandaise Valmet qui deviendra Valtra par la suite.

Renault Agriculture n'existe plus sous cette marque, sauf pour les tracteurs destinés aux collectivités (Ergos). Claas a racheté 100 % des parts de Renault Agriculture en 2008. La production de tracteurs Claas se fait toujours dans l'usine historique de Renault Agriculture au Mans.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) The Current Digest of the Soviet Press, Joint Committee on Slavic Studies, , p. 25
  2. (en) Packard modèle G
  3. (en) Arthur W. Einstein, Jr., Ask the Man Who Owns One - An Illustrated History of Packard Advertising , McFarland, 2010, 282 p.
  4. (en) 1903 Packard Model K-S Gray Wolf, sur conceptcarz.com
  5. (Le Crom 2006)
  6. (Rieucau 1962)
  7. Roland Jussiau, Louis Montméas, Jean-Claude Parot, L'Élevage en France : 10 000 ans d'histoire, Educagri éditions, , p. 274
  8. La puissance n'a aucun lien avec le nombre de roues motrices : le fait d'utiliser quatre roues motrices permet d'améliorer la capacité de traction du tracteur mais consomme également plus de puissance, les tracteurs les plus puissants sont vendus seulement avec quatre roues motrices, avec possibilité d'ajouter des roues jumelées.
  9. Source statistique FAO, année 2002
  10. https://de.wikibooks.org/wiki/Traktorenlexikon:_Grunder

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Rieucau, « Où en est le remembrement rural en France? », L'information géographique, vol. 26, no 4,‎ , p. 161-165 (DOI 10.3406/ingeo.1962.2169, lire en ligne)
  • Jean-Pierre Le Crom, « L’avenir des lois de Vichy », dans Bernard Durand, Jean-Pierre Le Crom, Alessandro Somma, Le droit sous Vichy, Klostermann, coll. « Das Europ der Diktatur », (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

https://www.youtube.com/user/ineamm