Croissant fertile

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Carte du Croissant fertile par James Henry Breasted, 1916

Le Croissant fertile est une expression désignant une région biogéographique du Proche-Orient formant une bande de terres cultivables grâce à un climat suffisamment pluvieux, délimitée au sud par le désert de Syrie (la partie nord du désert d'Arabie), à l'ouest par la mer Méditerranée, et par les montagnes du Taurus et du Zagros au nord et à l'est[1]. Il traverse les États actuels de l'Israël, la Palestine, la Jordanie, la Syrie, le Liban, le sud-est de la Turquie, le nord et l'est de l'Irak, et le bord ouest de l'Iran[2]. Le terme fut introduit en 1916 par l'archéologue James Henry Breasted de l'Université de Chicago car l'arc formé ressemble à un croissant.

Définition originale[modifier | modifier le code]

Abstraction plutôt qu'un espace réel clairement délimitable, le terme de "Croissant fertile " est forgé au XXe siècle par l'archéologue américain James Henry Breasted dans son ouvrage « Outlines of European History ». Le Croissant fertile est « un demi-cercle ouvert vers le Sud, situé au nord de l'Arabie, se terminant à l'Ouest dans l'angle Sud-Est de la Méditerranée et à l'Est dans le fond septentrional du golfe Persique », « une sorte de frange cultivable du désert ». Un espace steppique bordé d'un côté par des montagnes, de l'autre par le désert, et joignant la Méditerranée au Golfe persique. Ainsi présentée, l'expression paraît avant tout descriptive. Cette unité du « Croissant fertile » tient d'abord à un milieu particulier, l'espace ouvert des steppes. Mais le désert de Syrie, ce « golfe désertique » comme il l'appelle, donne aussi son sens à l'expression, il serait le lieu originel d'où régulièrement une nouvelle vague de population sémitique serait venu conquérir le Croissant fertile. L'unité du Croissant fertile serait donc autant naturelle que culturelle, ce que l'expression masque totalement. Cette unité serait assurée par des constructions impériales dont le centre se trouve en Mésopotamie, ou en Babylonie. C'est de là que trois fois les Sémites ont conquis et unifié le Croissant fertile : Empire babylonien, Empire assyrien, Empire chaldéen, selon un schéma ternaire calqué sur l'histoire de l'Égypte. La Babylonie quoique non steppique se trouve incluse dans le Croissant fertile. C'est donc une configuration spatiale où se mêlent milieux méditerranéens et milieux steppiques, voire désertiques, agriculture sèche et agriculture irriguée[3].

Le Croissant fertile est un espace ouvert qui, au nord et à l'est, semble butter sur les chaînes montagneuses du Taurus et du Zagros, couvertes de forêts. Si la limite extérieur ne pose pas de problème, la limite inférieure est plus difficile à déterminer. Le moyen assez commode et souvent utilisé pour délimiter le Croissant fertile est dès lors de retenir l'isohyète des 250 mm considéré généralement comme la limite en deçà ou au-delà de laquelle l'agriculture sèche n'est plus possible[3].

Le croissant fertile, éventuellement étendu à l’Égypte, est par la suite évoqué de manière détournée pour évoquer le périple d'Abraham, la naissance de l'agriculture, l'unité arabe par les nationalistes arabes et en particulier les Hachémites[3].

Extension à l’Égypte[modifier | modifier le code]

Une autre définition du Croissant fertile, devenue fréquente

Notant les similitudes géographiques et historiques entre les deux régions, Vere Gordon Childe, dans « The Most Ancient East », étend le Croissant fertile à la vallée du Nil[3].

Cette autre définition aujourd'hui populaire, qui inclut l’Égypte, ne correspondant pas à la définition d'origine qui est la plus couramment admise. Irriguée par le Jourdain, l'Oronte, l'Euphrate, le Tigre et le Nil (cinq fleuves du Proche-Orient), couvrant quelque 400 000 à 500 000 km², et peuplée de 40 à 50 millions d'individus, la région s'étend surtout sur la plaine alluviale du Nil, continuant sur la rive est de la Méditerranée, autour du nord du désert de Syrie et comprend toute la Mésopotamie, jusqu'au golfe Persique.

Lieu de naissance de l'agriculture[modifier | modifier le code]

Selon Bernard Geyer et Paul Sanlaville, le Croissant fertile est une notion bioclimatique avant tout. Il correspond à la zone de répartition des céréales sauvages, zone où l'indice pluviométrique est supérieur à 200 mm par an et permet une agriculture sèche. C'est d'ailleurs dans cette zone que la première agriculture de l'humanité a vu le jour avec la domestication du blé et de l'orge au Néolithique. Il commencerait ainsi par la vallée du Jourdain pour finir aux piémonts du Zagros oriental en passant par la Djézireh syro-irakienne[4],[5]. Il ne comprend donc ni l'Égypte, ni la Mésopotamie.

Le climat a évolué avec le temps, mais le Croissant fertile avait déjà au début de l'Holocène, à la sortie du dernier âge glaciaire, un climat qui encourageait l’installation de nombreuses plantes annuelles, qui produisent plus de graines comestibles que les plantes pérennes. La variété des niveaux d'altitude de la région favorisait l'exploitation, la culture et la domestication de nombreuses espèces de plantes, dont plusieurs céréales en premier lieu, contribuant au début du Néolithique. Le Croissant fertile était également un habitat favorable pour quatre des cinq plus importantes espèces d'animaux domestiqués : la vache, la chèvre, le mouton, et le porc. Il a probablement été le foyer de leur domestication. La cinquième espèce, le cheval, vivait à proximité mais a été domestiqué plus tard dans la steppe eurasienne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Capdepuy Vincent, « Le "Croissant fertile". Naissance, définition et usages d'un concept géohistorique », L'Information géographique, 2/2008 (Vol. 72) , p. 89-106.
  2. D'après J. Cauvin (Naissance des divinités, naissance de l'agriculture, Champs-Flammarion, 1997) et le manuel Le Proche-Orient et l'Égypte antiques, le Croissant fertile va de la mer Morte jusqu'au plateau iranien. L'Égypte n'en ferait donc pas partie.
  3. a, b, c et d Le « Croissant fertile ». Naissance, définition et usages d'un concept géohistorique par Vincent Capdepuy Doctorant à l'UMR 8504 Géographie-cités EHGO. sur cairn.info
  4. Roland Jaubert et Bernard Geyer (dir.), Les marges arides du croissant fertile. Peuplements, exploitation et contrôle des ressources en Syrie du Nord, Travaux de la Maison de l'Orient et de la Méditerranée, no 43, 2006.
  5. Paul Sanlaville, Le Moyen-Orient arabe. Le milieu et l'homme, Armand Colin, collection « U – géographie », 2000.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]