Histoire de l'agriculture

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L’histoire de l'agriculture est l'histoire de la domestication des plantes, des animaux et du développement, par les êtres humains, des techniques nécessaires pour les cultiver ou les élever, puis de la modification des écosystèmes cultivés, transformés en agroécosystèmes. L'agriculture est apparue indépendamment dans différentes parties du monde lors de la Révolution néolithique, il y a plus de dix mille ans dans certaines parties. On peut supposer que cela a débuté par une agriculture de subsistance. Puis, peu à peu, s'est créée une agriculture de production et de négoce. Aujourd’hui, les informations concernant les marchés et leur organisation, les techniques et le savoir-faire bénéficiant des progrès de l'agronomie, les produits, instruments et méthodes de haute technologie élaborés par les industries de l'agro-fourniture, sont à la disposition de l'agriculteur pour obtenir des niveaux de production jamais atteints dans l'histoire de l'Homme. Les marges réalisées par les entreprises agricoles dans les pays développés restent cependant très variables dépendant de prix de vente fluctuants et d'aides apportées ou non par les états, tandis que, dans les autres pays, la situation de nombreux paysans reste précaire.

En contrepartie, ces développements récents de type industriel conduisent une partie des consommateurs des pays riches à des inquiétudes et des remises en question concernant la qualité des aliments, leur innocuité et les conséquences des méthodes modernes sur l'environnement.

Sommaire

Naissance de l'agriculture[modifier | modifier le code]

Les foyers de l'agriculture
Article détaillés : Révolution néolithique et Domestication.

Pendant des dizaines de milliers d'années, les humains assurent leur subsistance avec la chasse, la pêche et la cueillette. Les chasseurs-cueilleurs contrôlent déjà leur environnement afin de favoriser le développement des espèces végétales et animales qu'ils consomment. Cela passe notamment par l'utilisation du feu afin de créer des prairies pour les gros herbivores, de favoriser certaines plantes, de lutter contre les maladies des plantes ou d'éliminer le sous-bois des forêts pour faciliter la chasse[1],[2]. La sélection des individus à prélever ou à laisser en place pour assurer le renouvellement ou améliorer la qualité des populations de plantes ou d'animaux, sont également des formes de gestion qui ont pu affecter l'histoire évolutive des plantes récoltées, dans une direction favorable aux humains qui les exploitent[2].

Mais lors du passage à l'agriculture, les humains apprennent à modifier à leur profit certains cycles naturels de la biomasse (par exemple la reproduction et la sélection des espèces). Cette période est appelée la révolution néolithique.

Les raisons du passage du mode de vie chasseur-cueilleur au mode de vie agricole sont encore discutées et font l'objet de plusieurs hypothèses. De manière générale, le passage à l'agriculture suppose plusieurs millénaires de proto-élevage et de proto-agriculture. Pendant cette période, les humains accumulent les connaissances sur les cycles biologiques des plantes et des animaux et développent les techniques qui permettent de les exploiter[3].

Conditions matérielles de l'apparition de l'agriculture[modifier | modifier le code]

Température globale moyenne au cours des 540 derniers millions d'années.

Selon Bettinger et al.[4], l'agriculture ne pouvait apparaître avant la fin du Pléistocène, vers 9 700 av. J.-C., à cause d'une faible productivité végétale due à une faible teneur en CO2 de l'atmosphère terrestre. Ce phénomène aurait été aggravé par l'augmentation de la conductivité stomatique, mise en place par les plantes pour répondre à la faible teneur en CO2, mais qui augmente les besoins en eau, dans un contexte d'aridité glaciaire. Cette théorie est également soutenue par Ronald Wright[5]. Il faudrait cependant prouver que cette faible teneur constitue bien un facteur limitant dans un contexte de très faibles rendements. D'autre part, la flore avait évolué, des espèces présentant un mode de fixation du carbone en C4 étaient apparues, leur proportion devenant significative il y a environ 5 millions d'année. Ces espèces qui comprennent notamment les ancêtres du maïs, le sorgho, la canne à sucre et des poacées très répandues dans les prairies d'Amérique du Nord et les savanes (millet) allient à une voie de synthèse particulière des sucres, un système de concentration du gaz carbonique (anneau cellulaire de Kranz), une pousse d'été et une utilisation très efficace de l'eau[6]. Leurs cultures ne sont cependant pas considérées comme économes en eau car leurs besoins maximum en eau se situent souvent à une saison où celle-ci est rare, elles ont pu nécessiter l'usage de l'irrigation dès le néolithique.

D'une façon globale, si on regarde l'évolution de l'atmosphère sur le très long terme, la teneur en CO2 a graduellement baissé depuis l'optimum climatique de l'Éocène, il y a environ 50 millions d'années, passant d'une valeur estimée entre 500 et 1 000 ppm à un minimum de 150 à 200 ppm, il y a environ 20 000 ans ; cette valeur remonte ensuite à 240 ppm, il y a environ 10000 ans pour atteindre 280 ppm au début de l'ère industrielle[7] et 400 ppm aujourd'hui.

On peut tracer une courbe à peu près parallèle pour les températures moyennes de l'atmosphère. Les températures commencent à augmenter, il y a environ 18000 ans, pour se stabiliser, il y a environ 11700 ans. À ce point qui marque le début de l'Holocène, la déglaciation est enclenchée[7]. Les températures moyennes vont rester à peu près stables jusqu'au début de l'ère industrielle.

La Mégafaune du Pléistocène finit de disparaître (sauf en Afrique et partiellement en Asie) lorsque le néolithique commence. Cette disparition peut être le fait de l'homme, directement par la chasse ou indirectement par l'utilisation de technique comme le feu[8], ou être liée au changement climatique[9]. Une faune abondante de mammifères géants (Rhinocéros laineux, mammouths, cerfs mégaceros...) aurait pu empêcher toute forme d'agriculture.

Cette hypothèse se complique : la disparition de la mégafaune, dans les régions humides où l'utilisation du feu n'est pas toujours concluante, aurait pu favoriser la réapparition de taillis, et à terme de forêts à la place des savanes, avant que les grands ruminants (bisons, aurochs) aient eu le temps d'occuper suffisamment la place. Les mammifères géants (en particulier, les trois espèces précitées) étaient, à proprement parler, autant des mangeurs de broussailles que des brouteurs d'herbe[10]. C'étaient aussi de grands pourvoyeurs de méthane atmosphérique (à cause de la fermentation des végétaux ingérés (Hindgut fermentation (en) et rumination). Appliquée sur les immenses espaces d'Amérique du Nord et d'Eurasie, cette situation aurait entraîné une baisse significative des gaz à effet de serre (à cause de la diminution du taux de CO2, par restockage du carbone dans les écosystèmes forestiers, et du taux de méthane) et ainsi aurait pu contribuer à l'épisode froid du Dryas récent, il y a 14000 à 11700 ans, faisant avorter ou retardant les premières tentatives d'agriculture[4].

Nécessité d'une nouvelle organisation : partage des tâches et commerce[modifier | modifier le code]

Une fois les conditions climatiques adéquates pour agriculture, il fallait encore, pour les chasseurs-cueilleurs, surmonter les contraintes et les freins liés à leur organisation sociale, et au besoin développer de nouvelles formes d'organisation adaptées à la gestion d'une activité agricole.

Grenier en Iran

En effet, l'agriculture nécessite au moins un début de sédentarisation pour le suivi des ressources disponibles ; cette condition est acquise au Proche-Orient dès le Natoufien [11].

Il faut fournir aux paysans des outils d'une qualité suffisante pour défricher et travailler le sol. La rusticité de ces outils fait que l'on rencontre souvent les premiers villages de paysans à proximité de zones aux sols meubles, c'est-à-dire présentant une structure à dominante sableuse ou sablo-limoneuse. On rencontre ces sols, avec la disponibilité de l'eau, dans les oasis, les grandes vallées ou au bord des lacs. En plus d'être faciles à travailler, ces sols permettent d'enfoncer facilement des pieux nécessaires à la confection de clôtures de protection pour les récoltes, d'enclos pour les animaux, de tuteurs pour les jeunes arbres ou de greniers pour les réserves[12].

Protéger les cultures obligeait à tenir à distance les grands animaux, les oiseaux et les rongeurs susceptibles de les détruire. En plus de la confection de clôtures, cela pouvait obliger à une entente avec les chasseurs éventuellement aidés de chiens.

Par exemple, chez les Indiens des États-Unis, les hommes sont restés chasseurs tandis que les femmes cultivaient de petites parcelles auprès des campements[2]. Les immenses troupeaux de bisons ou les nuées de pigeons migrateurs (Tourte voyageuse, ectopistes migratorius) n'auraient pas permis la culture de parcelles importantes ou éloignées. Les colons le comprendront si bien que ce pigeon est aujourd'hui une espèce éteinte, le bison échappant de peu au même sort [13].

Tir au pigeon migrateur en Iowa (États-Unis) pour éviter la destruction totale des cultures, fin XIXème

De même la pratique de l'irrigation indispensable dans les zones subdésertiques ne peut se faire sans une organisation sociale élaborée.

Dès que les grains constituent une part importante de la ration alimentaire, il faut la corriger avec un apport de sel (Histoire du sel). Sur le site d'Aҫikli Höyük en Cappadoce, une population sédentarisée pratiquait à la fois chasse, cueillette et agriculture sur des niveaux datés de 11500 à 7000ans environ. On y a relevé les premières traces d'un commerce du sel et quelques-unes des premières perles en cuivre natif[14], ce qui laisse supposer des échanges actifs.

Le passage à l'agriculture est-il un choix de société ?[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, 20 % de l'humanité vivait encore de la chasse, de la pêche et de la cueillette, y compris dans des zones parfaitement adaptées à l'agriculture (Californie, Argentine, Grand Bassin des États-Unis) illustrant l'importance des choix de société dans le passage à l'agriculture[4]. Selon Bettinger et al., les chasseurs-cueilleurs qui développent des stratégies de maximisation de la quantité d'aliments récoltés, y employant tout leur temps disponible, sont plus susceptibles de passer à l'agriculture que les groupes de chasseurs-cueilleurs qui cherchent à minimiser le temps passer à obtenir leur alimentation, se limitant à répondre aux besoins alimentaires de base[4]. Néanmoins, tous les groupes maximisant la quantité récoltée ne se sont pas convertis à l’agriculture et certains se sont maintenus jusqu'à l'époque moderne.

La théorie démographique proposée par Carl Sauer[15], adaptée ensuite par Lewis Binford[16] et Kent Flannery postule une population de plus en plus sédentaire qui augmenta jusqu'à dépasser les capacités de l'environnement local et qui nécessitait plus de nourriture qu'elle ne pouvait en recueillir.

Par ailleurs, les populations vivant principalement de la chasse et de la cueillette ont pu pratiquer une activité agricole à petite échelle, comme dans le cas des Amérindiens du Nord-Ouest des États-Unis[2]. Cette situation a pu conduire à remettre cause le concept de chasseur-cueilleur. De nombreux cas sont également attestés, par exemple au Proche-Orient ou dans la vallée du Nil[17], d'expériences locales d'agriculture qui sont ensuite abandonnées.

Cela rejoindrait les théories de Marshall Sahlins selon lequel les sociétés de chasseurs étaient des sociétés d'abondance et qu'être chasseur-cueilleur demandait beaucoup moins d'effort qu'être agriculteur[18]. On peut objecter à ces idées, qu'à partir du moment où l'agriculture était possible, les chasseurs pouvaient obliger une autre partie de la population à cultiver, ne serait-ce d'ailleurs que par le poids des habitudes culturelles comme cela semble avoir été le cas chez les Amérindiens[2] ou chez les Badjoué (peuple) du Sud-Cameroun[19].

Sur une période comprise entre 14 000 et 5000 ans av. J.-C., nommée révolution néolithique, l'agriculture apparaît de manière indépendante dans au moins six foyers :

Encore actuellement, seul le foyer proche-oriental est bien connu.

Domestication végétale et animale[modifier | modifier le code]

Les sept espèces de la Terre Promise : le pays où poussent le blé, l'orge , la vigne, le figuier, le grenadier, l'olivier et le dattier. Deutéronome 8:8

L'apparition de l'agriculture s'accompagne de la domestication d'espèces animales et végétales, d'abord dans les zones où apparaît l'agriculture, puis dans les zones où elle se diffuse (les centres secondaires de domestication). La domestication a consisté à sélectionner et à mettre en culture les espèces présentant le plus d'intérêt. Elle est caractérisée par des modifications génétiques particulières, que l'on regroupe sous le nom de syndrome de domestication. Par exemple les céréales donnent de plus gros grains et davantage de grains par épi.

La figue serait le plus ancien fruit sucré domestiqué connu, après la découverte en 2006, sur le site de Gilgal I, dans la vallée du Jourdain (Israël actuelle) de neuf figues parthénocarpiques, c'est-à-dire ne produisant pas de graines et pour lesquelles l'intervention de l'homme était nécessaire, car cela nécessite une culture recourant à des boutures. Ces figues seraient vieilles de 11 400 ans[20]. Pour l'orge, le blé et le seigle, la domestication a commencé entre 9500 et 9000 av. J.-C. autour de la vallée du Jourdain, de l'oasis de Damas et du moyen Euphrate.

Vers 10 000 av. J.-C., débute l'élevage avec les chèvres, puis les moutons, les bovins… Mais le premier animal domestiqué est le chien.

Bouc du Rove et moutons. La chèvre et le mouton sont les deux premières espèces élevées pour l'alimentation humaine (lait, viande) et la laine.

L'histoire de la domestication des plantes et de leur diffusion peut-être très complexe, une même plante pouvant être domestiquée simultanément dans plusieurs endroits, être introduite plusieurs fois dans un territoire après sa domestication, être redomestiquée après avoir été introduite puis être retournée à l'état sauvage... C'est par exemple le cas du bananier, domestiqué en Asie, introduit deux fois en Afrique, où il a été redomestiqué, puis introduit deux fois en Amérique, à chaque fois à plusieurs millénaires d'écart[21]. Le cochon a lui été domestiqué plusieurs fois de manière indépendante dans diverses parties de l'Europe, du Proche-Orient et de l'Extreme-Orient[22].

Selon Jared Diamond[23] il est significatif que seules quelques plantes cultivées (riz, orge, maïs, blé, sorgho) soient présentes sur la majorité des terres agricoles exploitées, et que ces plantes aient toutes été domestiquées à la préhistoire ; Il explique ceci par le fait que seulement un petit nombre de plantes sont effectivement domesticables (il faut entre autres qu'elles aient un cycle de vie annuel, et que seulement quelques mutations soient nécessaires pour obtenir une variété avantageuse).

Généralement, dans chaque foyer d'apparition de l'agriculture sont domestiqués simultanément au moins une plante riche en glucides (en général une céréale), une plante riche en protéines (généralement une légumineuse) et parfois une plante oléagineuse, afin de garantir l'équilibre nutritionnel de l’alimentation. Fréquemment, une plante textile est également domestiquée.

La domestication est un processus quasi automatique à partir du moment où les espèces sont cultivées ou élevées pendant plusieurs générations, même sans intervention consciente des agriculteurs. Le cas des céréales est bien connu. À partir du moment où les céréales récoltées une année sont ressemées l'année suivante, les lignées dont les graines présentent une dormance (liée à des glumes et glumelles épaisses, et à des substances inhibitrices) sont rapidement éliminées. La compétition au champ entre les plantules favorise les plantes issues de gros grains, riches en amidon (contenu dans l'albumen) et pauvres en lipides et protéines (contenues dans le germe), qui donnent des plantes plus vigoureuses. La moisson, si elle est effectuée en un temps restreint, défavorise les lignées à maturité tardive, dont les graines ne seront pas viables, ainsi que les lignées produisant de nombreuses inflorescence à maturité échelonnée. C'est aussi le cas des plantes dont les graines sont portées par des tiges et des tigelles fragiles, qui tombent au sol et échappent à la récolte. Tous ces caractères inadaptés aux conditions de l'agriculture étaient des caractères favorables dans les conditions naturelles. En conséquence, les céréales domestiquées présentent un syndrome de domestication caractérisé par l'absence de dormance, des enveloppes de taille réduite, de gros grains riches en amidon et pauvres en lipides et protéines, une grande taille, des tiges et des tigelles solides et un égrenage difficile[24].

De même, chez les légumineuses, le syndrome de domestication comprend l'absence de dormance, des gousses qui ne s'ouvrent pas à maturité, des inflorescences moins nombreuses, une plus grande taille, des grains plus nombreux dans chaque gousse et une maturation moins échelonnée des gousses.

Chez ces deux familles de plantes, l'apparition du syndrome de domestication est facilitée par l'importance de l'autofécondation, qui limite les flux de gènes avec les plantes sauvages. Il faut noter que pour que le syndrome de domestication apparaisse, il fallait que les graines semées soient majoritairement issues de plantes cultivées (et non sauvages), et ce pendant plusieurs générations. Une fois que des syndromes de domestication suffisamment marqués apparaissent, les agriculteurs peuvent alors choisir visuellement les plantes qu'ils souhaitent favoriser ou éliminer, et enclencher une phase de sélection active des caractères[24].

Le cas des plantes pérennes est plus compliqué en raison de la durée de leur vie et du fait qu'elles se reproduisent parfois par voie végétative (cas du figuier, du bananier...). Certaines plantes pérennes ont aussi été épargnées lors des défrichements car considérées comme utiles (baobab, palmier à huile, karité) voire volontairement propagées par les humains sans subir de processus de domestication (Acacia albida)[24].

Dans le cas des animaux, les plus craintifs, qui refusent de s'alimenter ou de se reproduire en captivité sont éliminés, tout comme les plus agressifs qui sont tués par les éleveurs. Les animaux d'élevage sont donc peu craintifs et peu agressifs. Ils sont aussi plus petits et moins vigoureux que les animaux sauvages. Cela s'explique par la préférence des éleveurs d'abattre les animaux les plus gros, par le fait que les animaux les plus petits et plus faibles sont aussi protégés des prédateurs, qu'ils résistent mieux aux carences et aux disettes qui frappent fréquemment les animaux d'élevage et que le contrôle de la reproduction par les humains autorise l'accès à la reproduction de mâles plus faibles, qui en auraient été exclus par la "lutte pour la reproduction" en conditions sauvages[24].

Diffusion de l'agriculture[modifier | modifier le code]

À partir de son foyer d'apparition, l'agriculture se diffuse vers les régions adjacentes. Plusieurs modèles peuvent rendre compte de cette diffusion : adoption progressive de proche en proche par les populations de chasseurs-cueilleurs ; arrivée d'agriculteurs migrants qui apportent leurs techniques, et remplacent les populations locales. Ce dernier mode étant actuellement privilégié par les chercheurs en paléogénomique[25],[26]. Les archéologues distinguent[27] :

  • des zones de diffusion, où l'agriculture se propage rapidement et les populations d'agriculteurs conservent leurs caractéristiques culturelle initiales. Dans ces zones l'agriculture peut se diffuser à une vitesse de plusieurs kilomètres par an.
  • des zones de friction, où la densité de chasseurs-cueilleurs est suffisamment élevée pour freiner la propagation de l'agriculture et favoriser des mélanges génétiques et culturels entre agriculteurs et chasseurs-cueilleurs (cas de l'Europe du Nord-Ouest), ou dans le cas de rencontre avec une tradition agricole originaire d'un autre foyer (cas de la Nouvelle-Guinée).
  • des zones de "dépassement" (overshoot), où les populations d'agriculteur retournent à un mode de vie chasseur-cueilleur, en raison de l'inadaptation du milieu à l'agriculture ou suite à des dégradations environnementales ou des changements climatiques (cas des Maoris, des Punan, des peuples de langues numiques).

Des exemples d'adoption de l'agriculture par les chasseurs-cueilleurs au contact des agriculteurs, sans mélanges importants de populations existent aussi. Cette situation est susceptible de se produire lors qu’existe une frontière stable entre groupes d'agriculteurs et de chasseurs-cueilleurs. C'est par exemple le cas l'adoption de l'agriculture par les Navajos ou les Khoisans[28], et probablement du sud de la Scandinavie, où cette frontière a existé pendant plusieurs siècles[29].

Des indices archéologiques laissent penser que des populations de chasseurs-cueilleurs ont localement pu coexister longtemps avec les premiers agriculteurs[30]. Ainsi en Europe de l'Ouest, des analyses d'ADN faites sur le site archéologique de Bouldnor Cliff montrent que des chasseurs-cueilleurs des actuelles îles britanniques semblent avoir importé du blé cultivé sur le continent européen (au moins deux espèces de blé domestiqué originaire du Moyen-Orient), vers 6 000 av. J.-C.[30]. Une étude publiée en 2013 a conclu que vers 4 000 av. J.-C. environ, des agriculteurs ont commencé à enterrer leurs morts dans la même grotte que celle utilisée par des chasseurs-cueilleurs et qu'« ils ont continué à le faire pendant 800 ans, ce qui suggère que les deux groupes étaient en contact étroit ». Une autre étude, plus controversée amène à conclure que « il y a environ 6500 ans, des chasseurs-cueilleurs d'Allemagne et de Scandinavie pourraient avoir acquis des porcs domestiqués d'agriculteurs vivant à proximité »[30].

L'agriculture se diffuse d'autant plus rapidement qu'il n'y a pas de grandes différences climatiques et de longueur d'ensoleillement entre les nouveaux territoires et le foyer d'origine. En conséquence l'agriculture se diffuse plus vite sur un axe est-ouest que sur un axe nord-sud. Les différences de climat et durée du jour obligent les agriculteurs à sélectionner de nouvelles variétés et races de plantes et d'animaux, adaptés aux nouvelles conditions[23].

Les succès des grands foyers d'origine sont inégaux. En particulier, les foyers sud-américain et nord-américain se trouveront vite compris dans la zone de diffusion de l'agriculture centre-américaine et contribueront peu au développement agricole des autres régions. Le foyer néo-guinéen se trouvera lui aussi compris dans la zone de diffusion de l'agriculture chinoise.

Foyer proche-oriental[modifier | modifier le code]

La lentille, première légumineuse cultivée

Le Proche-Orient, plus précisemment Croissant fertile, est probablement la première région où l'agriculture apparaît il y a plus de 10 000 ans[31], en particulier dans la vallée du Jourdain et le sud-est de la Turquie. On y utilise des céréales dont on récolte les graines annuellement : le blé (engrain, amidonnier), l'orge et des légumes secs comme les pois chiches, les pois et les lentilles.

Les natoufiens, entre 14 000 et 10 000 av. J.-C., sont parfois considérés comme une des premières populations d'agriculteurs dans cette zone[32]. Les natoufiens récoltent de grandes quantités de graines de céréales et de légumineuses et disposent d'un matériel diversifié composé de faucilles, de mortiers et de meules et de molettes pour broyer les graines[33]. Ils sont probablement des chasseurs-cueilleurs sédentarisés, et aucun lieu de stockage de la nourriture n'a encore été retrouvé[34]. Des expériences de mise en culture et de domestication ponctuelle ont peut-être lieu à cette époque, servant de tests avant l'adoption réelle de l'agriculture[33].

Certains chercheurs émettent l'hypothèse que le refroidissement climatique qui a lieu au Dryas récent (10 800 - 9 500 av. J.-C.) oblige les populations de chasseurs-cueilleurs du proche-orient, qui avaient connu un accroissement démographique important pendant le réchauffement du Bölling-Allerød, à passer à l'activité agricole, plus productive à l'hectare que la cueillette, pour maintenir la taille de leur population. Néanmoins, il n'y a aucune preuve archéologique de ce phénomène, et d'autres chercheurs considèrent que le refroidissement du Dryas récent a conduit seulement à la disparition de la culture natoufienne et de ses tentatives d'agriculture[4].

Le passage à l'agriculture pourrait être lié à l'augmentation de la densité de population, dans une zone peuplée de chasseurs-cueilleurs sédentaires. À mesure que la densité de population augmente, le temps et la distance à parcourir pour parvenir à rassembler suffisamment de nourriture augmentent jusqu'à ce qu'il deviennent supérieurs au temps et à l'effort nécessaire à l'agriculture. Tout le matériel (et probablement les connaissances) nécessaires à l'agriculture étaient déjà connus des Natoufiens. Ceci explique qu'on ne trouve aucune trace de crise alimentaire majeure au moment du passage à l'agriculture[35].

La culture du néolithique précéramique A (de 9 000 à 8 500 av. J.-C. environ) cultive certaines plantes sauvages, ancêtres des plantes domestiques ultérieures (les "cultures fondatrices du néolithique") : engrain, amidonnier sauvage, orge, lin, légumineuses diverses[34]... Elle cultive également le figuier, qui est peut-être la plus ancienne plante domestiquée comme cela apparaît à Gilgal I (Cisjordanie)[36] . En parallèle de leurs activités agricoles, les populations du néolithique précéramique A continuent de pratiquer la chasse, la pêche et la cueillette. Les villages sont environ dix fois plus peuplés que ceux des natoufiens, probablement en raison de l'augmentation de la production alimentaire due à l'agriculture[34].

Les cochons, les moutons, les chèvres et les bovins sont domestiqués au-cours du IXe millénaire av. J.-C.. La domestication de ces animaux était probablement plus motivée par la consommation de lait que par la consommation de viande. En effet, la chasse reste la principale source de viande au précéramique[37].

Pendant la culture du néolithique précéramique B (8 500 à 7 000 av. J.-C. environ), la part de la cueillette dans l’alimentation diminue et le nombre d'espèces domestiquées augmente. La liste des céréales s'enrichit de l'épeautre et d'une espèce de blé nu : le blé dur, les légumineuses, de la gesse (Lathyrus sativus) et de la vesce (vicia ervilia ou ers), les graines de ces deux plantes nécessitent plusieurs cuissons à l'eau avant d'être consommables. Le lin cultivé apparaît aussi[38], c'est une plante oléagineuse et textile.

Les populations élèvent des bovins, des chèvres, des porcs et des moutons, ainsi que des chiens (domestiqués entre -15 000 et -13 000[37], mais rares jusque-là) et des chats[39].

Diffusion de l'agriculture vers l'Europe, l'Afrique et l'Asie[modifier | modifier le code]

Voies de diffusion de l'agriculture néolithique en Europe
Article détaillé : Europe néolithique.

L’agriculture proche-orientale commence à se diffuser vers d'autres régions à partir de -7 000, soit de 1 500 à 2 000 ans après son apparition. Les phénomènes à l'origine de son expansion sont mal compris, mais le début de la diffusion vers l'ouest de l'Anatolie puis vers l'Europe pourrait être lié à l'apparition de nouvelles espèces domestiques plus adaptées au climat (blé tendre, orge nue, pavot[38], porc, bovins), de nouvelles pratiques agricoles et l'élevage (meilleure complémentarité culture-élevage-horticulture, par exemple), à des modifications climatiques (évènement climatique de 8200 BP) ou à des modifications sociales (fragmentation des gros villages en hameaux)[40].

L'agriculture se diffuse en Europe aux environs 6 500 av. J.-C. (d'abord en Europe du Sud puis en Europe centrale vers -5 000 et en Europe du Nord vers -4 000), à partir d'un foyer balkanique, où les agriculteurs arrivés du proche-orient se sont mélangés avec les chasseurs-cueilleurs locaux[41],[42]. Deux courants partent ensuite en direction de l'ouest. Un premier courant longe la côte méditerranéenne, en progressant en "sauts de grenouille" ("leapfrog colonization"), c'est-à-dire la formation de villages isolés d'agriculteurs, enclaves au sein d'une zone peuplée par les chasseurs-cueilleurs[43]. Ce courant est lié à la diffusion des cultures de la céramique imprimée et de la céramique cardiale. Un autre courant remonte la vallée du Danube puis continue vers l'ouest, traversant le nord de l'actuelle France. Dans cette zone, la progression de l'agriculture est liée à la migration progressive ("demic diffusion") de petits groupes d'agriculteurs au sein des zones peuplées par les chasseurs-cueilleurs[44]. Ce courant est lié à la culture de la céramique rubanée. Les groupes d'agriculteurs ont peu à peu éliminé et supplanté les chasseurs-cueilleurs. Certains chasseurs-cueilleurs ont ensuite été assimilés par la population d'agriculteurs, mais dans une proportion limitée[45].

L'Europe du Nord-ouest et la Scandinavie ont constitué des zones de friction, où les chasseurs-cueilleurs se sont maintenus plus longtemps et la diffusion de l'agriculture a été lente.

Les échantillons d'ADN de blé domestique retrouvés à Bouldnor Cliff, en Grande-Bretagne, suggèrent que l'agriculture avait déjà atteint l'extrémité occidentale de l'Europe vers 6 000 av. J.-C., soit « 2000 ans plus tôt que la date à laquelle on pensait que l'agriculture s'était développée en Grande-Bretagne »[30]. Néanmoins, ces résultats ont été contestés et la possibilité d'une contamination des échantillons par de l'ADN plus récent a été suggérée[46],[47]. Au début du XXIe siècle, beaucoup d'archéologues estimaient qu'il y a 8 000 ans, il n'y avait pas encore d'agriculture à l'ouest des Balkans et de l'actuelle Hongrie. Un autre hypothèse est que ce blé pourrait avoir été importé de l'Est de l'Europe par les chasseurs-cueilleurs des iles britanniques, ce qui évoquerait des routes commerciales plus anciennes que ce qu'on imaginait[30].

Elle se diffuse en direction de l'Afrique suivant deux routes, l'une longeant la rive sud de la Méditerranée (avant -7 000) puis obliquant vers le sud à travers l'Afrique de l'Ouest, l'autre empruntant la vallée du Nil puis l'Éthiopie (qui est peut-être aussi atteinte par un autre courant arrivant du Yémen) traversant l'Afrique de l'Est en direction du sud. L'agriculture proche-orientale atteint le golfe de Guinée et le bassin du Congo entre -5 000 et -2 000 et l'extrémité sud de l'Afrique après -500[48].

L'agriculture proche-orientale diffuse également vers les plaines du sud de la Russie actuelle et vers les plaines de l'Asie Centrale, qu'elle atteint entre -7 000 (présence dans le Caucase, l'Afghanistan et à Mehrgarh, site considéré comme précurseur de la Civilisation de la vallée de l'Indus) et -2 000 (présence à l'ouest de la Chine actuelle, en Inde, dans la taïga russe)[48].

Chine et Corée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Préhistoire de la Chine.
Le millet des oiseaux (setaria italica) est la première céréale cultivée en Extrème-Orient, avant le riz

En Chine, l'agriculture apparaît dans le centre (Henan). Vers -6 000, des systèmes agricoles basés sur le soja[49] et surtout les millets : principalement Setaria italica et de manière secondaire Panicum miliaceum, peut-être domestiqué dans le bassin de la Wei sont présents dans le bassin du fleuve Jaune. Millet et soja sont domestiqués au même moment en Corée ( Période de la céramique Chulmun) .

Des systèmes basés sur le riz apparaissent sur le cours médian du Yangzi Jiang, avec probablement des contacts avec le groupe précédent[49]. Il y a peut-être plusieurs foyers de domestication du riz, dispersés dans toute l'Asie de l'Est et du Sud-Est[50]. Le porc est aussi domestiqué vers -6000[51]. Les autres espèces domestiquées dans ce foyer sont le chou, le navet, la ramie, le mûrier, la poule et le bœuf[50].

Les produits de la cueillette, de la pêche et de la chasse restent cependant prédominants dans l'alimentation.

En témoignent les fouilles effectuées par exemple à Hemudu qui révèlent un village, daté entre -5 200 et -4 900, où l'on cultive le riz, et élève des porcs, des chiens et peut-être de buffles. La chasse (éléphants, cervidés, rhinocéros, singes), la cueillette (riz sauvage, glands, jujubes, chataignes d'eau (Trapa natans), noix, herbe à chapelets (Coix lacryma-jobi) et la pêche occupent une place importante[52].

Il faut noter, en ce qui concerne le foyer chinois, que ces premiers agriculteurs appartenaient probablement à des cultures austronésiennes aujourd'hui présentes en Asie du Sud-Est en Océanie.

L'ensemble de ces innovations diffusent ensuite vers le Shanxi (vers -4 500 à Yang Shao), le Gansu (-4 500), le Hebei (-4 000), la Mandchourie, la péninsule coréenne et le Japon (-4 000), et jusque dans l'actuel Extrême-Orient russe (Sakhaline, bassin de l'Amour), avant -500[50],[53].

La culture Jōmon au Japon[modifier | modifier le code]

Reconstitution d'une maison Aïnou de 1880. Les Aïnous, supposés descendre des populations Jōmon, avaient encore un mode de vie de type néolithique, basé sur la culture du millet, à cette époque

Savoir si les productions alimentaires de l'époque Jōmon (-14000 à -1000) au Japon relèvent de la cueillette ou de l'agriculture est un problème débattu depuis longtemps. Il y a cependant de plus en plus d'indices en faveur de la seconde solution.

Depuis le début de cette période, les populations fabriquent des poteries, sont probablement sédentarisés et ont accès à des ressouces importantes en fruits de mer, gibier et poissons[54]. Comme dans l'ouest de la Chine, les habitants bénéficient de la présence de feuillus fournissant en abondance des fruits. Ce sont au Japon le Hêtre (faînes), le chêne (glands) le marronier du Japon (aesculus turbinata), le châtaigner du Japon (castanea crenata) [55]. À partir de -6000, les archéologues pensent que ces arbres sont l'objet d'une proto-arboriculture, de même que l'on commence à cultiver le soja, la calebasse, le chanvre, la pérille (perilla frutescens, shiso), le haricot azuki (haricot rouge du Japon) et le vernis du Japon (Toxicodendron vernicifluum)[56] et à élever le sanglier.

Sur la côte ouest du Japon, on commence à cultiver des plantes domestiques arrivées de Chine vers -3 500. À partir de -800, l'immigration de cultivateurs depuis le continent donne naissance aux premières civilisations rizicoles dans l'archipel (période Yayoi)[57].

Foyer néo-guinéen[modifier | modifier le code]

Floraison de Musa acuminata en Inde. Le bananier a probablement été domestiqué en Nouvelle-Guinée.

Ce foyer reste mal connu, et son histoire est incertaine. La domestication du taro, de la banane, de l'igname et peut-être celle du porc et de la canne à sucre, ont lieu vers -10 000 et -5 000[48],[58],[59],[60]. Sur le site du marais de Kuk, l'agriculture commence entre -4 950 et -4 440[61].

Un courant de diffusion de l'agriculture chinoise rejoint le foyer néo-guinéen avant -2 000 puis continue enrichi des innovations néo-guinéennes, vers les îles du Pacifique[48]. À partir de -1 500, la culture de Lapita propage l'agriculture dans les îles inhabitées du Pacifique. Elle pratique un agriculture basée sur les tubercules (igname, taro), les arbres (cocotier, artocarpe, bananier) et l'élevage des cochons et des pintades. Ce courant est à l'origine de la diffusion des langues austronésiennes.

Foyer nord-américain[modifier | modifier le code]

Emplacement approximatif du foyer de domestication nord-américain

En Amérique du Nord, l'agriculture apparaît dans l'est des États-Unis actuels. Les plantes domestiquées dans ce foyer comprennent Chenopodium berlandieri (-2 000)[62], le tournesol (-2 800)[63], la courge (-3 000) et Iva annua (-2 400)[58].

Dans ce foyer, l'agriculture est pratiquée à l'origine par des chasseurs-cueilleurs nomades qui pratiquent des cultures saisonnières (printemps-été) dans les zones de décrue. Le passage à l'agriculture sédentaire se produit entre -250 et 200[64].

L'agriculture nord-américaine entre ensuite en contact avec l’agriculture centre-américaine. Une première variété de maïs à 12 rangs, peu productive, atteint le moyen Mississippi vers 200. Sa culture reste limitée. En revanche, une variété à 8 rangs et à cycle court, beaucoup plus productive, apparaît vers 800, et s'impose jusqu'au Saint-Laurent[53]. Suite à cette dernière expansion du maïs, les cultures locales régressent et la culture de Iva annua sera même abandonnée[58].

La culture du tournesol, quant à elle, atteindra le Mexique avant 2 400 av. J.-C., puis le Salvador après 1 000 av. J.-C.[65].

Foyer d'Amérique Centrale[modifier | modifier le code]

Article connexe : Mésoamérique.
Piments jalapeño encore verts. Le piment est sans doute la première plante domestiquée en Amérique centrale

Le foyer centre-américain se situe au sud du Mexique et au nord du Guatemala. Les premières plantes domestiquées sont sans doute les piments et les courges (vers -8 000) ainsi que l'avocatier (-7 000), qui complétaient une alimentation basée sur la cueillette[66]. Le millet (disparu depuis) y a précédé les variétés précoces de maïs, domestiquées vers −4 300 à proximité de la Balsas. La courgette et la citrouille sont également domestiquées à cette époque[66]. Vers -1500, le coton, le sapotier et l'amarante sont domestiqués[66]. Les haricots (vers -300) seront également domestiqués dans ce foyer[67], ainsi que le dindon et le canard de barbarie (vers l'an 1)[66].

Les première domestications ont lieu avant que les populations ne se sédentarisent (la sédentarisation a lieu à la période Formative, entre -1 800 et 200)[68]. Les cultures ont alors lieu pendant le printemps et l'été et pendant le reste de l'année les populations reprennent un mode vie nomade et de chasseur-cueilleur[66].

L'emplacement exact de l'apparition de l'agriculture, son contexte écologique (plateaux semi-arides ou basses-terres tropicales) et l'importance relative de la culture olmèque dans ce processus restent sujets à controverses[68].

San José Mogote est le plus vieux villages d'agriculteurs sédentaires connu dans cette zone.

L'agriculture de ce foyer se diffuse fortement vers le nord et vers le sud, après -6 000. En direction du sud, elle atteint le Pérou vers -1 500, le Chili vers l'an 1, et, vers 1 000, l'est du Brésil, incorporant dans son aire d'extension le foyer d'Amérique du Sud et l'aire secondaire de domestication du nord de l'Amérique du Sud[53].

En direction du nord, elle atteint le sud de la Californie et le moyen Mississippi vers l'an 1, puis le Saint-Laurent et le nord-ouest des États-Unis actuels vers l'an 1000 (même si elle n'a pas été adoptée dans l'actuel Midwest). Elle incorpore le foyer nord-américain dans son aire d'extension[53].

Seule l'extrême sud de l'Amérique du Sud, le nord du Canada, les montagnes Rocheuses et les prairies du centre des États-Unis restent en dehors de sa zone d'influence[53].

Foyers d'Amérique du Sud[modifier | modifier le code]

Article connexe : Histoire de la pomme de terre.

En Amérique du Sud, l'agriculture apparaît dans le nord de la cordillère des Andes vers -6 000. Les espèces domestiquées sont la pomme de terre, l'oca, le haricot de lima, l'arachide, le quinoa, le lupin, le cochon d'inde, le lama et l'alpaga[48]. Ce foyer est mal connu, et aucun foyer précis n'a été localisé pour le moment. Il sera plus tard intégré à l'aire de diffusion de l'agriculture méso-américaine.

Culture de maïs, courge et haricot associés, traditionnelle en Amérique du Sud

Longtemps considérée comme un centre secondaire, l'Amazonie est aujourd'hui privilégiée par certains archéologues comme centre principal de la domestication du maïs (lac Ayauchi, Équateur, il y a 8000 ans) et du cacaoyer et de la marante (arrow-root, maranta arundinacea), il y a 7000 ans, donc avant les Andes et le Mexique[69].

Centres secondaires de domestication[modifier | modifier le code]

Dans certaines régions, l'arrivée de l'agriculture entraîne un mouvement important de domestication d'espèces locales. Ces zones sont appelées centres secondaires de domestication.

Le pois bambara (Vigna subterranea), légumineuse domestiquée en Afrique de l'Ouest

C'est le cas du nord de l'Amérique du Sud (correspondant à l'Équateur, à la Colombie et au Venezuela actuels) où sont domestiqués la marante (-6 000), le coton à fibre longue (-3 000), le poivron, la patate douce (-2 500), l'ananas, l'igname (-4 000) et la papaye ; de l'Amazonie, où est domestiqué le manioc, l'arachide, le haricot, le piment, le guarana, le cacaoyer, la patate douce, l'ananas (et peut-être une quinzaine d'autres espèces)[70] ; de l'ouest du sahel[71], où sont domestiqués le sorgho (-2 000), le mil, le millet (-1 000) , le riz africain (vers l'an 1), le karité, le niébé, le pois bambara, le gombo et une espèce de bovins (Bos primigenius) ; du sud du sahel[71], dans la zone de mosaïque forêt-savane où sont domestiqués l'igname, le palmier à huile ; des plateaux éthiopiens[71] où sont domestiqués le khat, l'ensete, le nyger, le teff, l'éleusine, le café et des bovins ; du sud de la Chine et du sud-est asiatique, où sont domestiqués la fève, le taro, l'igname, la rave, le litchi, le mandarinier, le bananier et la canne à sucre[48],[58]. Lorsque l'agriculture chinoise se diffuse dans le sud-est asiatique elle rencontre ainsi une diversité de communautés de chasseurs-cueilleurs qui pratiquent une proto-agriculture[72]. De manière plus anecdotique, le lapin est domestiqué en Europe (vers l'an 1000), le renne est domestiqué en Sibérie (vers l'an 1), le cheval en Asie Centrale (vers -3 500), le yak au Tibet (vers l'an 1), le zébu au Balouchistan (vers -6 000), le buffle dans la vallée de l'Indus (-750), l’âne en Égypte (vers -3 500), le dromadaire en Arabie (-3 000), le chameau en Iran (-2 500), le gaur en Indochine (vers l'an 1), la pintade en Méditerranée (-500) [48],[37]. À partir de ces centres de domestication, les nouvelles espèces domestiquées se diffusent à leur tour vers d'autres territoires, à l'exemple du taro et du bananier qui atteignent la côte est de l'Afrique puis se diffusent à l'intérieur des terres, vers l'ouest[71].

Néanmoins, le néolithique est mal connu en Afrique et il est difficile d'établir dans quel contexte sont advenues ces domestications, avec peut-être des apparitions autonomes de l'agriculture[71].

Conséquences sociales et environnementales[modifier | modifier le code]

Le développement de l'agriculture a provoqué une dégradation de l'état de santé des populations qui la pratiquaient, attestée par les études de paléopathologie[73]:

  • Augmentation significative du nombre de caries ;
  • Développement des signes de sous-alimentation et de malnutrition ;
  • Développement de maladies infectieuses, de la tuberculose et de la syphilis ;
  • Généralisation de l'arthrose et des maladies dégénératives ;
  • Hausse de la mortalité infantile, baisse de l'espérance de vie ;
  • Baisse de la taille moyenne pouvant atteindre jusqu'à 10 % ;
  • En Asie, la développement de la culture du riz a permis la production de grandes quantités d'alcool, conduisant probablement à un développement important de l'alcoolisme. Ce phénomène pourrait être responsable de la plus grande fréquence de l'intolérance à l'alcool en Asie, les ancêtres de ces individus ayant été moins touchés par l'alcoolisme[74].

L'agriculture demande en effet un temps de travail quotidien supérieur à la chasse et à la cueillette[18], et fournit une alimentation moins variée. Le passage d'un régime alimentaire diversifié à un régime alimentaire basé sur un petit nombre de végétaux riches en glucides et pauvres en protéines s'est traduit par une baisse de la diversité alimentaire, favorisant la malnutrition et l'augmentation du nombre de caries. De plus, le fait de dépendre de seulement quelques espèces cultivées augmente le risque de famine, si une des cultures échoue. Cependant, la place prise dans la ration par les produits issus de cultures n'a augmenté que très progressivement, les agriculteurs ont continué à pêcher, chasser et cueillir, dans la plupart des cas[38].

L'agriculture est également liée à une augmentation de la densité de population et du commerce, ce qui augmente les risques de contamination, propagation des maladies et de survenue des épidémies (diarrhées à coronavirus et rotavirus[75], choléra, tuberculose, lèpre puis, dans de plus grandes agglomérations, variole, peste bubonique et rougeole). Le développement de l'élevage est une source de zoonoses[75]. Enfin, le passage à l'agriculture a eu pour effet de développer la stratification sociale, au détriment des plus vulnérables[73]. Néanmoins, dans les principaux centres d'apparition de l'agriculture, sont cultivés des graminées qui apportent des glucides, des légumineuses qui apportent des protéines, et des oléagineux qui apportent les lipides, contribuant à l'équilibre de l'alimentation comme d'ailleurs, les produits laitiers. Ainsi Mehmet Ödoğan, le fouilleur de Çayönü note que les habitants pouvaient vivre dans la prospérité, tout en chassant[76]. Cependant ce site est privilégié car relativement arrosé et c'est l'habitat naturel des ancêtres de la plupart des premiers animaux et plantes domestiqués.

L'agriculture a permis d'augmenter fortement la taille de la population (de 2 à 8 fois, en Europe[77]). La population humaine passe probablement de 5 millions à 50 millions de personnes entre -8 000 et -3 000 puis à 100 millions en -1 000[78]. Elle a aussi entraîné, environ 1000 ans après le passage à l'agriculture, le passage à un nouveau régime démographique caractérisé par une forte natalité et une forte mortalité (nommé Transition Démographique Néolithique). L'augmentation de la fertilité est expliquée par l'augmentation de la productivité agricole à l'hectare et par la production d'aliments à plus forte teneur en énergie, comparées au régime alimentaire des chasseurs-cueilleurs[75]. Ce régime s'accompagne également d'une forte instabilité de la taille de la population, avec des épisodes d'effondrement démographique, où la taille de la population peut chuter de 20 à 30 %[77]. L'augmentation de la mortalité s'explique par la dégradation de l'état de santé expliquée ci-dessus (famines, épidémies), auquel s'ajoute une augmentation de la mortalité infantile liée à la moindre grande disponibilité en lait maternel pour les enfants, lorsque la fréquence des grossesses augmente[75]. Ce régime se maintiendra jusqu'au XIXe-XXe siècle, dans la plupart des zones cultivées, jusqu'à la transition démographique contemporaine.

Année Population mondiale
-100 000 0,5 million
-10 000 1 à 10 millions
-6 500 5 à 10 millions
-5 000 5 à 20 millions
400 190 à 206 millions
1000 254 à 345 millions
1250 400 à 416 millions
1500 425 à 540 millions
1700 600 à 679 millions
1750 629 à 691 millions
1800 0,813 à 1,125 milliard
1850 1,128 à 1,402 milliard
1900 1,550 à 1,762 milliard
1910 1,750 milliard
1920 1,860 milliard
1930 2,07 milliards
1940 2,3 milliards
1950 2,5 milliards

L'apparition de l'agriculture s'accompagne de changements de société importants. En augmentant la quantité de nourriture produite par unité de surface, elle a permis la production de surplus alimentaires qu'il était possible de stocker (surtout pour les systèmes agraires basés sur la culture de plantes à graines)[79], et a permis à une partie de cette population de se consacrer à des activités autres que la production d'aliments. Elle a ainsi permit l'apparition de villes et de groupes sociaux de guerriers, d'artisans ou de commerçants. En conséquence, l'apparition de l'agriculture est souvent considérée comment étant liée à l'apparition d'une hiérarchie sociale, d'inégalités sociales et d'une société de classes[34]. Néanmoins, ce phénomène n'est pas systématique. Les sociétés néo-guinéennes ont par exemple gardé des caractéristiques égalitaires après l'apparition de l'agriculture[61].

Il semble également que l'apparition de l'agriculture ait entraîné une aggravation des inégalités hommes-femmes[80], en particulier dans les zones pratiquant la culture des céréales. La croissance des inégalités semble moins forte chez les populations pratiquant une agriculture basée sur les légumes-racines.

Au-moins dans certaines régions, les populations d'agriculteurs ont éliminé et remplacé les populations de chasseurs-cueilleurs. Le rapport de force favorable aux paysans peut s'expliquer par leur nombre (« Dix paysans mal nourris sont néanmoins plus forts qu'un seul chasseur en bonne santé »[81]), par la présence d'une stratification sociale et donc d'armées ou de classes de guerriers professionnels chez les agriculteurs, par la transmission de maladies des agriculteurs aux chasseurs-cueilleurs (les agriculteurs sont confrontées à de nombreuses maladies, pour lesquelles ils ont acquis une immunité)[28]. C'est par exemple le cas de l'expansion des cultures du cardial et du rubané en Europe. Les peuples agriculteurs ont pu propager leurs langues, comme dans les cas de l'expansion bantoue, de l'expansion austronésienne ou de l'expansion des langues uto-aztèques. La diffusion conjointe des langues et de l'agriculture est proposée par la "théorie de la dispersion agriculture/langue"[82]. Pour certains linguistes (Louis Hjelmslev, Colin Renfrew...), les langues indo-européennes, les langues afro-asiatiques voire les langues nilotiques seraient toutes issues des langues des premiers agriculteurs du Proche-Orient[83]. Ces idées ont aussi été développées par Jared Diamond dans son ouvrage De l'inégalité parmi les sociétés.

Sur le plan environnemental, la mise en culture de nouveaux écosystèmes s'accompagne de la déforestation, d'une modification du régime des feux et du développement du pâturage. Cela conduit à une modification de la biodiversité et à la création de nouveaux habitats. La surface des forêts diminue, celle des prairies, des savanes et des landes augmente. Les landes atlantiques de l'Europe de l'Ouest apparaissent ainsi au début de l'Âge du Fer[1]. L'effet de l'introduction de la chèvre et du mouton sur la composition floristique des prairies est visible en France dès le IVe millénaire av. J.-C.[84]. Ces modifications de l'environnement peuvent entrainer l'apparition de nouvelles espèces (par exemple Pseudorchis straminae, dérivée de Pseudorchis albida[1], une orchidée, et diverses espèces d'adventices). Des espèces autres que les espèces domestiques (adventices, insectes ravageurs des cultures et phytopathogènes, pathogènes et insectes du bétail, ravageurs des aliments stockés) se propagent également en accompagnant l'agriculture, dissimulées dans les lots de semences ou sur le bétail.

La théorie de l'anthropocène précoce développée par William Ruddiman suppose que la déforestation, l'élevage et la riziculture ont augmenté la teneur en gaz à effet de serre de l'atmosphère dès 6 000 av. J.-C., évitant l'entrée dans une nouvelle période glaciaire. Cette théorie reste controversée[85].

Premiers systèmes agraires[modifier | modifier le code]

On suppose généralement que les premiers semis ont eu lieu de manière accidentelle, sur les zones d'égrenage à proximité des maisons, qui étaient déjà défrichées, et enrichies par l'accumulation des déchets domestiques. Ces zones ont probablement été les premières à être cultivées, suivies par les sols situés en bordure de rivière, qui sont défrichés et enrichis par les alluvions apportés par les crues. Mais ces zones représentent une faible étendue [3].

Lorsque l'agriculture est devenue la source principale de l'alimentation, les paysans se sont organisés, inventant des successions d'activités et de cultures sur les parcelles, utilisant un outillage dédié pour chaque catégorie de culture, définissant des itinéraires culturaux (succession des soins à apporter à la culture de la préparation du sol à la récolte); finalement, les sociétés s'organisent de façon telle que ce système puisse fonctionner. On peut alors parler de systèmes agraires : agriculture sur brûlis et pastoralisme sont probablement les premiers systèmes apparus.

Agriculture sur abattis-brûlis[modifier | modifier le code]

Agriculture sur abattis-brûlis. La photo représente la phase de brûlis, qui fait suite à la phase d'abattage. Eno, Finlande, vers 1893

Les premiers systèmes agraires sur abattis-brûlis apparaissent rapidement au Proche-Orient, en Amérique du Nord et probablement en Chine[3]. L'histoire de ces systèmes est mal connue, et l'essentiel des informations dont nous disposons est issue des systèmes d'abattis-brûlis actuels.

Il consistent à défricher une parcelle par essartage : abattage des arbres à la hache, puis nettoyage par le feu (permettant un enrichissement du sol), mais sans dessouchage. La parcelle est ensuite cultivée de un à trois ans, avant de laisser la végétation se développer pendant plusieurs années (10 à 50 ans, dans les systèmes contemporains). Le processus est ensuite réitéré ailleurs, l'année suivante. Le développement de ces systèmes a été permis par le développement des techniques de la pierre polie, qui permettent de faire des haches dans des roches plus solides que celles utilisées pour faire les haches en pierre taillée, et qu'il est possible de réaffuter[3],[86]. Ils sont également adaptés pour des agriculteurs qui ne possèdent pas d'outils du travail du sol, à l'exception du bâton fouisseur. Ces systèmes s'implantent facilement dans les zones de forêt dense : taïga, forêt tempérée décidue ou mixte, forêt méditerranéenne, forêt tropicale à saison sèche[53].

Dans les zones de forêt tropicale, la végétation très dense complique le défrichement avec les outils en pierre tandis que le climat humide limite l'utilisation du feu. Dans ces conditions, l’écorçage des arbres peut être plus efficace que le feu pour les tuer[52].

Pour s'adapter à ces conditions, en Asie du Sud-Est à partir de -2 000, les Austronésiens développent des systèmes agroforestiers basés sur l'association de plusieurs espèces de tubercules pérennes (taro, igname) et d'arbres (bananier, sagoutier). Ils utilisent le feu comme méthode de défrichement ou installent les cultures dans des marais. Parfois, seul le sous-bois est éliminé[52]. Ces systèmes peuvent être comparés aux jardin-forêts contemporains. En Amazonie se développent des techniques de création sols et de "domestication du paysage"[87]. À partir de -4 000 (mais de façon plus significative à partir de -500)[70], les populations utilisent le brûlis pour enrichir les sols par la production de biochar, donnant naissance à la terra mulata (et à la terra preta), qui couvrent suivant les estimations de 0,1 à 3,2 % de la surface de la forêt amazonienne. Ces systèmes sont également associés à des concentrations d'arbres fruitiers (soit des vergers installés volontairement, soit des arbres issus des graines présentes dans les déchets domestiques)[88]. De manière générale, ces populations géraient les forêts environnant les zones agricoles pour favoriser les espèces qui leur étaient utiles[70]. Ces arbres favorisés par les humains sont également des sources de nourriture pour le gibier, qui occupe une place nécessaire dans l'alimentation, tout comme la pêche (la majorité de ces systèmes se trouvent en bordure de rivière). Dans les zones de savane périodiquement inondées des Guyanes, à partir de 1 000, les agriculteurs construisent des champs surélevés, associés à des canaux et des mares, sur lesquels ils cultivent maïs, manioc et courges[89],[90]. Ces systèmes existent aussi en Bolivie dans les llanos de Mojo, au Brésil dans l'Amapa et dans les llanos de l'Orénoque[70]. Il est possible que les champs surélevés et la terra mulata aient été cultivés sans phase de friche forestière[87]. Des "ilots forestiers", situés sur des zones surélevées par les humains, sont aussi observés dans la région, et ont peut-être servi de base à l'agroforesterie. À l'échelle du paysage, l'entretien d'une mosaïque de zones de forêt, savane, vergers, champs et jardins, a sans doute permis de maintenir et augmenter la biodiversité du gibier et des plantes utiles[87].

Les systèmes sur brûlis peuvent nourrir une population de l'ordre de 10 à 30 habitants/km². Lorsque la population augmente au-dessus de la densité que peut supporter le système, une partie de la population du village émigre et forme un nouveau système agraire dans une zone de forêt encore non exploitée. Cette dynamique continue encore de nos jours, dans les dernières forêts tropicales d'Amérique du Sud, d'Afrique et d'Indonésie, où existent toujours des systèmes d'agriculture sur brûlis, même si la disponibilité d'outils en fer facilite le travail de défrichage[52].

Ces systèmes ont entraîné une croissance démographique importante, par rapport aux époques précédentes. Ainsi, entre -8 000 et -3 000, la population humaine passe de 5 à 50 millions. Néanmoins, à cette époque le taux de croissance de la population était inférieur à 1 % par an, la formation de nouveaux villages se produisait moins d'une fois par siècle et le front pionnier de l'agriculture avançait environ de 1 km par an[86].

Les systèmes d'agriculture sur brûlis existent toujours dans les dernières forêts tropicales d'Amazonie, d'Afrique centrale, d'Inde, et d'Asie du Sud-Est (Laos, Vietnam, Indonésie, Papouasie-Nouvelle-Guinée...)[91]. En Europe ils se sont maintenus jusqu'au début du XXe siècle en Fennoscandie[92],[93]. En Europe de l'Ouest, des systèmes similaires (écobuage, essartage) se sont maintenus au moins jusqu'au XIXe siècle sur des terres marginales (landes, forêts de montagne)[94],[95].

Lorsque le brûlage revient trop souvent sur la même parcelle, la forêt n'a pas le temps de se reconstituer et la dégradation des sols s'amorce. On atteint alors les limites du système.

Systèmes d'élevage pastoral[modifier | modifier le code]

Article détaillé : pastoralisme nomade#origine.

Dans les biomes caractérisés par des formations herbacées (toundra, montagne méditerranéennes, steppes, prairies, savanes, zone puna des Andes), les systèmes d'abattis-brûlis ne peuvent s'implanter car les premiers agriculteurs ne disposent pas d'outils de travail du sol permettant de défricher l'épais tapis racinaire et parce que le sol est peu fertile. Les sociétés qui ont atteint ces territoires ont donc développé des systèmes basés sur l'élevage.

Il faut noter qu'à cette époque une grande partie des actuelles savanes tropicales et subtropicales était couverte par la forêt tropicale à saison sèche, et occupée par les systèmes sur abattis-brûlis. Elle se transformera en savane suite à la déforestation agricole. De même au Proche-Orient des systèmes pastoraux apparaissent suite à l'assèchement de la région à partir de -6 200[96].

Traite de renne vers 1900, Comté de Finnmark, Norvège

En revanche, le Sahara qui n'était pas encore un désert fait partie de ces territoires conquis par l'élevage pastoral[53]. Les plus anciens bovidés connus apparaissent au VIIe millénaire av. J.-C. sur sa bordure nord, et les premiers caprinés au VIe millénaire, mais l'élevage ne prend de l'importance qu'à partir du Ve millénaire[97]. À partir de -3 900, le climat le Sahara devient désertique. Les éleveurs se replient vers les oasis, les vallées des fleuves (Nil) ou migrent vers le sud. Au Niger, cette émigration au sud du 20e parallèle s'observe à partir de -2 000[97].

Dans la toundra, les systèmes pastoraux basés sur l'élevage du renne apparaissent en Sibérie soit directement par évolution des pratiques des chasseurs-cueilleurs, soit par contact avec les sociétés pastorales de la steppe, par exemple dans les monts Saïan[98]. En Scandinavie, la date d'apparition de l'élevage du renne est controversée et se trouve soit entre 200 et 1 000, soit entre 1 300 et 1 600[99]. Dans cette région, le renne est domestiqué de manière indépendante[100].

Ces systèmes peuvent aussi entraîner une déforestation quasi-complète lorsqu'il y a surpâturage.

Système agraires post-forestiers[modifier | modifier le code]

Déforestation[modifier | modifier le code]

Lorsque les villages pratiquant l'abattis-brûlis se retrouvent éloignés des forêts primaires, parce que la zone est cultivée depuis longtemps et que le front pionnier s'en est éloigné, ou lorsque le front pionnier atteint une limite géographique (bord de mer, de désert, montagne...), il n'est plus possible de faire face à l'accroissement démographique par l'émigration et la création de nouveaux villages. La taille de la population augmente, la durée de la friche forestière est raccourcie et au bout d'un certain temps, lorsque les parcelles sont exploitées trop fréquemment (tous les dix ans ou moins, par exemple), la friche forestière ne se reconstitue plus, c'est la déforestation.

Ce processus est d'autant plus rapide que la forêt est facile à abattre. Cela a probablement été le cas des savanes arborées et des forêts subtropicales à saison sèche qui couvraient le proche et le Moyen-Orient et le Sahara aux débuts de l'agriculture. Dans ces régions, la déforestation commence au VIIe millénaire av. J.-C., et au Ve millénaire av. J.-C. se produit un mouvement de désertification en partie causé par le déboisement. La forêt méditerranéenne est déboisée progressivement, d'est en ouest, entre -2 000 et l'an 1. Les forêts feuillus de l'Europe tempérée sont déboisées dans les premiers siècles de notre ère. La forêt tropicale à saison sèche, au sud du Sahara, disparaît aux premiers siècles de notre ère. Elle a laissé la place aux écosystèmes de savane tropicale. La forêt équatoriale subit actuellement ce processus de déforestation[101].

La déforestation entraîne une baisse de la teneur du sol en matière organique, ainsi qu'une baisse de la quantité de nutriments restitués au sol lors du brûlis. Sous les climats chauds, la teneur en matière organique peut descendre sous les 1 %, tandis qu'elle peut se maintenir autour de 2 % en zone tempérée. Ceci entraîne une chute de la fertilité du sol (diminution de la réserve hydrique, de la taille du complexe argilo-humique et des flux de minéralisation). En zone de subtropicale, des phénomènes de latérisation peuvent se produire.

Les sols déforestés sont soumis à l'érosion et les alluvions et colluvions emportés par les eaux provoquent le comblement des vallées et des golfes marins et l'accroissement des deltas. Les zones recevant ces éléments peuvent devenir de nouvelles terres particulièrement fertiles pour l'agriculture. La déforestation provoque également un assèchement du climat pouvant aller jusqu'à la désertification. Ce phénomène est dû à la diminution des stocks d'eau contenus dans la biomasse forestière, au dessèchement du sol et à la diminution du flux d’évapotranspiration entre la biosphère et atmosphère. Ce phénomène affecte les régions victimes de la déforestation mais également les régions distantes qui recevaient les pluies issues de l'évapotranspiration forestière.

Dans son essai Effondrement, Jared Diamond présente plusieurs sociétés dont l'effondrement pourrait avoir été causé au-moins en partie par la dégradation des sols due à l'agriculture.

Pour Mazoyer et Roudart, la déforestation à l'échelle planétaire entraînée par l'intensification des systèmes sur abattis-brûlis est le "plus grand bouleversement écologique de l'histoire", qui a détruit "à l'échelle des continents des mégatonnes de biomasse, de réserves d'eau et d'humus".

D'autres activités, dès le début du néolithique, concourent à la déforestation : la fabrication de la chaux, du plâtre, le séchage du sel et des céramiques demandent énormément de bois de chauffage. S'y rajouteront bientôt la métallurgie et la fabrication du verre.

Les pratiques d'agriculture sur brûlis ont également parfois mené à la formation de sols riches en matière organique similaires aux tchernozems, comme la terra preta.

Différents systèmes alternatifs ont alors été conçus pour surmonter cette crise : systèmes agraires hydrauliques, systèmes rizicoles, systèmes de savane, systèmes de culture attelée légère[86]...

Systèmes agraires hydrauliques[modifier | modifier le code]

Suite à la déforestation entraînée par les pratiques d'abattis-brûlis, des régions entières, comme le Sahara, l'Arabie ou l'Iran sont devenues arides voire désertes. Ce phénomène est dû à la diminution des stocks d'eau contenus dans la biomasse forestière, au dessèchement du sol et à la diminution du flux d’évapotranspiration entre la biosphère et l'atmosphère. Ce phénomène affecte les régions victimes de la déforestation mais également les régions distantes qui recevaient les pluies issues de l'évapotranspiration forestière[86].

Dans ces régions asséchées, les peuples de cultivateurs ou d'éleveurs se sont progressivement repliés vers les zones où l'eau restait abondante : vallées des grands fleuves prenant leur source dans des régions lointaines (vallées de l'Indus, de l'Euphrate, du Tigre et du Nil), vallées des cours d'eau descendant des montagnes ou oasis situées à la résurgence de nappes phréatiques (parfois fossiles). Un phénomène similaire s'est produit dans les zones désertiques de la plaine côtière située sur le versant oriental des Andes, au débouché des fleuves qui descendant de la montagne, et dans les hautes vallées des Andes. Ici, le rôle de la déforestation dans l'aridification est possible mais pas certain[102].

Les agriculteurs réfugiés dans les vallées des fleuves durent développer de nouveaux systèmes pour tirer profit des eaux du fleuve, protéger les cultures des crues, et éventuellement évacuer les excès d'eau. Deux systèmes ont pu être mis en place : les cultures de décrue et les cultures irriguées[86]. En général, les deux systèmes ont cohabité dans la vallée des grands fleuves. Ainsi en Égypte, les cultures de décrue ont été majoritaires avant de laisser la place aux cultures irriguées. Dans le système de cultures de décrue, l'eau de la crue est dirigée par des digues et des canaux vers des bassins, où elle est retenue le temps que l'eau recharger la réserve utile du sol et que les limons se déposent, afin de fertiliser le sol. L'enjeu est d'étaler au maximum l'eau de la crue pour arroser la plus grande superficie possible de terres agricoles. L'eau doit ensuite être évacuée, puis les cultures doivent pouvoir être protégées d'un éventuel retour de la crue. Ce système n'est possible que dans les vallées de fleuves dont la crue est importante et certaine. Les systèmes irrigués peuvent être appliqués dans tous les cas. Ils présentent également l'avantage de pouvoir être appliqués en toute période (y compris pendant la crue, sur les zones restant émergées) L'eau provient soit de puits, soit de canaux qui apportent l'eau au plus près des parcelles par gravité. L'eau doit être ensuite élevée jusqu'au niveau de la parcelle puis distribuée à la culture. Les systèmes les plus rudimentaires se contentent de prélever et distribuer l'eau avec de simples cruches. Des machines plus complexe se développent ensuite : le puits à balancier (delou, chadouf) inventé en Mésopotamie au XIVe siècle av. J.-C., la vis d'Archimède et la roue à godets. Ces deux dernières, d'abord actionnées par la force humaine, sont actionnées ensuite par la traction animale (roue persane). Ce moulin à eau inventé en Chine est passé en Iran dans les premiers siècles de notre ère. Il est utilisé sporadiquement à la fin de l'Empire romain, son usage se généralise en Europe vers 500 et indépendamment dans les pays musulmans (noria arabe)[103] jusqu'en Andalousie.

Les importants aménagements nécessaires aux systèmes agraires hydrauliques (construction et entretien des digues, des canaux, des bassins, des puits, des quanats, des barrages, des machines élévatrices...), parfois mis en place sur des centaines de kilomètres le long d'un fleuve (1 200 km dans le cas de l'Égypte), à l'organisation des échanges commerciaux et à la constitution de stocks alimentaires de réserve, exigent une organisation sociale à grande échelle. Les systèmes agraires hydrauliques ont souvent donné naissance à des états centralisés, et autoritaires et à des cités-états. C'est le cas des systèmes hydrauliques de Sumer, de l'Égypte pharaonique, de la Chine antique (à partir des Shang), de la civilisation de la vallée de l'Indus, d'Angkor, de Sukhothaï, du Vietnam, de la vallée du Gange (Magadha), du royaume Merina, de l'empire olmèque, de l'empire aztèque, de l'empire Inca et des cités-états andines qui l'ont précédé (Chavin, Salinar, Vicus, Mochica, Lima, Nazca, Tiwanaku)[104] et peut-être le cas des cités-états mayas[105]. Ces systèmes ont été regroupés par Wittfogel sous le nom de "despotisme oriental" (inspiré du concept marxiste de mode de production asiatique). Néanmoins il existe aussi des systèmes hydrauliques démocratiques : huertas de Valence, riziculture des Diolas[104].

À mesure que les systèmes irrigués se mettent en place, une spécialisation se produit entre activités d'élevage et activités de production végétale[106],[107]. L'élevage, à l'exception de l'élevage des animaux de trait, disparaît des systèmes irrigués en raison de l'absence de pâturages (les animaux doivent y être nourris avec des fourrages cultivés), et en raison du temps de travail nécessaire au maintien du système hydraulique, qui rend indisponible la main d’œuvre nécessaire pour pratiquer la transhumance durant la saison sèche. La nécessité de protéger les cultures des dégâts causés par les animaux domestiques rend également souhaitable la séparation géographique des deux activités. À l'inverse, certains groupes se sont spécialisés dans l'élevage, sur les marges arides, tout en pratiquant des formes d'agriculture pluviale à petite échelle. L'existence de liens commerciaux entre les groupes spécialisés dans le pastoralisme et ceux spécialisés dans l'agriculture permettent d'augmenter la quantité de ressources disponibles pour les deux groupes, et les deux activités font partie d'un même système socio-économique. Néanmoins, la présence des éleveurs constitue un risque pour les agriculteurs, les éleveurs, particulièrement mobiles, pouvant être tentés d'obtenir des ressources agricoles par la razzia. Lors de périodes de crise et de dégradation des systèmes hydrauliques, des cultivateurs peuvent aussi choisir de devenir éleveurs. Au Proche-Orient ce processus a peut-être commencé dès la fin du néolithique précéramique B, vers -6 500[107].

Les systèmes de culture irriguée existent toujours aujourd'hui, tout comme les systèmes de pastoralisme nomade associés.

Riziculture aquatique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Culture du riz.
Casiers rizicoles, rizières de Bama, Burkina Faso, 2004

Dans les régions tropicales humides, où les fonds de vallée sont périodiquement submergés par les pluies et les crues, se développent des systèmes de riziculture aquatique. En Asie, ces systèmes se développent à partir de -4 000, mais ce n'est qu'à partir du XIe siècle av. J.-C. en Chine, et à partir de -800 dans vallée du Gange, que se développent des cités-états basés sur les systèmes hydrauliques rizicoles. En Afrique, la riziculture se développe à partir de -1 500 dans le delta du Niger. Elle gagne ensuite les vallées du Niger, du Sénégal, de la Gambie et de la Casamance, et la côte guinéenne. Après la colonisation européenne des Amériques, la riziculture gagne également l'Amérique, ainsi que certaines zones d'Europe (delta du Rhône, plaine du Pô, côte méditerranéenne de l'Espagne)[86]. À partir de -200 se mettent en place les systèmes de rizières irriguées du sud-est asiatique, associés au buffle pour la traction animale et aux outils en fer[52].

Les premières rizières sont implantées dans des plans d'eau naturels et utilisent des variétés de riz flottant, capables d'adapter la longueur de leur tige aux fluctuations du niveau d'eau. Des casiers rizicoles, à fond plat et entourés d'une digue en terre de quelques dizaines de centimètres ont ensuite été construits, d'abord sur des zones surélevées afin de faciliter le drainage. Les casiers sont remplis par les eaux de pluie (riz pluvial) puis vidés par l'agriculteur qui pratique une brèche dans la diguette. La construction de rizières en terrasse a ensuite permis d'étendre la riziculture le long des versants des vallées (par exemple, rizières en terrasses des cordillères des Philippines). Dans les vallées inondables et les deltas, l'extension des casiers rizicoles a nécessité la mise en place de véritables systèmes agraires hydrauliques: construction de digues pour protéger les cultures de la crue ou de la mer, construction de canaux pour étaler les eaux de la crue (cas des cultures de décrue) ou apporter l'eau d'irrigation, et pour évacuer les excès d'eau. La mise en place de systèmes d'irrigation a également permis l'extension de la riziculture dans les zones tropicales sèches et en zone méditerranéenne[86].

Parallèlement, le développement du repiquage, le travail du sol amélioré par la traction animale, le développement de variétés non photopériodiques (cultivables en toute saison) et à cycle court ont entrainé une augmentation de la productivité et permis d'atteindre jusqu'à trois récoltes de riz dans certaines régions.

L'agriculture intensive de la Chine, de la Période des Royaumes combattants aux Song[modifier | modifier le code]

Pendant cette période qui correspond à l'Antiquité et au Moyen Âge occidentaux, les méthodes utilisées en agriculture sont souvent bien plus élaborées que dans le reste du monde.

Les systèmes de culture et d'élevage pratiqués en Chine à ces époques sont variés et comme la riziculture souvent très exigeants en main d'œuvre. Certaines activités comme l'aquaculture (élevage et sélection de carpes Koï et de poissons rouges, culture de plantes aquatiques), l'élevage des vers à soie (sériciculture) associée à la culture du mûrier noir [108], la culture du laquier (toxicodendron vernicifluum) ou la culture du théier y sont très tôt importantes et parfois même prestigieuses.

De nouveaux outils fournis parfois par une véritable industrie voient le jour[109]:

  • De nombreux outils en fonte déjà connue en Chine à partir de -500
  • La bricole et Le collier d'épaule pour l'attelage des chevaux vers -500
  • Le semoir en ligne multitube vers -200
  • Le marteau hydraulique ou martinet utilisé pour décortiquer les grains ou les aplatir vers -100
  • La chaîne à godets (première pompe) vers -100
  • La roue hydraulique capable d'entraîner pompes, moulins et autres outils
  • La charrue à versoir en fer vers 600
Vue partielle des aménagements hydrauliques de Dujiangyan (Chine)

Les ingénieurs chinois savent mener des travaux d'aménagement hydaulique à très grande échelle depuis la Période des Royaumes combattants, par exemple le célèbre système d'irrigation de Dujiangyan conçu par Li Bing et inscrit au patrimoine mondial de l'humanité.

Les agronomes chinois promeuvent la rotation des cultures et la fertilisation[108].

Les pratiques chinoises ont été particulièrement étudiées et décrites par l'agronome américain F.H. King et ont influencé la naissance de l'agriculture biologique[110].

Systèmes de savane[modifier | modifier le code]

Dans les zones intertropicales, le déboisement conduit à la formation d'écosystèmes dominés par un tapis herbeux (savanes, brousses, steppes), parfois associé à des restes de massifs forestiers ou parsemées d'arbres, d'arbustes et de buissons dispersés. Dans ces zones, où se pose la question du défrichage de la végétation herbacée, se sont développés des systèmes de culture à la houe de divers types[86].

Des systèmes sans élevage avec buttage et billonnage, par exemple en Afrique centrale. Dans ces systèmes, le tapis herbacé est défriché à la houe après brûlis. Les cultures alternent avec une phase de jachère herbeuse de 4 à 7 ans. Les sols sont peu fertiles et peu épais, en raison d'une vitesse de minéralisation de la matière organique élevée, de l'usage du feu, et d'un lessivage intense par les pluies. Pour faire face à ce problème, les agriculteurs découpent l'horizon superficiel du sol et l'entassent en billon et en buttes, qui concentrent la fertilité du sol. Les billons et les buttes sont utilisés pour les cultures peu exigeantes et à cycle long, comme le manioc. Les culture à cycle court et exigeantes (maïs, pomme de terre) sont cultivées sur des buttes soumises à un brûlis long et à couvert afin de minéraliser rapidement et rendre disponibles les nutriments. Dans certains systèmes (sur le plateau congolais), des arbres fruitiers (cacaoyer, caféier, palmier à huile) sont plantés sur les buttes et alternent avec une phase de friche forestière.

Savane à chênes à gros fruits (Quercus macrocarpa) nettoyée par le feu. Cette pratique interdite épargne ces arbres parce qu'ils ont une écorce très épaisse. Wisconsin, États-Unis

Des systèmes avec élevage associé, dans les savanes d'altitude de l'Afrique des grands lacs. Le bétail pâture la journée dans la savane. La nuit, il est regroupé dans des enclos à proximité des maisons et situés au sommet d'une colline. Les cultures se situent en contrebas de l'enclos, et se succèdent les unes aux autres sans phase de jachère. Les cultures profitent du ruissellement des nutriments provenant des déjections animales dans l'enclos. Les déjections sont également transportées quotidiennement à la main depuis l'enclos vers les cultures. Lorsque la densité de population augmente dans ces systèmes, l'élevage tend à régresser et à laisser la place à des systèmes d'agroforesterie basés sur l'utilisation d'arbres et de cultures pérennes (jardins créole des Antilles, du Yucatán et d'Asie du Sud-Est).

Des systèmes à jachère et élevage, des zones sahéliennes et soudaniennes, similaires aux systèmes de culture attelée légère méditerranéens et européens. Les cultures sont regroupés sur les sols les plus fertiles, où sont également installées les maisons. Les animaux pâturent les zones les moins productives de la steppe ou de la savane. Pendant la saison sèche, les troupeaux sont parqués la nuit sur les champs, qui sont laissés en jachère, afin d'enrichir le sol par leurs déjections. Les troupeaux d'éleveurs nomades ou transhumants peuvent également s'ajouter aux troupeaux du village. Pendant la saison des pluies, les troupeaux sont tenus loin du village ou parqués la nuit dans des parcs à bétail. La terre des parcs à bétail, mélangée aux déjections, est prélevée et transportée dans les champs.

Des systèmes d'arboriculture fourragère similaires aux systèmes à jachère et élevage, dans les zones sahéliennes où les pâturages disponibles en saison sèche sont insuffisants. Les animaux sont alors tenus à la saison sèche dans des parcs plantés d'arbres (souvent Acacia albida) qui puisent les nutriments en profondeur, ou obtiennent l'azote par fixation symbiotique, et dont les feuilles fournissent un fourrage.

Dans les zones comptant à la fois des savanes et des zones de forêt (par exemple, région du Pool au Congo) peuvent exister des systèmes mixtes, associant culture à la houe et élevage dans la savane et système d'abattis-brûlis dans la forêt.

Systèmes de culture attelée légère[modifier | modifier le code]

Édition de 1564 du De re rustica de l'agronome romain Columelle, premier traité d'agriculture qui nous soit parvenu

La déforestation des zones méditerranéennes commence vers -2 500 en Méditerranée orientale et se poursuit jusque vers -500 en Méditerranée occidentale. Elle a entraîné des phénomènes d'érosion intense qui ont provoqué le ravinement des hautes vallées et des reliefs, donnant naissance au maquis et à la garrigue, écosystèmes impropres à la culture. Simultanément, l'érosion a entraîné le comblement des basses vallées, des dolines et des bas-fonds. Cela a provoqué la crise du système agraire. Ainsi plusieurs régions (Palestine, Anatolie, Chypre, Malte) voient se succéder des phases d'occupation puis d'abandon associées à une forte érosion. Des phénomènes similaires s'observent dans les plaines limoneuses dans l'Europe tempérée, entre -800 et -250. À partir de -1 000 un nouveau système, basé sur une différenciation des différents espaces, s'est progressivement mis en place pour faire face à la déforestation. Ce processus est parfois dénommé révolution agricole de l'Antiquité[111].

Les sols de fonds de vallée, rendus plus fertiles par le colluvionnement et l'alluvionnement sont dessouchés et réservés à la culture des céréales et des légumineuses à graines (zone dénommée ager en latin). La rotation dure généralement deux ans (assolement biennal), alternant une culture et une jachère herbeuse. La culture est généralement une céréale d'hiver (blé, seigle, méteil, orge ou avoine). Elle peut également être une céréale (orge, avoine, millet) ou une légumineuse (pois, lentille) de printemps. Les cultures de printemps permettent notamment de rattraper un échec des semis à l'automne. La récolte se fait à l'aide de la faucille. La jachère, qui dure de 15 à 20 mois, est soumise à de fréquents travail du sol (au-moins trois), afin d'éliminer les adventices qui s'y développent. Afin de travailler le sol, un nouvel instrument, l'araire, crée dans les systèmes de culture irriguée mésopotamiens, est introduite. Elle exige le développement de la traction animale. L'araire sert également à préparer le lit de semence avant le semis puis à enfouir les graines. Le labour à bras peut également être pratiqué à la houe ou à la bêche mais uniquement sur des surfaces limitées en raison du temps de travail demandé et de sa difficulté. Les animaux de trait permettent également le transport sur bât. Les champs sont généralement carrés afin de permettre des passages d'araire dans deux directions perpendiculaires. Les champs peuvent être complantés ou bordés d'arbres utiles qui fournissent de l'ombrage, du bois, des fruits (olivier, caroubier, chêne, châtaignier) ou du fourrage (frêne).

Dans certains systèmes (comme les landes de Gascogne) où la superficie des pâturages est très importante et permet de fournir de grandes quantités de déjections, une petite jachère de seulement 7 mois est suffisante pour renouveler la fertilité et alterne avec une culture de printemps comme le millet. Dans les systèmes de montagne humide, la jachère peut être remplacée par une friche herbeuse de quelques années qui sert de pâturage.

Les sols profondément érodés des hautes vallées et des pentes (le saltus) sont réservés au pâturage. Ils sont régulièrement soumis à l'incendie, afin de maintenir la végétation herbacée et de limiter le développement des arbres. Le renouvellement de la fertilité est assuré par le transfert de fertilité depuis les pâturages vers les cultures par les animaux, qui pâturent la journée et sont parqués la nuit sur les champs en jachère, afin d'enrichir le sol de leurs déjections. Le pâturage nocturne sur les jachères contribue également à lutter contre les adventices. En zone méditerranéenne, la quantité d'herbe disponible en été est insuffisante pour nourrir les troupeaux nécessaires au transfert de fertilité. Les stratégies adoptées pour contourner ce problème sont le regroupement des naissances en fin d'hiver ou en fin d'été, avant les périodes de forte pousse de l'herbe, et l'adoption de la transhumance estivale. La mise en défens de certains prés au printemps permet également de conserver l'herbe sèche sur pied et de l'utiliser comme fourrage pendant l'été.

L'araire, outil de travail du sol typique des systèmes de culture attelée légère

Afin de protéger les cultures dès animaux qui pâturent sur les jachères, les villages organisent généralement un assolement réglé à l'échelle du village. Toutes les terres du village sont regroupées en deux soles, chacune des soles étant alternativement en jachère et en culture. Les champs en jachère sont ouverts à la vaine pâture. Chaque paysan conserve la propriété de ses terres (qui se trouvent réparties entre les deux soles) et de ses animaux.

La forêt (la silva), qui se maintient sur les sols trop superficiels, trop excentrés ou trop accidentés pour avoir été cultivés dans la phase précédente, continue de jouer un rôle dans le système en fournissant bois, fruits, miel, gibier, et fourrages supplémentaires. Elle peut également être utilisée comme zone de pâturage, la limite entre silva et saltus n'étant pas toujours nette.

Autour des maisons, les jardins et les vergers (l'hortus), abondamment fertilisés par les déchets domestiques, sont occupés par les arbres fruitiers, la vigne, les légumes, les plantes textiles (lin), les oléagineux (œillette, colza) et souvent les légumineuses à graines (pois, lentille). Parois si trouvent également des plantes fourragères (trèfle, vesce). Ils sont travaillés à la bêche et à la houe, permettant un véritable travail du sol assimilable au labour, à la différence de l'araire qui ne fait que scarifier le sol[111].

De manière générale, les différents espaces sont disposés en cercles concentriques autour de l'habitat : au plus près l'hortus, ensuite l'ager puis le saltus et enfin la silva.

Lorsque, entre les premiers siècles avant notre ère et les premiers siècles après notre ère, l'Europe tempérée est à son tour déforestée, le système de culture attelée légère à rotation biennale et jachère s'y étend également. Les proportions du territoire occupées par l'ager, le saltus et la silva varient suivant les conditions pédoclimatiques. Dans les grandes plaines limoneuses et les vallées alluviales, tout le territoire peut-être mis en culture. La surface destinée à la forêt et au pâturage est alors réduite au minimum nécessaire pour répondre aux besoins de bois et transfert de fertilité. Dans d'autres régions aux sols plus minces et plus pauvres, la déforestation donne naissance à des landes (sur sol siliceux) ou à des pelouses calcicoles (sur rendosol) qui feront office de saltus. L'ager est alors concentré dans les fonds de vallée. Certains massifs forestiers sont inexploitables avec les techniques de la culture attelée légère (forêt boréale, forêts d'altitude, forêts sur terrains humides, pierreux, accidentés, filtrants...) et se maintiendront jusqu'au Moyen Âge et au développement de la culture attelée lourde. Les zones de l'Europe tempérée qui dès avant l'arrivée de l'agriculture ne portaient pas de forêt sont intégrées au saltus, dans le cas où elles se sont développées sur des sols peu fertiles (landes sur podzol, sur sol sableux filtrant ou sur ranker, pelouses d'altitude), ou sont mises en culture, lorsqu'elles se développent sur des sols fertiles comme les tchernozems (cas de la steppe eurasienne)[111].

Dans l'Europe tempérée ce système sera supplanté par la culture attelée lourde après la révolution agricole de l'an 1 000. Il se maintient toujours en Afrique du nord et du nord-est, au Proche-Orient et dans certaines zones d'Asie et d'Amérique latine.

En Gaule, avant l'arrivée des Romains, le marnage, le chaulage et l'utilisation de fumier de volaille étaient déjà pratiqués[112],[113]. Sous l'influence romaine, un système d'alternance des cultures comportant céréales puis légumineuses et parfois jachère se développe. Avec l'effondrement de l'organisation romaine, ces pratiques de restitution de la fertilité tendent à disparaître[112].

Les systèmes de culture attelée légère ont des rendements faibles : l'absence de véritable labour ne permet pas de lutter véritablement contre les adventices et les cultures en sont généralement infestées, les transferts de fertilité par le pacage nocturne sur les jachères sont très limités. La superficie des terres cultivées est nécessairement inférieure à celle des pâturages. Mazoyer et Roudart[111] estiment les rendements en grain de ces systèmes dans l'antiquité à environ 5 q/ha, Garnsey[114] les estime à 7q/ha pour le blé et 9 q/ha pour l'orge et Jardé[115] les estime à 7,5 q/ha pour le blé et 13,5 q/ha pour l'orge. En Gaule, au début du IXe siècle, les rendements de blé avoisinent 3 à 5 quintaux par hectare[112]. Mazoyer et Roudart estiment que la densité de population que pouvaient supporter ces systèmes était de 20 à 30 habitants par km² en zone méditerranéenne, d'environ 15 habitants/km² en Europe médiane et de 8 habitants/km² en Europe du Nord. Ces systèmes se sont retrouvés en crise alimentaire quasi-permanente par manque de terre et ont eu des difficultés importantes à approvisionner la population des villes. Ces systèmes sont contemporains de l'apparition de cités-états militarisées (Mycènes, Athènes, Sparte, Tyr, Sidon, Carthage, Rome...) qui pratiquent l'esclavage, la servitude pour dettes et une politique agressive de colonisation afin d'obtenir des peuples voisins des terres, des ressources alimentaires (sous forme de tributs et de pillages) et de la main-d'œuvre (esclaves, qui n'ont généralement pas de famille à charge, permettant de dégager des surplus alimentaires). Dans ces cités, la terre relève généralement du régime de la propriété privée. La faible productivité agricole conjuguée au régime de propriété privée a pour conséquence l'endettement des paysans dans l'espace agricole dépendant de la cité, qui entraîne l'esclavage pour dettes, l'augmentation des inégalités, puis la constitution de grands domaines agricoles (latifundium) aux mains d'une minorité de grands propriétaires fonciers tandis que la plupart des paysans disposent d'exploitations trop petites ou sont relégués sur les terres les moins productives. Ces paysans sans ressources alimentent les mouvements de colonisation ou s'engagent comme mercenaires. La situation de la paysannerie est à la source de tentatives de réformes agraires (réforme de Solon et de Clisthène à Athènes, Lex Sempronia et diverses tentatives de réforme agraire à Rome) comme de forte tensions sociales (prise du pouvoir par Pisistrate à Athènes, question agraire à Rome)[111].

À la fin de l'Empire romain, le statut de colon évolue. Désormais, les colons, sont liés juridiquement à la terre qu'ils exploitent ou au propriétaire de la terre, dans une forme qui préfigure le servage. Les troubles sociaux et les invasions qui accompagnent le déclin de l'empire poussent les grands propriétaires à se retirer sur leurs domaines (villa), dont ils organisent eux-mêmes la défense. Des esclaves en fuite et des familles de paysans viennent trouver refuge sur ces domaines. Le propriétaire alloue à chaque famille un lot de terre qu'elle peut cultiver pour son compte, en échange d'une part de la récolte et de temps de travail (corvée) sur les terres du propriétaire. Les enfants des paysans héritent à leur tour du statut de dépendance de leurs parents. Progressivement ce système évolue vers le système médiéval caractérisé par la seigneurie, le servage et le domaine médiéval, organisé en réserve et tenures serves[111].

Au fil du temps, le système est perfectionné par la création de terrasses sur les versants, qui permettent de retenir le sol et d'étendre l'espace cultivé, l'utilisation de l'irrigation et par le développement des vergers et de l'agroforesterie (vigne, figuier, amandier, olivier, châtaignier, caroubier, chêne, frêne), les arbres utilisant les ressources minérales profondes du sol et supportant mieux la sécheresse estivale des zones méditerranéennes.

Systèmes de culture attelée lourde : révolution agricole du Moyen Âge en Europe[modifier | modifier le code]

Paysan se servant d'une faux équipée d'un manche à poignées.

Au-cours du Ier millénaire se diffusent diverses innovations technologiques qui permettent d'augmenter les rendements dans l'Europe tempérée et froide (la zone méditerranéenne reste à l'écart de ces évolutions). Ces techniques sont souvent connues de longue date et requièrent des outils coûteux et complexes à fabriquer (faux, chariot, tombereau, herse, seaux, tonneaux et roues cerclés de fer). Au tournant du millénaire, Les analyses métallographiques montrent que le fer des outils agricoles datés du tournant du millénaire est de bonne qualité et sa métallurgie maîtrisée[116]. Ces avancées permettent d'augmenter les transferts de fertilité entre pâturages et cultures (par le biais de l'enfouissement des déjections des animaux d'élevage), et d'optimiser l'usage des ressources en herbe. Ces innovations se diffusent surtout à partir du Xe siècle, une époque où l'Europe est surpeuplée par rapport aux possibilités de la culture attelée légère (la population, qui s'était écroulée au moment de la chute de l'Empire Romain et des grandes invasions, s'est reconstituée). On parle de révolution agricole du Moyen Âge[117].

Labour avec une charrue, noter la présence du joug de cornes, de l'avant-train à roues et du versoir. La partie en gris représente très certainement l'ensemble coutre et soc en fer. Les très riches heures du Duc de Berry,mars. Vers 1410

Dans les zones à hiver froid de l'Europe, la disponibilité de l'herbe pendant l'hiver limite la taille du troupeau, et les animaux en surnombre (animaux de réforme, jeunes de l'année) doivent être tués à l'automne afin de ne conserver que les animaux reproducteurs. Ce problème limite les transferts de fertilité et donc le niveau de production des systèmes de culture attelée légère. La diffusion de la faux permet la production de foin qui permet de nourrir un troupeau plus abondant pendant l'hiver. La faux apparaît chez les gaulois dès le Ier siècle av. J.-C. mais sa fabrication est complexe, et il faut attendre l'an 1 000 pour qu'elle se diffuse rapidement grâce aux progrès de la métallurgie. Comme à cette époque les pâturages enclos sont rares, le foin est réalisé dans des clairières en forêt et stocké en meules. Pendant l'hiver les animaux sont conduits pour s'alimenter auprès de la meule pendant la journée et parqués sur les jachères pendant la nuit. Néanmoins, ce mode de fertilisation est peu efficace, les déjections de la journée n'étant pas récoltées, et beaucoup de temps et d'énergie sont perdus dans les déplacements. Pour répondre à ce problème, se développe peu à peu l'affouragement en stabulation : le foin est stocké dans un fenil et distribué pendant l'hiver aux animaux tenus en stabulation (étable, bergerie, chèvrerie, écurie...). Le bâtiment d'élevage est paillé d'une litière qui forme du fumier en se mélangeant aux excréments, ce qui facilite leur manutention. Si la litière provient des pâturages ou de la forêt elle apporte sa propre fertilité au fumier. Le fumier est ensuite transporté jusqu'aux champs et épandu avant les semis. Le transport du foin, de la litière et du fumier exige des chars, des charrettes ou des tombereaux, coûteux et complexes à fabriquer, qui ne se répandent pas avant le milieu du Moyen Âge. Pour enfouir chaque année plusieurs dizaines de tonnes de fumier, la charrue, généralement équipée d'un avant-train, se substitue à l'araire. Elle est capable d'effectuer un véritable labour relativement rapidement. Mais, à la différence du labour à la houe ou à la bêche, elle laisse souvent de grosse mottes et des touffes d'adventices mal arrachées. Le travail d'émottage et de désherbage est ensuite réalisé soit à la main, soit à l'araire, soit avec un nouvel outil : la herse. L'usage de la herse apparu en Europe pendant la Tène se généralise au IXe siècle. Elle sert également à enfouir les graines après le semis. L'enfouissement des graines est complété par le passage du rouleau, qui tasse le sol[117].

La traction de tous ces nouveaux matériels demande une force de traction animale accrue. Elle est permise par l'apparition de nouveaux systèmes d'attelage: le collier d'épaule remplace la bricole pour les chevaux et le joug de cornes remplace le joug de garrot pour les bœufs. Les deux systèmes précédents avaient pour conséquence d'étouffer les animaux pendant la traction, ce qui limitait leur force. Mais le collier était plus couteux que la bricole et le joug de cornes nécessitait des ajustements réguliers du fait de la pousse continue des cornes.

Cependant ces considérations reposent sur les travaux du commandant Richard Lefebvre des Noëttes qui ont été partout diffusés. Marie-Claire Amouretti a démontré que ses conclusions sont en partie fausses, les attelages antiques étaient en fait très divers et beaucoup présentent des pièces de harnachement supplémentaires qui évitent justement que l'animal ne soit étouffé[118]. Pour les bovins, le problème était connu depuis l'époque de la Tène, le musée de Bibracte expose d'ailleurs un joug de cornes de cette époque[119].

Zébus au travail dans une rizière en Inde. Ces animaux sont équipés de jougs de garrot qui sont calés sur leurs bosses mais dont la pièce inférieure peut gêner la respiration. Les bovins restent relativement à l'aise en terrain très humide.

Le développement du ferrage renforce également leurs capacités de traction en limitant l'usure des sabots des chevaux et des ongles des bœufs. Au Moyen Âge, l'usage du cheval de trait se développe au détriment de celui du bœuf de trait. Si le cheval est plus coûteux à entretenir, il travail une fois et demie plus vite que le bœuf et peut travailler deux heures par jour de plus. Néanmoins, une partie des paysans continuent à utiliser des bœufs, voire des vaches, plus à l'aise en terrains très humides et des ânes et des mulets plus sûrs en terrain accidenté, et aussi en raison de leur faible coût et de leur rusticité[117]. Mais "... on se sert indifféremment de toutes les bêtes de labour (bœufs, chevaux, ânes, muelté, mules en Auvergne, Poitou, Gascogne, Languedoc et voisinage", conclut l'agronome Olivier de Serres vers 1600[120].

La petite taille des chevaux représentés sur les frises du Parthénon est généralement interprétée comme répondant à un souci d'esthétique. Elle pourrait, en fait, n'être pas si éloignée de la réalité. British Museum

L'augmentation de la force de traction est davantage liée à l'augmentation de la taille des animaux[118]. Les chevaux laténiens mesuraient 1,30 m au garrot contre 1,70 m aujourd'hui et les bovins 1,10 m contre 1,35 m[119]. Dans l'antiquité, la plupart des chevaux n'étaient pas capables de porter un cavalier en armure (cataphractaire). Ce sont les peuples d'Iran (Scythes, Parthes) qui y parviendront les premiers, surpassant les Romains (bataille de Carrhes) grâce à la qualité de leurs élevages incluant sélection et création de races hybrides[121]. Ces améliorations ne passeront que lentement aux armées de l'Empire romain tardif et des Francs qui privilègeront encore leurs propres besoins avant ceux des paysans.

Ce système de culture associe une quantité importante de matériels, d'animaux (de trait ou de d'élevage) et de bâtiments spécialisés (étables, fenils...), qui le rendent très coûteux. Dans les faits, la plupart des paysans ne possèdent qu'une partie du matériel ou des animaux requis, et des mécanismes d'entraide se développent. D'ailleurs, jusqu'au19e siècle, les villages européens compteront de 10 à 30 % de paysans brassiers, qui ne disposent pas d'animaux de traits et n'ont accès qu'à leur seule force manuelle. En revanche, la multiplication des opérations de culture et d'entretien de l'écosystème aboutissent à un calendrier agricole surchargé[117].

Au Moyen Âge, d'autres innovations viennent compléter le système. La faux remplace souvent la faucille pour la moisson. Elle semble avoir été améliorée dès le Xe siècle. par l'adjonction de poignées au manche (visible sur le livre d'heures du Musée de Cluny) et d'arceau à andains pour aligner les jonchées. À la fin de cette époque apparait aussi le javelier placé à l'arrière de la faux qui permet la mise directe en javelles[122] (gros bouquets de plantes coupées) si le moissonneur est suffisamment endurant. Cela facilite éventuellement la mise en gerbes (javelles liées) et leur acheminement jusqu'à la grange où elles seront battues ultérieurement. Cela permet de gagner du temps pendant la moisson et de ramener la paille près des bâtiments d'exploitation, où elle sera utilisée comme litière. Ce passage se produit lorsque les prés et les forêts sont complètement exploités et ne peuvent plus fournir de litière. Néanmoins, au XIXe siècle, ce système n'est toujours pas diffusé dans toute l'Europe[117].

Ce système de culture voit apparaître un nouvel écosystème cultivé : le pré de fauche, qui occupe 25 à 70 % des zones en herbe, le reste étant constitué de pâturages. Les prés de fauche sont enclos, échappant à la vaine pâture. Afin de faciliter le fauchage, ils sont établis préférentiellement sur des zones fertiles, planes, sans rochers ou épierrées et sans arbres ni arbustes. En revanche les prés de fauche peuvent s'installer sur des zones peu propices au pâturage pour des raisons sanitaires, comme les zones humides, ou sur des terres froides, où la pousse de l'herbe commence tardivement. Les prés de fauche sont donc fréquemment localisés dans les bas-fonds argileux ou humides. Ils sont souvent soumis à la propriété privée et protégés du bétail divagant par des clôtures ou par gardiennage. Les pâturages restent généralement soumis au pâturage commun et sont cantonnés aux zones caillouteuses, accidentées et peu productives. Ils peuvent également être embroussaillés ou compter des arbres et des arbustes[117].

Organisation typique d'un village au Moyen Âge avec au centre les trois soles en rotation, ici de gauche à droite : Blé ou seigle puis jachère puis avoine ou pois

En raison de la disponibilité accrue en fumier, la superficie des terres labourées peut augmenter. La superficie des terres labourées peut même être supérieure à la superficie des zones en herbe. Comme la charrue est un instrument qui tourne difficilement en bout de champ, les champs carrés cultivés à l'araire laissent la place à des champs rectangulaires, en forme de lanières. Les apports importants de fumier permettent d'apporter suffisamment de fertilité pour allonger la rotation, en passant de la rotation biennale à la rotation triennale : généralement culture d'hiver, culture de printemps puis jachère. Les cultures d'hiver sont le blé, le seigle et l'orge d'hiver. Les cultures de printemps sont l'orge de printemps et l'avoine (pour l'alimentation des chevaux ou des humains), des légumineuses (pois, fève, lentille) ou des associations vesce-avoine (fourrage). La deuxième culture de la rotation profite des reliquats de fertilité du fumier apporté pendant la jachère, qui continue de se minéraliser pendant la deuxième culture. La jachère est labourée au moins trois fois afin d'enfouir le fumier et de lutter contre les adventices. Le labour favorise également la minéralisation. La succession culture d'hiver-culture de printemps permet également de lutter contre les adventices en brisant leurs cycles de vie. La petite période de jachère entre la culture d'hiver et la culture de printemps n'est généralement labourée qu'une seule fois. La rotation triennale permet également d'alléger les pointes de travail, en répartissant les opérations de semis et de moisson sur deux périodes. Les risques de mauvaise récolte sont également réparties sur deux cultures au lieu d'une. La rotation triennale ne commence à se répandre qu'au XIIIe siècle, et au XVIIe siècle la rotation biennale est encore répandue dans plusieurs régions de l'Europe du Nord. Les difficultés d'expansion de la rotation triennale peuvent s'expliquer par l'étape de remembrement compliquée nécessaire pour faire passer les terres du village d'une division en deux soles à une division en trois soles, mises en culture simultanément, et qui tournent chaque année. Elles peuvent s'expliquer également par la nécessité de disposer d'une quantité de fumier suffisante pour que la deuxième culture soit productive, et donc que la taille du troupeau et la surface des pâturages aient atteint une taille suffisante, un processus qui a pu prendre du temps. Les terres sont exploitées selon un assolement réglé et un régime de vaine pâture[117].

En raison de l'accroissement de la population engendrée par la révolution agricole du Moyen Âge, la superficie des jardins et des vignobles augmente également. En plus des légumes, les jardins sont le lieu de culture des plantes textiles (lin, chanvre) et tinctoriales (pastel, garance, orseille, gaude), des plantes aromatiques et médicinales, des légumineuses et des oléagineux. La vigne est parfois cultivée en association avec les arbres fruitiers, sur lesquels elle grimpe.

L'augmentation de la population et de ses besoins en bois, le développement de la métallurgie (consommation de bois de feu), la construction de nouveaux bâtiments agricoles et urbain (consommation de bois de construction) s'ajoutent aux défrichements et essarts qui se multiplient à partir du Xe siècle. La forêt européenne régresse et se dégrade. En réponse, les seigneurs commencent à réduire les droits d'usage des forêts et réglementent les coupes. Les modes d'exploitation en taillis, futaie régulière et taillis sous futaie apparaissent à ce moment[117].

Au XIIIe siècle, le marnage est devenu d'usage courant et d'autres sources de fertilité sont recherchées, comme la vase des rivières ou le goémon mais il n'y a pas encore suffisamment de fumier[112].

Le système de culture attelée lourde s'étend dans toute l'Europe, à l'exception des zones les plus septentrionales (taïga, toundra) ou les plus en altitude, où les besoins en bois et en fourrage sont trop importants et où survit l’agriculture sur abattis-brûlis, des zones de steppe trop arides, et des zones méditerranéennes, qui ne connaissent pas de déficit fourrager hivernal justifiant les lourds investissements de la culture attelée lourde (le déficit fourrager estival est compensé par la transhumance, le séchage de l'herbe sur pied et le pâturage dans les maquis et garrigues)[117].

Selon Mazoyer et Roudart, le rendement devait être de 8 q/ha pour la première céréale de la rotation et de 6 q/ha pour la deuxième. Ce système pourrait supporter une densité de population de 30 habitants par km² dans les zones défavorables (climat froid qui nécessite plus de bois et de fourrage, sol lessivé) et de 80 habitants par km² dans les zones les plus favorables (climat doux, sol de lœss fertile), avec une moyenne de 55 habitants par km². Il en résulte un triplement de la population de l'Europe, par rapport au système précédent. C'est surtout un système qui permet aux paysans de dégager d'importants surplus alimentaires, alors que le système précédent permettait juste de nourrir la famille paysanne. C'est surplus alimentaires vont stimuler le développement de groupes sociaux non agriculteurs, comme les artisans et les commerçants, ainsi que le développement des villes. Le développement du commerce de la Hanse ou des foires de Champagne est une conséquence du développement des flux commerciaux agricoles. En retour, le développement de l'artisanat (métallurgie, charronnerie, bourreliers, métiers du bâtiment) permet le développement du système de culture attelée lourde en fabricant les outils nécessaires. Des industries d'aval, comme les moulins ou les tanneries se développent également. Les artisans et commerçants, regroupés dans les villes forment des guildes et obtiennent des chartes de franchise, donnant naissance aux communes médiévales[117].

L'augmentation de la population stimule les défrichements. De plus, les matériels du système de culture attelée lourde permettent la mise en culture d'écosystème jusque là incultivables : sols sableux, filtrants et lessivés (incultivables sans apports de fumier), landes, sols argileux lourds (cultivables avec la charrue mais pas avec l'araire), marais côtiers et intérieurs, sols humides, zones froides d'altitude (Alpes, Jura, Carpates, collines et plateaux d'Europe centrale) ou d'Europe du Nord (Pologne, pays baltes, Scandinavie). Dans un premier temps, les défrichements concernent les zones incultes situées à proximité (défrichements intercalaires), puis de plus en plus lointaines. Les seigneurs encouragent ces défrichements en diminuant les impôts sur les terres nouvellement défrichées (essarts), et en investissant pour attirer les paysans et les aider à s'installer. Les besoins importants en investissements financiers conduisent à la création du contrat de pariage. Un nouveau monde se crée sur les terres défrichées, composé d'investisseurs, de salariés et de paysans libres (censitaires, fermiers ou métayers). Dans les zones cultivées anciennement, les rapports sociaux n'évoluent tout d'abord pas et la culture attelée lourde se développe peu. Néanmoins, la concurrence exercée par les produits agricoles produits à plus faible coût dans les territoires nouvellement défrichés va obliger les seigneurs des anciens terroirs à s'adapter et va progressivement conduire à l'abandon du servage. Les corvées manuelles, peu productives, régressent, tandis que les seigneurs salarient désormais des laboureurs, propriétaires de leur attelage, pour exploiter leurs propres terres. Une couche de paysans riches se développe dans les villages, tandis que se multiplient à l'autre bout de l'échelle social les paysans sans terre.

Grange cistercienne de Vaulerent, grange et pigeonnier. Villeron, France, XIIIèmesiècle.

Les moines cisterciens sont particulièrement impliqués dans ces défrichements (ainsi que dans le développement de la métallurgie). Ils mettent aussi au point la pisciculture et l'élevage moderne des lapins (avec séparation des sexes). Ces deux productions leur permettent en effet de passer le carême avec des plats "sans viande" ou réputés tels.

Le développement des pratiques d'investissement dans les défrichements, le commerce ou les industries constitue un des actes de naissance du capitalisme. La société des moulins de Bazacle est ainsi la première société par actions connue.

C'est à cette époque que sont aménagés les polders des Flandres, dans les estuaires de l'Aa, de l'Yser et du Rhin. Les aménageurs des polders flamands propageront ensuite leur expertise pour l'aménagement des polders des côtes de la mer du Nord, de la Baltique, puis de l'Atlantique (Baie du Mont-Saint-Michel, Marais poitevin, îles de , Oléron et Noirmoutier, estuaire de la Gironde). En Prusse et dans les Pays baltes, les défrichements ont été précédés de croisades contre les peuples païens qui les occupaient, menées par les Chevaliers Porte-Glaive et les Chevaliers Teutoniques. Ces croisades ont permis l'installation de colons allemands sur ces terres et la constitution d'un bassin céréalier autour de la Baltique, dont les exportations étaient assurées par la Hanse.

Révolution agricole arabe du Moyen Âge[modifier | modifier le code]

L'historien Andrew Watson a proposé en 1974 que le monde arabe avait vécu une révolution agricole entre 700 et 1 100, pendant la période de l'Âge d'or islamique[123],[124]. Selon lui, les routes commerciales établies par les Arabes entre l'Asie, l'Europe et l'Afrique ont permis la large diffusion de 18 nouvelles plantes cultivées (même si certaines d'entre elles étaient déjà connues des Romains) et de nouvelles techniques. Parmi les principales plantes cultivées, il liste le sorgho (originaire d'Afrique), les agrumes, le manguier, le riz, le coton, la canne à sucre (originaires de Chine et d'Inde) et le blé dur. Parmi les techniques, il cite le développement de nouveaux systèmes d'irrigation. Son hypothèse a été reçue avec beaucoup de scepticisme[125],[126],[123] les critiques arguant que ces cultures étaient déjà diffusées dans la zone, qu'elles n'ont joué qu'un rôle mineur dans l'économie agricole de cette époque, que les Arabes ont réutilisé les réseaux d'irrigation romains et que les rendements agricoles ont chuté suite à la conquête arabe[127]. Néanmoins dans les 40 années qui ont suivi la publication de l'article de Watson, son hypothèse a été utilisée et citée par de nombreux historiens et archéologues[128]. Parmi les éléments qui concordent à soutenir l'hypothèse d'une révolution agricole arabe se trouvent l'augmentation de la taille des moutons dans l'Espagne musulmane et la diffusion et le perfectionnement de la roue persane au Maroc et en Espagne[129],[130].

Échange colombien[modifier | modifier le code]

À la suite des grandes découvertes et de la "découverte de l'Amérique", se produit un mouvement d'échange d'espèces entre les différents continents qui modifie en profondeur les systèmes agraires, et entraîne une homogénéisation biotique du monde[131],[132]. Parmi les espèces domestiques, le haricot, les courges, le maïs, le tournesol, le tabac, la pomme de terre, la tomate, le piment et le poivron, la patate douce, la vanille, le cacaoyer, le manioc... quittent l’Amérique et s'intègrent aux systèmes agricoles des autres continents. Plusieurs de ces cultures sont capables de croitre en des lieux ou à des saisons où aucune culture de l'Ancien Monde ne poussait précédemment[132].

Le maïs, qui avait mit 5 000 ans pour se propager depuis le Mexique jusqu'au Saint-Laurent au nord et au Rio de la Plata au sud, se propage sur tous les continents en moins d'un siècle, transporté par les espagnols, les portugais et les français[133],[134] : arrivée en 1493 en Espagne et au Maroc, en 1496 en Indonésie, en 1517 en Égypte, en 1534 à Sao Tomé, en Europe du Nord (XVIe siècle) puis diffusion vers le bassin du Congo, l'Éthiopie (1623), l'Afghanistan (XVIe siècle), l'Inde, la Chine...

L'introduction de la pomme de terre en Europe provoque une augmentation de la population en raison de l'augmentation de la production alimentaire[135].

Le Phylloxéra, un ravageur de la vigne venu d'Amérique et finalement combattu en utilisant des plants de vigne venus d'Amérique

De leur côté, les céréales européennes, le gombo, l'igname, le caféier, la canne à sucre, la banane... commencent à être cultivés en Amérique (et plus généralement dans toute la zone intertropicale). L'implantation de ces cultures dans les colonies européennes contribuera à la mise en place de l'esclavage et du système des plantations.

L'échange colombien concerne aussi les adventices, les bioagresseurs, les pathogènes et parasites du bétail et certaines espèces invasives. Les adventices arrivées en Europe après 1500 sont nommées néophytes. Parmi les espèces d'adventices présentes en Europe et provenant d'Amérique, on peut citer: Amaranthus retroflexus, Ambrosia artemisiifolia, Conyza canadensis, Panicum capillare, Conyza bonariensis, Datura stramonium, Galinsoga quadriradiata. Artemisia verlotiorum et Matricaria discoidea proviennent d'Extreme-Orient, Senecio inaequidens et Oxalis pes-caprae d'Afrique du Sud, Chenopodium pumilio d'Australie[136].

Ces mouvements d'échange continuent jusqu'à nos jours, à un rythme toujours plus rapide, dû au développement des échanges commerciaux. À titre d'exemple, entre 1492 et 1799, 9 nouvelles espèces d'invertébrés ont été observées en Europe. Entre 2000 et 2007, 153 nouvelles espèces d’invertébrés ont été observées[137]. Le rythme d'implantation de nouvelles espèces d'adventices était d'environ 3 espèces par an jusqu'au XIXe siècle. Il est d'environ 30 espèces par an au XXe siècle[138],[139].

Europe : révolution agricole au XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution agricole.
L'agronome français Olivier de Serres

À partir de 1650, au Danemark, aux Pays-Bas, en Angleterre[140] et dans le nord de la France, l'agriculture commence une révolution dans son mode de production comme dans les techniques employées On continue de parler parfois de « culture attelée lourde » pour cette première révolution agronomique, favorisée par des observations codifiées de travaux pionniers comme ceux d'Olivier de Serres (1539-1619).

Cette "révolution" repose sur un un cycle vertueux : la meilleure alimentation animale permet d'obtenir des chevaux et des bœufs plus puissants, pouvant tirer des machines plus imposantes. Les instruments agraires sont rapidement améliorés. On augmente ainsi la productivité des terres, tandis qu'on utilise les déchets organiques pour faire du fumier, ce qui autorise la suppression de la jachère. En France, un tel modèle perdurera jusqu'au XXe siècle, voire jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, tandis que les États-Unis avaient amorcé dès les années 1930 la révolution agronomique moderne.

Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, scène avec labour, semis, hersage et roulage. En bas à gauche, la charrue de Jethro Tull (agronome).

Le point-clé de ces changements est le passage de la rotation triennale avec jachère à la rotation quadriennale sans jachère. Toutefois, on trouve aussi des rotations de trois ou six ans mais toujours sans jachère ou encore des prairies de longue durée.

Pour conserver à la terre sa fertilité sans jachère, on cultive systématiquement des plantes améliorantes. Celles-ci sont de deux sortes :

  • Les légumineuses (fabaceae) qui présentent la particularité d'enrichir le sol en azote (qui n'est pas encore connu) grâce à leurs nodosités. Pois, haricots, lentilles sont déjà connus, on y ajoute le trèfle et le sainfoin cultivé, fourrages très appréciés. La luzerne cultivée beaucoup plus exigeante apparait en Espagne au XVIe siècle. En l'absence de fumure azotée ou organique la différence entre un blé cultivé après trèfle et un blé cultivé après une autre céréale est souvent spectaculaire.
  • Les plantes sarclées, dites aussi nettoyantes parce qu'il faut les biner. Au prix d'un travail supplémentaire, on détruit les plantes adventices et leur cycle de reproduction est ainsi rompu. Parmi ces plantes, les plus appréciées sont celles qui possêdent une racine pivotante qui permet d'aller chercher en profondeur les éléments minéraux. Elles contribuent aussi à ameublir le sol. Elles se conservent l'hiver en terre s'il ne gèle pas trop ou en silo. Les variétés fourragères sont proches des variétés potagères et peuvent être consommées en cas de famine. Ce sont le navet, le rutabaga (navet de Suède, chou-navet), le radis fourrager (il existait des variétés géantes), le panais et la carotte fourragère[141]. La betterave fourragère n'apparait que vers 1750 en Rhénanie[142].

La rotation quadriennale semble être apparue au Pays de Waes en Flandre au début du XVIe siècle. Très vite elle est adoptée en Belgique, aux Pays-Bas et en Flandre française[143]. Son expansion s'est ensuite heurtée à des obstacles de taille. Cette rotation est en effet incompatible avec les principes de l'assolement triennal et de la vaine pâture qui utilise la sole en jachère comme pâcage accessible à tous. Son application est dépendante de changements politiques:

  • Aux Pays-Bas, après la Guerre de Quatre-Vingts Ans et le départ des aristocrates espagnols, 40% des paysans se retrouvent propriétaires de leurs terres[144], les autres peuvent obtenir des baux de 21 ans, l'agriculture hollandaise fait figure de modèle[143].
  • En Angleterre et au Pays de Galles, le Mouvement des enclosures apparu vers 1600 et appuyé sur des textes juridiques (Inclosure acts) se heurte à une forte résistance des paysans pauvres mais ceux-ci peuvent retrouver du travail dans l'industrie naissante. Il reste alors une élite de fermiers riches formés aux traités des agonomes et disposant parfois de capitaux considérables.[143].
  • Au Danemark, la contestation du système féodal aboutit pacifiquement à la réforme agraire de 1786. Les paysans danois restent nombreux et s'enrichissent[145]. Le Danemark est aussi un précurseur dans la mise en place de l'instruction agricole[146].
  • En France, les changements expérimentés et souhaités par les physiocrates ne peuvent être appliqués sur l'ensemble du territoire qu'à partir de la Révolution qui abroge les servitudes liées au régime féodal.
    Ellisland Farm, vers 1840, où vécut le paysan et poète Robert Burns, dit le Barde de l'Écosse, . Dans sa jeunesse, il fut aussi tenté par l'émigration
Moutons pâturant des navets fourragers, Argyll (Écosse)
  • En Écosse après les Actes d'Union (1707) avec l'Angleterre, les grands propriétaires (Leirds) reprennent le contrôle total de leurs terres. Leurs métayers (tennants), qui pratiquaient une agriculture diversifiée, sont évincés au profit de l'élevage moderne des moutons qui demande beaucoup moins de main d'œuvre. Lors des crises, ils émigreront par centaines de milliers vers les Amériques (Scottish Agricultural Revolution (en)).

Colonisation européenne et plantations[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Plantation.
Récolte et transport de canne à sucre dans une colonie néerlandaise entre 1840 et 1860, à droite, un "blank officier" supervise le travail des esclaves. Lithographie de Théodore Bray.

En Amérique du Sud, le choc microbien, postérieur au voyage de Gaspard de Carvajal (1542) provoque la mort rapide de la majorité de la population. Le système agraire alors existant disparaît, les champs surélevés, les vergers et la terra mulata sont abandonnés. La forêt gagne du terrain. Des systèmes de culture sur abattis-brûlis plus simples émergent ensuite. Néanmoins, jusqu'à nos jours, les populations continuent de bénéficier de l'importante densité d'arbres fruitiers issue des vergers pré-colombiens, et de manière plus générale, des modifications environnementales apportées par les peuples pré-colombiens (terra preta et mulata, champs surélevés, ilots forestiers...)[90],[87].

La conquête des terres par les Européens est souvent l'occasion de la mise en place de grandes fermes coloniales ou plantations produisant des denrées destinées au commerce métropolitain ou international: sucre, tabac, indigo, coton, cacao, caoutchouc, par exemple.

La colonisation britannique de l'Australie, à partir de 1788, introduit l'agriculture dans une île qui ne l'avait jamais connue.

Carrière de guano aux Îles Chincha, Pérou, vers 1860,

Les progrès de l'agronomie et la maîtrise de la fertilisation au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Jusqu'au début du XIXe siècle, l'agriculture, « culture des champs » était autosuffisante, et fournissait à l'homme l'essentiel de son alimentation et de son énergie, les surplus commercialisés représentant souvent une part mineure de la production. Cette agriculture était renouvelable, tant qu'il n'y avait pas surexploitation. La chaîne de conversion énergétique végétaux → animaux → énergie était de faible rendement, mais elle générait aussi des sous-produits utiles comme le fumier.

Les étudiants de Justus von Liebig, chimiste allemand, dans son laboratoire vers 1841

À partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, les pratiques agricoles évoluent fondamentalement, avec l'utilisation des énergies fossiles (charbon, pétrole), les développements de l'agronomie, les progrès de la chimie inorganique et l'introduction des engrais minéraux.

À partir des années 1800, les agronomes vont progresssivement comprendre que la structure du sol, c'est-à-dire l'arrangement des parties qui le composent, et l'activité des êtres vivants qui s'y trouvent conditionnent la circulation de l'eau, de l'air et des éléments nutritifs sous sa surface. Les éléments inertes s'assemblent pour former le complexe argilo-humique (CAH) qui sert de réservoir nutritif. L'absorption de l'eau et des éléments nutritifs dépend donc de cette structure. Elle détermine en fin de compte la fertilité de ce sol[147].

Justus von Liebig a posé et vulgarisé les fondements de cette chimie à travers les successives éditions de son ouvrage : La chimie organique appliquée à la physiologie végétale et à l'agriculture de 1840 à 1865.

Jean-Baptiste Boussingault, agronome français, s'attache à éclaircir la dynamique de l'azote et le fontionnement de la photosynthèse, il mène des expériences agronomiques sur son propre domaine en Alsace.

Chimistes et agronomes recherchent quels éléments sont absorbés par les plantes et quels éléments déterminent une bonne structure du sol[148].

Crânes de bisons destinés à la fabrication d'engrais phosphatés, vers 1892, États-Unis

À partir de ce moment, on fait la différence entre engrais et amendements. Les engrais visent à compenser les prélèvements effectués dans le sol par les plantes, on distingue principalement trois éléments majeurs : azote, phosphore[149] et potassium et trois éléments mineurs : calcium, magnésium et soufre.

Les amendements sont principalement de deux types : organiques (fumier, tourbe, ...) qui enrichissent le CAH en matière organique et calciques (marnes, faluns) ou calco-magnésiens (dolomies) capables de corriger la capacité d'échange du CAH et le potentiel hydrogène du sol. Les amendements sont déjà utilisés de façon empirique.

Dès 1802, Alexander von Humbold a découvert au Pérou le guano et compris ses propriétés fertilisantes. Engrais complet d'origine organique, le guano devint rapidement une source d'azote recherchée (comme engrais mais aussi pour la fabrication des explosifs[150]) suscitant de véritables fièvres comparables à celles que l'on connaitra pour le pétrole. Ces fièvres sont à l'origine de la Guerre hispano-sud-américaine et du Guano Islands Act aux États-Unis qui autorise tout citoyen américain à s'emparer d'une île à guano (en principe inocupée) au nom des États-Unis. Par exemple l'Île de la Navasse a été confisquée en 1857 à Haïti, état sans défense[151].

Le salpêtre du Chili (nitrate de sodium, nitrate de potassium), exploité depuis 1820 fut aussi considéré comme stratégique et fut la cause de la Guerre du Pacifique (1879-1884).

Le phosphore dont l'importance a été très tôt reconnue par Liebig pouvait être apporté, par exemple, par les phosphates contenus dans les craies phosphatées du Nord de la France, utilisées comme amendements, ou provenir de gisements de phosphates naturels. Cependant les phosphates naturels, y compris ceux déjà présents dans le sol, ne peuvent être assimilés par les plantes que lorsque l'état de leur rhizosphère est optimal, ce qui n'est pas souvent le cas pour les cultures de plantes annuelles[152]. On a donc eu recours dès avant la fin du siècle aux superphosphates facilement assimilables obtenus par traitement des phosphates naturels ou des ossements à l'acide sulfurique. Les scories Thomas produites par l'industrie sidérurgique fournissaient un amendement de qualité (chaux) contenant de plus du phosphore relativement assimilab et d'autres élémentsle.

Avant la découverte des énormes gisements de potasse de Staßfurt en Allemagne et leur mise en exploitation en 1852 (Entdeckung der Staßfurter Kalisalzlagerstätte (de)) on a souvent utilisé la cendre de bois ou les varechs puis le guano comme engrais potassiques.

Enfin, la maîtrise de la fertilisation permet de cultiver plus facilement des plantes exigeantes comme la pomme de terre ou la betterave fourragère ou sucrière.

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Chimisation, amélioration génétique, mécanisation, motorisation : la Révolution verte[modifier | modifier le code]

Préparation du sol, semis de blé et fertilisation en un seul passage avec un train de semis complet tiré par un tracteur de très forte puissance. Dakota du Nord (États-Unis)
Article détaillé : Révolution verte.
L'agronome américain Norman Borlaug considéré comme le père de la Révolution verte

L'utilisation croissante de ces techniques modernes, les progrès en matière de machinisme, les améliorations génétiques des productions animales et végétales, les progrès en matière de fertilisation et de protection des cultures (produits phytosanitaires) ont permis d'augmenter très fortement les rendements au cours du XXe siècle.

Dès 1946, l'agriculture devient dans de nombreux pays une industrie, dont les produits sont davantage destinés à produire un salaire ou une rente qu'à nourrir l'exploitant. Elle s'oriente vers l'exportation. On parle d'agribusiness. Subventionnée par la PAC, l'agriculture européenne est même victime de crises de surproduction et c'est l'ensemble de la filière agroalimentaire qui détermine l'avenir du secteur.

L'intensification de l'agriculture datée des années 1960 à 1980 est aussi connue sous le terme de révolution verte. En raison des gains de productivité, la population agricole s'est fortement réduite dans les pays économiquement développés. En France, par exemple, le nombre d'exploitations a été divisé par deux entre 1970 et 1993. Un agriculteur nourrissait en moyenne 7 personnes en 1960, et plus de 30 personnes en 1990[153].

Le siège social de Nestlé, première entreprise agroalimentaire mondiale à Vevey, Suisse

Les pays en voie de développement n'ont souvent pas pu bénéficier des avantages de l'agriculture moderne en raison en particulier d'un climat défavorable et d'un manque de capital financier.

L’agriculture d’aujourd’hui repose sur des concepts fondamentaux, basés sur la fiabilité et la rapidité d'action. Les problèmes combinés tels que la chute inattendue du rendement ou l'augmentation brusque de la température ne se résolvent qu'avec une bonne maîtrise rationnelle de tous les éléments constitutifs du système de production.

Agricultures urbaines et péri-urbaines[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Agriculture urbaine.

Crises[modifier | modifier le code]

Agriculture, bien-être et environnement[modifier | modifier le code]

Deux personnalités politiques attachées à la défense des petits paysans et de l'agriculture paysanne : Evo Morales et José Bové en 2002

Un des défis majeurs de l'agriculture moderne est aujourd'hui de concilier performance, bien-être du consommateur, protection de l'environnement et pérennité.

En 1909, l'invention du procédé Haber-Bosch, qui permet de produire des engrais azotés à un prix très avantageux, laisse envisager le développement d'une agriculture différente, totalement déconnectée des limitations naturelles.

Un des problèmes les plus importants est celui de la qualité de l'eau qui a amené de nombreux états à légiférer (Directive Nitrates, CEE, 1991) et qui y est maintenant l'objet d'une surveillance continue[154].

Marée verte avec laisses de mer, août 2009, Finistère, France

Ces problèmes sont imputables en partie à l'agriculture intensive[155] et certaines de leurs manifestations comme les marées vertes sont spectaculaires. D'autres problèmes sont apparus. Des analyses toujours plus fines peuvent mettre en évidence des résidus de pesticides dans les aliments provoquant l'inquiétude des consommateurs[156] et parfois des législations de limitation. L'agriculture industrielle est aussi perçue comme une des causes du réchauffement climatique et une menace envers la biodiversité, en particulier dans les zones tropicales où la déforestation s'accélère[157].

C'est dans ce contexte qu'apparaissent à contre-courant des types d'agriculture à faible empreinte écologique et en particulier l'agriculture biologique poussée par des consommateurs et des agriculteurs déterminés recherchant la protection de l'environnement, refusant les excès de l'agriculture intensive, en particulier l'utilisation de produits chimiques de synthèse jugés dommageables pour la santé des êtres vivants. Ils désirent pérenniser la fertilité des sols, en conservant certaines méthodes traditionnelles, tout en s'assurant un bon revenu économique.

Dès ses débuts, l'agriculture biologique est influencée par les travaux de penseurs occultistes, en particulier Rudolf Steiner, mais aussi par des travaux de botanistes comme Gabrielle et Albert Howard ou d'agronomes comme F.H. King (en).

Un cas extrème est l'agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka qui tend à se rapprocher de l'économie de cueillette.

Le ministère français de l'Agriculture et de la Pêche, installé dans l'hôtel de Villeroy à Paris, en 2005.

Bien que sémantiquement incorrecte, l'expression "agriculture biologique" (on peut en effet dire que toute agriculture a un rapport avec les sciences biologiques) s'est indiscutablement imposée dans les pays francophones, néerlandophones (biologishe landbouw) et dans d'autres. Elle rend compte du choix fait par ses partisans de refuser l'artificialisation à outrance de l'agriculture. On parle désormais d'agriculture bio et même simplement de bio. Dans les pays anglophones , on a toujours parlé d'organic farming (en). Cette expression a été popularisée par l'influent Walter James, 4th Baron Northbourne (en) qui déclarait que "Le sol, ses micro-organismes et les plantes qui poussent dessus forment ensemble une entité organique"[158]. Cependant dans beaucoup d'autres pays, on emploie, de plus en plus, l'expression agriculture écologique moins ambivalente.

Aujourd'hui, l'agriculture biologique évolue, majoritairement, vers un certain pragmatisme : prise en compte renouvelée des consommateurs avec l'élaboration de chartes de qualité, recours accru au machinisme et aux techniques de l'informatique, retour aux fondamentaux scientifiques de l'agronomie incluant la mise en place d'essais soigneusement contrôlés avec, par exemple en France, le concours de l'ITAB [159]. Elle reste un monde très divers.

Notes et références[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]