Bessarabie

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46° 50′ 00″ N 29° 00′ 00″ E / 46.8333, 29 ()

Bessarabie

18121944

Blason
Description de cette image, également commentée ci-après

L’ancienne Bessarabie (couleurs) et les États actuels

Démographie
Population Roumains : 60 %
Ukrainiens : 23 %
Russes : 12 %
Gagaouzes : 4 %
Histoire et événements
1812 annexion par l’Empire russe
1917 autonomie puis indépendance sous le nom de République démocratique moldave
1918 union avec la Roumanie
1940 ultimatum de Staline à la Roumanie et occupation par l’Armée rouge
1940 création de la Rép. soc. sov. de Moldavie
1941 reprise par les Roumains alliés aux Allemands
1944 reprise par les Soviétiques

Entités précédentes :

  • détachée en 1812 de la principauté de Moldavie

Entités suivantes :

La Bessarabie (roumain : Basarabia ; russe : Бессарабия, Bessarabia) est une aire géographique du sud-est de l’Europe, délimitée par la rivière Prut à l’ouest, le fleuve Dniestr à l’est et la mer Noire au sud.

Le nom de Bessarabie a désigné successivement :

  • la principauté de Valachie au début du XIVe siècle, du nom de sa dynastie fondatrice, les Basarab (nom qui vient soit de Bassar-ata, père sévère en couman (hypothèse de Mihnea Berindei), soit de Bessarion-ban, duc Bessarion (hypothèse de Pierre Nasturel). Les Basarab émergent comme bans (ducs vassaux de la couronne de Hongrie) avant de s’émanciper en 1330, et de chasser les Tatars des bouches du Danube en plusieurs campagnes entre 1328 et 1342 ;
  • la bande de terre le long du Danube et de la mer Noire, entre la confluence du Prut et l’embouchure du Dniestr, libérée des Tatars par les Basarab, en plusieurs campagnes entre 1328 et 1342, puis cédée en 1418 à la Moldavie, qui la perd en 1484 (ports danubiens et maritimes) et en 1536 (citadelle de Tighina) au profit de l’Empire ottoman, au sein duquel cette région est appelée Boudjak (turc : Bucak) ;
  • la partie orientale de la principauté de Moldavie, avec le Boudjak, annexée par les Russes en 1812, rattachée à la Roumanie de 1918 à 1940 et de 1941 à 1944, et à l’URSS de 1940 à 1941 et de 1944 à 1991.

La région est partagée depuis 1991 entre la république de Moldavie et l’Ukraine.

Histoire[modifier | modifier le code]

La Bessarabie (sud-est) en tant que région historique de la principauté de Moldavie.
Haut-pays, Bas-pays et Bessarabie originelle en Moldavie, goubernia russe de Bessarabie (1812, en vert), et partage actuel.

De l’Antiquité à la principauté[modifier | modifier le code]

À l’origine, ce territoire était habité par les Thraces Tyrgètes (le fleuve Dniestr est l’antique Tyras), appelés aussi Daces (voir Dacie, Carpes et Costoboces). Des tribus germaniques (les Bastarnes) s’installent parmi les Tyrgètes (voir Gètes). On y rencontre aussi des Indo-Européens de la steppe : Scythes, Sarmates, Roxolans, Iazyges. L’Empire romain rattache le sud du pays (rives du Danube et le littoral de la mer Noire) à la province de Scythia Minor (actuelle Dobrogea ou Dobroudja). Les Huns traversent le pays au IIe siècle. Alaric, roi des Wisigoths, naît aux bouches du Danube. Tribus Slaves, nomades Goths, Iazyges et autochtones Valaques s’y mélangent ensuite, sous les dominations successives de divers khanats turcophones et mongols: Avars, Khazars, Petchenègues, Coumans (Polovtses) et Tatars. Après 1328 les rives de la mer Noire jusqu’au Dniestr ont été contrôlées par la Valachie. La population majoritaire est de langue valaque latine et de religion chrétienne (orthodoxe, rattachée à l’exarchat de Vicina). Les bouches du Danube et les rives de la mer entre le Danube et le Dniestr sont alors nommés Basarabia, (fr) Bessarabie, du nom de la dynastie régnante en Valachie.

Les principautés de Moldavie et Valachie en 1786, carte italienne de G. Pittori, d'après le géographe Giovanni Antonio Rizzi Zannoni : la Bessarabie, dans le sens initial, est en vert, à l'est de la carte. Elle est alors turque, alors que le reste de la Moldavie est autonome. Elle comprend à ce moment le Delta du Danube.
La Principauté de Moldavie (rose) et la Bessarabie (ottomane, en jaune) début 1812, la veille de l'annexion russe et de l'extension du nom de « Bessarabie » à toute la Moldavie orientale (carte napoléonienne).

Au sein de la principauté de Moldavie (fondée au début du XIVe siècle), le territoire compris entre les fleuves Prut et Dniestr, très exposé aux raids tatars, est défendu par des citadelles élevées face aux principaux gués du Dniestr (Hotin, Soroca, Tighina, Cetatea-Alba) et par des fortins échelonnés à l’intérieur du pays. La région est divisée en tinuturi (comtés). De nombreux monastères fortifiés complètent le dispositif. Entre 1359 et 1789, près de 200 raids tatars sont repoussés, mais 28 de ces raids parviennent à contourner ce réseau de défense et à piller des villages de l’intérieur.

Des Tsars russes aux rois roumains[modifier | modifier le code]

Les Russes, dans leur progression vers les bouches du Danube, annexent en 1812 cette partie orientale de la principauté de Moldavie. La région devient une marche de l’Empire russe sous le nom de gouvernement de Moldavie-et-Bessarabie, ultérieurement abrégé en Bessarabie. L’annexion est officialisée par le traité de Bucarest de 1812 entre les Russes et l’Empire ottoman. À partir de cette date, les Russes considèreront que la Bessarabie n’est pas une terre roumaine et interdiront l’usage de la « langue moldave » (qui est en réalité du roumain) dans les églises, les écoles et les institutions de la région au profit du russe : c’est la « russification »[2].

L’été 1917, pendant la Révolution russe, la majorité de la population de Bessarabie (toutes ethnies confondues), élit des députés à un Parlement (le Sfatul Țării), qui déclare l’autonomie, puis l’indépendance de la Bessarabie sous le nom de République démocratique moldave: le nom de moldave est choisi pour souligner l’identité avec la Moldavie restée roumaine. L’armée française Berthelot et des éléments de la 11e division roumaine sont appelés pour défendre l’indépendance contre les armées russes débandées, « blanches » ou « rouges », et contre les nombreux déserteurs qui se livraient au pillage.

En mars 1918, face aux attaques de mieux en mieux organisées des Bolcheviks, le Parlement moldave (Sfatul Țării), décide la réunion du pays au royaume de Roumanie par 86 voix contre 3 et 36 abstentions. Le pays échappe ainsi à l'occupation allemande (qui englobe les pays baltes, la Biélorussie et l’Ukraine) et à la guerre civile russe.

Dans les années 1919-1930, la Roumanie développe le réseau scolaire et met les voies ferrées aux normes européennes. Le comité Nansen est très actif en Bessarabie et y accueille des dizaines de milliers de réfugiés majoritairement Russes, Juifs et Ukrainiens fuyant la Guépéou, la collectivisation et la Holodomor[3].

Entre Roumanie et URSS[modifier | modifier le code]

Le , à la suite d’une clause secrète du Pacte germano-soviétique, signé par les ministres des Affaires étrangères de Hitler et de Staline, l’URSS adresse un ultimatum au royaume de Roumanie. L’administration roumaine a 48 heures pour évacuer la Bessarabie qui est sans transition occupée par l’Armée rouge. La région est alors encore peuplée à 76 % de Roumains. Néanmoins, des communautés d’Ukrainiens, de Russes, de Juifs, de Bulgares et de Turcs chrétiens dits « Gagaouzes » sont déjà présentes dans la région. Les divisions administratives sont entièrement redessinées : la plus grande partie de la Bessarabie forme la nouvelle RSS de Moldavie ; le territoire actuellement dénommé Transnistrie (une partie de la République socialiste soviétique autonome moldave, créée par les Soviétiques au sein de la RSS d’Ukraine en 1924) lui est adjoint, tandis que la région littorale au sud et celle de Hotin au nord (aujourd’hui Khotin) sont attribuées à la RSS d’Ukraine.

La région est reprise pendant la Seconde Guerre mondiale par les Roumains (cette fois alliés aux Allemands sous le régime du maréchal Antonescu). La partie de l’Ukraine comprise entre le Dniestr et le Bug, alors nommée par les Roumains « Transnistrie » (puisque ce territoire est situé pour eux de l’autre côté du Dniestr), comprenant la grande ville portuaire d’Odessa, passe sous administration militaire roumaine. La Transnistrie devient une zone de déportation du régime Antonescu, où sont mis au travail forcé les Juifs, les Tsiganes et les résistants de Roumanie. Laissés dans le plus grand dénuement et à la merci des Einsatzgruppen nazis, beaucoup y mourront de faim, de froid et d’épidémies, comme la population locale ukrainienne, elle-même très éprouvée.

Le , le Conseil national de la Résistance dont fait partie le roi Michel Ier de Roumanie organise une insurrection armée contre le gouvernement d’Antonescu, qui est arrêté. La Roumanie revient aux Alliés et déclare la guerre à l’Allemagne contre laquelle elle engage un demi-million de soldats. L’Armée rouge, dans son offensive vers l’Ouest, pénètre de nouveau en Moldavie quelques jours plus tard.

Les Soviétiques considèrent cependant toujours les Roumains comme des ennemis et se comportent dans le pays en conquérants et en pillards. L’Union soviétique reprend son entreprise de russification commencée en 1940 et 1941 dans les républiques baltes et en Bessarabie, afin de changer l’équilibre démographique en faveur des colons russes. Cette politique a monté les différentes communautés les unes contre les autres. Elle a pour conséquences actuelles les problèmes frontaliers, culturels et identitaires de la république de Moldavie et surtout l’épineux problème transnistrien (cf. Transnistrie). Les frontières de ce jeune État d’Europe restent en effet celles que Staline avait fait tracer en 1940 dans le but de diviser les différentes populations de Bessarabie, et d'enclaver la nouvelle RSS moldave en Ukraine. Si, conformément aux constitutions soviétiques successives (cf. Constitution soviétique), la Moldavie avait réclamé son indépendance, elle aurait été économiquement étranglée… ce qui s’est précisément passé en 1991. Cependant, la majorité (deux tiers) de la population de la république de Moldavie demeure roumanophone, grâce à un taux de fécondité élevé (parmi les plus élevés d’URSS). Même en Transnistrie, (qui ne fait géographiquement pas partie de la Bessarabie), l’ethnie la plus nombreuse est la roumaine, les Roumains représentant 36 % de sa population selon le recensement officiel des autorités séparatistes.

Conséquences démographiques[modifier | modifier le code]

La Bessarabie, ayant changé de mains trois fois au cours de la guerre, et où le front s’est trouvé de mars à août 1944, est la région qui en a démographiquement le plus souffert. Selon les rapports des ministres Krouglov et Béria à Staline, exhumés par l’historien Nikolai Bougai[4], et selon les données des recensements, de 1940 à 1950 la région a perdu un tiers de sa population, passant de 3 200 000 personnes selon le recensement roumain de 1938, à 2 229 000 selon le recensement soviétique de 1950.

Donc 971 000 personnes ont disparu en 10 ans :

  • 140 000 Allemands de Bessarabie ont été déportés en juillet 1940 vers l’Allemagne en application du Pacte germano-soviétique ;
  • 120 000 Moldaves (en majorité roumanophones, mais aussi des « Russes blancs ») ont été déportés par les soviétiques entre le 28 juin 1940 et le 22 juin 1941 (dans la seule nuit du 13 juin 1941 - 13 470 familles, comprenant 22 648 personnes, dont approximativement 2/3 de femmes et enfants)[5] ;
  • 230 000 Juifs ont été soit massacrés par le régime du maréchal Ion Antonescu, soit ont fui vers l’URSS et ne sont jamais revenus, qu’ils s’y soient établis ou qu’ils y aient été rattrapés par la Wehrmacht et tués par les Einsatzgruppen;
  • 250 000 Moldaves roumanophones ont été déportés par les soviétiques entre 1944 et 1948 ;
  • 150 000 personnes sont mortes entre 1946 et 1947 à la suite de la famine provoquée par les réquisitions soviétiques alors qu’on était en période de mauvaises récoltes ; politique déjà appliquée en Ukraine voisine dans les années 1920-1930 (Holodomor).
  • 11 324 familles sont déplacées de force hors de Moldavie le 6 juillet 1949 (environ 81 000 personnes), en majorité sur critère religieux (« vieux-croyants », églises néo-protestantes, catholiques).

En 1950 de tous ces « indésirables » ou « nuisibles » déportés hors du pays, 49 000 étaient encore en vie sur les lieux de leur déportation (toujours dans Bougaï)[4].

Gentilés[modifier | modifier le code]

Il n’y a pas de divergence de vues concernant les gentilés identifiant les populations minoritaires russes, ukrainiens, gagaouzes, bulgares ou juives. Par contre, depuis le XIXe siècle, il y a une controverse concernant la population autochtone majoritaire, définie par l’Empire russe, par l’URSS et depuis 1991 par la République de Moldavie comme moldave (en lui déniant son caractère roumanophone), alors qu’elle est désignée comme roumaine par la Roumanie, comme le sont également les majorités autochtones de Transylvanie, du Banat, de la Dobrogée (ou Dobroudja), de la Valachie et de la partie roumaine de la Moldavie. Les linguistes scientifiques, qui se réfèrent à la notion d’isoglosse, ne reconnaissent qu’une langue : le daco-roumain, et désignent donc la majorité autochtone de Bessarabie comme « roumanophone » (pour la distinguer des Roumains de Roumanie).

Les autorités de la République de Moldavie, par l’article 13 de la constitution, récusent ce qualificatif, ce qui a le quadruple inconvénient d’être anti-scientifique, d’empêcher la majorité de développer librement sa culture par delà les frontières de l’État (puisqu’il lui est officiellement interdit de se rattacher à la roumanophonie), d’exclure les minorités de la communauté politique moldave (puisqu’elles ne sont pas considérées comme moldaves, ce qui fait qu’elles ne témoignent d’aucun attachement à cet État), et de bloquer le rapprochement de la république de Moldavie avec l’Union européenne (puisque la Roumanie ne ratifiera aucun document niant la roumanophonie des autochtones de Bessarabie).

Géographie[modifier | modifier le code]

Alors que la Bessarabie (telle que définie en 1812) avait une superficie de 44 422 km2 et s’étendait du nord au sud sur 350 km et de l’ouest à l’est sur 150 km, la république de Moldavie (telle que définie par l’Union soviétique) a une superficie de 33 843 km2 (soit environ la superficie de la Bourgogne ou de la Belgique) ; l’Ukraine possède donc un tiers, soit 10 579 km2 de la Bessarabie des années 1812-1940.

Aujourd’hui, compte tenu du flou sur sa définition territoriale (selon que l’on se réfère à la Bessarabie d’avant ou d’après 1812) et du nom de Moldavie choisi par la République ex-soviétique, le nom de Bessarabie n’est plus guère employé que par les Roumains d’un certain âge. Les jeunes générations emploient plutôt l’expression république de Moldavie. Ni les autorités moldaves, ni les ukrainiennes n’utilisent Bessarabie, bien qu’il y ait une ville nommée Basarabeasca dans le sud de la Moldavie, à la frontière ukrainienne.

Points extrêmes[modifier | modifier le code]

Bessarabie

  • Nord : Mazaricea
  • Sud : Grind Covurlui au sud d’Izmail sur le Danube
  • Ouest : Paraul Rachita, ruisseau la séparant de la Bucovine
  • Est : cordon littoral de Bugaz, à l’embouchure du Dniestr

République de Moldavie

  • Nord : Naslavcea
  • Sud : Giurgiulesti au confluent du Prut et du Danube
  • Ouest : Criva
  • Est : Palanca sur la bas-Dniestr

Principales villes[modifier | modifier le code]

Relief[modifier | modifier le code]

Le relief représente une plaine vallonnée en pente du nord-ouest vers le sud-est

  • Altitude minimale : fleuve Dniestr à 2 m
  • Altitude moyenne : 150 m au-dessus du niveau de la mer
  • Altitude maximale : Dealul Balanesti culminant à 430 m

Dans la partie centrale se trouve la région boisée du Codru ((ro) Forêt profonde), d’altitude maximale de 430 m. Les processus d’érosion et les glissements de terrain ont conduit à la formation de ravins en forme d’amphithéâtre où se situent des localités rurales.

Le paysage pittoresque du Codru n’est pas sans rappeler certaines régions suisses. Cette zone joue un rôle important dans le maintien de l’équilibre écologique. Le réseau hydrographique comprend plusieurs centaines de rivières et ruisseaux, mais seulement sept cours d’eau dépassent la longueur de 7 km. Le pays a plus de 50 lacs naturels avec une superficie totale d’environ 60 km2. La réserve des eaux souterraines avec une nette prépondérance des eaux potables est estimé à 200 millions de m[Combien ?]. La région est riche en sources d’eau minérale.

Il existe cinq parcs nationaux ayant une surface totale de 19 400 ha.

Climat[modifier | modifier le code]

Le climat de la région est continental tempéré, similaire à celui de l’Europe de l’Ouest, avec des hivers courts et relativement doux (la moyenne étant de − 3 °C en janvier) et des étés longs et chauds (moyenne de + 25 °C en juillet). La température moyenne annuelle est de + 10 °C.

Faune et flore[modifier | modifier le code]

  • 68 espèces de mammifères (renard, cerf commun, sanglier, etc.)
  • 270 espèces d’oiseaux
  • plus de 10 000 espèces d’invertébrés
  • 2 300 espèces de plantes (chêne, hêtre, érable, etc.)

Exploitation du sol[modifier | modifier le code]

  • terres arables : 53 %
  • récoltes permanentes : 14 %
  • pâturages permanents : 13 %
  • forêts et région boisée : 9 %
  • autre: 11 %

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. K. Heitmann : Moldauisch in Holtus, G., Metzeltin, M. et Schmitt, C. (dir.) : Lexicon der Romanschinen Linguistik, Tübingen, vol 3. 508-21, 1989.
  2. La Bessarabie a été enlevée par l’Empire russe à la principauté de Moldavie en 1812. Son autonomie lui est garantie en 1816, mais est abolie en 1828. En 1829, l’usage du roumain est interdit dans l’administration. En 1833, le roumain est interdit à son tour dans les églises. En 1842, c’est au tour de l’enseignement du roumain d’être interdit dans les établissements d’enseignement secondaire, tout comme dans les écoles primaires en 1860. Enfin en 1871 le roumain est purement et simplement interdit dans toute la sphère publique par oukaze impérial[1]. Les autorités russes encouragèrent l’émigration (ou déportèrent) des Roumains) dans d’autres provinces de l’empire (notamment au Kouban, au Kazakhstan et en Sibérie), tandis que d’autres groupes ethniques, notamment Russes et Ukrainiens (appelés au XIXe siècle « Petits Russes »), étaient invités à s’installer dans la région. Selon le recensement de 1817, la Bessarabie était peuplée à 86 % de Roumains (Moldaves), 6,5 % d’Ukrainiens, 1,5 % de Russes (Lipovènes) et 6 % issus d’autres groupes ethniques. Quatre-vingts ans plus tard, en 1897, la répartition ethnique avait sensiblement évolué, avec seulement 56 % de Roumains (désormais appelés Moldaves), mais 11,7 % d’Ukrainiens, 18,9 % de Russes et 13,4 % de personnes issues d’autres groupes ethniques. En quatre-vingts ans, la part de la population autochtone avait donc chuté de 30 % : Anthony Babel, La Bessarabie, éd. Félix Alcan, Genève, 1932.
  3. Anthony Babel, La Bessarabie, Félix Alcan, Paris, 1932.
  4. a et b Nikolaï Théodorovitch Bougaï, Informations des rapports de Béria et de Krouglov à Staline, éd. de l’Acad. de sciences de Moldavie nr. 1, Chișinău, 1991 (Н.Ф. Бугай «Выселение произвести по распоряжению Берии…» О депортации населения из Молдавской ССР в 40-50- е годы – Исторические науки в Молдавии. № 1. Кишинев, 1991. 1.0), Déportation des peuples de Biélorussie, Ukraine et Moldavie, éd. Dittmar Dahlmann et Gerhard Hirschfeld, Essen, Allemagne, 1999, p. 567-581 (Депортация народов из Украины, Белоруссии и Молдавии : Лагеря, принудительный труд и депортация. Германия. Эссен. 1999. 1.3).
  5. Nikolaï Th. Bougaï: K voprosu o deportacii narodov SSSR v 30-40ch godach. - ISSSR (1989).