Économie planifiée

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La « planification impérative de l'économie »[1] est dirigée, généralement à l’échelle d’un État, au moyen d’un plan fixant les objectifs de production sur une période annuelle ou pluriannuelle. Autrement dit, elle désigne un mode d'organisation fondé sur la propriété collective ou étatique des entreprises qui se voient imposer des objectifs de production par un plan centralisé. Elle peut être démocratique ou non, selon les différents pays qui l'ont appliquée. Sa version bureaucratique et étatique caractérise les régimes communistes — dits du « socialisme réel » — jusqu'au début des années 1990.

De l'économie planifiée à économie de marché socialiste[modifier | modifier le code]

La Chine populaire avait un système d'économie planifiée jusqu'en 1978. Depuis, son économie planifiée a été transformée en économie de marché socialiste. Ce concept permis de se défaire des conceptions qui avaient prévalu jusque là, et selon lesquelles « l'économie planifiée est le socialisme ; et l'économie de marché, le capitalisme ». Depuis 1992, le Parti communiste chinois a énoncé que « l'objectif de la réforme du système économique est d'établir un système d'économie de marché socialiste »[2].

Le débat sur la possibilité de l'économie planifiée[modifier | modifier le code]

La question de la « possibilité » de l'existence d'une économie planifiée a été une question majeure qui a animé le monde des économistes dans les années 1920-1930, alors que le premier régime se prétendant communiste se mettait en place en Russie. Pour l'économiste autrichien Ludwig von Mises, une économie planifiée est « impossible » car, en se privant du mécanisme des prix libres, les autorités planificatrices se perdent de toute possibilité de calcul économique : « Privé de tout moyen de connaître la valeur relative des différents biens, le planificateur central en est réduit à décider de façon aveugle et, en un mot, « irrationnelle ». On ne peut dès lors parler d’« économie » planifiée, la planification est impossible. Certes le planificateur pourra toujours décider une répartition arbitraire mais elle ne sera fondée sur rien de rationnel. »

La réponse des tenants de la planification s'exprima en particulier dans les écrits d'Oskar Lange et des autres tenants du socialisme de marché. Pour eux, la planification pouvait fonctionner si l'autorité planificatrice centrale obligeait les acteurs à mimer les mécanismes du marché pour avoir une idée de la demande réelle de chaque produit.

Friedrich von Hayek, dans L'utilisation de la connaissance dans la société (1946), soulignait que les prix véhiculaient une somme d'informations agrégées qu'aucune procédure bureaucratique ne pourrait transmettre. La planification reste pour lui une approximation inefficace, même au regard des buts affichés, car il est impossible de tout connaître pour une autorité planificatrice et qu'elle est condamnée au tâtonnement.

Regards d'économistes[modifier | modifier le code]

Selon Włodzimierz Brus[modifier | modifier le code]

La planification économique centralisée est considérée comme un instrument privilégié des économies socialistes[réf. nécessaire]. Ce système est basé sur un pouvoir de décision détenu par le centre qui choisit les grandes orientations macroéconomiques. Les difficultés concrètes de la mise en place d'une économie planifiée ont été soulignées par l'économiste socialiste et ancien chef de la propagande du parti communiste polonais Włodzimierz Brus dans ses ouvrages.

Défendant un point de vue favorable à la planification, il en souligne cependant les difficultés réelles rencontrées par une certaine pratique de la planification centralisée dans les pays socialistes le siècle passé[réf. nécessaire]. Parmi les difficultés on constate que plus une économie nationale se diversifie, plus le nombre des produits qu’on y fabrique s’accroît, plus les procès techniques mis en œuvre se multiplient, plus, aussi, une forme déterminée de centralisation risque de devenir inefficace car le centre peut se trouver submergé par le nombre et la complexité des problèmes à résoudre et par la multitude des connaissances et des informations dont il faut disposer pour les résoudre correctement. Il rejoint en cela l'analyse de Mises pour qui, à mesure que la société se développe, la planification devient davantage inadaptée pour prendre en compte la complexité de l'activité humaine.

Pour lui, la seule solution acceptable est la décentralisation de la planification au plus près, pour dépasser ce problème[réf. nécessaire]. En cela il s'éloigne des fondamentaux de la théorie de la planification, pour laquelle la gestion de la machine économique par une élite technocrate est en soi la meilleure des solutions possibles[réf. nécessaire]. Confronté donc en cela à la raison d'être de la planification, Brus essaye de la justifier en écrivant que « la supériorité du système socialiste sur le capitalisme se traduit par la possibilité d’utiliser pleinement les capacités productives […], le socialisme est non seulement un système plus juste mais aussi plus rationnel du point de vue économique. »[réf. nécessaire] Cependant, il se fonde sur d'autres raisons : gains pour la main d’œuvre lié à la suppression du chômage structurel, élévation de son pouvoir d’achat dû à un rapport de force favorable au consommateur ou encore le sentiment d’appartenir à un système plus égalitaire[réf. nécessaire]. Ces points, longtemps contestés, ont cependant été invalidés par l'évolution des sociétés occidentales et communistes[réf. nécessaire], ces dernières offrant à leur population un confort de vie moindre[réf. nécessaire].

Il souligne enfin les défauts inhérents à la planification : non-stimulation du travailleur qui se voit assurer salaire et emploi, perte d'initiative individuelle et difficulté à concilier autonomie des agents et planification obligatoire[réf. nécessaire].

Michael Polanyi[modifier | modifier le code]

Pour le philosophe hongrois Michael Polanyi, la planification est structurellement moins efficace que l'ordre spontané des économies de marché. Pour fonder sa thèse, il oppose les sociétés polycentriques, dans lesquels les individus indépendants interagissent librement, et les sociétés monocentriques, telles les sociétés planifiées, dans lesquelles un pouvoir central dicte ses ordres aux acteurs. Il montre qu'une société polycentrique peut traiter un volume d'informations bien supérieur à ce qu'une société monocentrique peut traiter. Malgré son désordre apparent, une société libre fera toujours mieux qu'une société planifiée « rationnellement ».

Il fonde également sa critique de la planification sur une épistémologie : la connaissance ne se résume pas à des choses qui puissent s'exprimer, être transmise sur le papier et remontée à l'autorité planificatrice. Toute une frange de la connaissance, la connaissance tacite, n'est pas exprimable directement et ne peut être mise en valeur que par l'individu concerné si on lui laisse la liberté de le faire. En perdant toute cette richesse humaine, la planification se condamne à l'inefficacité.

Économie bureaucratisée ou démocratique[modifier | modifier le code]

Une polémique a cours quant au degré de démocratie au sein de l'économie planifiée au sens général du terme.

  • L'économie planifiée peut être bureaucratisée comme c'était le cas en Union soviétique et dans les autres pays se revendiquant de l'idéologie de Staline[réf. nécessaire]. C'est-à-dire que seuls les dirigeants du Parti planifiaient l'économie du pays.
  • A contrario, l'économie planifiée peut être démocratique selon Trotsky[réf. nécessaire], opposant au régime stalinien. C'est-à-dire que la population planifie elle-même son économie par le biais de conseils représentant l'ensemble de la population et non plus une élite bureaucratique. En 1933, il analyse l'économie soviétique ainsi[3] :

« L'économie soviétique au­jourd'hui n'est ni une économie monétaire ni une économie planifiée. C'est une économie presque purement bureaucratique. L'indus­trialisation exagérée et dispropor­tionnée a miné les fondations de l'économie agricole. La paysannerie a cherché à trouver le salut dans la collectivisation. Très rapidement l'expérience a montré que la collec­tivisation du désespoir n'est pas encore une collectivisation socia­liste. Le déclin de l'économie agri­cole qui s'ensuivit a porté un coup dur à l'industrie. Pour soutenir des rythmes incertains et disproportion­nés, il devint impérieux d'intensifier encore plus la pression sur le prolé­tariat. Libérée du contrôle matériel du producteur, l'industrie a pris un aspect supersocial, c'est-à-dire bureaucratique. Il en est résulté qu'elle a perdu la capacité de satisfaire les besoins humains même au degré où elle l'avait fait avec une industrie capitaliste moins développée. »

— Léon Trotsky, Dégénérescence de la théorie et théorie de la dégénérescence (Problèmes du régime soviétique), paru dans le « Bulletin de l’Opposition  » — en russe — nº 34, mai 1933, puis dans la Vérité

Dans son ouvrage La Route de la servitude, Friedrich Hayek soutient au contraire que la planification est par essence un phénomène totalitaire : pour qu'elle soit « efficace », tous les leviers de l'économie doivent être entre les mains de l'État, ce qui entraine de proche en proche un contrôle total de ce dernier sur la vie des individus. Dans Ordeal by Planning (1946), John Jewkes développe une thèse similaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Karoly Attila Soos Revue d'étude comparative Est-Ouest volume 16 Karoly Attila Soos revue d'études comparative Est-Ouest année 1985 volume 16
  2. http://french.china.org.cn/archives/questionreponse/txt/2006-11/23/content_2276219.htm
  3. Trotsky : Dégénérescence de la théorie et théorie de la dégénérescence (29.4.1933)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]