Xavier Branicki

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Xavier Branicki
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Xavier Branicki vers 1871.

Franciszek Ksawery Branicki

Naissance
Varsovie (Pologne)
Décès (à 63 ans)
Assiout (Égypte)
Nationalité Drapeau de la Pologne Polonaise puis Drapeau de la France Française
Pays de résidence Pologne puis France
Activité principale
Financier
Autres activités
Écrivain
Distinctions
Chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur Red ribbon bar - general use.svg
Ascendants
Conjoint
Pelagia Zamoyska
Descendants
Augustin Branicki (fils naturel reconnu)
Description de cette image, également commentée ci-après

Armoiries du clan Korczak.

Le comte Xavier Branicki (en polonais : Franciszek Ksawery Branicki), appartenant au clan Korczak, né le à Varsovie en Pologne et mort le à Assiout en Égypte, est un exilé politique polonais devenu français. Ce propriétaire terrien, écrivain politique, financier, mécène et philanthrope est un descendant d'une illustre famille de nobles et magnats polonais.

Né dans une Pologne démembrée par des partages successifs après la période « des Partages de la Pologne », Xavier Branicki s'engage dans l'armée russe mais ses convictions patriotiques — il aspire au rétablissement d'une Pologne souveraine, à l'opposé de son père et de ses grands-pères — lui valent la méfiance puis, plus tard, l'hostilité de l'empereur Nicolas Ier. Sentant sa position fragile, mais ne voulant pas renier ses idéaux politiques, il quitte l'armée en 1844, vend la plupart de ses domaines en Galicie polonaise (faisant partie de l'Ukraine actuelle) et s'exile, d'abord auprès de sa sœur en Italie, où il se lie d'amitié avec le prince Napoléon, puis en France.

Dès son arrivée à Paris vers 1848, il fréquente les salons, les milieux libéraux mais aussi ceux des finances. Son immense fortune et ses contacts lui donnent une entrée chez les Rothschild ce qui lui vaut une collaboration dans la fondation d'une banque foncière et des investissements importants dans la nouvelle industrie ferroviaire en France et à l'étranger. En 1849, il acquiert la châtellenie de Montrésor (Indre-et-Loire) et par la suite devient maire de la commune de 1860 à 1870. Restant polonais dans l'âme, il finance la diaspora polonaise en France et dans d'autres pays d'Europe et il reste en contact avec les milieux nationalistes polonais émigrés en France et en Italie. Il se met cependant au service de sa patrie d'adoption en participant à la guerre de Crimée aux côtés du prince Napoléon et à la campagne d'Italie. Il est naturalisé français en 1854 et ses actions lui valent d'être nommé chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur en 1862.

Personnage éclectique et passionné, séducteur, adepte de la chasse à courre et collectionneur, il est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages politiques et économiques, dont deux dans lesquels il développe l'idée, non retenue, d'un impôt sur le capital pour participer au paiement de la dette à l'Allemagne après la guerre de 1870.

Biographie[modifier | modifier le code]

La famille Branicki devient une dynastie de magnats polonais grâce à l'influence qu'elle gagne à la cour impériale de Saint-Pétersbourg au XVIIIe siècle[1].

Les grands-parents paternels de Xavier Branicki.

Xavier Branicki est l'aîné de quatre fils dans une fratrie de sept enfants du comte Ladislas Branicki et son épouse Rose, née Potocka[2]. Son grand-père est le hetman Franciszek Ksawery Branicki, marié avec la Russe d'origine allemande de la Baltique, Alexandra von Engelhardt, nièce du prince Potemkine, peut-être fille naturelle de Catherine de Russie[3],[Sk 1], et proche de l'impératrice. Le hetman Branicki, possesseur d'une très grande fortune et d'importants domaines, comme à Biała Cerkiew en Ukraine[Sk 1],[Note 1], a joué un rôle de premier plan, très controversé, dans l'histoire de la Pologne[Sk 2] ; il participe en effet activement aux événements qui, comme la confédération de Targowica, ont mené aux partitions du pays, divisé entre l'empire russe, l'empire autrichien et le royaume de Prusse à la fin du XVIIIe siècle[3]. Le grand-père maternel de Xavier Branicki s'est rangé aux côtés du hetman[Sk 2].

Après une éducation de seigneur à domicile, le jeune Xavier se montre très réceptif aux idéaux du patriotisme polonais au contact de sa mère, mais également en réaction aux convictions politiques de son père et de ses deux grands-pères ; il entre cependant dans l'armée russe dès l'âge de 18 ans[1]. Il est alors sous la tutelle du maréchal Ivan Paskevitch[Sk 2] et devient aide de camp du tsar Nicolas Ier. Ce n'est pas une véritable promotion mais plutôt une « mise sous surveillance » , car le tsar aurait parlé de Branicki à Paskevitch en ces termes :

« Bon ou mauvais officier, il est animé par le plus détestable esprit. C'est la jeune France greffée sur la vieille Pologne. Maintenant je l'aurai sous la main. S'il se rend coupable de la moindre peccadille, son affaire sera faite aussitôt. Je l'enverrai dans quelque région perdue où les corbeaux même ne parviendront pas à découvrir sa carcasse[Sk 2]. »

— Line Skórka, Un magnat polonais en Touraine - Xavier Branicki (1816-1879), 1980, p. 555-569.

Vue d'un long bâtiment à deux étages surmontés d'une terrasse.
Le palais Odescalchi à Rome
au premier plan à droite.

Cette période militaire ne le détourne pas de ses idéaux : il intègre l'Association des seize, un groupe de patriotes nourris des idées libérales venues de France[Slav 1]. Xavier Branicki participe à des combats dans le Caucase. Il est promu lieutenant-colonel, mais une maladie contractée pendant une campagne militaire sur le Kouban[Slav 2] lui sert de prétexte pour faire une cure à Greiffenberg (Gryfów Śląski, au sud-ouest de la Pologne, près de la frontière avec la Tchéquie)[Slav 3],[5], puis, pendant l'absence opportune du tsar en voyage à Londres[6], pour démissionner en 1844 de sa carrière militaire[Sk 2]. Il quitte alors la Russie pour entreprendre son grand Tour en Italie où il séjourne longtemps chez sa sœur, Sophie, qui a épousé le prince italien Livio III Erba-Odescalchi[7] et dont le palais, à Rome, a été restauré avec l'appui financier de Xavier Branicki[Sk 2]. C'est peut-être là ou à Paris, vers 1847, que Branicki rencontre la famille du roi Jérôme et devient l'un de ses proches, notamment de son fils Napoléon-Jérôme, surnommé familièrement « Plon-Plon[MR 1] ».

En 1849, le tsar intime l'ordre à Branicki de rentrer en Russie mais celui-ci refuse au nom de sa liberté de parole[Sk 3]. En réponse, Nicolas Ier le condamne au bannissement et aux travaux forcés à perpétuité dans les mines de Sibérie, lui retire ses titres nobiliaires, le dégrade de l'armée, le prive de ses décorations et confisque tous ses biens dans la voïevodie de Kiev, partie orientale du Royaume de Pologne[Slav 4],[8],[Note 2], peu de choses en fait car Xavier Branicki a eu le temps de vendre ou d'hypothéquer au préalable la plupart de ses propriétés de Galicie polonaise[MR 2]. La même année, avec l'aide de sa mère, il devient le propriétaire du château de Montrésor et de plus de 2 000 ha de terres situées dans les environs, le tout racheté à la famille Geoffroy de Gonsans[MR 3],[Note 3]. Toutefois, il réside plus souvent à Paris qu'en province, ne se fixant plus durablement en Touraine qu'à la fin des années 1850[9]. Bien avant lui et depuis la fin de l'année 1834, dans le flux de la Grande Émigration, de nombreux Polonais sont accueillis en Indre-et-Loire[10].

icône image Images externes
Portraits de Xavier Branicki (1859)
Portraits de Pelagia Zamoyska (1860)
par André Disdéri, musée d'Orsay

En 1873, il se marie avec Pelagia Zamoyska (1830-1894), veuve d'Aleksander Rembieliński et mère de deux fils[11]. Xavier Branicki meurt au mois de lors d'une croisière à Assiout, mais il n'est inhumé à Montrésor qu'au mois de [12]. Sans descendance légitime, il a cependant plusieurs enfants naturels : Augustin, fils de Xavier Branicki et de Sydonia Szumlańska Revitiski[13], a été reconnu par son père mais n'entretient pas avec lui de bonnes relations[Sk 5] ; il est né en 1853[14] ou en 1854[13]. Constantin[16], le frère cadet de Xavier[17], né en 1824[2], hérite d'une grande partie de ses biens, même si Xavier Branicki a prévu plusieurs legs, dont un pour « les pauvres » à hauteur du trente-sixième de sa fortune[18] estimée par le notaire chargé de la succession à plus de 7 100 000 F[Sk 6] (environ 63 900 000 [Note 4]). Au début du XXIe siècle, les descendants de Constantin Branicki habitent toujours le château de Montrésor.

Le musée d'Orsay possède des photos du comte Xavier Branicki et de son épouse Pélagie, née Zamoyska, prises en 1859 et en 1860 par André Disdéri.

Chronologie de Xavier Branicki

Un homme aux multiples facettes[modifier | modifier le code]

Un défenseur de la cause polonaise au service de la France[modifier | modifier le code]

Deux artistes polonais exilés en France,
amis de Xavier Branicki.

Le comte Branicki n'avait pas fait mystère de ses sentiments nationalistes pendant qu'il servait sous l'uniforme russe. Ces opinions affichées ont déterminé son exil et n'ont pas varié par la suite. Ses contacts avec les révoltés exilés en Italie et en France exaspèrent l'empereur Nicolas Ier qui le condamne par contumace au bannissement en Sibérie et confisque tous ses biens[Slav 4]. Xavier Branicki ne revient plus jamais dans son pays natal après 1844. Il s'investit dans les projets politiques, culturels et sociaux de l'émigration politique polonaise, avec l'espoir de voir son pays d'origine retrouver son indépendance ; en Italie, il soutient activement les mouvements patriotes fondés par le plus grand poète romantique polonais, Adam Mickiewicz et à Paris il fréquente les milieux progressistes[Sk 3]. Il appuie financièrement les projets politiques, ainsi que la vie d'écrivains et artistes compatriotes exilés, comme les poètes romantiques, dont Mickiewicz[20] et Cyprian Norwid à Paris[Mon 1]. Exilé politique originaire de la partie de la Pologne sous domination de l'Empire russe, libéral et démocrate, il est l'un des personnages les plus considérables de la diaspora polonaise en France. En 1849, il aide son ami poète Adam Mickiewicz à fonder à Paris le journal La Tribune des Peuples[21]. Il vient en aide à la diaspora polonaise en Europe en finançant l'école polonaise des Batignolles ainsi que la société littéraire des amis de la Pologne (en) à Londres[Sk 7]. Son activisme auprès des milieux patriotes polonais lui vaut même, en , alors qu'il est en France pour s'occuper de Montrésor qu'il vient d'acheter, de tomber sous le coup d'un arrêté d'expulsion demandé par la Russie, jamais appliqué[Sk 4] et annulé au moment de sa naturalisation[Sk 8].

Photogtaphie en couleurs d'une sculpture représentant au premier plan le buste d'un personnage vêtu d'une toge romaine.
Buste de Xavier Branicki (premier plan), château de Montrésor.

Le comte Branicki souhaite que la restauration de l'Empire en France s'accompagne d'un soutien officiel aux patriotes et leur rêve de rentrer dans une patrie indépendante ; ce n'est pas le cas[MR 1]. Il espère également que l'affaiblissement de la Russie après la guerre de Crimée favorisera le rétablissement de la Pologne, espoir là encore déçu[Sk 7]. Il semble pourtant user de toute son influence pour infléchir la position des autorités françaises : le , le prince Napoléon prononce devant le Sénat un discours dans lequel il s'engage résolument en faveur de pétitions demandant le rétablissement de la Pologne[22] ; cette prise de position lui a sans aucun doute été dictée par ses contacts fréquents avec les émigrés polonais, au premier rang desquels Xavier Branicki[Sk 9].

Même s'il reste profondément attaché à sa patrie d'origine, il s'engage sans réserve au service de son pays d'accueil. Après son arrivée en France et dès sa naturalisation obtenue en 1854[23], il sert dans les rangs de l'armée nationale lors de la guerre de Crimée aux côtés du prince Napoléon, pendant la campagne d'Italie, participant notamment à la bataille de Magenta. Ces faits de guerre lui valent d'être nommé chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur en 1862[MR 2]. S'il ne participe pas lui-même à la guerre de 1870, il finance la fondation et le fonctionnement d'un hôpital de campagne[Sk 10] ; au mois d', il offre au gouvernement français une somme de 500 000 francs pour le soulagement des blessés[24].

Un châtelain et un maire[modifier | modifier le code]

Maire et mécène pour sa commune[modifier | modifier le code]

Vue d'un édifice recouvert d'un dôme en arrière-plan, une croix tombale au premier plan.
La chapelle funéraire Branicki du cimetière de Montrésor.

Sa grande fortune lui permet de financer des travaux colossaux sur de nombreux bâtiments de la commune, dont le château, mais aussi de pourvoir à certaines dépenses quotidiennes de fonctionnement de Montrésor, jusqu'alors profondément endettée[25]. Naturalisé Français depuis 1854 et malgré son absence à Paris pour la majeure part d'une décennie, Xavier Branicki se révèle, pour la petite commune dont il est le maire de 1860 à 1870[Note 5], un mécène généreux. À son arrivée, Montrésor est délabré et les équipements communaux sont en mauvais état, vétustes ou insuffisants et c'est le préfet d'Indre-et-Loire lui-même qui dresse ce constat alarmant[Sk 11]. Le comte Branicki fait réparer l'école des filles, puis installe celle des garçons qui sera construite à partir de 1873[MR 5],[Note 6] et prend en charge le salaire de son maître ; il restaure entièrement l'église, établit un nouveau cimetière sur un terrain dont il a fait don à la commune et dans lequel il construit une chapelle funéraire pour sa famille[Sk 12] ; il finance la construction d'une ligne de télégraphe entre Montrésor et Loches vers 1866[MR 6], l'aménagement d'une nouvelle mairie et d'un local pour que le juge de paix puisse siéger dans des conditions convenables ; un don permet à la commune d'acheter une pompe à bras pour lutter contre les incendies mais la compagnie des sapeurs-pompiers ne sera créée qu'en 1890[MR 7]. Il propose également qu'un hospice pouvant accueillir vieillards et malades du canton soit installé à Montrésor[Sk 12].

Par les importants travaux qu'il conduit à Montrésor, au château notamment[MR 3], mais aussi comme propriétaire terrien car il possède plusieurs fermes dans le canton de Montrésor, Xavier Branicki fournit un emploi à de nombreux habitants de la commune et des alentours[26]. Son arrivée à Montrésor n'a pourtant pas été unanimement saluée ; en témoigne cette appréciation sévère de Victor Le Febvre, avocat, propriétaire à Genillé, mais surtout polémiste, républicain convaincu et ennemi farouche des Bonaparte :

« En haut, le progrès s'est borné à remplacer le Bandit par le Courtisan ; le Courtisan par le Valet ; le noble par le noble ; et l'indigène noble aux prétentions à brassarts, par le noble exotique, aux habitudes de knouts-russes[27]. »

— Victor Le Febvre, Montrésor, son chemin de fer, son conseiller général, 1880, p. 10.

Grand propriétaire et amateur d'art éclectique[modifier | modifier le code]

Vue générale d'un château Renaissance, poivrière à l'angle.
Le château de Montrésor.

Le nouveau châtelain de Montrésor confie la restauration du château à un intendant polonais, ancien officier et compatriote dévoué, Rodolf Domaradzki. Il demande à bénéficier de facilités pour restaurer son château, l'alimenter en eau ; en échange, il fait ses premiers dons financiers à la commune[Sk 13]. Ses réalisations dans le domaine agricole sont plusieurs fois primées lors des comices agricoles et il participe à l'amélioration des chevaux de trait locaux par des croisements avec des étalons venus des domaines de ses frères en Pologne, occupée par la Russie[Sk 11]. Xavier Branicki a acheté environ 2 000 ha de terres lors de son installation à Montrésor ; au fil des années, il réalise d'autres acquisitions et, la fin du XIXe siècle, sa famille possède plus de 3 000 ha à Montrésor et dans les environs[Sk 8].

photo couleurs d'un chien de chasse à la robe noire et fauve.
Le brachet polonais.

Le comte Branicki est aussi un grand chasseur et des pièces du château de Montrésor sont décorées d'imposants trophées. Il est d'ailleurs nommé lieutenant de louveterie à Montrésor en 1863[Sk 13]. Il a tellement la nostalgie de la chasse polonaise, qu'il fait venir de Pologne un couple de chiens de chasse traditionnels, deux brachets polonais (ou Ogar Polski), de l'élevage du noble Piotr Orda[28], à partir desquels il crée une meute à Montrésor[MR 1]. L'une des parties de chasse qu'il organise mobilise 133 rabatteurs. Plon-Plon est invité à plusieurs reprises à venir chasser à Montrésor et il arrive que, pour célébrer cet événement, un repas soit offert aux habitants[MR 1].

Xavier Branicki recueille dans son château de Montrésor de très nombreux témoignages, tableaux et meubles évoquant sa Pologne natale, mais également des œuvres de peintres italiens de la Renaissance car il rapporte, probablement de son séjour en Italie au début de son exil, l'amour de la peinture de cette époque ; il acquiert ainsi de nombreux tableaux qu'il installe à Montrésor. Plus rassembleur d'œuvres d'art que véritable collectionneur[Sk 14], il enrichit le mobilier de son château d'objets et de meubles de styles très variés, avec toutefois une dominante du style Second Empire, comme un escalier en acajou acheté lors d'une visite à l'exposition universelle de 1855[MR 8]. Il y rassemble également une des plus importantes collections d'œuvres d'art polonaises en France (tableaux, pièces d'orfèvrerie)[29],[30],[31]. La bibliothèque du château constituée par ses soins est également riche de plusieurs milliers de volumes, dont des atlas hollandais du XVIe siècle[32].

Un financier aux idées novatrices[modifier | modifier le code]

Des fiacres et une automobile garés devant une porte cochère portant au fronton l'inscription CREDIT FONCIER DE FRANCE.
La façade du Crédit foncier de France (Paris).

Le comte Branicki entretient des relations suivies avec les grands banquiers parisiens comme James de Rothschild[9]. Il est l'un des fondateurs du Crédit foncier de France avec Louis Wolowski et siège à son conseil d'administration[33]. Sa grande fortune lui permet de participer au financement des travaux haussmanniens à Paris. Il propose de financer en partie la création d'une ligne ferroviaire entre Kiev et le port d'Odessa dans le gouvernement de Chersonèse pour faciliter le transport des céréales[9],[Note 7]. Administrateur de la compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans, il est également l'un des fondateurs, en 1860, de la compagnie des chemins de fer algériens[35].

La guerre franco-allemande de 1870 semble l'avoir poussé à écrire et publier ses ouvrages consacrés à l'économie. Dans Libération de la France par un impôt sur le capital, il propose de lever une contribution nationale extraordinaire de 3 % sur la valeur de tous les biens mobiliers et immobiliers des Français demeurant en France ou à l'étranger pour atteindre 60 % de la contribution de guerre ; le reste était déjà apporté par les emprunts en place[Sk 15]. Cette idée n'a pas été suivie à l'époque[MR 9].

S'il s'intéresse à l'économie de manière générale, il ne néglige pas pour autant sa fortune personnelle et c'est un habile gestionnaire[Mon 2]. Alors que le contexte économique né de la fin de la monarchie de Juillet n'est pas bon, Xavier Branicki table sur un retour à un régime impérial après le court épisode de la Deuxième République ; ses prévisions se révélant exactes, il réalise de substantielles plus-values[36].

Un pragmatique aux convictions affirmées[modifier | modifier le code]

Le prince Napoléon
(Hippolyte Flandrin, 1860)

Il a souhaité l'arrivée au pouvoir de Napoléon III, l'a toujours soutenu et il semble avoir été écouté par l'empereur ou en tout cas par son entourage[37], mais il devient républicain après 1870, convaincu que « l'hérédité monarchique n'a plus de sens » et que le chef de l'État doit être élu directement par le peuple[38]. Il est en outre favorable à une « instruction primaire gratuite, obligatoire et sous le contrôle de l'État », cette disposition devant s'étendre ensuite aux degrés supérieurs de l'enseignement[Sk 11].

Très marqué par l'héritage du XVIIIe siècle, et par là-même plutôt anachronique, il combine le legs des Lumières avec le romantisme[Sk 7], et s'intéresse à maints sujets, voyage beaucoup, entretient un important réseau de relations et d'amis. Esprit curieux, se définissant lui-même comme un « unitaire chrétien très tolérant[Slav 7] » ouvert à toutes les religions, il fait traduire en français et publier l'ouvrage du rabbin Elie Soloweyczyk (en), Kôl Kôré[39],[Sk 16]. Il est reçu chez les francs-maçons dans les années 1850 au sein de la Loge des Démophiles de Tours[40],[Note 8], comme son ami le prince Napoléon[Sk 5] qui est membre de la Loge des Amis de la Patrie, rattachée au Grand Orient de France[42].

Publications[modifier | modifier le code]

Auteur d'ouvrages économiques, politiques et historiques, Xavier Branicki a publié plusieurs ouvrages en français. Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Libération de la France par un impôt sur le capital, Paris, E. Dentu, 31 p. (lire en ligne).
  • L'impôt sur le capital, libérateur de la contribution de guerre – Moyens pratiques de l'appliquer, Paris, E. Dentu, , 32 p. (lire en ligne).
  • La politique du passé et la politique de l'avenir, esquisse d'une constitution, Paris, E. Dentu, , 130 p. (lire en ligne).
  • Les nationalités slaves : lettres au R. P. Gagarin, Paris, E. Dentu, , 408 p. (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Distinctions[modifier | modifier le code]

Chevalier de la Légion d'honneur Chevalier de la Légion d'honneur (décret du 12 avril 1862[43]).

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Frédéric Gaultier et Michaël Beigneux, Montrésor se raconte, Montrésor, Association Montrésor se raconte, , 169 p. (ISBN 2-85443-411-0). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Michel Laurencin, Dictionnaire biographique de Touraine, Chambray-lès-Tours, CLD, , 607 p. (ISBN 2-85443-210-X)
  • Line Skórka, « Un magnat polonais en Touraine - Xavier Branicki (1816-1879) », bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. XXXIX,‎ , p. 555-569 (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Line Skórka, « Il y a 150 ans arrivaient en Touraine les premiers émigrés Polonais », bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. XL,‎ , p. 1075-1083 (lire en ligne).
  • (pl) Julia A. Słupska, Ksawery Branicki (1816-1879) Emigracja : polityka i finanse, Varsovie, Wydawnictwo Neriton, Instytut Historii PAN, , 246 p. (ISBN 978-83-7543-062-2).
  • Archives communales de Montrésor déposées aux archives départementales d'Indre-et-Loire (E dépôt 175 Montrésor)[44].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La propriété de Biała Cerkiew a compté jusqu'à 1 500 000 ha, l'équivalent de la moitié de la superficie de la Belgique[4].
  2. Étant donné que les legs de son mari, récemment décédé, ne sont pas encore répartis parmi leurs enfants, le rôle de Rose Potocka s'avère décisif ; c'est elle qui choisit la propriété à sacrifier et ce sera Lubna[8].
  3. Le choix de Montrésor résulte de la conjugaison de plusieurs facteurs : volonté de Rose Potocka de voir son fils se fixer durablement[Sk 4] ; choix de cœur pour la France, Xavier Branicki ayant toujours eu une grande admiration pour ce pays[Slav 5] où se sont installés beaucoup de figures de l'opposition polonaise depuis les insurrections de 1831 et la Grande Émigration ; opportunité car les précédents propriétaires du domaine de Montrésor, qui ont du mal à l'entretenir, cherchent à s'en défaire[MR 4] ; facilités financières, les capitaux de Xavier Branicki étant en grande partie déposés dans des banques à Paris[Sk 4].
  4. Cette valeur, purement indicative, est basée sur une proposition de la Banque de France de Lyon de conversion du franc-or de 1879 à l'euro, avec pour base de calcul un cours de 31 000 euros pour le lingot d'or de 1 kg en 2014[19].
  5. Xavier Branicki est nommé maire de Montrésor par décret impérial du 14 novembre 1860 ; il remplace à ce poste Blaise Chauveau, démissionnaire[Sk 11].
  6. Avant la création de deux écoles séparées, l'étroitesse de l'école unique ne permettait pas d'y accueillir tous les enfants en même temps ; filles et garçons y prenaient place alternativement[Sk 11].
  7. C'est en définitive un tracé différent qui sera retenu, et, pour des raisons politiques, les participations d'origine polonaise seront écartées[34].
  8. La Loge des Démophiles de Tours a été créée en 1847 à partir de la Loge des Enfants de la Loire, dans l'obédience du Grand Orient de France[41].

Références[modifier | modifier le code]

  • Xavier Branicki, Les nationalités slaves : lettres au R. P. Gagarin, 1879 :
  • Frédéric Gaultier et Michaël Beigneux, Montrésor se raconte, 2002 :
  • Line Skórka, Un magnat polonais en Touraine - Xavier Branicki (1816-1879), 1980 :
  1. a et b Sa jeunesse, p. 556.
  2. a, b, c, d, e et f Sa jeunesse, p. 558.
  3. a et b Sa jeunesse, p. 559.
  4. a, b et c Sa jeunesse, p. 560.
  5. a et b L'homme privé, p. 568.
  6. Le financier, p. 566.
  7. a, b et c Xavier Branicki et la Pologne, p. 568-569.
  8. a et b Le châtelain de Montrésor, p. 561.
  9. Skorka, p. 565.
  10. Le militaire, p. 564.
  11. a, b, c, d et e Le châtelain de Montrésor, p. 563.
  12. a et b Le châtelain de Montrésor, p. 564.
  13. a et b Le châtelain de Montrésor, p. 562.
  14. Le mécène et l'écrivain, p. 567.
  15. L'homme politique, p. 566.
  16. Le mécène et l'écrivain, p. 568.
  • Archives communales de Montrésor :
  1. (pl) Prince Adam Czartoryski, « Cyprjan Norwid a Ksawery Branicki », Kurier Warszawski, no 140,‎ .
  2. (pl) Prince Adam Czartoryski, « Magnat rewolucjonista (Ksawery Branicki, 1816-1879) », Kurier Warszawski, no 57,‎ , p. 3-7.
  • Autres références
  1. a et b Laurencin 1990, p. 121.
  2. a et b Frédéric Gaultier, Montrésor, histoire d'un village, Montrésor, Le four banal, , 19 p. (ISBN 978-2-95435-271-8), p. 13.
  3. a et b (pl) Władysław Konopczyński, Polski Słownik Biograficzny : Beyzym Jan - Brownsford Marja, Kraków, Polska Akademia Umiejętności, coll. « Skład Główny w Księgarniach », , 479 p. (ISBN 8-30403-291-0), p. 393-396.
  4. « Le petit salon », dans Guide de visite du château de Montrésor, 12 p., p. 4.
  5. (pl) « Gryfów Zdrój - Bad Greiffenberg (z posłowiem) », sur Greiffenberger (consulté le 25 novembre 2015).
  6. Michel Heller, Histoire de la Russie et de son Empire, Paris, Perrin, (ISBN 978-2-262-06435-8, lire en ligne).
  7. Almanach de Gotha : Annuaire généalogique, diplomatique et statistique, Gotha, Justus Perthes, , 1176 p. (lire en ligne), p. 412.
  8. a et b (pl) Roman Aftanazy, Dzieje rezydencji na dawnych kresach Rzeczypospolitej, vol. 11 : Województwo kijowskie oraz uzupełnienia do Tomów 1-10, Wrocław, Ossolineum, (ISBN 83-04-043-69-6).
  9. a, b et c Laurencin 1990, p. 122.
  10. Skórka 1984, p. 1075.
  11. (pl) « Pelagia Zamoyska », sur Genealogia dynastyczna (consulté le 8 novembre 2015).
  12. (pl) « Franciszek Ksawery Branicki », sur Genealogia dynastyczna (consulté le 23 novembre 2015).
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  15. Op. cit. (Polski Slownik Biograficzny, 1936).
  16. Constantin Branicki est un passionné de la faune et ornithologue amateur. Avec son frère Alexandre, il voyage en Afrique et en Amérique du sud pour rassembler une collection d'animaux pour le jardin zoologique de Varsovie[15].
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